Lu pour vous : Un article sur « Yennayer » tiré de « Encyclopédie Berbère »

A l’occasion de l’approche du nouvel an amazigh 2965, je vous souhaite une très bonne année (Aseggwas ameggaz). Si vous désirez apprendre plus sur Yennayer, lisez l’article de Nedjima Plantade en cliquant ici.

Ennayer est le nom du premier mois du calendrier Julien et dérive manifestement du Latin Ianuarius (Janvier). C’est aussi le nom que porte une fête célébrée dans toute l’Afrique du nord en relation avec le solstice d’hiver bien que généralement celui-ci soit assimilé à la fête de Mouloud Aïsa du 24 djambir (décembre) julien, correspondant au Noël chrétien. D’après E. Destaing, le Mouloud Aïsa qui était fêté huit jours avant Ennayer était connu dans l’Aurès sous le nom de Bou Ini, cette appellation serait, selon cet auteur, dérivée du latin Bonus Annus. J. Servier rejette cette interprétation, sans doute avec raison, mais l’explication qu’il propose est loin de donner satisfaction : il y voit une contraction de « Bu-Imnian » (le jour des piquets de tente), commémorant le geste de semi-nomades revenant de transhumance et inaugurant ainsi leur cycle sédentaire.

nouvelanEnnayer, qui est appelé aussi Haggus chez les Berbères du Maroc, est la Porte qui ouvre l’année, l’Ansara au solstice d’été est celle qui la ferme. Mais la fête principale est bien l’Ennayer qui dure, selon les régions, deux, trois ou quatre jours. Le dernier jour de l’année, la veille de l’Ennayer, est conçu comme un jour de deuil et la cuisine s’en ressent. Le plus souvent on se prive de couscous qui est remplacé par du berkoukes, boulettes de farine cuites dans un bouillon léger. Ailleurs on ne consomme que du lait ou des légumes secs cuits à l’eau ou encore des pédoncules d’arum, comme en Kabylie.

A quelques détails près, les rites de l’Ennayer sont les mêmes d’un bout à l’autre du Maghreb et, comme le constate J. Servier, ne présentent guère de différences entre les Arabophones et les Berbérophones. Toujours selon cet auteur, les rites de l’Ennayer peuvent être ramenés à quatre préoccupations dominantes : écarter la famine, présager les caractères de l’année à venir, consacrer le changement saisonnier de cycle et accueillir sur terre les Forces invisibles représentées par des personnages masqués. Donc l’Ennayer est marqué, en premier lieu, par la consommation d’un repas riche de bon augure et tous doivent sortir de table rassasiés afin que l’année soit prospère. Il n’est pas étonnant que pour ce repas on prépare des mets ou des friandises inhabituels, tels des gâteaux aux œufs (harira de Tlemcen), des crêpes et beignets de toutes sortes. Il est d’usage dans la plupart des villes et campagnes marocaines ou algérie nnes de manger à l’Ennayer le plat des « sept légumes » fait uniquement de plantes vertes. A peu près partout on sacrifie des poulets ou des chevreaux ou moutons. En Kabylie où l’Ennayer est moins fêtée que dans le reste de l’Algérie, on consomme ce jour là une tête de bœuf qui est auparavant brandie au-dessus du garçon né dans l’année, afin qu’il soit « une tête » dans le village. C’est ce jour-là aussi qu’est pratiquée sur ce garçon né dans l’année la première coupe de cheveux. En plusieurs régions éloignées les unes des autres (à Blida, chez les Beni Hawa à l’ouest de Ténès, chez les Beni Snous dans la région de Tlemcen) il est signalé, à l’occasion de l’Ennayer, la consommation de racines et du cœur de palmier-nain (voir Doum). On explique cette coutume par l’espoir que l’année soit verte comme les plantes consommées et comme les jonchées de palmes et autres plantes vertes sur les terrasses ou le sol des tentes.

Comme l’écrit joliment E. Destaing, tel vous trouve l’Ennayer, tel vous serez durant toute l’année. Il faut, ce jour-là, se montrer gai, aimable, généreux, riche et les personnes qui s’abordent échangent des souhaits. Les cultivateurs se renseignent sur le temps qu’il fera pendant les premiers mois de l’année en examinant les boulettes de berkoukes ou le sang des animaux sacrifiés. Dans le même espoir, les Kabyles allaient converser avec leurs bœufs et leurs chèvres.

Au cours de la fête de l’Ennayer, des masques divers interviennent, réclamant de l’argent ou des mets destinés à la célébration collective, ce sont « l’âne aux figues » à Nédroma, le Bu Bnani à Tlemcen, le Bu Reduan dans l’Ouest tunisien, ailleurs un chameau ou un lion mais le personnage le plus important est la Vieille de l’Ennayer.

La Vieille se présente comme une fée dont on menace les enfants qui ne mangent pas suffisamment le jour de la fête ; elle leur ouvrira le ventre et le bourrera de paille. On a soin de réserver, sous un plat une partie du dîner destinée à la vieille. Enfin de nombreuses légendes font intervenir ce personnage connu dans toutes les régions méditerranéennes, la Vieille intervient régulièrement dans les explications données sur l’emprunt des « jours manquants » de février.

Bibliographie :

Doutté E., Marrakech, Paris 1905.
Doutté E., Magie et religion en Afrique du Nord, Alger, 1909.
Destaing E., « L’Ennâyer chez les Beni Snouss », Revue africaine, t.49, 1905, p.51-70.
Destaing E., « Ennâyer », Encylopédie de l’Islam, t.I.
Laoust E., Mots et choses berbères, Paris, Chalamel, 1920.
Bourrilly J., Eléments d’ethnographie marocaine, Paris, Larose, 1932.
Benhadji Sarradj, « Fêtes d’Ennayer aux Beni Snous », IBLA, n°51, 1950, p.247-257.
Servier J., Traditions et civilisation berbères. Les portes de l’année, Edit. du Rocher, Monaco, 1985.

Extrait de :
Encyclopédie Berbère, XVII.
p. 2644.

L’art, une nécessité vitale*

Par :  Muhend Saïdi Amezian

A chaque époque sont art, son esthétique. L’art est création. L’œuvre naît, grâce à des codes, des signes et des symboles propres à l’artiste, à son milieu et à son temps. Dans l’œuvre, le contenu est lié à la forme, l’expression à la beauté, la synthèse à l’émotion. L’œuvre créée n’est qu’un anneau au milieu de toute une chaine que constitue la production de l’artiste. C’est une recherche progressive, laborieuse et sincère, d’où l’engagement de cet artiste. La marginalité pousse l’artiste à se vider dans son œuvre. Celle-ci est un moyen de communication. Elle loge le message mystérieusement caché par l’artiste.

Feu Muhend lors d'un atelier à Imtghren (Errachidia)
Feu Muhend lors d’un atelier à Imtghren (Errachidia)

L’art pousse au dialogue avec l’œuvre, avec l’artiste, avec soi-même. C’est une communication ouverte, aux multiples sens, universelle. C’est au public de faire le premier pas. L’artiste et le public auront accompli leur mission humaine avant que l’histoire ne s’y mêle. C’est là où réside enfin la nécessité de l’art !

Les artistes n’ont plus confiance dans les apparences. Ils suppriment la forme limitée de peur qu’elle puisse leur cacher l’essentiel.

Plusieurs événements survenus à Tamazgha, notamment en Kabylie, ont affecté mon art. Parmi ces événements figurent en premier plan l’assassinat de Matoub Lounès, les événements du Printemps Noir, l’assassinat de Massinissa GUERMAH par les gendarmes. Depuis, mes tableaux sont comme remplis d’horreur, de tachisme. J’y ai même utilisé mon propre sang. Ces tableaux ressemblent plus au « délire d’un névrosé.» Il faut dire que ces évènements dramatiques m’ont choqué. Ils m’ont marqué douloureusement.

ircamL’art de la forme et le contenu

Je suis un enfant de mon époque. J’ai vécu, avec toutes mes forces, plusieurs changements (politiques, philosophiques et artistiques). Ca m’a permis d’avoir une vision profonde pleine d’imagination, d’intelligence et de perception. Mon art est influencé par ces changements. Je n’arrête pas de regarder ce qui se passe autour de moi, de travailler. Je combine l’écriture (graphique) et la peinture. Pendant des nuits entières, j’ai écrit, j’ai collé, j’ai peint les images et les caractères, afin de présenter mes idées sous la forme la plus heureuse et de la façon la plus agréable à l’œil. Je suis en même temps artiste peintre calligraphe plasticien sculpteur et modéliste.

Rejet des institutions

Car1L’art amazigh est toujours en confrontation avec l’«art» officiel dominant. Le véritable art n’est pas celui d’une élite enfermée sur elle-même. Il est excentrique et concentrique en même temps. Dialectique, il entre dans la dualité du statique-mouvant.

J’aime choquer parce que le choc irrite le spectateur, tout en le ramenant à l’analyse de soi-même. Je rejette les institutions. Je refuse les instituts, les salons et les médias officiels. Je suis conscient que, à cause de mes positions, mon art ne circule que par de modestes moyens dans mon propre pays. Je refuse de me soumettre devant l’imposture de la monarchie vis à vis de l’art amazigh, depuis des années, l’acculturation progressive, le déracinement ainsi que l’arabisation de la population amazighe. Les artistes amazighs doivent réagir, refuser la soumission, car notre art est noble, sincère et à la fois intellectuel et populaire.

Toute mon œuvre, à savoir les affiches politiques et artistiques, les peintures murales, les caricatures, les toiles, les panneaux, les banderoles, les graffitis, les produits artisanaux …etc, a été réalisée avec la participation de militants amazighs  loin du financement de l’Etat.

L’art est provocation :

buxus1Je suis provocateur, je l’assume. Mes expositions ne sont que des manifestations protestataires contre l’arabisation forcée et imposée. Quand les formes ne sont pas capables d’agresser la société qui les reçoit, de la déranger, de l’inciter à la réflexion, de lui dévoiler son propre problème, quand elles ne sont pas en rupture, il n’y a pas d’art. Je ne me rappelle plus qui a dit cela, mais c’est aussi ma vision de l’art.

J’ai dessiné des caricatures contre la falsification de l’Histoire, pour le rejet de l’arabo-islamisme. Je refuse l’Ircam, qui essaie de créer de faux artistes qu’il jette de côté comme des mouchoirs, une fois utilisés, des artistes programmés à tel point qu’il leur est impossible de créer, mais seulement de propager les idées de soumission. Ces « artistes » sont en train de créer une fausse culture qui sert en premier lieu le régime arabo-islamiste en place. L’artiste doit être un agitateur d’idées, pas un esclave qui vend son âme à un régime.

Mon art est engagé. Je le consacre à la défense de la cause de mon peuple. Il s’inscrit dans le cadre de la lutte culturelle et politique que mon peuple mène pour son émancipation.

buxusJe me rappelle encore du choc qui a bouleversé la population à Imtghren lorsque plusieurs centaines d’affiches reproduisant un de mes tableaux sont accrochées aux murs de la ville (Tableau 1). Je n’arrive toujours pas à oublier les réactions des militants lors de l’exposition de plusieurs de mes tableaux lors des années 2000 et 2001. Les tableaux « Tudert n Imazighen tulid s idamen» (Tableau 2) ainsi qu’une autre ardoise sur la quelle j’ai écrit l’alphabet Tifinagh (Tableau 3). Cette œuvre est un choc visuel et une prise de position contre l’arabisation et l’islamisation. Je suis conscient que sans choc, il ne peut y avoir d’art. Si une forme d’art n’est pas capable de dérouter le spectateur, et ne bouleverse pas sa façon de penser, ce n’est pas une forme artistique pour aujourd’hui. Avant ça et précisément le 26 juin 1998, juste après l’assassinat du grand chanteur berbère Matoub Lounès, j’ai fait de mon propre corps un matériau pour la création de l’œuvre que j’ai intitulée : «Le sang qu’a versé Matoub n’aura pas coulé pour rien. » (Tableau 4)  J’ai mélangé un peu de mon sang avec de la peinture rouge pour écrire sur le tableau le nom ‘‘MATUB’’.

Ce tableau à lui seul résume ma conception de l’art. Celui-ci est un combat. Je l’assume pleinement. Et je ne m’arrêterai jamais. ..

Par : Muhend Saïdi Amezyan. (VOIR NOTRE DOSSIER)

Midelt/Imtghren 2011/2012 

Tableau1
Tableau 1
Tableau2
Tableau 2
Tableau3
Tableau 3
Tabelau4
Tableau 4

* Cet article est le fruit d’une collaboration qui a duré plusieurs mois entre moi et Feu Muhend qui était et restera pour toujours un ami et un frère. Le défunt voulait absolument que je l’aide à écrire un article sur sa vision de l’art, ce que j’ai accepté volontiers. Cette collaboration a été malheureusement interrompue par son accident de moto (deux fractures au tibia) et par sa maladie par la suite. L’idée était de travailler sur un livre d’entretien. J’ai changé le titre de l’article et ajouté des sous-titres pour aérer le texte. Feu Muhend avait intitulé cet article « Et la création continue ».

 A. Azergui

DOSSIER : Disparition de Muhend Saïdi Amezian, un an déjà !

Il y’a un an (21 décembre 2013), disparaissait Muhend Saidi Amezyan, un artiste peintre, caricaturiste et calligraphe très engagé dans la défense de l’identité amazighe. Né à Midelt dans le Moyen Atlas, en 1964, cet artiste avait succombé à un cancer.

Feu Muhend lors d'un atelier à Imtghren (Errachidia)
Feu Muhend lors d’un atelier à Imtghren (Errachidia)

Muhend a été de tous les combats du Mouvement amazigh. Il avait animé des ateliers dans presque toutes les facultés du pays et dans diverses associations amazighes aussi. Il a dessiné, peint et caricaturé en toute liberté. Ses œuvres dérangeaient par leur franchise, leur force. Il aimait provoquer et choquer. Il n’a jamais baissé l’échine ni capitulé devant les pressions multiples qu’il avait subies de la part des autorités, notamment à Imtghren où il enseignait les arts plastiques.

Muhend était un artiste, un vrai. Il créait comme il respirait. Il a toujours mis son art au service de l’amazighité.

Dans ce dossier que nous lui consacrons, nous publions un article inédit de Muhend, fruit d’une coordination qui a duré plusieurs mois avant qu’elle ne soit interrompue par sa maladie. Nous le publions pour vous montrer une nouvelle facette de cet artiste aux multiples talents. Il y explique sa vision de l’art.

Nous publions aussi des témoignages de certains de ses amis en Tamazight et en Français.

POUR LIRE NOTRE DOSSIER :

A. Azergui

Imider, where the streets have no name

In Imider the streets have no name, only the main road that runs through it has one. Rather, not a name: a number. It is the « number 10 », the road which leads this far from Ouarzazate until to Imider, until to Tinghir. The South-East, the « deep Morocco », as it is called, Amazigh land, where in the villages the streets have no name. The road n. 10, the one of the sit-in of 1996, the one where today the Imider’s people walk the peaceful protest marches, the one from which, turning when you see the white trail marks, is reached Albban, the mountain top heart of the Resistance of this place. The Movement on the Road ’96 is in permanent sit-in since more than three years there.drapeauImider

It’s a long journey from Marrakech, where there is the nearest airport, driving a small rented car because during the days of Eid al-Fitr the buses are stopped. An amazingh road through the Atlas mountains, the Tizi n’Tichka to more than 2,000 meters and then down into the valley. A long journey that seems short, because Imider is a place that I want to achieve by so much and the time flies, along with the bends and the little towns that I leave behind.

In Imider the streets have no name, but people that lives there yes: names, faces and identities. Similar stories and yet all different, migrations abroad in search of work, social exclusion and constant feeling of being considered the last of the last in a country, Morocco, which instead wants to show a glossy image of efficiency, democracy and modernity .

Stories about divided families, because here – in the South-East – the men are always had to go abroad to work and guarantee an income and a better life for those who remain at home. Stories about fathers who manage to see their children, if all goes well, maybe once a year. Stories about fathers who, sometimes, don’t come back: there are the women – the mothers – who deal with everything else.ImiderDrapeau

The streets have no name here in Imider, they are not paved, they are not safe. Children don’t have a place to play, I saw them on the road n. 10 with a ball, close to the cars whizzing away quickly. The Makhzen, the system, doesn’t invest one only dirham in places like this, and yet the nearby silver mine controlled by the SMI, owned by the Moroccan royal family, has an annual turnover of millions of euro. The history of anger and determination of the Movement on the Road ’96, that represents the Imider’s people, emerges here: the mine doesn’t produce wealth and jobs, only poverty, pollution and land desertification. Yes, because the mine also steals the water, it takes a lot to work the silver and precisely from the theft of water was born the protest: water is life, you can’t live without water, although here we are at the threshold of Sahara.

More than three years that the history of this place is crystallized in the need for acknowledgment of human and civil rights, three years of peaceful marches along the road n. 10, to shout in the ears of a careless and indifferent world what is happening here since a long time. More than three years of permanent sit-in, to oversee, in difficult and harsh conditions, the occupied top of Albban Mount, where Imider’s people has been forced to put the chains to the valves of the wells to regain possession of a common and basic good  much as the water.

Imider-

Where the streets have no name is hard even to give the trust, because too many times one has been tricked by false promises and coaxed with empty words that didn’t lead anywhere. It’s difficult for the Movement on the Road ’96 maintain an open, transparent and on par dialogue with the Makhzen and the mining company. The streets have no name here in Imider, but the young activists arrested and sentenced in these years they have it, all right: Mustapha Ouchtoubane, Hamid Berki, Omar Moujane, Brahim Hamdaoui, Abdessamad Madriont are just the latest in a long line. They are all very young, below 25-30 years old: their mothers often take the word in the Agraw, the popular assembly where everyone can express their opinion. Stories of anger against exclusion, patience and capacity to resist with stubborn determination to the pressures of the Makhzen and the mining company, to intimidation by the authorities and the police, to the beatings, the arbitrary arrests and farcical trials organized to condemn the activists. In Morocco, doesn’t exist the opinion crime, they are all petty criminals for the Makhzen: pilferers, small-time dealers, troublesome people who disturb the order and public tranquility.

And while I walk slowly through the streets with no name of Imider, trying to give a sense and a dimension to what I see, resound in my head the words of a poignant song of U2, that will remain in my mind the whole time I will remain here: « We’re beaten and blown by the wind – Trampled in dust – I’ll show you a place – High on a desert plain – where the streets have no name », we are beaten and blown by the wind – struggling in the dust – I’ll show you a place – on a desert plateau – where the streets have no name.

By : Rita Tatter Ricci

Imiderdér

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MY COUNTRY, I’VE THE NAUSEA!

At least thirty-six victims, five hundred houses destroyed, dozens of roads and bridges – recently built – gutted. And above all, a dull and black rage against the authorities. This is a result of the flooding caused by torrential rains that from two weeks they fall in several regions of southern ‪#‎Morocco‬. mortsThese floods have revealed the true face of the Moroccan State: horrible, miserable. Firstly because of the weakness of the infrastructure in the South and Southeast, and then for the impotence of his civil defense, military, institutions that don’t care about anyone or anything. Nothing was done to save men and women dragged off to death under the eyes of their powerless relatives. The various state services have shone everywhere by their absence, or almost. Normal! This part of the country is useless. Has no right. Neither highways nor railways, hospitals or universities or schools. The axis Casablanca-Tangier-Kenitra won all major development projects, while other areas are living in extreme poverty. The South has undergone the anger of the authorities and the whims of an inhospitable nature, while its mineral wealth is daily looted by unscrupulous companies. ‪#‎Imider‬ (Tinghir) is a witness.

A victim of the flood devoured by dogs
A victim of the flood devoured by dogs

Just seeing the pictures of dead bodies transported on tree branches and piled up later in the municipal rubbish trucks to realize that life is not worth anything in these regions. The living and the dead have no rights. We have seen men who have thrown themselves in full of the flood to save people, because they knew that no firefighter would go to their rescue. Nobody cares about them. Dead or alive, they know this since decades.

Just seeing the pictures of how the civil protection and military mobilize considerable resources – including helicopters and bulldozers – to save European tourists victims of these floods to realize that the life of a Moroccan is not worth anything. Wednesday, November 26 two tourists, a Pole and a Spaniard, blocked by flood in Zagoura, have been rescued by helicopter, according to Moroccan media, while residents stuck with them have been abandoned on site.
The whole region is suffering in the indifference and is facing a major disaster. The authorities don’t move a finger.

While whole regions are on high alert because of the floods, the inhabitants – especially in the Atlas – are cut out of the world and is difficult to find enough food, the government closes its eyes and refuses to declare a state of natural calamity in the stricken areas to prevent these regions seek help and compensation. The Moroccan government is looking elsewhere. It sends two airplanes full of donations, including food and medicines, in Liberia. Another provocation. The PJD, the Islamist party in the government, helped to arrange, Saturday November 29, a demonstration in support of Palestinians in Bouyzakaren, one of the stricken towns.

Even more kafkian, whereas these days Marrakech has hosted an international forum for human rights. Surely to boast the « progress » made by Morocco in this field.

In a democracy, the heads would already be fallen. Here, will be offered medals. Thirty-six dead! Thirty-six victims of disastrous state policies. A respected state would have already declared the national mourning. But no. Why the hurry? The Moroccans are worth nothing and deserve nothing but humiliation and death!

My country, I’ve the nausea !

Traduction de l’article « Mon pays, j’ai la nausée » paru dans le Huffpost

Merci à Rita pour la traduction

A. Azergui