Ces détenus amazighs qu’on oublie !

Le 17 mai 2015, le tribunal de Ouarzazat a condamné trois militants arrêtés lors de manifestations pacifiques organisées le 16 mai 2014 à Messissi dans la région d’Alnif (province de Tinghir) à trois ans de prison ferme chacun.

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Ces détenus qui purgent leurs peines à la prison d’Imtghren (Errachidia) où ils ont été transférés, sont Ali Ben Yidir, Hasan Hamouni et Hmad Ben Yidir. Ils ont été arrêtés lors d’une intervention des forces de répression pour disperser des manifestations sociales organisées par les habitants de plusieurs villages d’Alnif. Les manifestants revendiquaient la construction d’un hôpital, des routes, de l’eau potable, de l’électricité et de la farine de blé d’une meilleure qualité. Tout ce qu’il y a de plus normal dans un pays qui se respecte !
Les habitants que ces militants défendaient vivent dans l’une des régions les plus appauvries, alors que son sous-sol regorge de richesses minières siphonnées par des multinationales et un célèbre holding royal. Les habitants n’ont droit qu’à la poussière, au mépris et à la prison en cas de protestation.
Ce qui nous amène aujourd’hui à parler de ces trois militants est révoltant. Il s’agit de leur oubli flagrant par le Mouvement amazigh. Ils ont subi une injustice et ont manifesté pour réclamer des droits, pas pour eux, mais pour toute la population de la région. Il est, de ce fait, naturel qu’ils soient soutenus par le Mouvement amazigh.
Depuis leur condamnation, on n’entend plus parler d’eux. Ils ont été jetés dans l’oubli. Aucune association des droits humains n’a pensé à les soutenir et à médiatiser leur affaire. Et pourtant, ils ne sont pas des criminels de droit commun. Ils sont des détenus politiques. Ils ont manifesté contre une politique de mépris dont les victimes sont des Amazighs. Pourquoi le Mouvement amazigh ne les soutient pas ? Pourquoi très peu de militants leur rendent visite à la prison d’Imtghren ?

Les détenus Ali Ben Yidir, Hasan Hamouni et Hmad Ben Yidir méritent tout notre soutien. Il est de notre devoir de rappeler l’injustice qu’ils ont subie en exigeant leur libération.

Le Mouvement amazigh n’a pas le droit de les oublier.

A. Azergui

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Qui est derrière l’assassinat de Omar Khaleq ?

L’assassinat du militant amazigh Omar Khaleq à Marrakech a suscité une vague de colère à Tamazgha Occidentale où plusieurs manifestations ont eu lieu. La récupération de cet assassinat par la monarchie marocaine qui a réussi jusqu’à maintenant à canaliser la colère des Imazighen contre le Polisario accusé d’implication dans le meurtre, commence à s’effriter à cause de ses multiples incohérences.

Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech
Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech

Un meurtre commis sous le regard de la police.

Le 23 janvier 2016, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis, armés de sabres et de haches ont attaqué cinq étudiants, militants du Mouvement amazigh, près d’une faculté à Marrakech, leur provoquant de graves blessures. Parmi les blessés figure Omar Khaleq. Cet étudiant, qui a reçu plusieurs coups donnés par des haches et des sabres, a succombé à ses blessures le 28 janvier. La victime a été inhumée le 29 janvier dans son village natal. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à ses funérailles.
Dans un communiqué daté du 29 janvier, le Mouvement amazigh estudiantin à Marrakech détaille les contours de cet assassinat. L’attaque qui a coûté la vie à Omar Khaleq a été perpétrée « en public et devant les forces de police, sans que ces dernières n’interviennent« . Le mouvement affirme aussi que la police a arrêté les victimes de l’attaque alors qu’elles étaient hospitalisées. Les militants ont été soumis à des interrogatoires poussés au commissariat. Le Mouvement accuse les forces de police de « complicité » dans cette attaque.
Il rappelle que plusieurs de ses militants avaient déjà été victimes le 23 décembre 2015 d’une attaque similaire menée par des « étudiants sahraouis » à la cité universitaire de la même ville. Le 24 décembre, plusieurs de ses militants ont été également visés à l’intérieur de la faculté des lettres par une horde d’individus cagoulés. Au moins quinze militants ont été blessés lors de ces attaques.

Silence, on manipule !

La machine de la manipulation a été enclenchée dès l’annonce de la mort de Omar Khaleq. Les médias officiels et des sites de propagande ont relaté la même information, à savoir qu’un étudiant amazigh a été tué par « le Polisario » lors d’affrontements à Marrakech. Le but de cette propagande officielle est de canaliser la colère suscitée par l’assassinat et faire oublier l’essentiel, c’est à dire les raisons profondes du crime dont ce militant a été victime, mais aussi la répression que subit le peuple amazigh colonisé. Le coupable a été vite désigné. En montrant du doigt le Polisario, jeté à la vindicte populaire, l’Etat désengage sa responsabilité de ce crime. Le 28 janvier, la chaîne marocaine 2M diffuse un reportage accusant directement le Polisario et affirmant que Omar Khaleq a été tué pour la « marocanité du Sahara ». La chaîne a diffusé les témoignages de plusieurs militants amazighs qui semblent soutenir cette thèse. Certains d’entre eux, manipulés par la chaîne, ont dénoncé le détournement de leurs propos. Khadija Tafoukt, qui figure parmi les militants interviewés s’insurge, dans un communiqué rendu public le 29 janvier, contre cette manipulation. Elle accuse la chaîne d’avoir « détourné ses propos pour servir l’idéologie étatique ». Elle explique que 2M a « exploité la mort de Omar Khaleq pour diffuser ses thèses politiques ». Cette militante précise dans son communiqué qu’elle a accusé, dans son témoignage, « l’Etat, la police et le gouvernement » d’implication dans cet assassinat. Bien sûr, ces déclarations n’ont jamais été diffusées à l’antenne.

La gestion de cette affaire par le bureau de 2M à Marrakech est très révélatrice. Si ces militants qui défendent selon elle « la marocanité du Sahara » ont été attaqués cinq jours auparavant et blessés grièvement par des militants du « Polisario », « l’ennemi de l’unité nationale », en plein Marrakech, alors pourquoi la chaîne a-t-elle passé cette information aussi sensible sous silence ? Pourquoi, elle ne s’en est « souvenue » que seulement lors de l’annonce de la mort de Omar Khaleq, si ce n’est pour manipuler et désinformer, ce qui est d’ailleurs le propre de cette chaîne makhzénienne ?

Un bon berbère est un berbère mort.

Cet assassinat a également montré au grand jour le mépris profond de tout ce qui est amazigh par les autorités marocaines. Les déclarations mensongères et mesquines de « responsables politiques », de ministres et de « personnalités » semblent n’avoir qu’un seul but ; celui de détourner l’affaire de l’assassinat et en faire une occasion pour « réaffirmer la marocanité du Sahara » et montrer « le vrai le visage du Polisario ». Malheureusement, le Mouvement amazigh s’est transformé en caisse de résonnance de la propagande de la monarchie. Il semble même y trouver son compte. Imazighen manifestent et investissent la rue, non pas pour réclamer leurs droits toujours bafoués et dénoncer la colonisation arabo-islamiste qu’ils subissent, mais pour soutenir les thèses officielles, celles de cette même monarchie qui les méprise, les tue et les traite comme des sous-hommes.

Dimanche 31 janvier, à l’occasion d’un sit-in tenu devant le parlement marocain, des manifestants amazighs accusaient le gouvernement de « couvrir » les dépassements des Sahraouis au sein des universités. Au cours de cette manifestation, un drapeau du Polisario a été brûlé. Un autre drapeau de cette organisation avait été auparavant brûlé lors des funérailles de Omar Khaleq à Ikniwen dans la région de Tinghir.

Soumission totale.

C’est dans ce contexte qu’un communiqué insipide signé par trente-et-une associations dites « amazighes » et quarante « experts, activistes et personnalités », amazighs, est également diffusé. Il réconforte la monarchie dans ses positions. Ce document réaffirme que l’assassinat d’Omar Khaleq est « politique » et que ce militant a été tué pour « la cause amazighe et aussi pour la marocanité du Sahara qui fait partie de l’identité marocaine ». Ce qui rend ce communiqué intéressant est la définition qu’il fait de cette « identité marocaine ». Le document reprend la même définition imposée par la monarchie marocaine (amazighe, arabe et hassani etc.), et explique que « cette identité ne peut pas être cloisonnée dans une seule et prétendue dimension ».

Mépris.

Lahcen Daoudi, le ministre islamiste de l’enseignement supérieur, a annoncé lors d’une intervention au parlement marocain que Omar Khaleq n’était pas un étudiant universitaire inscrit, donc ne méritant pas tout « le bruit » provoqué par son assassinat.

Pour rappel, ce ministère avait expliqué dans un communiqué non daté diffusé sur sa page Facebook, que Omar Khaleq n’était pas étudiant, alors qu’un communiqué de l’université de Marrakech, où la victime poursuivait ses études, confirme que l’étudiant est bien inscrit à l’université. Dans ce même communiqué, le ministère menace les étudiants impliqués dans des violences d’exclusion et de privation de bourses.

Par ailleurs, les partis politiques, les syndicats, les associations financés par la monarchie, qui nous ont habitué à de grandes manifestations et à des discours belliqueux chaque fois que « l’ennemi » frappe et que « l’unité du pays » est menacée, sont demeurés étrangement muets. Personne n’a appelé à défiler pour la « marocanité du Sahara ». Aucun n’a dénoncé le crime ou appelé à soutenir la famille de la victime. Pourquoi, ont-ils choisi le silence maintenant si le Polisario était vraiment impliqué ? Attendent-ils des instructions du palais royal pour réagir où ont-ils compris qu’Imazighen sont manipulés ? Peut-être aussi que la vie d’un Amazigh ne vaut rien pour eux, tout simplement. Et c’est le cas.

La main d’Israël.

Etrange aussi est cette réaction d’une organisation égyptienne des droits de l’Homme qui accuse Israël d’implication dans l’affaire de Omar Khaleq. Le Centre justice et développement des droits de l’Homme, basé au Caire, a appelé, dans un communiqué daté du 3 février, le gouvernement marocain à agir vite contre la propagation des « flammes » dans les autres établissements universitaires du pays. Le Centre a mis en garde contre « la déstabilisation du royaume » à cause de la haine entre Arabes et Amazighs. Il écrit que « des étudiants amazighs suivent des stages de formation aux actes de militantisme dans les universités de Tel-Aviv […]. Des organisations israéliennes en Europe accueillent un nombre important d’activistes amazighs« . Ce Centre explique que l’Etat hébreu adopte la même politique avec les Kurdes.

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Les « Etudiants sahraouis » condamnent.

En réaction à la propagande officielle, les « Etudiants sahraouis », appelés également les « Frontistes » (liés au Polisario) ont condamné l’assassinat d’Omar Khaleq dans un communiqué. Ils expliquent qu’ils combattent le « régime et non le peuple marocain ». Les étudiants sahraouis affirment également que le Polisario est « innocent » et que les étudiants originaires du Sahara occidental, impliqués dans le meurtre sont manipulés, pas seulement par l’extrême gauche arabiste, raciste et anti-amazighe, mais aussi par les autorités marocaines. Ils ont rappelé qu’ils ont signé une charte appelant au rejet de la violence dans les universités qui avait été proposée par le Mouvement amazigh.

Le groupe a toutefois montré du doigt un groupuscule politique d’étudiants sahraouis appelé « Courant national » qu’il qualifie de « criminel ». Ce courant, créé en 2013 à l’université d’Agadir, est lié idéologiquement à l’organisation des « Etudiants Basistes Progressistes », un courant qui se veut « marxiste-léniniste » présent dans les universités marocaines et réputé pour son idéologie arabiste, son extrémisme et aussi pour sa violence. Ce courant qui s’oppose à la signature de toute charte rejetant la violence avec les étudiants amazighs, a réussi à infiltrer les étudiants sahraouis et à les utiliser pour attaquer des étudiants amazighs.

D’ailleurs ces étudiants basistes ont exprimé dans un communiqué leur soutien aux étudiants sahraouis impliqués dans le meurtre de Omar Khaleq, qualifiant les étudiants amazighs de « racistes » et de « chauvins ». Ils ont également adopté la même position que le pouvoir, en affirmant que Omar Khaleq n’était pas étudiant.

Le Polisario a également réagi à ce meurtre. Dans un discours télévisé, daté du lundi 8 février, le président de l’organisation a condamné le meurtre de Omar Khaleq, expliquant que cet assassinat, commandé par le Makhzen (régime marocain), vise à opposer les Sahraouis aux Amazighs. Il accuse le régime marocain « raciste » d’encourager les attaques contre les Sahraouis afin de les isoler et aussi d’ »adopter une politique d’apartheid envers les Amazighs ». Fin communicateur, le Polisario s’est illustré dans cette affaire. Il a, tout compte fait, mieux communiqué que la monarchie.

Mais alors, qui a tué Omar Khaleq ?

Tableau de Feu Muhend Saïdi Amezian
Tableau de Feu Muhend Saïdi Amezian

La manipulation par la monarchie de l’affaire de l’assassinat de Omar Khaleq est évidente à plus d’un titre. Comment expliquer la passivité des forces de police qui ont laissé faire les assassins, la propagande honteuse de 2M et des médias officiels et aussi le silence des autorités et des formations politiques d’habitude « soucieuses » de « l’unité du pays » ? Que cherche-t-on à cacher au juste ? La monarchie est-elle impliquée dans cet assassinat politique ? Il est impossible de répondre à toutes ces questions en l’absence d’une enquête indépendante. Mais, connaissant la situation de « la justice » au Maroc, aucune enquête indépendante ne sera possible. Pour le moment, douze personnes ont été arrêtées et accusées d’implication dans cet assassinat, mais la vigilance s’impose. Ils pourraient être libérés ou condamnés à des peines très légères dès que le bruit accompagnant cette affaire s’estompe.

Le Mouvement amazigh s’est également illustré par sa faiblesse dans cette affaire. Il a prouvé une nouvelle fois qu’il est une proie facile à manipuler. Certains de ses porte-paroles n’ont pas hésité de s’abreuver les thèses de la monarchie et à adopter ses positions les plus ridicules. Des manifestations et des rassemblements sont toujours organisés dans plusieurs villes et villages du pays en réaction à l’assassinat de Omar Khaleq, mais les médias officiels font comme si de rien n’était. Il est temps de maintenir cette pression sur les autorités et de sortir des cadres que celles-ci imposent aux manifestants.

L’assassinat de Omar Khaleq sera peut être le début d’un véritable « printemps amazigh » à Tamazgha occidentale si le Mouvement amazigh arrive à se libérer de la tutelle des autorités et de certains de ses cadres corrompus et prêts à tout faire pour prouver leur loyauté à la monarchie et leur disponibilité à la servir.

A. Azergui.

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Assassinat d’un militant du Mouvement amazigh à Marrakech : Barbarie, mensonges et manipulations

IFISEN / HYÈNES (TEXTE BILINGUE : TAMAZIGHT-FRANÇAIS)

… Imiq, iḍer-d yiḍ
Γifneɣ, tkecta-d tallest
Seg tawda-nnegh tugmed tabghest
Tɣres i yizem !

Inker-d uzwu n tkendawt
Iɣwma s idammen
G tallest, ajenwi ar iseflilliy.
Acengu nukez-t maka,
Afud iṛmi, ur izemir tawada
Afus ikuker, ur iɣiy i titi
Γas awal ag nherra,
Imsed, meqqar ur iɣiy ad irar titi.

I mani ɣer netrara dɣi udem ?
Amussu iduy-d,
Ira aters ad isteɣ,
Imeṭṭawen-nnes rɣan.
Aɣuyyi-nnes ilqaqen
Ileqqef-t yad ucengu
Iseggem-as targwa
Imel-as abrid ɣer tnezṛuft
G ira ad t-isexsey.

Ktey-at awal-inu,
Timessi-ddeɣ yaɣen,
S ufuss-nneɣ diɣ ad t-nsexsi,
Yuger degneɣ ukwerfa yirden.
Ifisen llɣen yad seg yidammen n Yizem
Tcan swan
Γef temḍelt-nnes ssarden ifassen.

Ass g d-nusi ad nsiwel, ad aɣ-d inin :
« Izem ? Matta Yizem ?
Immut igellin ɣef tneẓruft-nneɣ
Nader-as g uwerz n Saɣru
Max illa mayed diɣ immuten ?
Timḍelt neɣza-tt, targwa nezzdig-tt,
Awed imeṭṭawen … ad awen ten-nerḍel.»

A. Azergui

Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech
Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech

TRADUCTION/ADAPTATION :

… Soudain, la nuit tomba
Déversant sur nous son obscurité
De notre panique, elle puisa son courage
Et égorgea Izem !
Le vent de la trahison s’est levé
Teint du sang
Son poignard en scintille encore.
Nous avons distingué le visage de l’ennemi
Mais, épuisée est notre volonté
La main hésitante ne peut répondre à l’affront
Seule la parole nous reste
Tranchante, mais inefficace.
Que ferons-nous maintenant ?
Notre colère s’est réveillée
Au fond d’elle, elle espère crever l’abcès,
Ses larmes sont chaudes.
Mais ses cris fragiles
Happés par l’ennemi
Prennent le chemin qui leur a été tracé
Pour finir dans le désert,
Où, l’ennemi compte les enterrer.
Souvenez-vous de mes paroles :
Ce feu allumé,
Nous l’éteindrons encore avec nos propres mains
L’ivraie abonde, cache toujours notre blé.
Les hyènes se sont déjà abreuvées du sang d’Izem
Bu et mangé sur sa tombe.
Le jour où nous protesterons, elles nous diront :
« Izem ? Quel Izem ?
Martyr, il est mort pour notre Sahara
Au pied de Saghru, nous l’avons enterré
Y’a-t-il encore un mort ?
La tombe est déjà creusée,
Les larmes sont à louer aussi …»

A. Azergui

Lire notre article cette affaire :

Assassinat d’un militant du Mouvement amazigh à Marrakech : Barbarie, mensonges et manipulations

Assassinat d’un militant du Mouvement amazigh à Marrakech : Barbarie, mensonges et manipulations

Le 23 janvier 2016, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis acquis aux thèses du Polisario, armés de sabres et de haches ont attaqué cinq étudiants, militants du Mouvement amazigh, à l’entrée de la faculté des lettres de Marrakech, leur provoquant de graves blessures. Parmi les blessés figurent Omar Khaleq, âgé de 26 ans. Cet étudiant originaire d’Ikniwen, un village situé dans la province de Tinghir, a reçu plusieurs coups donnés par des haches et des sabres. Omar qui a obtenu sa licence en histoire à l’issue de l’année universitaire 2014-2015 à l’université Cadi Ayad et poursuivait cette année ses études de master au sein de cette même université, a succombé à ses blessures le 28 janvier 2016.

La victime a été inhumée le 29 janvier dans son village natal. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à ses funérailles.

Barbarie

revendication de l'assassinat
Revendication de l’assassinat

Les assaillants, cagoulés, s’étaient acharnés sur Omar Khaleq, alias « Izem ». Un coup de sabre a transpercé sa cage thoracique et endommagé ses poumons. Sa boite crânienne et l’un de ses bras ont été également fracturés. L’attaque visait à donner la mort.

Juste après ce crime, les assaillants ont revendiqué fièrement leur acte sur la page Facebook des « étudiants sahraouis à Marrakech ». La rhétorique utilisée dans ce message est guerrière. Le message parle de quatre blessés et d’un cinquième laissé pour mort – allusion faite à Omar Khaleq – et aussi de « violence révolutionnaire » dont il faudra user contre le Mouvement amazigh.

L’attaque a été préméditée et soigneusement préparée. Les étudiants qui y sont impliqués seraient venus spécialement d’Agadir pour l’accomplir.

Mensonges et désinformation

La plupart des médias marocains ont relié cette information depuis le jour de l’attaque en évoquant des affrontements entre étudiants sahraouis et autres membres du Mouvement amazigh universitaire à Marrakech, sans donner plus de détails. Ces médias tentaient de brouiller les pistes parce qu’il n y’avait pas, en réalité, d’affrontements directs entre les deux parties. Le but de ces médias étant de décrédibiliser le Mouvement amazigh et le taxer de violent, alors qu’il est le seul à avoir proposé à toutes les formations politiques au sein de l’université une charte appelant au rejet de la violence.

Les assaillants avaient attaqué des étudiants qui venaient de sortir de leurs examens. Il n’y avait donc pas d’affrontements.

Le deuxième mensonge est propagé par le ministère de l’enseignement supérieur de l’Etat marocain. Dans un communiqué non daté diffusé sur sa page Facebook, il affirme que Omar Khaleq n’était pas inscrit à l’université et n’était pas étudiant, alors qu’un communiqué de l’université de Marrakech, où la victime poursuivait ses études, confirme que l’étudiant est bien inscrit à l’université. Dans ce même communiqué, le ministère menace les étudiants impliqués dans des violences d’exclusion et de privation de bourses.

Cette thèse officielle a été également propagée par des médias marocains. Certains sont même allés trop loin. Pour eux, la victime, Omar Khaleq, travaille dans une entreprise de sécurité et n’était pas étudiant.

Manipulation

Jeudi, le jour de la mort de Omar Khaleq, la deuxième chaîne de télévision marocaine 2M a diffusé un reportage sur l’assassinat. La chaîne a manipulé les faits présentant la victime en premier lieu comme « défenseur de la marocanité du Sahara » et par la suite comme un « grand défenseur de la cause amazighe ». La chaîne a diffusé une série de témoignages d’étudiants pour approuver sa thèse. 2M a ainsi utilisé le meurtre pour manipuler l’opinion. En axant sur le Polisario, la chaîne tend à faire oublier aux téléspectateurs que la victime est d’abord un militant du Mouvement amazigh et s’il a été tué c’est par ce qu’il défend avec acharnement son amazighité et non la « marocanité du Sahara ». Sinon, pourquoi la chaîne a oublié les quatre autres militants également visés par les assaillants. Pourquoi 2M ne leur a pas donné la parole puisqu’ils sont hospitalisés et blessés parce qu’ils défendent la prétendue « cause nationale » du Sahara.

Les raisons de l’attaque

D’après des étudiants membres du Mouvement amazigh contactés sur place, les raisons de l’attaque sont claires. Quelques jours avant ce meurtre, le Mouvement amazigh a animé une activité à la cité universitaire de Marrakech pour exiger que des étudiants originaires de provinces lointaines et pauvres puissent bénéficier d’aides similaires à celles dont profitent les étudiants originaires du Sahara occidental. Ces derniers ont le droit de se déplacer par train ou pas bus gratuitement, bénéficient de bourses, d’aides financières et d’un droit d’inscription au master et au doctorat sans subir d’examens. Ces avantages ont été mis en place par la monarchie pour corrompre les habitants de ces régions et les amener à défendre les thèses marocaines sur la Sahara occidental.
La plupart des membres du Mouvement amazigh à Marrakech sont originaires de la région de Dra-Tafilalet. Ils exigent de bénéficier, eux aussi, de droits comme les avantages sur les tarifs des transports et l’accès aux cités universitaires, ce que les autorités leur refusent parce qu’ils ne sont pas « sahraouis ».

Le communiqué honteux du ministère
Le communiqué du ministère

Pour rappel, le mouvement estudiantin amazigh organise chaque année des manifestations à Tinghir pour exiger plus de bourses et d’aides aux étudiants.

Pressions

Juste après la mort de Omar Khaleq, les autorités ont exercé des pressions sur sa famille pour l’enterrer la nuit-même au le lendemain au lever du jour. Le but étant d’empêcher que des milliers de personnes prennent part à ses funérailles. Malgré ces pressions, des milliers de militants sont arrivés à Ikniwen le vendredi matin pour assister à l’enterrement. Le même jour, des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes de la région et dans plusieurs universités. Des appels à manifester devant le parlement marocain à Rabat ont été lancés.

Ces pressions sont courantes. Après la mort de Mbark Oularbi, leader du groupe Saghru Band, les autorités d’Imtghren avaient également exercé des pressions similaires sur sa famille, empêchant des dizaines de personnes venues de loin d’assister à son enterrement.

« Justice »

D’après des médias marocains, au moins onze personnes, tous des étudiants sahraouis, ont été arrêtées et poursuivies pour meurtre avec préméditation. Le tribunal de Marrakech a refusé de les poursuivre en état de liberté vu la gravité des faits qui leur sont reprochés. Ceci dit, e Mouvement amazigh doit être très vigilant et ne pas faire confiance aux tribunaux marocains. Il ne doit pas avoir la mémoire courte. On se rappelle tous comment les autorités marocaines ont manipulé, en 2007, des étudiants arabistes, allant jusqu’à leur verser de l’argent, pour attaquer des étudiants amazighs dans plusieurs universités, notamment à Imtghren et à Meknès, et comment plusieurs dizaines de militants amazighs avaient été blessés grièvement, arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prisons. Suite à de faux témoignages et à des preuves fabriquées de toutes pièces, deux de ces militants Mustapha Ousaya et Hamid Ouadouch, croupissent toujours dans la prison de Toulal à Meknès pour des meurtres qu’ils n’ont jamais commis.

Le tribunal de Marrakech pourra libérer les criminels qui ont tué Omar Khaleq dès que l’agitation et la colère provoquées par cet assassinat s’estompe, ou encore les condamner à des peines très légères et symboliques. Tout est possible dans la monarchie de Mohammed VI où l’injustice est monnaie courante.

Etrange coïncidence

Alors que des étudiants arabistes attaquent des étudiants amazighs à Marrakech, l’administration de la prison de Toulal à Meknès informe Mustapha Ousaya qu’il a été gracié et qu’il sera libéré le 20 mai prochain, alors que son codétenu, Hamid Ouadouch, n’a pas bénéficié de cette mesure. Les deux détenus, qui étaient condamnées en 2007 à dix ans de prison chacun, convaincus de leur innocence, avaient toujours refusé de solliciter la grâce royale.

Vigilance

Il n’est pas exclu que la police de la monarchie procède à l’arrestation de militants amazighs suite au meurtre de Omar Khaleq. Le Mouvement amazigh doit redoubler de vigilance et tirer les leçons des précédentes attaques menées contre ses membres. Il est également temps que le Mouvement amazigh universitaire unisse ses forces, se structure et s’organise pour faire face aux forces ennemies qui aspirent à le provoquer afin de l’attirer vers la violence.

A. Azergui