Roman amazigh : Le lectorat n’est pas encore au rendez-vous

Zakaria Bouazrour est né en 1996 à Izilef, un village situé près de Tinejdad dans la région de Tafilalet. Il est enseignant de langue française à Agdez (Ouarzazat). Son premier roman « Tayri Tamellalt » vient de paraître. Nous l’avons rencontré et a bien voulu répondre à nos questions.


Vous avez publié récemment un roman intitulé « Tayri Tamellalt ». Pourquoi le choix du roman, sachant que vous écrivez essentiellement de la poésie ?

Zakaria Bouazrour : Oui, normalement je m’intéresse souvent à la poésie amazighe, mais cette fois-ci j’ai décidé de choisir un autre genre littéraire très rare : le roman. En effet, la raison qui m’a poussé vraiment à opter pour ce genre, c’est la possibilité que m’offre de m’exprimer librement loin du respect des règles de versification qui obligent le respect de rythme (rime) et de mètre du vers poétique. Toutefois, le roman, pour moi, est un genre exceptionnel qui se caractérise par une forme de liberté d’écriture et d’expression. Dans ce même cadre, j’ai fait le choix d’écrire en caractères latins afin de mettre en valeur l’écriture en tamazight. Cet alphabet international est très adéquat au niveau de la rédaction d’un roman.
Bref, ce choix est également une tentative de présentation de mon propre style de narration et de description.

Quelles sont les difficultés auxquelles font face les auteurs du roman en tamazight avant et après publication ?

Au sujet des difficultés d’écriture du roman en tamazight, il convient de noter que les écrivains rencontrent tout d’abord le problème d’absence de modèle ou bien d’exemple qu’ils peuvent suivre pour rédiger un autre travail avec leur propre style, car il faut lire beaucoup pour écrire et pour avoir un bon style. Aussi ils souffrent d’absence d’ouvrages théoriques qui traitent du roman en tamazight pour avoir des informations sur le roman, sa structure, ses caractéristiques, sa forme, etc.

Pour ma part, j’ai été confronté à la difficulté du choix de la variante à utiliser pour faire comprendre à l’ensemble des Amazighs mon texte sachant qu’au sein d’une même région plusieurs variantes peuvent se présenter. Il m’arrive d’ailleurs de me poser cette question : mes lecteurs comprendront-ils mon texte au niveau du sens des mots et au niveau de la charge culturelle ? Car comprendre le sens des mots ne permet pas la compréhension du sens profond de certaines expressions. J’ai donc fini par décider d’utiliser mon propre parler avec sa purification bien sûr pour écrire un texte purement amazigh.
Après la publication, qui était presque un rêve à cause notamment d’absence de financement, se pose le problème de cadre de diffusion et de promotion. Les auteurs ne sont pas encouragés et le lectorat n’est pas au rendez-vous. Même si le problème se pose au niveau mondial, mais le lectorat amazigh est dans la phase de formation. Peut-être que lorsque nous aurons une productions littéraire assez conséquente, on pourra parler d’un vrai lectorat qui adore cette littérature.

Quelle est la situation de la création littéraire en général dans le Tafilalet ?


Dans le Tafilalt, à vrai dire les romans et les auteurs sont rares, surtout en tamazight. Mais ces dernières années il y a un changement remarquable : nous constatons l’apparition de quelques nouveaux écrivains et poètes qui ont bousculé les habitudes. La prise de conscience quant à l’amazighité et l’émergence de nouveaux intellectuels notamment dans les deux vallées Gheris et Ferkla (Tinejdad et Goulmima) a contribué à ce changement.


Propos recueillis par :
Aksil Azergui
Source : Tamazgha.fr