« L’Iliade et l’odyssée » d’Homère adapté en Tamazight.

Homère, le prince des poètes, est l’auteur de deux incomparables poèmes qui ont traversé l’histoire, « L’Iliade et l’Odyssée ». La première de ces épopées, composée de 15.337 vers, a pour sujet un épisode de la guerre de Troie, la querelle aux conséquences multiples entre Achille et Agamemnon à propos d’une captive, et les différends entre les dieux. La seconde est le roman du retour d’Ulysse dans son île d’Ithaque. Elle est composée de 12.000 vers.

Ces poèmes, qui n’ont pas pris une seule ride, ont été écrits il y’a plus de 3.000 ans en grec ancien et avaient été traduits dans plusieurs langues. Ce livre est l’un des piliers de la littérature et de la civilisation occidentales.

Cette traduction/adaptation de L’Iliade et l’Odyssée d’Homère (780-720 av. J.-C.) en langue Tamazight a pour but de faire connaître cette œuvre majeure de la littérature méditerranéenne, d’autant plus que certains contes contenus dans l’Odyssée sont toujours racontés dans différentes régions d’Afrique du nord. L’histoire d’Ulysse et du cyclope Polyphème est très répandue et avait fait l’objet de plusieurs études depuis le début du siècle passé. Celle de Charybde aussi (le monstre aux six têtes).

Faudra-t-il rappeler que d’après une carte des voyages d’Ulysse établie par plusieurs chercheurs dont Victor Bérard (1864-1931), deux sites visités par Ulysse sont situés en Afrique du nord. Le pays des Lotophages est Djerba et la grotte de Calypso est située à Tinjis (Tanger actuelle).

Cette présence de l’Afrique du nord dans L’Iliade et l’Odyssée révèle l’importance de cette région pour les Grecs dans l’antiquité. Ses habitants (nommés « Les libyens ») avaient des relations commerciales avec les différents peuples des rives nord. « La Libye » est aussi présente dans le livre de l’auteur latin Virgile intitulée « Eneide ».

C’est la lecture et la découverte de ces contes et de ces réalités qui m’ont incité à adapter ce livre en langue Tamazight. Mon but essentiel est de faire connaître cette œuvre.

Aksil Azergui

Roman amazigh : Le lectorat n’est pas encore au rendez-vous

Zakaria Bouazrour est né en 1996 à Izilef, un village situé près de Tinejdad dans la région de Tafilalet. Il est enseignant de langue française à Agdez (Ouarzazat). Son premier roman « Tayri Tamellalt » vient de paraître. Nous l’avons rencontré et a bien voulu répondre à nos questions.


Vous avez publié récemment un roman intitulé « Tayri Tamellalt ». Pourquoi le choix du roman, sachant que vous écrivez essentiellement de la poésie ?

Zakaria Bouazrour : Oui, normalement je m’intéresse souvent à la poésie amazighe, mais cette fois-ci j’ai décidé de choisir un autre genre littéraire très rare : le roman. En effet, la raison qui m’a poussé vraiment à opter pour ce genre, c’est la possibilité que m’offre de m’exprimer librement loin du respect des règles de versification qui obligent le respect de rythme (rime) et de mètre du vers poétique. Toutefois, le roman, pour moi, est un genre exceptionnel qui se caractérise par une forme de liberté d’écriture et d’expression. Dans ce même cadre, j’ai fait le choix d’écrire en caractères latins afin de mettre en valeur l’écriture en tamazight. Cet alphabet international est très adéquat au niveau de la rédaction d’un roman.
Bref, ce choix est également une tentative de présentation de mon propre style de narration et de description.

Quelles sont les difficultés auxquelles font face les auteurs du roman en tamazight avant et après publication ?

Au sujet des difficultés d’écriture du roman en tamazight, il convient de noter que les écrivains rencontrent tout d’abord le problème d’absence de modèle ou bien d’exemple qu’ils peuvent suivre pour rédiger un autre travail avec leur propre style, car il faut lire beaucoup pour écrire et pour avoir un bon style. Aussi ils souffrent d’absence d’ouvrages théoriques qui traitent du roman en tamazight pour avoir des informations sur le roman, sa structure, ses caractéristiques, sa forme, etc.

Pour ma part, j’ai été confronté à la difficulté du choix de la variante à utiliser pour faire comprendre à l’ensemble des Amazighs mon texte sachant qu’au sein d’une même région plusieurs variantes peuvent se présenter. Il m’arrive d’ailleurs de me poser cette question : mes lecteurs comprendront-ils mon texte au niveau du sens des mots et au niveau de la charge culturelle ? Car comprendre le sens des mots ne permet pas la compréhension du sens profond de certaines expressions. J’ai donc fini par décider d’utiliser mon propre parler avec sa purification bien sûr pour écrire un texte purement amazigh.
Après la publication, qui était presque un rêve à cause notamment d’absence de financement, se pose le problème de cadre de diffusion et de promotion. Les auteurs ne sont pas encouragés et le lectorat n’est pas au rendez-vous. Même si le problème se pose au niveau mondial, mais le lectorat amazigh est dans la phase de formation. Peut-être que lorsque nous aurons une productions littéraire assez conséquente, on pourra parler d’un vrai lectorat qui adore cette littérature.

Quelle est la situation de la création littéraire en général dans le Tafilalet ?


Dans le Tafilalt, à vrai dire les romans et les auteurs sont rares, surtout en tamazight. Mais ces dernières années il y a un changement remarquable : nous constatons l’apparition de quelques nouveaux écrivains et poètes qui ont bousculé les habitudes. La prise de conscience quant à l’amazighité et l’émergence de nouveaux intellectuels notamment dans les deux vallées Gheris et Ferkla (Tinejdad et Goulmima) a contribué à ce changement.


Propos recueillis par :
Aksil Azergui
Source : Tamazgha.fr

Il était une voix en Kabylie (documentaire)

Mis en avant

De son vivant, Matoub Lounès, poète et chanteur amazigh, était déjà une légende. Sa mort tragique survenue le 25 juin 1998 près de son village Taourirt Moussa, en Kabylie, alors qu’il n’avait que 42 ans, l’a propulsée dans le mythe.

Le chanteur était probablement victime d’un complot politique minutieusement préparé et exécuté. Son assassinat n’est toujours pas élucidé.

Ecorché vif, poète et ciseleur de mots hors-pair, Lounès Matoub est un véritable maquisard de la chanson. Il a usé de textes tranchants, sincères et sans concessions pour dire des vérités que très peu d’intellectuels et de chanteurs osent clamer publiquement. Matoub était très engagé sur plusieurs fronts, notamment pour la défense de l’identité amazighe et contre l’islamisme et le régime algérien.

Pourtant, rien ne destinait ce jeune montagnard, à l’enfance turbulente et difficile et à l’adolescence chaotique, à devenir le porte-voix de tout un peuple. Chassé de tous les collèges qu’il avait fréquentés à cause de son tempérament bagarreur et son indépendance d’esprit, il s’était formé tout seul.

Méprisé par certains intellectuels kabyles à ses débuts, interdit d’antenne à cause de ses prises de positions jugées radicales, il parvint à faire entendre sa voix égratignant au passage le régime d’Alger, les Berbères de service et tous les scélérats.

Au fil des années, il devint le symbole de l’ensemble des Amazighs à traves l’Afrique du Nord.

Ce documentaire revient sur le parcours de Lounès Matoub ainsi que sur son engagement poétique.

IL ETAIT UNE VOIX EN KABYLIE (Bande annonce) from Aksel Yafelman on Vimeo.

IL ETAIT UNE VOIX EN KABYLIE
Documentaire de 54 minutes.
Langues : Amazigh, Français.
Un film de : Aksil AZERGUI
Produit par : Crinière du Loup.

Itri

Innesrurem-d yiḍ amm ka n wuccen
Isars anucucen-nnes ẓẓaynin ɣef waman.
Inurez ad isew g teɣbalut n tallest, amm ku tameddit.
Mhaqqyen waman
Rgagen. Rekkiẓen
Ugin
Nnemrurin.
« Is isul usidd n tafuyt add yuɣul ? »
Tseqsa teɣbalut tallest.
« Amm ku yass seg mayed illa wakal tili tafuyt», inna-as yiḍ.
Tmessus tallest iẓelgen asidd ilqaqen itleqqafen iman ɣef iqaccwen n idurar. Ur tri ad tt-tfel ad iddu. Izeggwaɣ amm unzi.
Iɣwma yigenna irwasen asif n idammen.
Ur yukiz yiḍ.
Ira ad ires ɣef wakal. Iṛmi seg uganni.
« Rẓem-as ad iddu. Aǧǧ-i ad suɣ seg waman-nnem, add suggzeɣ anuddem d usgunfu ɣef wallen n imdanen i-ithaggwamen. »
Terẓem tallest i yan ifizer n tafuyt isellawen, tḍer-d tallest ɣef udrar.
Ammi isrey useṭṭa. Ansa iffeɣ usidd, ikcem-t yiḍ. Iẓleg-t ger iɣallen-nnes dusnin.
Iswa yiḍ seg waman rekkiẓnin n teɣbalut. Yukey d usennan n tmektit ittemra g ugerḍ-nnes. Yakez is d-tlula kra n titrit.
Yannay-tt tulid seg tmurt. Isella awed i kra n uẓawan ifessusen ar isawal ɣef imezwura d wumyin-nnsen. Iwet awed aḍu n uqbu itɣusen g walmessi.
Iksi Yiḍ titrit irɣan isettmer-tt g yigenna.
« Dɣikk, ilaq ad as-nefk isem », ayd inna.
Ur as-d-testin tallest. Tefsey. Terwas akeffus iɣwman akal d yigenna. Xseyn akw yitran af ad aǧǧin itri amaynu ad issadd i wulawen ẓẓaynin, kternin s imeṭṭawen d ungaẓ. Idmaren n imdanen tezdeɣ-ten tmettant. Da tettrun s ifesti.
Seg wakal, nnan :
« Ilula-d yitri meqquren ! »
Irnu yitri g usaddi, allig d-tuley tifawt. Innesrurem yiḍ, ineqqeṛ iceḍran-nnes seg unuddem d seg ukeffus n tallest, iffeɣ nnig tmurt.

«Ur ǧǧin anniɣ kra n yitri irwasen wa. Ad tt-fleɣ ad iseflilley g yigenna, iseflilley g wulawen n imdanen timiḍa d tmiḍa n iseggwasen ɣwezzifnin », ayd inna yiḍ.

Ar iswingim yiḍ, inna-as : « Uress mayed igan isem-nnes ? »
« Yidir ! Ur ttettu isem-ddeɣ !», ayd as-inna waqqay n tallest tama n umeẓẓuɣ.

Yidir. Ad yidir.



A. Azergi




Idir ou la voix tragique


Idir était au commencement une voix. La voix de tous : des ancêtres, des peuples et de la nature. Elle donnait de la vie, des parfums et des couleurs aux mots qu’elle interprétait. Elle portait dans ses cordes un chant. Un chant venant de loin, de notre nuit des temps. Un chant aérien qui a traversé les temps avant de trouver écho dans cette voix, mélodieuse et fragile, dans laquelle il a pris forme et par ce chant cette voix a pris un nom : Idir, qui signifie «Vis !» à l’impératif.

Idir, un jeune chanteur, qui vient de réveiller les morts par une nuit d’hiver, le temps d’une émission radiophonique. Il a ressuscité l’âme des ancêtres disparus et réveillé les mémoires des vivants oubliés. Les ancêtres et leurs descendants également oubliés par l’histoire. Quoi de plus fort que l’art pour remettre en cause une histoire officielle écrite par les vainqueurs avec le sang des vaincus ? Quoi de plus fort que l’art pour faire renaître, comme au printemps, l’amour de la vie dans les cœurs asséchés par tant d’injustices ?

Idir, une puissante voix tragique qui est allée chercher de l’avenir au-delà de l’histoire. Une histoire officielle qui a cru nous avoir tués et enterrés. Il suffit d’un chant pour que tout recommence. Il suffit d’une forte et pure émotion pour que tout se reconstruise et que le refoulé et le naturel reviennent au galop, et ce au détriment du discours politique et historique que la raison du plus fort a érigé pendant des siècles. Ne dit-il pas dans l’une de ces chansons : « Tecfam taqsiṭ nettawi, ɣef lekdeb yuzlen aseggwas. Tidett ma tebda tikli a t-qḍeɛ deg yiwen wass/ Vous vous rappelez tous de cette histoire que nous racontons, à propos du mensonge qui a couru pendant un an. Et que la vérité rattrape dès qu’elle se met à marcher.» – Il en va des mensonges comme des propagandes religieuses et idéologiques, elles ne résistent pas devant l’authenticité et la puissance de l’art.

Voilà pour la mission que les ancêtres lui ont confiée. Une mission qu’il a réussi à accomplir à travers ses cordes vocales et instrumentales. Une mission dans laquelle il a mis toute son âme et tout son savoir. Une mission pour laquelle il a été taillé et destiné. Un rejeton de Prométhée qui a encore une fois volé du feu aux dieux pour le ramener à ses semblables. Le feu symbole de savoir et de lumière, pierres inaugurales de toute civilisation.

Après le combat de jeunesse, fait à l’instar des grands de son temps, et qui lui a valu le surnom de Lennon kabyle, il a inscrit nos chants dans l’histoire de la musique universelle. Pour une fois, la chanson kabyle quitte ses modes orientaux, pour rejoindre la World Music, avec tout ce que celle-ci exige d’harmonie et d’accords. Idir a donné un souffle moderne à la chanson, ce qui a suscité chez les jeunes de la grande époque un grand engouement pour la musique. D’autant que sa réussite a permis un pont vers les musiques américaines et européennes. Il a dans chaque disque tenté d’ouvrir de nouvelles pistes musicales à la chanson kabyle, du folk au celtique, en passant par le flamenco.

Il est pour tout Kabyle un symbole de réussite et de modernité. Un féministe, un humaniste, ami des minorités et des opprimés. Il incarne le goût du travail bien fait, la simplicité, l’ouverture d’esprit, la longévité et la sagesse. Il est même considéré par les siens comme leur représentant et ambassadeur attitré à l’étranger. Une marque de considération et de confiance qu’il a honorée pendant presque un demi-siècle de succès.

Idir a mis à jour la culture méditerranéenne ancestrale, il a mis en valeur et rendu visibles les chants anciens de nos mères sans voix. Il les a modernisés et fait écouter au monde avec fidélité nos douleurs et nos espoirs, nos larmes et nos joies, nos émotions et nos ressentis. Même si la langue kabyle n’est pas comprise partout, son interprétation et sa douceur vocale ont fait d’elle un langage musical universel compréhensible par tous les humains. Rien ne vaut un joli chant pour parler de son pays !

Idir est ce mélomane tragique. De l’ordre et de l’harmonie du maître apollinien au rythme de flûte du berger dionysiaque, il nous a appris à la fois, grâce au premier, les lois universelles, et a réveillé, grâce au second, le dieu Pan qui sommeille dans chaque Kabyle. Tous ces airs nostalgiques à la flûte nous réconcilient avec la nature, avec nos champs et leurs esprits. Des airs de joie avec un fond de mélancolie et de mélancolie avec un fond de joie. N’est-ce pas dans cette culture tragique, en dehors du temps politique et historique, que se trouve l’équilibre de notre société ? N’est-ce pas grâce à cette culture que nous avons réussi à traverser tous ces siècles obscurs que l’histoire nous a durement imposés ?

Rien ne lui manquait. Il avait toutes les qualités, humaines et artistiques. Il nous a sauvés de la musique horizontale et monocorde, il a chanté avec les plus grands, il est peut-être l’un des rares à être reconnu en tant que Kabyle grâce à son travail et à son aura. J’ai presque envie de lui redire ces mots qu’un admirateur a dit un jour à Jean Ferrat : «Monsieur Ferrat, vous avez de belles musiques, de beaux textes et une belle voix, vous n’avez aucun mérite !»

Aujourd’hui le voilà parti rejoindre ses pairs. A la mort de Muhend U Yehya, il a commencé son hommage par cette belle citation de Jean-Louis Trintignant : «Ne pleure pas de l’avoir perdu, mais réjouis-toi de l’avoir connu.». Nous te dirons la même chose aujourd’hui, cher disparu : Nous nous réjouissons de t’avoir écouté et de t’avoir connu.

Ameziane Kezzar

WIN U TDEΓWT

Godot

Tout habitant de Tafilalt-Dra a certainement attendu « U Tdeghwt » ou « U Dra » des centaines de fois, dans une administration, un hôpital ou devant une école, un marché, une faculté.

Voici le premier jet d’une pièce de théâtre légèrement inspirée de « En attendant Godot » de Samuel Beckett et qui se déroule dans le Tafilalet.

J’ai fait le choix d’écrire comme on parle au quotidien sans néologisme et sans artifices pour permettre à chacun de comprendre.

Si vous pensez pouvoir jouer cette pièce, faites-le.

Le texte en PDF :

Win U Tdeght 28 mars

VIDEO : « Aɣerrabu », un poème de Sifaw chanté par Ali AFDIS



Aɣerrabu

Γri aɣerrabu
Xseɣ ad ruleɣ
Aliy-d a yaḍu ad kmeɣ ilel
Tuden-id teqqa
Xseɣ ad tt-sefḍeɣ
Iles-inu irwel
Yuggwad s bugel
Yuweḍ-id wawal
Itcur s ukwerfa
Uci-id tallumt
Sẓlitted aẓẓal
Iṭṭef-iyi fiɣer
Xseɣ ad tt-nɣeɣ
Fki-id tagelzimt
Rni-id aɣil
Xseɣ ad afgeɣ
Uci-id ifriwen ad awḍeɣ itran
d mammu tin yugal
Sserɣi-id taftilt
Xseɣ ad nḍeɣ
Deffer Bunadem
Di ammas n azal
Ufiɣ asefru n Si Muḥend U Mḥend
Qneɣ-t di tzibba
Udfeɣ sis ilel
Dsiɣ si ufiɣ ilel d jidi
Seqqdeɣ tiwdi seḍseɣ adfel
Xseɣ ad afgeɣ
Fki-id isufag
Add awiɣ itran ad rẓun bugel.

Saɛid Sifaw

TRADUCTION  :

J’ai un bateau
J’ai envie de m’enfuir
Que le vent se lève pour que je puisse naviguer
La poussière m’enterre
J’ai envie de la chasser
Ma langue m’a trahi
Elle a choisi le silence par peur d’être muselée
J’ai entendu des paroles
Pleines d’ivraie
Passez-moi un tamis
Pour les éclaircir.
Un serpent m’a attrapé
J’ai envie de le tuer
Donnez-moi une hache
Et aidez-moi à en finir.
Je veux voler
Donnez-moi des ailes pour que j’atteigne les étoiles,
Et celui qui les a placés dans le ciel.
Allumez-moi une lampe
Aujourd’hui, j’ai envie de marcher
Au milieu des gens en plein jour.
J’ai trouvé un poème de Si Muhend U-Mhend,
Je l’ai enroulé dans une cotte de maille
Et pénétré en mer.
J’ai senti la joie lorsque j’ai vu la mer et la terre
J’ai abandonné ma peur et fait rire la neige
Aujourd’hui je m’envolerai
Donnez-moi des ailes
Pour cueillir des étoiles
Qui briseront nos chaînes.
Je veux m’envoler,
Donnez moi des ailes !

Traduction : Aksil AZERGUI

MASIN FERKAL : Dans le pays amazigh je n’ai pas vu la guerre !


Nous avons rencontré Masin FERKAL, président de l’ONG Tamazgha (Paris), qui s’était rendu récemment à Zouara en Libye. Il a répondu à nos questions.


Neoculture amazighe : Vous vous êtes rendus récemment à Zouara (en Libye), comment pourriez-vous décrire la situation sur place surtout sur le plan sécuritaire. On entend souvent dire dans les médias que la Libye est en guerre.

Masin Ferkal : A At-Willul, comme ailleurs dans le pays amazigh en Libye, la situation est plutôt celle d’un pays qui vit normalement. Les citoyens vaquent à leurs occupations quotidiennes : ils vont au travail, ils font leurs courses dans les magasins ou dans les marchés, les enfants vont à l’école, les hommes discutent dans les cafés, les restaurants sont ouverts et accueillent du monde, les voitures circulent en toute sécurité même tard dans la nuit, y en a qui font du sport, d’autres font la fête,… Une situation somme toute ordinaire.
Il est vrai que l’on parle beaucoup de la Libye comme étant un pays en guerre, mais dans le pays amazigh je n’ai pas vu la guerre. Durant tout mon séjour dans la région d’At-Willul, je n’ai pas vu l’ombre d’une arme dans les rues. Il faut dire que cela est dû aussi au fait que les Amazighs assurent leur propre sécurité et défendent leur territoire. Les lieux de conflits entre les deux camps qui se font la guerre en Libye restent loin des régions amazighes.



Il paraît que ce territoire est complètement géré par les Amazighs, loins de l’influence des deux gouvernements rivaux en place. Qu’en est-il de la situation sur le terrain ?

Effectivement, comme je le disais plus haut, les Amazighs assurent eux-mêmes la sécurité de leur territoire qu’ils gèrent en effet. Les deux clans qui se font la guerre en Libye, notamment depuis avril 2019, à savoir le Gouvernement d’entente nationale, présidé par Fayez El-Sarraj, reconu par les Nations unies, et Khalifa Haftar, qui contrôle une bonne partie de l’est de la Libye décidé à prendre le pouvoir à Tripoli par la force, n’ont aucun pouvoir sur le territoire amazigh dans la mesure où les forces armées qui contrôlent ce territoire sont issues des Amazighs eux-mêmes. Il faut rappeler que suite à la chute du régime de Kadhafi en 2011, les Amazighs n’avaient pas déposé les armes et ont continué à assurer eux-mêmes le contrôle de leur territoire. Ce sont eux également qui contrôlent la frontière avec la Tunisie. Sur le plan administratif, les autorités locales, notamment les municipalités, sont naturellement gérées par les Amazighs même si structurellement ces institutions sont liées aux autorités du gouvernement central.
Il convient également de signaler que les Amazighs sont en désaccord profond avec les autorités libyennes et ce depuis la chute du régime de Kadhafi. Les Amazighs refusent de reconnaître des autorités et institutions qui refusent de reconnaître l’Amazighité de la Libye et ne veulent en aucun cas négocier ce droit fondamental.



Quelle est la place de la langue amazighe dans cette région ? Est-elle enseignée ?

La langue amazighe est tout simplement chez elle dans cette région. C’est la langue d’expression naturelle dans ce pays et c’est une langue qui est visible partout. Sur les frontons des bâtiments officiels, sur les documents officiels, sur les murs, sur les devantures de nombre de magasins, etc. Bien entendu, la langue amazighe est enseignée à l’école et ce depuis 2011. Les Amazighs ont pris une décision unilatérale de l’enseigner et n’ont pas attendu une quelconque reconnaissance des autorités étatiques. Et depuis 2014, un département de langue amazighe est ouvert à la Faculté de Zouara. Sur décision du gouvernement libyen.

Il paraît que le mouvement amazigh est ancré dans cette région qui se distinguerait par sa stabilité. Cette région est-elle auto-gérée ? Quels liens entretient-elle avec le gouvernement de Tripoli ?

Oui, on peut dire que les régions amazighes sont auto-gérées dans la mesure où la gestion des affaires de la Cité est assurée par des Amazighs, y compris la sécurité. En revanche, l’administration et les institutions dépendent de l’administration et des institutions de l’Etat libyen. Financièrement, elles ne sont pas indépendantes. A titre d’exemple, les salaires des fonctionnaires sont assurés par l’Etat central. En d’autres termes, le rapport de forces fait que les Amazighs imposent nombre de choses sur leur territoire.

Quels liens entretient-ils également avec les Touaregs ?

Il y a, bien entendu, des liens entre les Amazighs du nord et les Amazighs de Tinéré, mais il faut dire qu’ils sont fragiles. Pour l’instant, au-delà du sentiment d’appartenance à la même famille amazighe, les deux composantes n’ont pas su bâtir un projet commun. Déjà que même dans le projet constitutionnel du nouvel Etat libyen et dans la terminologie « institutionnel » reprise, par ailleurs, sur le plan international, il est toujours question d’« Amazighs » et de « Touaregs », comme si les « Touaregs » n’étaient pas des Amazighs !
Beaucoup de choses restent donc à faire entre Amazighs du nord (At-Willul et Adrar n Infusen) et ceux du sud (Touaregs de Ténéré). Il convient également de signaler la ville de Ghadamès où vivent des Amazighs. Avec ces derniers des liens existent mais restent timides et, comme pour les Touaregs, il y a pour le moment absence de projet commun.
En effet, les Amazighs de Libye ont tout intérêt à se coordonner et à bâtir un projet commun pour constituer un bloc en mesure de faire face aux forces hostiles à l’Amazighité de la Libye.

Que faudra-t-il faire à votre avis pour soutenir les Amazighs de Libye ?

Il faut déjà y aller pour visiter le pays et le connaître et se rendre compte de la réalité de la situation. Il faudra également tisse des liens avec les Amazighs libyens.
Ceux qui le souhaitent peuvent s’y installer pour y travailler, y vivre et participer au développement du pays.
Une chose est sûre ; le pays amazigh en Libye est un espace ouvert à l’ensemble des Amazighs qui veulent s’y rendre pour participer à son développement, à sa protection et à sa défense. Nos frères amazighs de Libye l’ont pratiquement libéré, à l’ensemble des Amazighs de contribuer à le défendre et à ne pas compromettre cette liberté chèrement acquise. A l’ensemble des Amazighs d’œuvrer pour conforter les forces amazighes qui défendent aujourd’hui ce territoire. A ce propos, Chabane Slimani, originaire de Kabylie, tombé au champ d’honneur, armes à la main, en défendant le territoire d’At-Willul est un exemple de cette nécessaire mobilisation de l’ensemble des Amazighs pour la défense des territoires amazighs libérés en Libye.
Il conviendrait également d’encourager les échanges culturels avec les Amazighs de Libye. Il est important que des acteurs culturels se rendent dans ce territoire pour s’y produire et pour partager leur savoir et art avec les Amazighs de Libye. Sur le plan universitaire et scientifique également, beaucoup de choses pourron être faites.

N.B : Les photos qui illustrent cet entretien ont été prises par Masin Ferkal.

Entretien réalisé par : Aksil Azergui

 

« Le chant de la guerrière », un torrent de colère.

C’est un recueil très engagé que nous offre Amina Amharech. Le lecteur est happé d’emblée par un torrent de colère et de révolte qui traverse toute l’oeuvre. Ce recueil n’est pas de ceux qui se morcèlent. Il forme un seul bloc, brûlant comme des braises. Il se lit d’un trait.

L’engagement forme l’épine dorsale de ce livre qui conjure le mauvais sort, pleure les oubliés et les malheurs qui frappent les Atlas meurtris par tant de décennies de marginalisation et de mépris.

Amina est témoin de son temps. Elle est une chroniqueuse qui croque le quotidien difficile de petites gens exilées dans leur peau. Elle décrit, gueule, crie, rêve et surtout pleure l’Atlas. Tourmentée par tant de malheurs, tant de détresse, tant de rêves avortés, l’auteure adopte une sorte d’écriture parlée. Des mots simples pour dire une grande colère. Ces mots transpirent sa langue maternelle. Amina pense en Tamazight et pleure en français.

De l’assassinat d’Omar Khaleq dit « Izem » à la décapitation de « Rifinox » en passant par l’affaire d’Imider, de celle des enfants morts de froid dans les régions d’Anefgou et d’Imilchil et du berger Hamid Ouali retrouvé mort dans l’indifférence dans les neiges de Bouyeblan, la poétesse dresse le portrait d’un peuple traqué, combattu et oublié, et dont les enfants sont forcés de s’exiler sur leurs propres terres. Certains sont parfois tués, d’aucuns jetés injustement dans les geôles. D’autres, désespérés, sont forcés à l’exil.

Amina parcourt les Atlas et le Rif frappés par le même mal. Elle s’abreuve de leurs malheurs pour nous offrir de belles et tristes chroniques. Elle incarne cet imaginaire poétique amazigh qui a toujours su résister à l’indifférence, à la répression politique avec tant de finesse et de subtilité. Elle est la « Mririda » moderne qui a choisi d’être témoin que victime, libre et non soumise. Dans ses textes, Amina transcende la subtilité légendaire des poètes traditionnels. Elle se révolte. Ses textes sont un cri de colère dans la nuit qui s’est abattue sur les Atlas et le Rif. Elle réveille les consciences, met des mots crus sur les plaies toujours ouvertes, qui refusent de se cicatriser. Elle se veut une guerrière qui dit haut ce que, ceux murés dans le silence, pensent tout bas.

Amina porte en elle l’étendard de la lutte. Elle est cet étendard. Elle l’assume en publiant ce recueil.

Au lieu de subir dans le silence, elle a choisi comme tant d’autres d’écrire, de composer des poèmes, de dénoncer, de distiller du courage dans les cœurs meurtris des habitants de ces régions laissées pour compte. Sa voix, écrit-elle, est celle de « gazé », de « broyé », de « kidnappé », de « l’assassiné », de « l’immolé », de « spolié », de « l’appauvri », de « l’humilié » et de tous les sacrifiés, sans voix. Toute une nomenclature de termes, de mots qui renseignent sur les maux d’un peuple opprimé jusque dans ses terres.

Ses textes, similaires à des braises, sont jetés brûlants et crus à la face d’un monde qui ne sait plus écouter les marginalisés et les reclus. Face à ce silence et comme le font les Imazighen depuis la nuit des temps, elle fait appel à la malédiction (amuttel) pour que les « vaincus » puissent prendre leur revanche et s’affranchir d’une autre malédiction, cette fois-ci maligne et maléfique, qui les enchaîne depuis la pénétration française au Maroc. Elle s’adresse à Amuttel comme à un dieu sauveteur :

Amuttel

Que ton règne arrive

Et que l’injustice s’éteigne

Rendant enfin l’espoir

Aux condamnés

Qui prient résignés

Dans le froid

Des geôles loin des leurs

Qui là-bas au loin

Pleurent

Meurent.

Ce recueil est un manifeste. Un appel lancé à tous ces Hommes, privés de leurs rêves, de leurs droits, de leurs terres, à se soulever, à marcher, à apprendre à élever la voix. Et à dire NON.

Par : Aksil  Azergui