L’Espace dans le roman Aghrum n Ihaqqaren (Revue des études amazighes)

Voici en PDF un article publié récemment dans la Revue des Etudes Amazighes.
« L’Espace dans le roman Aghrum N Ihaqqaren »

Lespace-dans-Aghrum.-Ouzine-REA

 

Σumar DERWIC: Da rettuɣ ad d-yaley yiwen umussu amaziɣ iran tudert g tlelli d tneflit d twizi

Temdez kigan Tesɣunt Idlesmagazine ad awen-d-tesnil amsawal tssker nettat d yiwen g yifeggagen n tsekla tamaziɣ. D Mass Σumar DERWIC. Yiwen wudem izeddigen ɣur tella temnellit iɛlulan. Ika akud i umeẓẓan g uɣerbaz d beṛṛa-nnes, yiwes, s uyenna yufa, imeɣnasen d imyura d inaẓuren. Tefka-t tsuta i tayḍ. Iswa g yiɣbula n timmuzɣa ar isnissit s tmaziɣt ɣef tmaziɣt.
Ilula-d Σumar DERWIC g yiγrem n Igwelmimen g temnaḍt n Tfilalt-Dra g tmurt n Meṛṛuk. Iga aselmad g uγerbaz. Mass DERWIC d amaslaḍ g tmesmunt tamettit tadelsant Tilelli n Tizi n Imnayen (neɣ Igwelmimen).
Issufeγ-d kigan n twuriwin g yiger n tsekla (isefra, tullisin, imawalen, …) g nɣiy ad nebder:
— Anfara (2005)
— Taskiwin (2008)
— Ha-yi g ubrid (2009).
— Is nsul nedder (Netta d Muḥand S ɛidi d Azergi), 2010.
— Taseggawert n ugdal inzan (Tranchée du terrain priγé γendu) Tiẓrigin timaziɣin, Bariz, 2013
— Amawal n yislaɣaten (γocabulaire des médias), 2019.

Amsawal:

Tasɣunt Idlesmagazine:
Tɣiyem ad aɣ-tsiwlem, s umata, ɣef waddad n tsekla tamaziɣt g Tfilalt-Dra?

Σumar DERWIC:
Zwar, da kwen-snimmireɣ kwenni imlan n usmel Tasɣunt Idlesmagazine. Tiss snat, riɣ ad iniɣ nwis texxa tudert n tsekla tamaziɣt g temnaḍt-nneɣ acku ẓẓayent tsurifin n yinfarasen d tenfarasin g yiger-a axatar. Illa yiwen umukris nesniɣis g uduhdu n Umussu Adelsan Amaziɣ yagey ad iwet anfa g tsekla d usebɣes n tɣuri d uswingem g usnulfu d tẓuriwin.

Tasɣunt Idlesmagazine:
Matta imukrisen ikerfen tasekla d tmedyazt timaziɣin g teɣmert-ddeɣ?

Σumar DERWIC:
Kerfen-tt widda d tinna s tetteqqel ad as-aɣen afus rnun-as afud ssiwin-tt s imal. Mimek tettegga tsekla tamaziɣt ad tgem mek ur da nakka akuden-nneɣ i yimyura d yinaẓuren d usyissen n yifarisen-nnsen d uzɣan-nnsen?
G tama yaḍen, yaɣ usenbuttel n tsertit tamaziɣt n Umexzen issawin amata g tmesmunin s irbi-nnes imkinna issada amussu n tirra s tɣarast ira n ustay n tfinaɣ d ussefreɣ n temɛemmrit.

Tasɣunt Idlesmagazine:
Is llant ka n tebridin nna tɣiy ad tleqqeḍ tmaziɣt af ad taf abrid issuddan?

Σumar DERWIC:
Llant g uswingem idettan n willi aɣ-ittinin is gan imeɣnasen n tmaziɣt ad zzgan gar tawada ittegga Umussu-ddeɣ ur ittalin. Tella diɣ tikti n wuɣul s assiley n tmesmunin tuzdigin iran tilelli d twizi d ussitem n umrured d txendallast.

Tasɣunt Idlesmagazine:
G yiger umḍin, ilsawen n umaḍal fersen abrid-nnsen aɣen akw azeṭṭa umḍin, ɣas tamaziɣt tsul tebburbezza. Mani as-d-tekka tunant-a?

Σumar DERWIC:
Tekka-d amxuzzu-nneɣ d tgidit n yimraraden d temraradin graɣ. Tekka-d awd tadersi neɣ akw iba n twuri g tilawt! Mek ur da nessudus iɣfawen-nneɣ iwer-inn i yiẓeḍwan imettiyen d wuraren ufriɣen n tɣemrin ur nezmir ad nessumu tutlayt-nneɣ g umaḍal umḍin; iqqim-d umda anexmuj n temnellitin-nneɣ tiqburin yugin ad bḍunt d tudert n tewsatin d tin yiɣsan d yiɣerman ar ssitiment asfafa n yimezdaɣ d tmezdaɣ. Illa diɣ gar aswingem ireẓẓan ifadden i tiffudma: Ar zizzilen winna ur iseksiwen ɣas iɣfawen-nnsen awal n trula s tmura n Turuppa d Tmirika, ar ttinin nwis ur yad tsul tudert g Tmazɣa!

Tasɣunt Idlesmagazine:
Mayed tɣiyem ad tinim i tsutiwin d-ittalin?

Σumar DERWIC:
Da ssutureɣ g tsutiwin timaziɣin d-ittalin ad sussent ageḍrur n tsutiwin-nneɣ d tiddeɣ d-ufant g unrar n tɣensa n tkerkas. Da rettuɣ ad d-yaley yiwen umussu adelsan amaziɣ iran tudert g tlelli d tneflit d twizi ig azɣan d ussiff i yinawen isgifen tiwuriwin tuzdigin. Kerzataɣ diɣ ifsan n tussna d uzizdeg n yiberdan g nettafa isiddan aɣ-yuckan !
Isul unrar n yidles-nneɣ da itteqqel aha s imyuraren d temyurarin isiḍfiten uraren smedzen ulawen akw iɣufan sdusen iẓuran.

Amawal:

Azɣan = la critique
Imraraden = les opportunistes
Timnellitin = les mentalités
Tiffudma = la jeunesse
Taneflit = le développement

Amsawal-a isseker-t : Aksil Afersig

Le Rif entre en désobéissance

Le Rif a besoin de liberté après un demi siècles de souffrance, de répression et de marginalisation. Ses enfants le savent et le font savoir. Ils sont conscients qu’ils ne peuvent pas être libres alors qu’ils sont sous la botte de la monarchie alaouite qui a jeté dans ses geôles les meilleurs parmi ses enfants. Alors, ils s’en prennent aux symboles de la monarchie installée par la France sur les territoires historiques de la République du Rif (1921-1926). Entrés en désobéissance, ils boycottent les banques marocaines les poussant à fermer leurs portes au nord du pays et en Europe. Ils demandent à être déchus de la nationalité marocaine qui ne les protège pas. Ils plaident aussi leur cause auprès des instances internationales et des gouvernements de pays européens.

Tensions entre le Maroc et les Pays Bas à cause du Rif

Alors que la France observe un silence terrible sur ce qui se passe dans le Rif, les Pays Bas choisissent d’interpeller les autorités marocaines sur le sort des prisonniers politiques rifains, surtout de ceux qui portent sa nationalité. Ce pays ne cesse de critiquer la violation flagrante des droits humains dans le Rif. Les relations entre les deux pays sont très tendues depuis le déclenchement de la révolte rifaine. A cause du Rif, rien ne va plus entre les deux pays.

Jeudi 5 décembre, l’ambassadeur de la monarchie marocaine aux Pays-Bas, Abdelwahab El Bellouki, a annulé une réunion avec la secrétaire d’Etat des Pays-Bas à la Justice et la Sécurité, Ankie Broekers-Knol, qui voulait discuter avec l’ambassadeur la question du rapatriement des ressortissants rifains dont les demandes d’asile aux Pays-Bas ont été rejetées. La monarchie marocaine ne souhaite pas récupérer ces ressortissants qui ont fui le Rif à cause de la répression politique. Des sources ont déclaré au radiodiffuseur NOS que le Maroc voulait étendre l’agenda à d’autres questions, telles que l’emploi et un traité commercial, mais que la ministre s’y opposait.

Le 21 novembre, un media hollandais a rapporté que la ministre Ankie Broekers-Knol n’est pas la bienvenue à Rabat. La ministre a révélé que le refus « lui a été communiqué par voie diplomatique« , reconnaissant que « les contacts avec le Maroc sont problématiques » depuis quelques années.

La monarchie marocaine n’apprécie point les prises de position du chef de la diplomatie des Pays-Bas soutenant ouvertement le mouvement de contestation dans le Rif. Le ministre marocain des affaires étrangère avait exprimé son « rejet catégorique des propos, des actions et des interférences des Pays-Bas au sujet des événements dans le Rif » lors de la réunion tenue le 28 septembre 2018 à New York avec son homologue néerlandais. Par ailleurs, la contestation au Rif a été à l’origine de la convocation, à deux reprises en juin et septembre 2018, de l’ambassadeur des Pays-Bas à Rabat.

Rappelons que des dizaines de militants de la cause rifaine qui craignent d’être arrêtés ont demandé l’asile politique aux Pays-Bas et en Espagne.

Le fardeau de la nationalité marocaine

C’est dans le sillage de ces tensions diplomatiques que douze militants berbères originaires du Rif, résidant aux Pays-Bas et ayant acquis nationalité néerlandaise, ont rendu public récemment un manifeste, daté du 23 septembre, par lequel ils expriment leur souhait de pouvoir se débarrasser de la nationalité marocaine. Dans ce document envoyé aux groupes parlementaires néerlandais, ils accusent le Maroc de tenter de les recruter et de les corrompre.

Dans ce manifeste, les douze signataires expliquent que « depuis les années 1970, le Maroc a créé toute une gamme d’institutions gouvernementales pour espionner, intimider, séduire, recruter et corrompre les Marocains aux Pays-Bas« . Ils affirment que « la nationalité marocaine signifie une vie de peur, d’incertitude, de méfiance« . Les auteurs indiquent aussi qu’ils ne peuvent pas s’exprimer sur la situation au Maroc étant « étroitement surveillés par les services de renseignements marocains« .

Muhand Abttoy, l’un des signataires de ce document a déclaré à notre site que le but de ce document est de dire à la monarchie marocaine qu’ils « refusent d’être considérés comme ses sujets et qu’ils sont des hommes libres. »

Rabat fait tout pour empêcher les Européens nés de parents marocains de s’intégrer dans leurs pays d’accueil qu’ils ont adoptés. Rabat ne cesse d’envoyer des imams et des instituteurs (notamment de langue arabe) pour surveiller et surtout espionner ces citoyens qui ont choisi d’être européens. Le Maroc ne cesse, par exemple, de financer des mosquées et de diffuser le malékisme en Europe. Le malékisme est l’un des quatre rites juridico-religieux de l’islam orthodoxe. Il est aussi néfaste et dangereux que le wahabisme. Pourtant, le Maroc présente ce rite extrémiste et radical comme « modéré » et de nature à empêcher la « radicalisation » des jeunes dont les parents sont originaires du Maroc. En les islamisant, le Maroc s’assure leur contrôle et leur soumission au « commandeur des croyants » [1]. Ceci les éloigne des valeurs démocratiques et les place à la marge des sociétés occidentales. Cette ingérence marocaine est très néfaste dans le sens qu’elle corrompe tous les efforts entrepris pour intégrer ces populations.

Le 24 août 2019, Nasser Zefzafi, leader du mouvement de contestation rifain, a demandé à être déchu de sa nationalité marocaine au même titre que cinq autres militants détenus : Nabil Ahamjik, Ouassim El Boustati, Samir Ighid, Mohamed El Haki et Zakaria Adechour. C’est à travers un live Facebook, massivement relayé sur les réseaux sociaux, que l’annonce avait été faite.

D’après Ahmed Zefzafi, père de Nasser, qui a lu le communiqué attribuée à son fils, les six hommes ont adressé leur demande au ministre de la justice et au procureur général du roi près la Cour de cassation, pour dénoncer « l’instrumentalisation de la justice« , qui a selon eux « rejeté les preuves de leur innocence« . Ils expliquent avoir subi des tortures pendant leurs interrogatoires. Une décision qu’ils justifient par la tournure qu’a pris « leur cause et leur situation qui s’inscrit dans le prolongement de la relation historique qu’entretient l’État marocain avec la région du Rif, basée sur l’exclusion, la répression, le mépris, et toutes les formes de persécution politique, culturelle, sociale, économique et psychologique« . Les signataires appellent « la communauté internationale, ses instances et ses institutions » pour « assurer le suivi de leur dossier à partir de la date de parution de ce document« .

Drapeau alaouite brûlé à Paris

Le 26 octobre 2019, le drapeau marocain a été incendié et piétiné lors d’un rassemblement organisé à Paris par des indépendantistes rifains en hommage à Mohcine Fikri, assassiné de manière barbare en 2016 à Biya, dans le Rif. Il a été broyé dans un camion-benne. Les manifestants ont réclamé l’indépendance du Rif du colonialisme alaouite, brandissant des drapeaux de la République du Rif, fondée par Mohamed ben Abdelkrim el-Khattabi dans les années 1920 contre l’occupation espagnole.

L’atteinte à la bannière de la monarchie marocaine a suscité l’indignation des medias officiels, des parlementaires et d’officiels. Mercredi 30 octobre, l’ambassade du Maroc à Bruxelles a organisé, à travers ses relais, une manifestation pour dénoncer « l’acte de certains séparatistes rifains« . Des centaines de sujets du monarque ont pris part à cette manifestation. Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (dont les membres sont désignés par Mohamed VI) a réagi dans un communiqué publié sur son site officiel, condamnant un acte « puéril » et « lâche ». Ces instances, pour rappel, avaient observé un silence de mort alors que la répression des manifestants rifains battait son plein. Elles étaient favorables aux actions de la monarchie contre le Rif.
Le Code pénal marocain punit de six mois jusqu’à trois ans de prison et de 10 000 à 100 000 dirhams d’amende « l’outrage à l’emblème et aux symboles du royaume« . Un emblème qui est en réalité une pure création française. Le drapeau dit « marocain » a été créé par le dahir du 17 novembre 1915. Ce texte précise qu’ »en raison des progrès réalisés par notre empire chérifien, en considération du renom éclatant qu’il s’est acquis et eu égard à la nécessité de lui constituer un emblème qui le distingue des autres nations, le drapeau adopté par nos ancêtres pouvant être confondu avec d’autres pavillons, en particulier avec ceux qui sont utilisés comme signaux de la marine« , il a été décidé de « distinguer notre drapeau en l’ornant au centre du sceau de Salomon à cinq branches de couleur verte« . Le dahir a été signé par le ministre plénipotentiaire, Délégué à la résidence générale de France à Rabat, Saint-Aulaire.
La propagande officielle nous apprenait, alors qu’on était écoliers, que la couleur rouge symbolisait le sang versé pour l’indépendance et que les cinq branches de l’étoile et leur couleur verte renvoient aux cinq piliers de l’islam. Mensonge. Brûler et piétiner un mensonge, n’est-il pas une forme de résistance face à l’aliénation et au mépris et le début d’une libération ?

Par ailleurs, le drapeau de la République du Rif, décidé par les Rifains eux même, est plus authentique que celui de la monarchie marocaine bâti sur un gros mensonge.

Le fossé s’élargit davantage entre le Rif et la monarchie.

Le rejet de la nationalité marocaine est la conséquence directe de la répression policière, culturelle, sociale, économique, politique et judiciaire qui s’est abattue sur le Rif au cours des trois dernières années. Cette répression a élargi davantage le fossé qui séparait déjà cette région frondeuse des autorités de Rabat depuis les tueries de 1958 perpétrées par l’armée marocaine dans le Rif. Plusieurs régions dans le Rif sont toujours classées zones militaires. Les forces vives de cette région sont obligées de fuir le pays pour l’Europe pour chercher asile et protection. D’autres mènent toujours une vie clandestine. Dans les geôles de la monarchie marocaine à Fès et à Casablanca, les leaders du mouvement rifain subissent des tortures inimaginables. D’un autre âge. Il leur est même interdit de parler rifain avec les membres de leurs familles.

Depuis le 1er novembre, trois détenus incarcérés à Fès sont entrés dans une grève de la faim pour dénoncer les tortures et les comportements dégradants qu’ils subissent.
N’est-il pas alors logique et naturel que ces rifains persécutés partout rejettent la nationalité de la monarchie marocaine ?

Aksil Azergui

 

Traduction d’un chant berbère sur Zaïd Ou Hmad daté de 1936

Service des Affaires Indigènes
Région de Marrakech
Cercle de Dadès-Todgha
Bureau de Msermrir.

Traduction d’un chant berbère sur Zaïd Ou Hmad
Chant composé par le cheikh Ahmed Ou Bassou des Aït Hadidou d’Anefgou en avril 1936 à l’Outerbat.

Réunissez-vous pour une fête et préparez le couscous de la noce
Il nous est parti un homme qui s’en est allé dans la montagne
Il reste sur les sommets les plus élevés et tue des gens.
Lorsqu’il tue un homme les parents de la victime s’adressent aux parents du meurtrier
Les chefs maghzen sont plus fort que nous et font ce qu’ils veulent
Ils nous ont démoli Tiourtatine, Touracht
Ils n’ont même pas laissé des abris pour les pauvres
Tous les jours des gens sont emprisonnés
Tous les jours nous avons quelqu’ennui nouveau
Les Aït Atta ont fait au bandit une grotte
Comme pour la vache à laquelle on donne de l’herbe
Les Aït Atta recueillent le lait et à nous reviennent les cornes qui nous frappent.
Mohaddach est allé causer au haqem et à dit ce qu’il a voulu
Il a creusé une mine de feu en dessous des Aït Yafelman
Mais lorsqu’il l’a allumée la flamme est revenue sur lui
Et l’a confondu en faisant apparaître la vérité.
Notables si vous pouvez vous réunir, réunissez-vous
Pour faire payer aux Aït Atta tout le mal qu’ils nous ont fait.
Asseyez-vous, nous allons causer avec les Aït Atta
Et leur faire rendre tout ce que nous avons versé.
O Houqqam, faites nous la justice de dieu,
Ou bien laissez-nous libres de régler notre différend par les armes.
Nous sommes maintenant ennemis
Et nous nous rencontrerons sur nos chevaux
Nous nous battrons même avec des pioches
Jusqu’à ce que nous soyons tous blessés et impuissants come des moutons.
Entre nous et nos ennemis aucun arrangement n’est possible.
Si les Aït Atta nous vainquent nous leur donnerons le Ferkla
Mais si nous sommes les plus forts ils nous rendront tout ce que nous avons payé.
Tous étaient au courant des exploits de celui qui a tué des hommes
Et a tué des gens sur les pistes
Et personne n’osait aller couper du bois en montagne
Il était comme un lion, personne ne pouvait l’approcher
Contre toute vraisemblance vous avez feint de l’ignorer
Comme si vous vouliez dissimuler le bled Ignaouen qui est chez vous.
Les Ignaouen ont mangé la cervelle et nous ont laissé les cornes.
Dieu lui, l’a vu, mais il lui a caché le visage
Il voulait le garder jusqu’au jour du jugement dernier pour le présenter au monde
Les accusations sont dangereuses comme le feu sur la montagne.
S’il n’avait pas été découvert nous serions restés comme des enfants.
Des « sebenias » auraient recouvert nos têtes
Tandis que les Aït Atta seraient restés sur des couches moelleuses.
Une fiancée a donné du « jaoui » et du « beghour » à Mohadach
Et est restée sur la couche d’un Aït Atta.
Les Aït Atta qui prennent les premiers la parole pour mentir
Déclarent que cet homme n’est par des leurs mais des nôtres
Qu’il ne leur est rien et que pour ses forfaits il faut s’en prendre à sa tribu
Il est vrai qu’il est des nôtres mais il a pris son vol et nous a échappé
Qui peut attraper le chacal de la montagne ?
Les Aït Atta savaient très bien où il se tenait
Ils l’ont laissé pour qu’il te tue, o Haqem
Les Aït Yafelman ne l’ont pas vu
Mais nos ennemis nous ont accusés,
Pour reprendre Amezgar dans le Ghéris.
Un officier avait épousé deux femmes
Mais la femme Aït Atta ne pouvait supporter celle des Aït Yafelman
Et tous les jours il la frappait
Celle des Aït Atta avait de beaux vêtements de soie et des bracelets
Celle des Aït Yafelman ne possédait qu’une natte.
Un capitaine ventait la femme des Aït Atta
Mais le maghzen a su trouver la vérité
Je n’ai plus rien à dire, tout est maintenant terminé.

Fait à Msemrir le 30 novembre 1936

Le texte en PDF :

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Le Rif face à l’arbitraire de la monarchie marocaine

Le Rif fait toujours face à l’arbitraire de la monarchie marocaine. Une répression sourde et impitoyable s’abat en permanence sur cette région soumise à un terrible embargo. Plusieurs événements survenus ces dernières semaines montrent que le climat d’insurrection et de colère dans le Rif est loin de s’estomper. Bien qu’il n’y ait plus de manifestations de rue, les arrestations se multiplient, parfois à cause de simples commentaires sur les réseaux sociaux. Les journalistes étrangers sont également interdits de se rendre dans cette région. Depuis le déclenchement des manifestations dans le Rif, plus de 1500 personnes ont été arrêtées.

Arrêtés pour de simples posts sur Facebook

Lundi 3 juin, le tribunal de première instance de Biya (Hoceïma) a condamné Hassan Benchaïb, originaire d’Aït Bouayach, à une peine de deux ans et demi de prison ferme. Ce militant a été arrêté le 25 mai à son domicile pour avoir publié des informations sur le mouvement de protestation dans le Rif sur Facebook. Il a été poursuivi pour avoir porté « atteinte à l’intégrité territoriale du royaume, pour incitation à la rébellion, menace de crime, incitation à commettre des crimes, pour insultes aux forces de sécurité et appel à participer à une manifestation non autorisée ».

Ce militant est le frère du prisonnier politique Bachir Benchaïb qui purge une peine de douze ans d’emprisonnement pour avoir pris part à des manifestations organisées à Aït Bouayach.

Plusieurs militants du mouvement rifain ont été arrêtés ces dernières semaines et condamnés à des peines de prison. Ce même lundi (3 juin), l’activiste rifain Rachid Chabni a été condamné en appel à deux ans de prison, dont un an ferme et un autre avec sursis, pour ses publications sur Facebook et sa participation à la manifestation de Rabat dimanche 21 avril 2019, organisée pour dénoncer le verdict en appel à l’encontre des militants rifains.

Des enfants arrêtés à Biya

Toujours à Biya, six élèves ont été arrêtés par la gendarmerie pour avoir décroché, le 17 mai, le drapeau marocain d’une école de la commune rurale d’Issaguen et l’avoir remplacé par un drapeau amazigh, a rapporté le site Hoceimacity. Agés de 8 à 11 ans, ces élèves scandaient des slogans du mouvement rifain alors qu’ils décrochaient le drapeau alaouite. La bannière est restée sur le mât pendant quatre jours, jusqu’à ce que la gendarmerie de la région en soit informée.

Deux enseignants et le directeur de l’école ont été convoqués par la gendarmerie. Ils comparaîtront dans les prochains jours devant un tribunal marocain. Les autorités leur reprochent de ne pas avoir dénoncé ce « crime ».

Le code pénal marocain punit, dans ses articles 267-1 à 267-4, quiconque porte atteinte notamment au drapeau alaouite. Une peine de prison allant de six mois à cinq ans et une amende allant jusqu’à 100 000 dirhams sont notamment prévues.

Ces élèves risquent d’être condamnés à de lourdes peines de prison. Pour rappel, plusieurs enfants ont écopé de lourdes peines juste pour avoir pris part à des manifestations.
Mohamed Bouhennouch était âgé de 15 ans au moment de son arrestation. Il a été condamné à 15 ans de prison ferme pour « atteinte à la sécurité de l’État. »

Dans une deuxième école de Biya, les parents de plusieurs élèves ont été convoqués par le directeur d’une école. Les élèves avaient entonné « Vive le Rif » lorsque l’hymne national alaouite était joué.

Des militants forcés de s’exiler.

Le 25 avril 2019, Nawal Benaïssa, persécutée pour son implication très active dans le mouvement rifain, a fui le pays, avec son fils de quatre ans, à travers la ville de Ceuta (sous administration espagnole). Elle a demandé l’asile politique aux Pays-Bas.

La militante faisait l’objet d’un mandat d’arrêt en 2017. Elle avait décidé de se livrer à la police. En février 2018, elle a été condamnée à une peine de dix mois de prison avec sursis et à une amende de 500 dirhams pour « participation à une manifestation non autorisée, insulte à agents de la force publique, et incitation à commettre des infractions pénales ». Un verdict a été confirmé en appel le 17 janvier 2019.

Le 12 avril, cette activiste, mère de quatre enfants, a été interdite de quitter le pays par voie aérienne, alors qu’elle comptait se rendre aux Pays-Bas pour prendre part à une conférence. « Quand je suis arrivé au commissariat de police de l’aéroport de Nador ce matin, ils m’ont dit que mon passeport avait été annulé par le ministère de l’Intérieur et que je ne pouvais pas voyager » avait-elle déclaré le 12 avril à l’agence de presse espagnole EFE.

Nawal Benaïssa a affirmé avoir pris cette décision de quitter le pays car elle ne pouvait plus faire face aux intimidations quotidiennes et aux menaces qu’elle reçoit avec ses enfants. Avec Silya Ziani, Nawal Benaïssa, 37 ans, est l’une des figures féminines du Mouvement rifain.

La militante n’est pas la première à avoir demandé l’asile politique dans des pays européens. Abdessadek El Bouchtaoui, avocat, a obtenu l’asile aux Pays-Bas. Achraf Idrissi, 23 ans, qui était sous mandat d’arrêt, a obtenu l’asile en Belgique. Plusieurs autres militants ont fait des demandes d’asile en Espagne. Certains, toujours recherchés sont entrés dans la clandestinité.

Plusieurs vidéos montrant des militants du mouvement rifain fuir le Rif pour rallier les côtes européennes sur des embarcations de fortune ont été diffusés sur les réseaux sociaux.

Il semblerait même que les forces de police de la monarchie marocaine font tout pour forcer les jeunes rifains à fuir leur région afin de la priver de toutes ses forces vives.

Pour rappel, les tribunaux marocains ont confirmé, le 6 avril dernier en appel, les peines de prison allant jusqu’à vingt ans pour les meneurs du mouvement, dont Nasser Zefzazi. Ce dernier a avait été jugé en appel aux côtés de 41 autres accusés.

A. Azergui.

LIBYE : une milice salafiste pro-Haftar menace les Berbères d’extermination.

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Le jeudi 4 avril, l’Armée nationale libyenne (ANL), appelée également « Armée arabe libyenne », du maréchal Haftar, qui contrôle l’est du pays, a annoncé le lancement d’une opération pour « libérer Tripoli » contrôlée par le Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale. Dans un message vidéo, Khalifa Haftar a appelé les habitants de Tripoli à « déposer les armes et à lever le drapeau blanc ». Le Premier ministre Fayez el-Sarraj (gouvernement de Tripoli) a donné l’ordre de mettre les troupes en état opérationnel pour protéger les civils.

Les madkhalistes menacent les Berbères

Dimanche 31 mars, le cheikh Madkhaliste Ahmed Boudouira, alias « Abu Aissa Al-Marjaoui », a menacé les Berbères Libyens d’extermination. Il a expliqué que « la libération » de la zone Ouest qui échappe au contrôle du gouvernement de Haftar doit commencer par la soumission des Berbères ibadites qu’il considère comme des « mécréants ». Pour lui, il est légitime de les exterminer.
Les « madkhalistes », du nom du cheikh saoudien Rabee al-Madkhali, est un courant salafiste qui prône « l’obéissance absolue au gouverneur », quel qu’il soit. La milice, pro-Haftar, est hostile à tous les mouvements de l’islam politique, comme les Frères musulmans, et à ceux du djihadisme, type Etat Islamique et Al-Qaïda, même s’ils sont proches de ces organisations terroristes sur le plan idéologique. Pour cette milice la démocratie est perçue comme la substitution de la souveraineté de Dieu par la souveraineté du peuple.
Les positionnements de la milice ont fait d’elle une alliée du maréchal Haftar, soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et, plus discrètement, l’Arabie saoudite. En 2016, Rabee al-Madkhali avait émis un avis religieux (fatwa) encourageant ses partisans à rejoindre les rangs de Khalifa Haftar.
Au cours des dernières années, la milice sévit en Libye. Amnesty international révèle que ces milices ont brûlé des livres et enlevé des étudiants membres d’une association universitaire qui avaient organisé une action pour le Jour de la terre sur leur campus à Benghazi. En novembre 2017, ils ont fermé un festival de bande-dessinée à Tripoli et accusé les organisateurs d’exploiter « la faiblesse de la foi et la fascination pour les cultures étrangères ».

Ces menaces ont poussé les Berbères Libyens à rejoindre le front pour défendre Tripoli.

Le Haut conseil des Amazighs de Libye (HCAL) rejette la violence

Dans un communiqué daté du dimanche 7 avril 2019, le HCAL a réagi à la guerre que mène Haftar contre Tripoli. Il affirme son rejet de toute tentative de coup d’Etat militaire contre l’Etat civil en Libye, expliquant que cette guerre menace la sécurité et la stabilité de la Libye.
Le conseil dénonce l’impuissance et le silence de la Mission d’assistance des Nations Unies en Libye (MANUL). Il appelle les Libyens à renoncer à la violence.

A. Azergui

DOCUMENT : texte du traité du protectorat

Bulletin des lois de la République française

DÉCRET DU 20 JUILLET 1912, PORTANT PROMULGATION DU TRAITÉ CONCLU À FEZ LE 30 MARS 1912, ENTRE LA FRANCE ET LE MAROC, POUR L’ORGANISATION DU PROTECTORAT FRANÇAIS DANS L’EMPIRE CHÉRIFIEN

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE,

Sur la proposition du président du Conseil, ministre des affaires étrangères,

DÉCRÈTE :

ARTICLE PREMIER

Le Sénat et la Chambre des députés ayant approuvé le traité conclu à Fez, le 30 mars 1912, entre la France et le Maroc, pour l’organisation du protectorat français dans l’empire chérifien, et cet acte ayant été ratifié, le dit traité dont la teneur suit recevra sa pleine et entière exécution.

TRAITÉ:

Le gouvernement de la République Française et le gouvernement de Sa Majesté Chérifienne, soucieux d’établir au Maroc un régime régulier, fondé sur l’ordre intérieur et la sécurité générale, qui permette l’introduction des réformes et assure le développement économique du pays, sont convenus des dispositions suivantes :

Art. 1. – Le gouvernement de la République Française et Sa Majesté le Sultan sont d’accord pour instituer au Maroc un nouveau régime comportant les réformes administratives, judiciaires, scolaires, économiques, financières et militaires que le gouvernement français jugera utile d’introduire sur le territoire marocain.

Ce régime sauvegardera la situation religieuse, le respect et le prestige traditionnel du Sultan, l’exercice de la religion musulmane et des institutions religieuses, notamment de celles des habous.

Le gouvernement de la République se concertera avec le gouvernement espagnol au sujet des intérêts que ce gouvernement tient de sa position géographique et de ses possessions territoriales sur la côte marocaine.

De même, la ville de Tanger gardera le caractère spécial qui lui a été reconnu et qui déterminera son organisation municipale.

Art. 2. – Sa Majesté le Sultan admet dès maintenant que le gouvernement français procède, après avoir prévenu le Makhzen, aux occupations militaires du territoire marocain qu’il jugerait nécessaire au maintien de l’ordre et à la sécurité des transactions commerciales et à ce qu’il exerce toute action de police sur terre et dans les eaux marocaines.

Art. 3. – Le gouvernement de la république prend l’engagement de prêter un constant appui à Sa Majesté chérifienne contre tout danger qui menacerait sa personne et son trône ou qui compromettrait la tranquillité de ses états. Le même appui sera prêté à l’héritier du trône et à ses successeurs.

Art. 4. – Les mesures que nécessitera le nouveau régime de protectorat seront édictées, sur la proposition du gouvernement français, par Sa Majesté chérifienne ou par les autorités auxquelles elle aura délégué le pouvoir. Il en sera de même des règlements nouveaux et des modifications aux règlements existants.

Art. 5. Le gouvernement français sera représenté auprès de Sa Majesté chérifienne par un Commissaire Résidant Général, dépositaire de tous les pouvoirs de la République au Maroc, qui veillera à l’exécution du présent accord.

Le Commissaire résident Général sera le seul intermédiaire du Sultan auprès des représentants étrangers et dans les rapports que ces représentants entretiennent avec le gouvernement marocain. Il sera notamment chargé de toutes les questions intéressant les étrangers dans l’Empire chérifien. Il aura pouvoir d’approuver et de promulguer au nom du gouvernement français tous les décrets rendus par Sa Majesté chérifienne.

Art. 6. – Les agents diplomatiques et consulaires de la France seront chargés de la représentation et de la protection des sujets et des intérêts marocains à l’étranger.

Sa Majesté le Sultan s’engage à ne conclure aucun acte ayant un caractère international sans l’assentiment préalable du gouvernement de la République française.

Art. 7. – Le gouvernement de la république française et le gouvernement de Sa Majesté chérifienne se réservent de fixer d’un commun accord les bases d’une réorganisation financière qui, en respectant les droits conférés aux porteurs des titres des emprunts publics marocains, permette de garantir les engagements du Trésor marocain et de percevoir régulièrement les revenus de l’Empire.

Art. 8. – Sa Majesté chérifienne s’interdit de contracter à l’avenir, directement ou indirectement, aucune emprunt public ou privé, et d’accorder, sous une forme quelconque, une concession sans l’autorisation du gouvernement français.

Art. 9. – La présente convention sera soumise à la ratification du gouvernement de la République Française et l’instrument de ladite ratification sera remis à Sa Majesté le Sultan dans le plus bref délai.

En foi de quoi, les soussignés ont dressé le présent acte et l’ont revêtu de leurs cachets.

Fait à Fez, le 30 mars 1912.

(L. S.) Signé : REGNAULT.

(L. S.) — : MOULAY ABD EL HAFID.

 

ARTICLE 2

Le président du Conseil, ministre des affaires étrangères, est chargé de l’exécution du présent décret.

Fait à Paris, le 20 Juillet 1912.

Signé : A. FALLIÈRES.

Le Président du Conseil,

Ministre des affaires étrangères.

Signé : R. POINCARÉ.