Il était une voix en Kabylie (documentaire)

Mis en avant

De son vivant, Matoub Lounès, poète et chanteur amazigh, était déjà une légende. Sa mort tragique survenue le 25 juin 1998 près de son village Taourirt Moussa, en Kabylie, alors qu’il n’avait que 42 ans, l’a propulsée dans le mythe.

Le chanteur était probablement victime d’un complot politique minutieusement préparé et exécuté. Son assassinat n’est toujours pas élucidé.

Ecorché vif, poète et ciseleur de mots hors-pair, Lounès Matoub est un véritable maquisard de la chanson. Il a usé de textes tranchants, sincères et sans concessions pour dire des vérités que très peu d’intellectuels et de chanteurs osent clamer publiquement. Matoub était très engagé sur plusieurs fronts, notamment pour la défense de l’identité amazighe et contre l’islamisme et le régime algérien.

Pourtant, rien ne destinait ce jeune montagnard, à l’enfance turbulente et difficile et à l’adolescence chaotique, à devenir le porte-voix de tout un peuple. Chassé de tous les collèges qu’il avait fréquentés à cause de son tempérament bagarreur et son indépendance d’esprit, il s’était formé tout seul.

Méprisé par certains intellectuels kabyles à ses débuts, interdit d’antenne à cause de ses prises de positions jugées radicales, il parvint à faire entendre sa voix égratignant au passage le régime d’Alger, les Berbères de service et tous les scélérats.

Au fil des années, il devint le symbole de l’ensemble des Amazighs à traves l’Afrique du Nord.

Ce documentaire revient sur le parcours de Lounès Matoub ainsi que sur son engagement poétique.

IL ETAIT UNE VOIX EN KABYLIE (Bande annonce) from Aksel Yafelman on Vimeo.

IL ETAIT UNE VOIX EN KABYLIE
Documentaire de 54 minutes.
Langues : Amazigh, Français.
Un film de : Aksil AZERGUI
Produit par : Crinière du Loup.

Itri

Innesrurem-d yiḍ amm ka n wuccen
Isars anucucen-nnes ẓẓaynin ɣef waman.
Inurez ad isew g teɣbalut n tallest, amm ku tameddit.
Mhaqqyen waman
Rgagen. Rekkiẓen
Ugin
Nnemrurin.
« Is isul usidd n tafuyt add yuɣul ? »
Tseqsa teɣbalut tallest.
« Amm ku yass seg mayed illa wakal tili tafuyt», inna-as yiḍ.
Tmessus tallest iẓelgen asidd ilqaqen itleqqafen iman ɣef iqaccwen n idurar. Ur tri ad tt-tfel ad iddu. Izeggwaɣ amm unzi.
Iɣwma yigenna irwasen asif n idammen.
Ur yukiz yiḍ.
Ira ad ires ɣef wakal. Iṛmi seg uganni.
« Rẓem-as ad iddu. Aǧǧ-i ad suɣ seg waman-nnem, add suggzeɣ anuddem d usgunfu ɣef wallen n imdanen i-ithaggwamen. »
Terẓem tallest i yan ifizer n tafuyt isellawen, tḍer-d tallest ɣef udrar.
Ammi isrey useṭṭa. Ansa iffeɣ usidd, ikcem-t yiḍ. Iẓleg-t ger iɣallen-nnes dusnin.
Iswa yiḍ seg waman rekkiẓnin n teɣbalut. Yukey d usennan n tmektit ittemra g ugerḍ-nnes. Yakez is d-tlula kra n titrit.
Yannay-tt tulid seg tmurt. Isella awed i kra n uẓawan ifessusen ar isawal ɣef imezwura d wumyin-nnsen. Iwet awed aḍu n uqbu itɣusen g walmessi.
Iksi Yiḍ titrit irɣan isettmer-tt g yigenna.
« Dɣikk, ilaq ad as-nefk isem », ayd inna.
Ur as-d-testin tallest. Tefsey. Terwas akeffus iɣwman akal d yigenna. Xseyn akw yitran af ad aǧǧin itri amaynu ad issadd i wulawen ẓẓaynin, kternin s imeṭṭawen d ungaẓ. Idmaren n imdanen tezdeɣ-ten tmettant. Da tettrun s ifesti.
Seg wakal, nnan :
« Ilula-d yitri meqquren ! »
Irnu yitri g usaddi, allig d-tuley tifawt. Innesrurem yiḍ, ineqqeṛ iceḍran-nnes seg unuddem d seg ukeffus n tallest, iffeɣ nnig tmurt.

«Ur ǧǧin anniɣ kra n yitri irwasen wa. Ad tt-fleɣ ad iseflilley g yigenna, iseflilley g wulawen n imdanen timiḍa d tmiḍa n iseggwasen ɣwezzifnin », ayd inna yiḍ.

Ar iswingim yiḍ, inna-as : « Uress mayed igan isem-nnes ? »
« Yidir ! Ur ttettu isem-ddeɣ !», ayd as-inna waqqay n tallest tama n umeẓẓuɣ.

Yidir. Ad yidir.



A. Azergi




Idir ou la voix tragique


Idir était au commencement une voix. La voix de tous : des ancêtres, des peuples et de la nature. Elle donnait de la vie, des parfums et des couleurs aux mots qu’elle interprétait. Elle portait dans ses cordes un chant. Un chant venant de loin, de notre nuit des temps. Un chant aérien qui a traversé les temps avant de trouver écho dans cette voix, mélodieuse et fragile, dans laquelle il a pris forme et par ce chant cette voix a pris un nom : Idir, qui signifie «Vis !» à l’impératif.

Idir, un jeune chanteur, qui vient de réveiller les morts par une nuit d’hiver, le temps d’une émission radiophonique. Il a ressuscité l’âme des ancêtres disparus et réveillé les mémoires des vivants oubliés. Les ancêtres et leurs descendants également oubliés par l’histoire. Quoi de plus fort que l’art pour remettre en cause une histoire officielle écrite par les vainqueurs avec le sang des vaincus ? Quoi de plus fort que l’art pour faire renaître, comme au printemps, l’amour de la vie dans les cœurs asséchés par tant d’injustices ?

Idir, une puissante voix tragique qui est allée chercher de l’avenir au-delà de l’histoire. Une histoire officielle qui a cru nous avoir tués et enterrés. Il suffit d’un chant pour que tout recommence. Il suffit d’une forte et pure émotion pour que tout se reconstruise et que le refoulé et le naturel reviennent au galop, et ce au détriment du discours politique et historique que la raison du plus fort a érigé pendant des siècles. Ne dit-il pas dans l’une de ces chansons : « Tecfam taqsiṭ nettawi, ɣef lekdeb yuzlen aseggwas. Tidett ma tebda tikli a t-qḍeɛ deg yiwen wass/ Vous vous rappelez tous de cette histoire que nous racontons, à propos du mensonge qui a couru pendant un an. Et que la vérité rattrape dès qu’elle se met à marcher.» – Il en va des mensonges comme des propagandes religieuses et idéologiques, elles ne résistent pas devant l’authenticité et la puissance de l’art.

Voilà pour la mission que les ancêtres lui ont confiée. Une mission qu’il a réussi à accomplir à travers ses cordes vocales et instrumentales. Une mission dans laquelle il a mis toute son âme et tout son savoir. Une mission pour laquelle il a été taillé et destiné. Un rejeton de Prométhée qui a encore une fois volé du feu aux dieux pour le ramener à ses semblables. Le feu symbole de savoir et de lumière, pierres inaugurales de toute civilisation.

Après le combat de jeunesse, fait à l’instar des grands de son temps, et qui lui a valu le surnom de Lennon kabyle, il a inscrit nos chants dans l’histoire de la musique universelle. Pour une fois, la chanson kabyle quitte ses modes orientaux, pour rejoindre la World Music, avec tout ce que celle-ci exige d’harmonie et d’accords. Idir a donné un souffle moderne à la chanson, ce qui a suscité chez les jeunes de la grande époque un grand engouement pour la musique. D’autant que sa réussite a permis un pont vers les musiques américaines et européennes. Il a dans chaque disque tenté d’ouvrir de nouvelles pistes musicales à la chanson kabyle, du folk au celtique, en passant par le flamenco.

Il est pour tout Kabyle un symbole de réussite et de modernité. Un féministe, un humaniste, ami des minorités et des opprimés. Il incarne le goût du travail bien fait, la simplicité, l’ouverture d’esprit, la longévité et la sagesse. Il est même considéré par les siens comme leur représentant et ambassadeur attitré à l’étranger. Une marque de considération et de confiance qu’il a honorée pendant presque un demi-siècle de succès.

Idir a mis à jour la culture méditerranéenne ancestrale, il a mis en valeur et rendu visibles les chants anciens de nos mères sans voix. Il les a modernisés et fait écouter au monde avec fidélité nos douleurs et nos espoirs, nos larmes et nos joies, nos émotions et nos ressentis. Même si la langue kabyle n’est pas comprise partout, son interprétation et sa douceur vocale ont fait d’elle un langage musical universel compréhensible par tous les humains. Rien ne vaut un joli chant pour parler de son pays !

Idir est ce mélomane tragique. De l’ordre et de l’harmonie du maître apollinien au rythme de flûte du berger dionysiaque, il nous a appris à la fois, grâce au premier, les lois universelles, et a réveillé, grâce au second, le dieu Pan qui sommeille dans chaque Kabyle. Tous ces airs nostalgiques à la flûte nous réconcilient avec la nature, avec nos champs et leurs esprits. Des airs de joie avec un fond de mélancolie et de mélancolie avec un fond de joie. N’est-ce pas dans cette culture tragique, en dehors du temps politique et historique, que se trouve l’équilibre de notre société ? N’est-ce pas grâce à cette culture que nous avons réussi à traverser tous ces siècles obscurs que l’histoire nous a durement imposés ?

Rien ne lui manquait. Il avait toutes les qualités, humaines et artistiques. Il nous a sauvés de la musique horizontale et monocorde, il a chanté avec les plus grands, il est peut-être l’un des rares à être reconnu en tant que Kabyle grâce à son travail et à son aura. J’ai presque envie de lui redire ces mots qu’un admirateur a dit un jour à Jean Ferrat : «Monsieur Ferrat, vous avez de belles musiques, de beaux textes et une belle voix, vous n’avez aucun mérite !»

Aujourd’hui le voilà parti rejoindre ses pairs. A la mort de Muhend U Yehya, il a commencé son hommage par cette belle citation de Jean-Louis Trintignant : «Ne pleure pas de l’avoir perdu, mais réjouis-toi de l’avoir connu.». Nous te dirons la même chose aujourd’hui, cher disparu : Nous nous réjouissons de t’avoir écouté et de t’avoir connu.

Ameziane Kezzar

WIN U TDEΓWT

Godot

Tout habitant de Tafilalt-Dra a certainement attendu « U Tdeghwt » ou « U Dra » des centaines de fois, dans une administration, un hôpital ou devant une école, un marché, une faculté.

Voici le premier jet d’une pièce de théâtre légèrement inspirée de « En attendant Godot » de Samuel Beckett et qui se déroule dans le Tafilalet.

J’ai fait le choix d’écrire comme on parle au quotidien sans néologisme et sans artifices pour permettre à chacun de comprendre.

Si vous pensez pouvoir jouer cette pièce, faites-le.

Le texte en PDF :

Win U Tdeght 28 mars

VIDEO : « Aɣerrabu », un poème de Sifaw chanté par Ali AFDIS



Aɣerrabu

Γri aɣerrabu
Xseɣ ad ruleɣ
Aliy-d a yaḍu ad kmeɣ ilel
Tuden-id teqqa
Xseɣ ad tt-sefḍeɣ
Iles-inu irwel
Yuggwad s bugel
Yuweḍ-id wawal
Itcur s ukwerfa
Uci-id tallumt
Sẓlitted aẓẓal
Iṭṭef-iyi fiɣer
Xseɣ ad tt-nɣeɣ
Fki-id tagelzimt
Rni-id aɣil
Xseɣ ad afgeɣ
Uci-id ifriwen ad awḍeɣ itran
d mammu tin yugal
Sserɣi-id taftilt
Xseɣ ad nḍeɣ
Deffer Bunadem
Di ammas n azal
Ufiɣ asefru n Si Muḥend U Mḥend
Qneɣ-t di tzibba
Udfeɣ sis ilel
Dsiɣ si ufiɣ ilel d jidi
Seqqdeɣ tiwdi seḍseɣ adfel
Xseɣ ad afgeɣ
Fki-id isufag
Add awiɣ itran ad rẓun bugel.

Saɛid Sifaw

TRADUCTION  :

J’ai un bateau
J’ai envie de m’enfuir
Que le vent se lève pour que je puisse naviguer
La poussière m’enterre
J’ai envie de la chasser
Ma langue m’a trahi
Elle a choisi le silence par peur d’être muselée
J’ai entendu des paroles
Pleines d’ivraie
Passez-moi un tamis
Pour les éclaircir.
Un serpent m’a attrapé
J’ai envie de le tuer
Donnez-moi une hache
Et aidez-moi à en finir.
Je veux voler
Donnez-moi des ailes pour que j’atteigne les étoiles,
Et celui qui les a placés dans le ciel.
Allumez-moi une lampe
Aujourd’hui, j’ai envie de marcher
Au milieu des gens en plein jour.
J’ai trouvé un poème de Si Muhend U-Mhend,
Je l’ai enroulé dans une cotte de maille
Et pénétré en mer.
J’ai senti la joie lorsque j’ai vu la mer et la terre
J’ai abandonné ma peur et fait rire la neige
Aujourd’hui je m’envolerai
Donnez-moi des ailes
Pour cueillir des étoiles
Qui briseront nos chaînes.
Je veux m’envoler,
Donnez moi des ailes !

Traduction : Aksil AZERGUI

MASIN FERKAL : Dans le pays amazigh je n’ai pas vu la guerre !


Nous avons rencontré Masin FERKAL, président de l’ONG Tamazgha (Paris), qui s’était rendu récemment à Zouara en Libye. Il a répondu à nos questions.


Neoculture amazighe : Vous vous êtes rendus récemment à Zouara (en Libye), comment pourriez-vous décrire la situation sur place surtout sur le plan sécuritaire. On entend souvent dire dans les médias que la Libye est en guerre.

Masin Ferkal : A At-Willul, comme ailleurs dans le pays amazigh en Libye, la situation est plutôt celle d’un pays qui vit normalement. Les citoyens vaquent à leurs occupations quotidiennes : ils vont au travail, ils font leurs courses dans les magasins ou dans les marchés, les enfants vont à l’école, les hommes discutent dans les cafés, les restaurants sont ouverts et accueillent du monde, les voitures circulent en toute sécurité même tard dans la nuit, y en a qui font du sport, d’autres font la fête,… Une situation somme toute ordinaire.
Il est vrai que l’on parle beaucoup de la Libye comme étant un pays en guerre, mais dans le pays amazigh je n’ai pas vu la guerre. Durant tout mon séjour dans la région d’At-Willul, je n’ai pas vu l’ombre d’une arme dans les rues. Il faut dire que cela est dû aussi au fait que les Amazighs assurent leur propre sécurité et défendent leur territoire. Les lieux de conflits entre les deux camps qui se font la guerre en Libye restent loin des régions amazighes.



Il paraît que ce territoire est complètement géré par les Amazighs, loins de l’influence des deux gouvernements rivaux en place. Qu’en est-il de la situation sur le terrain ?

Effectivement, comme je le disais plus haut, les Amazighs assurent eux-mêmes la sécurité de leur territoire qu’ils gèrent en effet. Les deux clans qui se font la guerre en Libye, notamment depuis avril 2019, à savoir le Gouvernement d’entente nationale, présidé par Fayez El-Sarraj, reconu par les Nations unies, et Khalifa Haftar, qui contrôle une bonne partie de l’est de la Libye décidé à prendre le pouvoir à Tripoli par la force, n’ont aucun pouvoir sur le territoire amazigh dans la mesure où les forces armées qui contrôlent ce territoire sont issues des Amazighs eux-mêmes. Il faut rappeler que suite à la chute du régime de Kadhafi en 2011, les Amazighs n’avaient pas déposé les armes et ont continué à assurer eux-mêmes le contrôle de leur territoire. Ce sont eux également qui contrôlent la frontière avec la Tunisie. Sur le plan administratif, les autorités locales, notamment les municipalités, sont naturellement gérées par les Amazighs même si structurellement ces institutions sont liées aux autorités du gouvernement central.
Il convient également de signaler que les Amazighs sont en désaccord profond avec les autorités libyennes et ce depuis la chute du régime de Kadhafi. Les Amazighs refusent de reconnaître des autorités et institutions qui refusent de reconnaître l’Amazighité de la Libye et ne veulent en aucun cas négocier ce droit fondamental.



Quelle est la place de la langue amazighe dans cette région ? Est-elle enseignée ?

La langue amazighe est tout simplement chez elle dans cette région. C’est la langue d’expression naturelle dans ce pays et c’est une langue qui est visible partout. Sur les frontons des bâtiments officiels, sur les documents officiels, sur les murs, sur les devantures de nombre de magasins, etc. Bien entendu, la langue amazighe est enseignée à l’école et ce depuis 2011. Les Amazighs ont pris une décision unilatérale de l’enseigner et n’ont pas attendu une quelconque reconnaissance des autorités étatiques. Et depuis 2014, un département de langue amazighe est ouvert à la Faculté de Zouara. Sur décision du gouvernement libyen.

Il paraît que le mouvement amazigh est ancré dans cette région qui se distinguerait par sa stabilité. Cette région est-elle auto-gérée ? Quels liens entretient-elle avec le gouvernement de Tripoli ?

Oui, on peut dire que les régions amazighes sont auto-gérées dans la mesure où la gestion des affaires de la Cité est assurée par des Amazighs, y compris la sécurité. En revanche, l’administration et les institutions dépendent de l’administration et des institutions de l’Etat libyen. Financièrement, elles ne sont pas indépendantes. A titre d’exemple, les salaires des fonctionnaires sont assurés par l’Etat central. En d’autres termes, le rapport de forces fait que les Amazighs imposent nombre de choses sur leur territoire.

Quels liens entretient-ils également avec les Touaregs ?

Il y a, bien entendu, des liens entre les Amazighs du nord et les Amazighs de Tinéré, mais il faut dire qu’ils sont fragiles. Pour l’instant, au-delà du sentiment d’appartenance à la même famille amazighe, les deux composantes n’ont pas su bâtir un projet commun. Déjà que même dans le projet constitutionnel du nouvel Etat libyen et dans la terminologie « institutionnel » reprise, par ailleurs, sur le plan international, il est toujours question d’« Amazighs » et de « Touaregs », comme si les « Touaregs » n’étaient pas des Amazighs !
Beaucoup de choses restent donc à faire entre Amazighs du nord (At-Willul et Adrar n Infusen) et ceux du sud (Touaregs de Ténéré). Il convient également de signaler la ville de Ghadamès où vivent des Amazighs. Avec ces derniers des liens existent mais restent timides et, comme pour les Touaregs, il y a pour le moment absence de projet commun.
En effet, les Amazighs de Libye ont tout intérêt à se coordonner et à bâtir un projet commun pour constituer un bloc en mesure de faire face aux forces hostiles à l’Amazighité de la Libye.

Que faudra-t-il faire à votre avis pour soutenir les Amazighs de Libye ?

Il faut déjà y aller pour visiter le pays et le connaître et se rendre compte de la réalité de la situation. Il faudra également tisse des liens avec les Amazighs libyens.
Ceux qui le souhaitent peuvent s’y installer pour y travailler, y vivre et participer au développement du pays.
Une chose est sûre ; le pays amazigh en Libye est un espace ouvert à l’ensemble des Amazighs qui veulent s’y rendre pour participer à son développement, à sa protection et à sa défense. Nos frères amazighs de Libye l’ont pratiquement libéré, à l’ensemble des Amazighs de contribuer à le défendre et à ne pas compromettre cette liberté chèrement acquise. A l’ensemble des Amazighs d’œuvrer pour conforter les forces amazighes qui défendent aujourd’hui ce territoire. A ce propos, Chabane Slimani, originaire de Kabylie, tombé au champ d’honneur, armes à la main, en défendant le territoire d’At-Willul est un exemple de cette nécessaire mobilisation de l’ensemble des Amazighs pour la défense des territoires amazighs libérés en Libye.
Il conviendrait également d’encourager les échanges culturels avec les Amazighs de Libye. Il est important que des acteurs culturels se rendent dans ce territoire pour s’y produire et pour partager leur savoir et art avec les Amazighs de Libye. Sur le plan universitaire et scientifique également, beaucoup de choses pourron être faites.

N.B : Les photos qui illustrent cet entretien ont été prises par Masin Ferkal.

Entretien réalisé par : Aksil Azergui

 

« Le chant de la guerrière », un torrent de colère.

C’est un recueil très engagé que nous offre Amina Amharech. Le lecteur est happé d’emblée par un torrent de colère et de révolte qui traverse toute l’oeuvre. Ce recueil n’est pas de ceux qui se morcèlent. Il forme un seul bloc, brûlant comme des braises. Il se lit d’un trait.

L’engagement forme l’épine dorsale de ce livre qui conjure le mauvais sort, pleure les oubliés et les malheurs qui frappent les Atlas meurtris par tant de décennies de marginalisation et de mépris.

Amina est témoin de son temps. Elle est une chroniqueuse qui croque le quotidien difficile de petites gens exilées dans leur peau. Elle décrit, gueule, crie, rêve et surtout pleure l’Atlas. Tourmentée par tant de malheurs, tant de détresse, tant de rêves avortés, l’auteure adopte une sorte d’écriture parlée. Des mots simples pour dire une grande colère. Ces mots transpirent sa langue maternelle. Amina pense en Tamazight et pleure en français.

De l’assassinat d’Omar Khaleq dit « Izem » à la décapitation de « Rifinox » en passant par l’affaire d’Imider, de celle des enfants morts de froid dans les régions d’Anefgou et d’Imilchil et du berger Hamid Ouali retrouvé mort dans l’indifférence dans les neiges de Bouyeblan, la poétesse dresse le portrait d’un peuple traqué, combattu et oublié, et dont les enfants sont forcés de s’exiler sur leurs propres terres. Certains sont parfois tués, d’aucuns jetés injustement dans les geôles. D’autres, désespérés, sont forcés à l’exil.

Amina parcourt les Atlas et le Rif frappés par le même mal. Elle s’abreuve de leurs malheurs pour nous offrir de belles et tristes chroniques. Elle incarne cet imaginaire poétique amazigh qui a toujours su résister à l’indifférence, à la répression politique avec tant de finesse et de subtilité. Elle est la « Mririda » moderne qui a choisi d’être témoin que victime, libre et non soumise. Dans ses textes, Amina transcende la subtilité légendaire des poètes traditionnels. Elle se révolte. Ses textes sont un cri de colère dans la nuit qui s’est abattue sur les Atlas et le Rif. Elle réveille les consciences, met des mots crus sur les plaies toujours ouvertes, qui refusent de se cicatriser. Elle se veut une guerrière qui dit haut ce que, ceux murés dans le silence, pensent tout bas.

Amina porte en elle l’étendard de la lutte. Elle est cet étendard. Elle l’assume en publiant ce recueil.

Au lieu de subir dans le silence, elle a choisi comme tant d’autres d’écrire, de composer des poèmes, de dénoncer, de distiller du courage dans les cœurs meurtris des habitants de ces régions laissées pour compte. Sa voix, écrit-elle, est celle de « gazé », de « broyé », de « kidnappé », de « l’assassiné », de « l’immolé », de « spolié », de « l’appauvri », de « l’humilié » et de tous les sacrifiés, sans voix. Toute une nomenclature de termes, de mots qui renseignent sur les maux d’un peuple opprimé jusque dans ses terres.

Ses textes, similaires à des braises, sont jetés brûlants et crus à la face d’un monde qui ne sait plus écouter les marginalisés et les reclus. Face à ce silence et comme le font les Imazighen depuis la nuit des temps, elle fait appel à la malédiction (amuttel) pour que les « vaincus » puissent prendre leur revanche et s’affranchir d’une autre malédiction, cette fois-ci maligne et maléfique, qui les enchaîne depuis la pénétration française au Maroc. Elle s’adresse à Amuttel comme à un dieu sauveteur :

Amuttel

Que ton règne arrive

Et que l’injustice s’éteigne

Rendant enfin l’espoir

Aux condamnés

Qui prient résignés

Dans le froid

Des geôles loin des leurs

Qui là-bas au loin

Pleurent

Meurent.

Ce recueil est un manifeste. Un appel lancé à tous ces Hommes, privés de leurs rêves, de leurs droits, de leurs terres, à se soulever, à marcher, à apprendre à élever la voix. Et à dire NON.

Par : Aksil  Azergui

 

Hha Oudadess : Le mathématicien, le militant et le poète

Mohamed Oudadess, qui avait choisi un pseudo amazigh Hha Oudadess, est né à Asefla (près de Goulmima) le 30 décembre 1947, décédé jeudi 05 Décembre à Rabat à l’âge de 73 ans. Jamais une mort ne m’a marqué autant car il incarnait l’amazighité et son combat pour la survie.

Originaire des Ait Atta du Dadess, sa famille s’installe à Azrou au Moyen Atlas. C’est là que Hha a fait ses études jusqu’au bac (sciences expérimentales) obtenu au prestigieux Lycée Tarik Ibn Ziyad en 1965. Après deux ans en tant qu’instituteur, il est admis à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Rabat pour en sortir professeur de deuxième cycle (maths) au Lycée des Orangers puis au Centre Pédagogique Régional (CPR) à Rabat. Il prépare une thèse de troisième cycle en mathématiques à la Faculté des sciences de la même ville, suivi d’un Ph.D en mathématiques pures (fondamentales) à Montréal. Il est professeur encadreur à à l’Ecole Normale Supérieure de Rabat. Quand en 2005 il prend sa retraite, Hha Oudadess continue ses activités de chercheur jusqu’à sa mort. Il se consacre aussi à l’écriture et aux activités militantes au sein du Mouvement Amazigh. Il laisse une œuvre constituée de plusieurs livres en français et tamazight (langue berbère) sa langue maternelle qu’il aimait plus que tout.

Hha le mathématicien :

Professeur encadreur à l’Ecole Normale Supérieure de Rabat où il a joué un rôle de premier plan dans l’encadrement des enseignants et la recherche en mathématiques au sein d’une celle de recherche, Hha Oudadess était estimé et respecté en tant que qu’éminent mathématicien, mais aussi en tant qu’homme simple et intègre. Il était également membre d’une cellule internationale de recherche en mathématiques aux côtés de sommités mondiales comme son ami grec Tassos. Il a participé à plusieurs colloques et rencontres internationaux, publié des dizaines d’articles sur l’histoire et l’épistémologie de cette science et participé à la publication de plusieurs livres dans la discipline.

Hha le militant convaincu :

J’ai connu Mohamed Oudadess dans les années quatre vingt à travers ses divers écrits dans plusieurs journaux et revues, puis de visu à Rabat et ailleurs à l’occasion des activités du Mouvement Amazigh dont il était l’un des premiers promoteurs et piliers comme Mohamed Chafik, Oussaden, Ali Azayko, Moha Abehri, Mohamed Boudhan, Brahim Akhyat, Mohamed Mounib et d’autres.

A l’époque, l’Etat marocain se concevait encore en seuls termes d’arabo-islamité et ne reconnaissait pas l’évidence amazighe (berbère). La culture, la langue, l’histoire des imazighen n’étaient pas seulement niées par la culture dominante, mais méprisées et exclues de toutes les institutions publiques et privées du royaume. Pour l’idéologie dominante issue de ce qu’on appelle « le Mouvement National »et les élites qui lui servaient de relais, l’amazighité n’était pas seulement du folklore juste bon à amuser les touristes, mais constituait une menace pour l’unité nationale, pour l’unité du mythique « monde arabe ». Depuis « l’indépendance », une propagande bien orchestrée à travers l’école, les médias, l’administration et les mosquées tentait de justifier, de légitimer ce qu’on peut appeler aujourd’hui un « culturocide » patent. Le Mouvement Amazigh est né comme réaction à ce déni de reconnaissance et à cette exclusion de l’amazighité sur la patrie de ses ancêtres.

Pour tout amazigh conscient de la valeur de sa propre amazighité, cette situation était on intolérable, car à bien des égards, elle ressemblait à un apartheid de fait. Les coups d’Etat militaires fomentés contre Hassan II dans les années soixante dix, attribué aux imazighen, ont ouvert une chasse aux sorcières qui a fait beaucoup de victimes : parler des droits de l’amazighité et des imazighens était considéré comme un complot.

Le tabou amazigh provoque une grave rupture anthropologique : une grande partie des imazighen darijisés en sont arrivés à mépriser leurs propres langue et culture. La pauvreté et l’ignorance aidant, les descendants de Massinissa- le premier à affirmer « l’Afrique aux africains »-, de Moha Ouhammou, de Aâssou Oubaslam, de Abedelkrim… mettent leur propre existence et devenir en péril. La darijisation-faussement appelée arabisation-est vite érigée en preuve d’arabité par les adversaires de l’amazighité. La propagande anti-amazighe érigée en système a amené des générations entières, faussement informées sur leurs origines et sur leur histoire, à se dire arabes et à défendre les causes du Proche Orient alors que leurs parents sont encore monolingues amazighs. Cet embrigadement, cet endoctrinement arabo-islamiste des enfants dès leurs premières années d’école, visait à couler l’esprit des jeunes générations dans le moule de la pensée unique. Il a produit le mépris de soi et la haine de l’autre.

Ayant pris la mesure du danger que représentait une telle politique pour la continuité culturelle et identitaire de notre pays, les premiers précurseurs du Mouvement Amazigh dont Hha Oudadess ont consacré leur vie à la réflexion, à la recherche et à l’action militante, dans le but de contribuer à contrecarrer le mensonge et la démagogie par l’émergence d’une pensée raisonnable et objective, une pensée qui permettrait aux marocains de renouer avec leurs vraies racines identitaires amazighes.

Ainsi, Hha Oudadess sera de ceux qui démystifient la posture idéologique de d’aliénation culturelle planifiée par les théologiens arabo-islamistes. On ne peut aller vers l’autre qu’en étant soi-même, comme on ne peut aller vers l’universel qu’à partir de sa propre spécificité. Et comme la spécificité de la personnalité marocaine (et maghrébine) provient de l’invariant culturel vieux de plus de 9000 ans, avec tous les apports antéislamiques comme la judaïté ou l’africanité, Hha Oudadess va y puiser force et sagesse. Il était devenu spécialiste de la langue amazighe au point de publier avec son ami Lahsen Oulhaj un dictionnaire du lexique amazigh moderne, afin de permettre à la langue amazighe de s’inscrire dans la modernité.

C’est dans ce contexte que je découvris en Hha Oudadess un militant qui partageait ce qui consumait mon âme d’amazigh révolté depuis l’école primaire où les maîtres n’hésitaient point à ridiculiser notre accent amazigh et notre méconnaissance de la « supérieure » langue arabe, langue de la « meilleure religion » et du paradis. Je fus tout de suite frappé par le calme, la simplicité mais aussi par l’esprit d’analyse et de méthode de l’homme. Je découvris en lui un engagement sans limite pour la cause amazighe, engagement qui l’a amené à refuser toute concession au sujet des droits naturels de l’amazighité sur son propre sol, à dénoncer toute compromission avec le pouvoir makhzenien et ses alliés. A la répression, à la démagogie du pouvoir, aux ténèbres de l’ignorance, du mensonge d’une historiographie de pacotille, comme ses amis Ali Azayko, Mohamed Chafik, Moha Abehri, Boudhan et d’autres, Hha Oudadess opposera la force tranquille de l’intelligence, du droit, du savoir, l’esprit des lumières, de la vérité historique et anthropologique : l’amazighité en tant que creuset de notre identité ne saurait être noyée dans l’arabo-islamisme ou une modernité mal digérée.

De rencontre en rencontre, nos relations vont devenir de plus en plus fréquentes et étroites. Hha Oudadess était de tous les combats. Il est présent à toutes les étapes cruciales du Mouvement Amazigh(MA). Membre créateur de l’Association Assid à Méknès après avoir été membre actif de la revue Tifawt, il est l’un des premiers signataires du Manifeste Amazigh en 2000. Il refusa de devenir membre du Conseil d’Administration de l’IRCAM dont il dénonçait la dérive surtout après le départ de Mohamed Chafik du Rectorat.Il assiste au Congrès Mondial Amazigh à plusieurs reprises, notamment celui de Méknès et de Djerba en Tunisie en 2011.

En 2005, il est parmi les premiers fondateurs d’Option Amazighe avec les sept membres démissionnaires du Conseil d’Administration de l’IRCAM (Abdelmalek Oussaden, Ali Bougrine, Ali Khadaoui, Hassan Banhakeia, Mimoun Ighraz, Mohamed Boudhan, Mohamed Ajajaa). C’est à partir de ce moment que nos chemins vont devenir un. Toujours ensemble, nous sillonnâmes le pays pour défendre la cause qui nous unissait et promouvoir la poésie amazighe.

Nos rencontres étaient toujours sous le signe de la l’amazighité, reléguée au rang d’une culture minorée, dévalorisée par une culture exogène, pour la première fois de son histoire, sur son propre territoire.

C’est ainsi qu’il va devenir l’infatigable militant calme et discipliné contre les utopies du siècle, notamment contre le messianisme intégriste arabo-islamiste, qui a fini par vomir à la face du monde entier, ses perversions les plus abjectes. La prise de conscience d’une identité amazighe refoulée, occupent une place centrale dans son parcours.

La pensée dogmatique lui répugnait. Rien ne pouvait le mettre en colère que de voir la langue amazighe et les arts correspondants menacés de disparition.

Hha Oudadess, contrairement à beaucoup de militants, a mis ses principes et son engagement en pratique quotidienne. Avec ses trois filles auxquelles il a choisi les noms de Titrit, Aslal et Mamlal, avec ses amis, il ne parlait que tamazight. Il travaillait toujours au son des chanteurs et poètes amazighs dont beaucoup étaient ses amis…Dans un article bien documenté et argumenté, il dénonce l’académisme au rabais où l’idéologie a remplacé la démarche et la preuve scientifiques dans les universités, ce qui paralyse la pensée et l’imaginaire maghrébins, truffés de mensonges et de perfidies, et qui ont transformé le pays en un immense gâchis. A Rabat, sa maison était devenue un lieu de rencontre pour une partie des militants amazighs de toutes les régions.

A l’autre bout du Maroc inutile, à Aghbala, son frère le Dr Ahmed Oudadess, médecin, est aussi un militant de la même trempe que son frère Hha. Il est aussi de tous les combats et sa maison à Azagharfar a vu défiler la crème du Mouvement Amazigh : militants, chercheurs,  artistes et écrivains nationaux comme Abehri,Ali Azayko, Boudhan, Mounib, Mustapha Qaddery, Lhoucine Ait Bahcine, Mohamed Mounib, Oussaden, Ajaajaa, ggori, Ighraz, Hassana Boulhfa, Laure Moralli, Luis Arias Manzo, Tassos, Flora, Jean Louis Devatine, entre autres, sont tous passés par Azagharfar.

Hha Oudadess le poète :

Si le militantisme amazigh nous a rapprochés, la poésie nous a unis dans le même amour du verbe amazigh. Hha était Consul des Poètes de Tamazgha (Maroc) auprès de l’organisation Poètes du Monde.

Rien n’échappait à l’œil attentif de Hha  le poète. Il notait tout le temps le moindre ver qui se présentait à lui. Il a composé des vers merveilleux, recueilli la poésie amazighe orale. La poésie permet la domestication de la révolte, celle-ci vous consume quotidiennement sans résultat autre que celui qui fait de vous la victime idéale des charlatans de toutes sortes ou à vous faire basculer dans le terrorisme ou la débauche.

Comme Chafik, comme Azayko, comme Abehri, comme Mammeri, il a très tôt compris que l’arme des temps modernes est le savoir. A travers ses écrits, où la rébellion liée à la douleur est à peine voilée, il a pu transformer la révolte stérile en un engagement intellectuel, long et patient. Imperturbablement, il a contribué à la remise en question d’un processus voulu irréversible depuis l’indépendance : la désamazighisation du Maroc comme prix à payer pour une unité mythique avec un Proche-Orient qui a été incrusté dans les esprits et les cœurs de générations entières par des siècles d’une propagande qui n’avait d’autres objectifs que de cacher une vérité : à savoir que le Maroc-comme toute l’Afrique du Nord et le Sahel sont amazighs historiquement et anthropologiquement parlant.

Il écrit des dizaines d’articles pour dénoncer les intellectuels partisans du moment, la spéculation idéologique, et la supercherie : ce n’est pas au nom de l’unité nationale qu’on invoque la nécessité de la disparition de tamazight, mais bel et bien pour défendre des intérêts et atteindre d’autres objectifs que l’on se sert de l’unité arabe, de l’islam, de l’école et des média!

Le tabou amazigh est brisé dans une approche où le souci de l’objectivité est constant. La démarche est un réquisitoire contre la simplification de l’histoire, contre le mensonge et la perfidie. Comme en écho à Azayko et à Chafik, Hha Oudadess fait feu sur les quartiers généraux de la pensée unique et crie haut et fort qu’imazighen n’acceptent plus qu’on écrive leur histoire à leur place, en leur présence ; n’acceptent plus qu’on parle à leur place, en leur présence ; n’acceptent plus qu’on les traite en étrangers dans leur propre pays, en leur présence.

Progressivement, Hha Oudadess s’impose comme le militant exemplaire, désintéressé de tout sauf de l’objectif vers lequel ont convergé toutes les forces du Mouvement Amazigh. Il est devenu le symbole du militant dévoué, constant, loyal et fidèle à une cause combattue par l’Etat   et ses institutions.

Ses écrits inscrits dans le combat amazigh fait sauter la cloison des convenances et des certitudes quant à la véracité des thèses de ceux qui ont conçu un projet de société sur l’exclusion de la langue et de la culture amazighes, pourtant matrices des valeureux combattants de la résistance armée pour la liberté et l’indépendance depuis Carthage, les romains, les arabes et la pénétration européenne.

Hha Oudadess forçait le respect et l’admiration par son intégrité, son esprit méthodique, sa simplicité et son engagement total pour la cause amazighe. Il aura assisté de son vivant à l’officialisation de la langue amazighe dans la constitution de 2011.

Mais-il y a toujours des « mais » quand il s’agit de l’amazighité du Maroc- cette officialisation est soumise à condition : la promulgation de lois organiques…qui ne sont intervenue qu’en 2019 et dont la mise en pratique est toujours en hypothèque. Autrement dit, depuis le discours d’Ajdir, 18 ans sont passés…et l’amazighité doit encore et encore combattre pour sa propre survie.

Dans la poésie de Hha Oudadess, les mots sont des chiffres… mais ce sont des chiffres chargés de sens…Alors il prend le plus grand soin dans le choix des mots utilisés dans ses poèmes. Ses vers sont en général courts, percutants, les images choisies sont claires comme des photographies… Ses sentiments sont tus pour laisser parler les mots. Toujours sous l’emprise du relativisme scientifique, il se méfie de toutes les idées reçues, de toutes les affirmations non étayées et soutenues par des preuves tangibles.

Sa poèmes portent l’emprunte des lieux où elle a été conçue : (Itto, Agadir, Fes, Numidia, Rif, Tunis, Djerba, Urtan, Aghbala, Méknès, Tazizawt, Carthages, Libya… Azrou, Rabat, Montréal, Mexique, Brésil, Grèce…Mais aussi Azagharfar…

Là où il est passé, Hha a immortalisé le lieu par un poème, un haiko… comme il n’a jamais oublié ses amis et les militants qui l’ont marqué. Les personnages qui ont beaucoup donné à tamazight surgissent du lot : Chafik, Boudhan, Ali Azayko, Abdelmalek Oussaden, Moha Ouhammou azayi, Mohamed Mounib, Moha Abehri, Loudaoui, mais aussi Moha Oulhoussain Achibane(le Maestro), Moha Oulbaz…

Dans son dernier recueil, « AWAL N WUL », paru en 2019, la langue est pure, respire une liberté sans borne. Toujours courts, les vers sont d’une intensité ! Réflexions, questionnements existentiels y côtoient des émerveillements devant la beauté de la nature…

Dans « tarezzift i Azayku, il écrit :

«  A tagwmat Azayku !

…ktiv lli g ax tennit

« Tafransist, awdnettat d awal

Immim usefru nna tesekit.

Macnn, a amexlaw

Mani mayc ;

Tamazivt, is tettut… »

« Mon frère Azayko

Je me rappelle quand tu m’as dit

Le français c’est aussi une langue

Il est succulant le poème que tu as construit

Mais idiot

Tamazight, as-tu oublié ? »(traduction de l’auteur) ;

Azayko occupe une place importante dans la poésie de Hha Oudadess. C’est un hommage constant à celui qui fut le premier prisonnier politique du Mouvement Amazigh , juste parce qu’il avait écrit dans une revue que « la culture amazighe est une culture à part entière comme la culture l’arabe ou française … »

Œuvre connue de Hha Oudadess :

-Distribution Théory And Application (avec Abdallah Elkinani)

-Lexique Amazigh Moderne (avec Lahcen Oulahj)

-Isfrades

-Haikus d’un Amazigh

-Tiwngimin (pensées éparses)

-Awal N Wul

A paraître : Imdyazanen

Par : Ali Khadaoui