« Le chant de la guerrière », un torrent de colère.

C’est un recueil très engagé que nous offre Amina Amharech. Le lecteur est happé d’emblée par un torrent de colère et de révolte qui traverse toute l’oeuvre. Ce recueil n’est pas de ceux qui se morcèlent. Il forme un seul bloc, brûlant comme des braises. Il se lit d’un trait.

L’engagement forme l’épine dorsale de ce livre qui conjure le mauvais sort, pleure les oubliés et les malheurs qui frappent les Atlas meurtris par tant de décennies de marginalisation et de mépris.

Amina est témoin de son temps. Elle est une chroniqueuse qui croque le quotidien difficile de petites gens exilées dans leur peau. Elle décrit, gueule, crie, rêve et surtout pleure l’Atlas. Tourmentée par tant de malheurs, tant de détresse, tant de rêves avortés, l’auteure adopte une sorte d’écriture parlée. Des mots simples pour dire une grande colère. Ces mots transpirent sa langue maternelle. Amina pense en Tamazight et pleure en français.

De l’assassinat d’Omar Khaleq dit « Izem » à la décapitation de « Rifinox » en passant par l’affaire d’Imider, de celle des enfants morts de froid dans les régions d’Anefgou et d’Imilchil et du berger Hamid Ouali retrouvé mort dans l’indifférence dans les neiges de Bouyeblan, la poétesse dresse le portrait d’un peuple traqué, combattu et oublié, et dont les enfants sont forcés de s’exiler sur leurs propres terres. Certains sont parfois tués, d’aucuns jetés injustement dans les geôles. D’autres, désespérés, sont forcés à l’exil.

Amina parcourt les Atlas et le Rif frappés par le même mal. Elle s’abreuve de leurs malheurs pour nous offrir de belles et tristes chroniques. Elle incarne cet imaginaire poétique amazigh qui a toujours su résister à l’indifférence, à la répression politique avec tant de finesse et de subtilité. Elle est la « Mririda » moderne qui a choisi d’être témoin que victime, libre et non soumise. Dans ses textes, Amina transcende la subtilité légendaire des poètes traditionnels. Elle se révolte. Ses textes sont un cri de colère dans la nuit qui s’est abattue sur les Atlas et le Rif. Elle réveille les consciences, met des mots crus sur les plaies toujours ouvertes, qui refusent de se cicatriser. Elle se veut une guerrière qui dit haut ce que, ceux murés dans le silence, pensent tout bas.

Amina porte en elle l’étendard de la lutte. Elle est cet étendard. Elle l’assume en publiant ce recueil.

Au lieu de subir dans le silence, elle a choisi comme tant d’autres d’écrire, de composer des poèmes, de dénoncer, de distiller du courage dans les cœurs meurtris des habitants de ces régions laissées pour compte. Sa voix, écrit-elle, est celle de « gazé », de « broyé », de « kidnappé », de « l’assassiné », de « l’immolé », de « spolié », de « l’appauvri », de « l’humilié » et de tous les sacrifiés, sans voix. Toute une nomenclature de termes, de mots qui renseignent sur les maux d’un peuple opprimé jusque dans ses terres.

Ses textes, similaires à des braises, sont jetés brûlants et crus à la face d’un monde qui ne sait plus écouter les marginalisés et les reclus. Face à ce silence et comme le font les Imazighen depuis la nuit des temps, elle fait appel à la malédiction (amuttel) pour que les « vaincus » puissent prendre leur revanche et s’affranchir d’une autre malédiction, cette fois-ci maligne et maléfique, qui les enchaîne depuis la pénétration française au Maroc. Elle s’adresse à Amuttel comme à un dieu sauveteur :

Amuttel

Que ton règne arrive

Et que l’injustice s’éteigne

Rendant enfin l’espoir

Aux condamnés

Qui prient résignés

Dans le froid

Des geôles loin des leurs

Qui là-bas au loin

Pleurent

Meurent.

Ce recueil est un manifeste. Un appel lancé à tous ces Hommes, privés de leurs rêves, de leurs droits, de leurs terres, à se soulever, à marcher, à apprendre à élever la voix. Et à dire NON.

Par : Aksil  Azergui

 

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