Le Maroc, un Etat toxique pour les militants Rifains ?

Le Rif a été saccagé et mis à genou par la répression policière, militaire, économique, culturelle et politique qui dure depuis 1959. Des milliers de Rifains qui ont manifesté pacifiquement pour exiger la vie dans la dignité ont été arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prison. Plusieurs enfants avaient subi cette répression froide et systémique de la monarchie marocaine. Le cas de Mahmoud Bouhnouch, ce détenu politique arrêté en 2017alors qu’il était mineur et condamné à 15 ans de prison ferme, est révélateur de cette haine du Rif, de cette volonté de l’écraser.


Depuis le début des manifestations dans le Rif en 2016, des milliers de Rifains ont fui cette région frondeuse, par peur de répression, vers l’Europe où certains ont bénéficié de l’asile politique. Le Maroc est devenu un coupe-gorge pour les Rifains militants et qui se battent pour la dignité. Un rapport rendu public par le gouvernement hollandais le confirme.

Le Maroc classé « pays non sûr » pour les militants de la cause rifaine

D’après un rapport de réévaluation de la liste des « pays sûrs », qui comprend le Maroc, l’Algérie et la Tunisie publié en février 2021 par le gouvernement hollandais, le Maroc est classé comme un pays « non sûr » pour les militants rifains. Ce texte officiel, portant sur la gouvernance et la situation des droits humains au Maroc, se trouve sur le site de la Tweede Kamer, la Chambre basse du Parlement néerlandais (Staten-Generaal).

Dans une lettre envoyée au président de la Chambre des représentants des Pays Bas, le secrétaire d’État à la justice et à la sécurité, Ferdinand Grapperhaus, a expliqué qu’il faudra « désigner les militants du mouvement populaire rifain et les journalistes qui ont rendu compte de la situation dans le Rif et des manifestations qui s’y déroulent comme un groupe exceptionnel ». La lettre précise également que les personnes appartenant aux groupes d’exception mentionnés sont exemptées de la désignation de « pays d’origine sûr » et que leurs demandes d’asile doivent être traitées différemment.

C’est la première fois que les Pays-Bas reconnaissent que le Rif est dangereux pour ses habitants qui dénoncent la répression politique marocaine. Pour rappel, les Pays Bas avaient accordé ces derniers mois l’asile politique à plusieurs militants rifains.

Une nationalité toxique

Ce rapport accablant pour la monarchie marocaine intervient alors qu’un manifeste a été publié en septembre dernier par douze militants politiques rifains. Ces activistes, parmi lesquels figurent des artistes, des écrivains et des cadres associatifs néerlandais d’origine rifaine, ont appelé les autorités et la société néerlandaises à les aider à abolir la double nationalité. Ils souhaitent se défaire de leur nationalité marocaine. Dans ce document, ils expliquent que « le Maroc a créé depuis les années 1970 toute une gamme d’institutions gouvernementales pour espionner, intimider, séduire, recruter et corrompre les Marocains aux Pays-Bas ».

Le parti social-libéral Démocrates 66 (D66) avait apporté son soutien aux signataires de ce manifeste. Le député Jan Paternotte a affirmé que les Maroco-néerlandais ont le droit de choisir leur nationalité.

Les rédacteurs du manifeste expliquent qu’ils ne peuvent pas s’exprimer sur les événements du Rif et sur la situation des droits humains dans ce pays, sans risquer des représailles une fois de retour dans le Rif. Leur nationalité d’origine les prive de ce droit de s’exprimer librement même s’ils vivent et travaillent dans un pays libre et démocratique, comme les Pays-Bas.

Grève de la faim

Dans le Rif, la répression ne faiblit pas. Les détenus politiques rifains ont entamé une grève de la faim pour dénoncer leur dispersion dans différentes prisons du pays pour mieux les neutraliser et les empêcher de communiquer. Mohamed El Haki, détenu à la prison de Larache, Zakari Adhchour et Samir Aghid à la prison de Berkane, Nabil Ahamjik au centre d’Oujda et Nasser Zefzafi et Mohamed Jelloul à la prison de Tanger ont pris la décision d’observer une grève de la faim.

D’après des sources rifaines, Mahmoud Bouhnouch, arrêté alors qu’il n’était âgé que de 15 ans et condamné à 15 ans de prison ferme pour avoir pris part à des manifestations pacifiques à Biya (El Houceima), a également entamé une grève de la faim pour dénoncer les conditions de son incarcération dans la prison de Selouane (près de Nador). Le prisonnier avait été maintenu à l’isolement seul. Ces grèves de la faim durent depuis deux semaines.

D’après le père de Nasser Zefazafi, la situation de santé de son fils s’est considérablement dégradée suite à cette grève. Le 18 février, Ahmed Zefzafi
a rendu publique une vidéo dans laquelle il appelle les autorités marocaines à libérer 24 détenus du mouvement rifain. Il explique qu’« ils ont enduré assez de souffrances jusqu’à présent. » Il a rappelé qu’il venait d’être interdit de parler à son fils au téléphone.

D’après l’agence espagnole de presse EFE, sept militants de la cause rifaine sont arrivés lundi 18 janvier 2021 à Granada, sur les côtes espagnoles, à bord de deux embarcations de fortune. Ces militants avaient été arrêtés arbitrairement et ont purgé des peines de prison de trois ans suite aux manifestations pacifiques qui avaient secoué le Rif.

L’exode vers l’Europe

L’agence espagnole, qui cite des membres des familles de ces militants, explique qu’ils avaient fui le Rif pour éviter qu’ils ne soient à nouveau incarcérés. Ils avaient été harcelés par la police politique marocaine. Certains sont toujours poursuivis pour avoir manifesté à nouveau et risquent d’être de nouveau jetés en prison.

Lors de cette même journée du 18 janvier 2021, la marine espagnole a intercepté quatre autres embarcations à bord desquelles étaient entassées 36 personnes dont des femmes et des enfants mineurs. Des familles entières fuient le Rif pour échapper à la répression politique et économique subies par cette région.

Citant un rapport d’une ONG espagnole, l’agence rapporte qu’au cours de la deuxième moitié de l’année 2020, quelque 1766 personnes originaires du Rif sont arrivées à bord d’embarcations sur les côtes espagnoles. Elles sont presque toutes originaires de Biya, Driouch et Nador.

Le rapport affirme que ces Rifains avaient fait le choix de fuir la région par ce que rien n’a été fait pour améliorer les conditions de vie des habitants après les manifestations organisées pour exiger des routes, des écoles, des hôpitaux, des projets de développement et des emplois. La seule réponse aux revendications des habitants était la répression. Rappelons que plus de 2.000 personnes ont été arrêtées et condamnées à des peines de prison.

Incitation au départ

Ces départs des habitants du Rif en Europe seraient tolérés, voir encouragés, par les autorités marocaines qui souhaitent vider la région de toutes ses forces vives. Sinon comment expliquer que des centaines de personnes quittent les côtes de la région, classée de surcroît zone militaire, sans que personne ne s’en aperçoive. Faudrait-il, par ailleurs, rappeler que des dizaines de personnes sont disparues en mer en tentant de rejoindre l’Europe.

L’immigration a été utilisée depuis les années 1960 pour dominer le Rif qui échappait au contrôle de la monarchie. Le but étant de le vider de sa population. Rabat a encouragé des dizaines de milliers de Rifains à se rendre en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Ces départs sont une soupape pour la monarchie qui a utilisé l’immigration pour vider des régions à forte concentration amazighe comme le Souss, le Tafilalet ou le Moyen-Atlas.

Aksil Azergui

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