Antiterrorisme : Et si on commence par changer les manuels scolaires !

Alors que plusieurs centaines de Marocains ont rejoint, et continuent de rejoindre, les rangs du groupe terroriste « Etat Islamique »  et que les annonces de démantèlements de cellules terroristes se suivent dans le pays, l’Etat marocain a pris la décision de renforcer son arsenal juridique pour lutter efficacement contre la menace terroriste. Un projet de loi modifiant et complétant les dispositions du Code pénal et de la procédure pénale relatives à la lutte contre le terrorisme a été adopté par la Commission de Justice, de Législation et des droits de l’Homme à la Chambre des représentants, mercredi 14 janvier. Ce texte, décrié par des associations des droits humains, vient renforcer la loi antiterroriste n°03-03, promulguée au lendemain des attentats kamikazes de Casablanca de 2003. Ce dernier texte, pour rappel, a été également largement critiqué par plusieurs institutions internationales, notamment le Comité contre la torture et le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU.v

Que prévoit le nouveau texte ?

Le nouvel article 218-1-1 du code pénal stipule qu’il est considéré comme acte terroriste «le fait de se rallier ou de tenter de se rallier individuellement ou collectivement, dans un cadre organisé ou non, à des entités, organisations, bandes ou groupes, terroristes, quels que soient leur forme, leur objet, ou le lieu où ils se trouvent situés, même si les actes terroristes ne visent pas à porter préjudice au Royaume du Maroc ou à ses intérêts». Il prévoit également que «le fait de recevoir ou de tenter de recevoir un entraînement ou une formation quelles qu’en soient la forme, la nature ou la durée à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire du Royaume du Maroc, en vue de commettre un acte de terrorisme à l’intérieur ou à l’extérieur du Royaume, indépendamment de la survenance d’un tel acte», sera aussi considéré comme un acte de terrorisme. Les auteurs de ces actes seront punis, selon la nouvelle loi, de la réclusion de cinq à quinze ans et d’une amende de 50.000 à 500.000 dirhams. «Toutefois, lorsque l’auteur de l’infraction est une personne morale, il est puni d’une amende de 250.000 à 2.500.000 dirhams en prononçant à son encontre la dissolution ainsi que les deux mesures de sûreté prévues à l’article 62 du code pénal, sous réserve des droits des tiers et sans préjudice des sanctions qui pourraient être prononcées à l’encontre de ses dirigeants ou agents ayant commis ou tenté de commettre l’infraction», précise ce même article

Une menace pour les libertés publiques :

Cette loi n’est pas précise, en ce sens qu’elle permet une large interprétation des actes terroristes. Elle retreint également les libertés et prévoit des sanctions extrêmement sévères. La majorité des actes incriminés dans ce projet permet aux autorités de bénéficier d’un large pouvoir d’appréciation et d’interprétation pour transformer des actes de droit commun en actes terroristes, ce qui constitue une menace sérieuse pour les libertés publiques et les droits des accusés.

Cette loi est un clou de plus dans le cercueil des libertés publiques et des droits de l’Homme, déjà largement malmenés au Maroc. Je rappelle que la loi anti-terroriste marocaine promulguée le 28 mai 2003, restreint déjà considérablement les libertés publiques et les droits des personnes accusées de terrorisme. Elle allonge la durée légale de la garde à vue dans le cas de crime terroriste (8 à 12 jours) et élargit le champ de l’application de la peine de mort. Elle facilite les écoutes téléphoniques et la levée du secret bancaire et autorise la surveillance d’Internet et le bâillonnement de la presse. Elle a pour seule conséquence de resserrer le champ de la liberté d’expression.

Le Maroc a suivi l’exemple de la France où une nouvelle loi antiteroriste a été votée le 18 septembre dernier. Ce projet vise à réduire le risque d’attentats terroristes en renforçant les moyens d’enquête, en dotant le pays aussi d’instruments plus efficaces de lutte contre la propagande sur internet et en améliorant la capacité du pays à empêcher les départs. Mais, contrairement au Maroc, la France est une démocratie et le parlement peut contrôler l’action des services de renseignement. La justice est aussi indépendante, ce qui n’est pas le cas au Maroc où elle reste sous influence. Dans ce dernier pays, les abus de tout genre sont fréquents.

L’école d’abord !

Il faut dire que cette loi n’est adaptée à la situation actuelle et qu’elle ne permettra pas de mettre un terme aux départs des djihadistes pour la Syrie, même si leur retour éventuel au Maroc constitue une menace sérieuse pour la stabilité du pays. Penser le contraire relève de la naïveté. Cette  vision purement sécuritaire est très dangereuse. On ne peut pas régler le problème en modifiant quelques articles du code pénal ou en mettant en place une loi antiterroriste. Le tout sécuritaire est improductif. Il contribue même à la radicalisation. Je rappelle que ces Marocains qui quittent le pays pour rallier des groupes djihadistes en Syrie et en Irak (ils sont au moins plus de 2 000 maintenant) ou dans le Sahel sont des produits de notre système éducatif, l’un des plus arriérés au monde. Le système éducatif et les médias officiels ont créé ces monstres dont le pays craint aujourd’hui de devenir un jour l’otage. Au Maroc, l’école apprend toujours aux enfants la nécessité de faire le djihad, l’intolérance, la haine des juifs et des chrétiens. Elle leur apprend qu’il faut tuer les apostats et les « ennemis d’Allah ». Nos manuels scolaires, nos télévisions et nos mosquées distillent la haine et l’intolérance avec la bénédiction de l’Etat. Cette école ne leur apprend pas le respect des autres (femmes, juifs, chrétiens, etc), les droits et les libertés et ne les dote pas d’un esprit critique. Les enfants ne bénéficient pas aussi d’aucune éducation civique. Les médias publics comme la télévision et les radios jouent un rôle déterminant dans la « formation religieuse » des Marocains et dans leur radicalisation aussi. Je crois qu’il faut commencer par là. C’est à dire : Expurger nos manuels scolaires, nos médias et notre vie publique de la religion. Il faut expliquer aux gens que leur religion ne concerne qu’eux et qu’ils n’ont pas le droit de vouloir l’imposer aux autres.

Une loi ne peut pas régler, à toute seule, le problème, alors que tous les ingrédients de fabrication de kamikazes et d’extrémistes religieux sont toujours réunis et même nourris par l’Etat. Il faut commencer par le commencement : L’Education. Tout le reste n’est que littérature.

 A. Azergui

La question amazighe au Maroc ou le retour au point zéro

Le 23 Septembre 2014 restera dans la mémoire des Imazighen comme le clairon qui a sonné la fin d’une illusion, celle de la volonté de la caste au pouvoir à résoudre la question amazighe conformément aux revendications légitimes du Mouvement Amazigh, entendues par le Roi depuis le discours d’Ajdir en 2001.alphDans un lieu déjà hautement symbolique de la discrimination et du racisme arabo-islamiste de la caste dominante à l’égard de l’amazighité, en l’occurrence les locaux de l’agence MAP, le Ministre de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle, un technocrate qui n’a pas l’habitude des mensonges et de l’hypocrisie des politiciens, affirme officiellement lors d’une conférence de presse consacrée à la rentrée scolaire que :

C’est la douche froide pour celles et ceux qui croyaient encore la veille, que la question amazighe, dans au moins son volet scolaire, connaissait le chemin d’une solution consensuelle qui met le pays à l’abri de l’insécurité civile que connaît le « monde arabe ». Que signifie une telle affirmation venant d’un ministre qui a la charge d’appliquer la politique éducative du Gouvernement, dans un secteur clé qui conditionne toute volonté politique de changement des mentalités et des comportements des futurs citoyens à l’égard du constituant fondamental de l’identité du Maroc ?

La vérité est que la majorité des composantes du Mouvement Amazigh et des observateurs avaient déjà compris depuis des années que la caste au pouvoir n’avait aucune volonté politique d’aller de l’avant sur la voie tracée par le discours d’Ajdir en 2001. Ce constat avait déjà conduit sept membres du Conseil d’Administration de l’IRCAM(l’Institut Royal de la Culture Amazghe) à démissionner pour protester contre le blocage de toutes les décisions du Conseil qui visaient à traduire dans les faits, les décisions du Roi. En effet, la fronde contre ces décisions s’était exprimée publiquement et à plusieurs reprises au sein même des caciques du palais royal et de la classe politique : Mrini, Abbas Elfassi, Benkirane en tête. Cette fronde s’était encore exprimée sans voile lors du débat sur le projet de la constitution en 2011. Pour rappel, dans son discours de Mars, juste quelques mois avant le référendum constitutionnel, le Roi avait parlé de l’amazighité comme « socle de l’identité marocaine, et de deux langues officielles pour l’Etat : les langues amazighe et arabe ».buxus

Tollé et levée de boucliers contre une éventuelle égalité devant la loi suprême du pays entre « chalha » et la langue arabe: l’Istiqlal et le PJD, la quatrième colonne du baâthisme arabe et de l’islamisme qatari et saoudien montent au créneau et, en trois jours seulement, ils torpillent les travaux de la Commission Manouni, imposent une constitution baclée qui fait du Maroc un pays avec une identité bâtarde, sous prétexte de la diversité culturelle. Ainsi, l’identité amazighe du Maroc est noyée dans les apports idéologiques exogènes insignifiants, au détriment des données réelles, géographiques, historiques et anthropologiques du Nord de l’Afrique. Les ennemis de l’amazighité, à défaut d’interdire l’officialisation de la langue amazighe, soumettent alors cette dernière à des conditions qui annulent dans les faits tous les droits que confère l’officialisation constitutionnelle à toute langue de part le monde.

Autrement dit, la langue amazighe sans les lois organiques n’est pas officielle. C’est ce que vient de rappeler le Ministre de l’Education à tout le monde, et on devrait le remercier pour cette clarification au lieu de le blâmer. En effet, on ne peut pas enseigner comme il se doit une langue sans statut juridique. Et la langue amazighe n’a pas encore de statut juridique. Elle ne peut donc être enseignée qu’à titre expérimental et non à titre d’une langue obligatoire, avec son propre budget, ses programmes, le statut officiel de ses enseignants et inspecteurs…

Oui, on devrait remercier ce ministre pour sa franchise et sa sincérité, car tout changement commence par des mots, mais des mots qui sonnent la vérité. Et cette vérité, elle s’adresse d’abord au Mouvement Amazigh. Elle interpelle les dirigeants de ces centaines d’associations et ces milliers de militants qui pullulent sur les réseaux sociaux… mais qui continuent encore à croire que les mots suffisent à changer la réalité, à subir la malédiction séculaire des imazighen : les divisions pour diverses raisons mesquines, à continuer le combat en l’absence d’une stratégie et d’une organisation politique qui imposerait l’amazighité comme un projet de société démocratique et réellement citoyen, en opposition au projet apartheidiste arabo-islamiste qui prépare le terrain depuis des décennies déjà, à un Etat daîchien sur la terre des imazighen.

Mais imazighen méritent-ils encore de se nommer « les hommes libres » ? La balle est depuis longtemps dans le camp du Mouvement Amazigh. Il ne peut pas attendre que les ennemis de l’amazighité, omniprésents dans tous les rouages des institutions de l’Etat, fassent aboutir la revendication amazighe à sa place.

Par : Ali Khadaoui

KABYLES : j’irai cracher sur vos tombes !

KaVous avez deux choix : Soit continuer à vous soumettre aux arabo-musulmans en épousant leur dernière créature apparue sous la forme des « soldats du Califat » et j’irai cracher sur vos tombes, je maudirais vos ancêtres jusqu’à la première génération, je souillerai aussi votre soumission au 1er Novembre 1954 qui a créé ces monstres ; soit vous vous relevez enfin et renouez avec la grandeur d’une Dihya en dénonçant ces traitres qui ont fait prisonnier un cousin en souffrance, cousin parce que le français descend du latin que parlait vos ancêtres, Augustin, Apulée, ils l’avaient même embelli alors que vous n’avez fait que l’appauvrir en adoptant la langue et la religion de l’ennemi qu’il a imposé par le cimeterre (l’animisme, le judaïsme et le christianisme n’ont été imposé par personne, Rome était païenne jusqu’au 4ème siècle).herve-gourdel Si vous choisissez la première solution, si vous choisissez de persister dans la honte et la perfidie, si vous choisissez de vous soumettre à nouveau cela prouvera bien que vous n’êtes rien d’autre que des paillassons, des m….s, du chiendent, incapables dans ce cas de comprendre que vous avez été trompés, que vous vous trompez, volontairement, ce qui est pis bien sûr, alors que l’islam n’a rien à voir avec Jésus comme ces chiens le prétendent, que leur croyance ce n’est rien d’autre qu’un paganisme odieux, vulgaire, haineux, malgré quelques odes (mais quel peuple n’en a pas ?) qui ose se réclamer outre Jésus de Moïse, Abraham alors qu’il n’en est que le parasite diabolique, malin, oui, évidemment, très politique, sûr, capable d’allier des matériaux opposés, de séduire, oui, comme l’était Belzébuth, ou alors Baal, qui a pu faire des choses, certes, mais vos ancêtres ont fait mille fois mieux, alors que l’islam n’est qu’une déviation du judaïsme et du christianisme, un leurre soumettant l’humain qui a été fait libre (Gen, II, 19). Cet islam est une herbe folle qu’il faut arracher jusqu’à la racine si l’on ne veut pas seulement en « couper le gazon ». Puis il faut labourer, écraser, écrabouiller, talon à la tête et touiller, touiller pour supprimer les  scorpions qui restent.v
Où sont « les » Kabyles prétendus « Amazigh » ? Les RCD les FFS, où sont-ils ? Où sont tous ceux qui se sont couchés devant Ben Bella et Boumedienne en 1954 et en 1963 ?… Vous qui laissez les zombis venus du 7ème siècle envahir jusqu’à l’Université de Tizi Ouzou qui porte le nom de Mouloud Mammeri, ce qui est non seulement une honte mais une infamie, où êtes-vous ? Allez-vous bon sang ! prendre la route ouverte par les Kurdes, ou allez-vous continuer à baisser la tête, toute juste à être coupée lorsqu’elle ne servira à rien. Kabyles, vous êtes à vomir. Je me vomis donc moi-même puisque je le suis, une énième fois, la première fois quand Aït Hmed a rendu les armes (et j’aurais dû aller le lui dire un jour à St Denis lorsqu’il a osé faire lever la salle pour célébrer ce jour maudit de 1954 qui a été le début du « djihad » comme l’a bien montré le film de Jean-Pierre Lledo), une seconde fois quand ce fut des journalistes dits « algériens » qui furent à la base de la tuerie du commandant Massoud. Ce dernier crime, je crois a été le début du commencement d’un profond rejet de cette arabétisation qui vous éteint, vous êtes sortis de l’Histoire mais vous tentez de vous y maintenir en zombies, partez ! ou alors levez-vous et battez-vous repentez-vous tels ces bataillons perdus du Seigneur des Anneaux qui se rachetèrent et ainsi purent récupérer leurs âmes. Mais avez-vous encore une âme ?…

Par : Lucien SA Oulahbib

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Les sept plaies d’Imider …

Il y a trois ans, sur le sommet du mont d’Alebban, à deux kilomètres d’Imider, une localité située à quelque 200 km au nord-est d’Ouarzazat, des habitants en colère ont entamé un sit-in pour protester contre l’exploitation d’une mine d’argent sur leurs terres depuis 1969 par la Société métallurgique d’Imider (SMI). Imider-
Au cours de ces trois années, les habitants visés par une campagne de répression ont organisé des marches, des manifestations et ont bravé l’abus de pouvoir des autorités marocaines qui ont notamment procédé à des arrestations de militants et leur condamnation à des peines de prison. Trois ans de résistance à une puissante holding. Chacune des parties reste ferme sur ses positions. Les habitants sont toujours sur le mont d’Alebban. Aucun changement ne profile à l’horizon. La mine est toujours surexploitée. Elle provoque toujours la pollution de l’environnement immédiat des habitants au cyanure et au mercure, deux produits chimiques que la SMI utilise pour le traitement du minerai. Le débit d’eau dans les puits et dans les robinets des habitants, qui avait baissé de 60 % déclenchant le mouvement de colère, est toujours faible. Rien ou presque n’a changé.

drapeauImiderMais, qu’est ce qui empêche, plus exactement, ce conflit de trouver une issue ? Pourquoi la SMI n’accorde aucun crédit aux revendications des habitants ?

1- Une société puissante

La SMI est une filiale du groupe minier Managem géré par la Société nationale d’investissement (SNI), une propriété du chef de la monarchie marocaine. Cette entreprise a généré en 2010 un chiffre d’affaires de 74 millions d’euros, ce qui la place parmi les plus importantes mines d’argent en Afrique. Les habitants, eux, vivent à l’âge de pierre, dans l’indigence et la pauvreté. Ils n’ont ni routes, ni dispensaires, ni écoles, ni réseau Internet. L’hôpital le plus proche est situé à 200 km.
Le fait que cette entreprise appartienne au holding royal empêche sérieusement la résolution de ce problème. Contester l’entreprise revient à contester la mainmise du roi sur les richesses de cette région (mais aussi de tout le territoire que contrôle la monarchie). Soumis et serviles, les chefs des formations politiques, les parlementaires, les gouverneurs et autres corps de l’Etat n’auront jamais le courage de traiter ce problème dans le fond, au risque de s’attirer les foudres de palais royal. Qui peut obliger une entreprise appartenant au « roi des pauvres » de respecter des habitants démunis sans force et sans soutien ?

2- Une communication inaudible.

Côté communication, la SMI se permet de s’acheter des pages entières de journaux pour vanter ses « projets en faveur des habitants » de cette région. Récemment, en réaction à la publication d’un article sur Imider peu favorable à la monarchie et à l’entreprise dans le très influent New York Times, l’entreprise a répondu en publiant, à coup de plusieurs centaines de milliers d’euros, plusieurs publicités élogieuses de la SMI dans des médias marocains et français (Ici dans le quotidien gratuit Direct Matin, édition de Paris). Plusieurs journaux et sites marocains sont également passés à l’offensive pour redorer le blason de l’entreprise et démontrer son respect pour l’environnement. Les habitants désargentés sont indigents face à ces attaques visant à lesdiscréditer. Imidertexte3 – Une répression systématique.

ImiderdérAlors que l’entreprise communique à l’échelle internationale pour améliorer son image dégradée, les forces de la répression de la monarchie mènent une véritable campagne contre les habitants d’Imider. Depuis le début de ce sit-in, la répression semble être la seule réponse des autorités aux revendications des manifestants. En février 2012, Mustapha Ouchtobane, militant du Mouvement sur la voie de 96 a été condamné à une peine de quatre ans de prison ferme. Cinq mois après, cinq militants ont été arrêtés et déférés devant un tribunal. Moha Bennaser, Karim Lahcen, Faska Laadad, Taïeb Omar et Moha Ouljihad seront libérés quelques semaines plus tard. En 2013, plusieurs militants ont été agressés physiquement soit par la police, soit par des personnes connues pour leurs liens avec les autorités. Parmi les personnes visées H. Mounas (7 et 17 juillet), Hamid Berki (28 décembre) et Ichou Hamdan (30 décembre). Au cours de cette année, trois militants – Omar Moujane, Brahim Hamdaoui et Abdessamad Madriont – ont été arrêtés et agressés sauvagement. Ils viennent d’être condamnés à trois de prison ferme chacun. Au total, au moins trente militants ont été arrêtés depuis l’organisation de ce sit-in. Des arrestations massives ont été également opérées dans les rangs des habitants en 1996 et 1986. Une personne a été même tuée lors d’une intervention des forces auxiliaires pour disperser un sit-in organisé en 1996 dans cette même localité.Imidergrapf
4 – Absence d’une solidarité active.

Face à ces arrestations, intimidations et condamnations, peu d’associations de la société civile et d’ONG des droits humains semblent intéressées par ce qui se passe à Imider. Elles ferment les yeux parce que ce dossier ne les arrange pas. D’abord, le fait que l’entreprise appartienne au roi pose un sérieux problème. Le fait également que les victimes de cette entreprise soient berbères renforce plus le mépris affiché vis-à-vis des manifestants. Même dans la région, peu d’associations amazighes se sont mobilisés au profit des manifestants. Aucune association n’a appelé par exemple à manifester en leur faveur. Comme si ce qui se passe sur Alebban ne les intéresse pas. Certaines de ces mêmes associations ont choisi de se démarquer des habitants pour profiter des largesses des autorités et recevoir plus de fonds. Dans la diaspora, les habitants originaires d’Imider et de Tinghir semblent anesthésiés, inactifs et fatalistes. Aucune activité n’a été organisée dans leurs pays d’accueil pour protester contre ce qui se passe à Alebban, par crainte de représailles une fois de retour au pays.
ImiderDrapeau
5 – L’éloignement de Rabat.

L’éloignement d’Imider des centres de décision ainsi que son emplacement dans une région maudite par la monarchie, ont également contribué à la complication de la tâche des manifestants. Leur voix reste inaudible malgré plusieurs dizaines d’articles consacrés à leur cause, parus dans les médias internationaux. Ce silence n’est autre qu’une punition que le régime inflige à ces habitants qui ont refusé de plier au joug des autorités et de l’entreprise du roi des pauvres.

6 – Un régime sourd.

La monarchie marocaine est loin d’être une démocratie. Le peu de « droits » dont ses sujets bénéficient sont considérés comme des « cadeaux » offerts gracieusement par Mohammed VI. Les « sujets » n’ont qu’à applaudir et remercier le monarque de sa « haute sollicitude ». Il peut ainsi leur retirer les droits concédés à tout moment. C’est pour cette raison que la monarchie ne pourra jamais répondre favorablement aux revendications des habitants d’Imider. Méprisante et peu soucieuse des droits des « sujets », elle ne leur concédera rien. Elle ne supporte pas d’être contestée et dénoncée.

M67 – Une entreprise tranquille.

Compte tenu de la contestation qui ne perturbe pas sérieusement l’activité de l’entreprise qui continue de piller et d’assécher la région, et du fait que les manifestations ne se soient pas étendues aux villes voisines et que les marcheurs n’aient jamais bloqué une route ou porté préjudice à quoi que ce soit, la monarchie fera comme si de rien n’était. Les habitants qui ne représentent aucun danger, pourront camper sur le mont d’Alebban autant qu’ils le veulent, rien ne leur sera concédé, sinon des miettes. Seule la mise en péril de la productivité de l’entreprise et de son avenir poussera les autorités à agir. Ce qui se passe à Imider n’a rien d’un bras de fer entre habitants et une entreprise. L’action des manifestants est très faible et ne menace en rien la SMI.

Face au silence des autorités et à la répression policière, les manifestants devraient chercher de nouveaux moyens pour forcer les autorités à répondre à leurs revendications. Les habitants ne devront pas passer une quatrième année sur cette montagne dans des conditions extrêmes. Il est temps de forcer la main des autorités.

A. Azergui

ANALYSE : La haine de soi amazigh

Comment un peuple qui se veut «libre» continue de penser comme un esclave, comme un «soumis» ? Pourquoi Les « Imazighens » se convertissent sans sourciller aux religions et aux idéologies les plus destructrices et les plus néfastes au détriment de leur liberté et de leur propre existence ? D’où vient cette tendance suicidaire des Berbères ? Hassan Benhakeia, enseignant à l’université de Nador dans le Rif (Nord du Maroc) nous livre une analyse poignante. A lire absolument.haine_de_soi_01

Faut-il vraiment défendre l’Amazigh qui ne se lasse pas de s’acculturer et de s’aliéner? Quels sont les indices discriminants qui font qu’il pourrait se voir inférieur, et par conséquent se «mépriser»? Comment se plaît-il dans la reconstitution de son être collectif? Ces questions paraissent vaniteuses, j’en suis conscient, mais combien importantes pour «se faire une vision de soi». Se référer à soi, insister sur le droit à être, parler de sa culture comme une totalité… De telles idées dérangent: personne n’ose les traiter, soit par désir de demeurer «objectif» dans son discours sur l’amazighité, soit par honte de se confesser, de se voir élément futile d’un tel patrimoine qui ne se réalise point «civilisation»…

Nonobstant, il y a des Imazighen qui se «remotivent» d’enthousiasme à l’idée de se prononcer sur l’importance de la culture propre:

– «Nous ne défendons pas les Imazighen, mais tamazight, notre culture, notre histoire, notre langue, notre identité…»

Comment peut-on séparer le citoyen de la culture de la Cité? Une telle position suffit-elle vraiment à s’assurer une place dans le village universel où tout un chacun s’agrippe aux siens et tient un discours naturel sur la défense de sa culture? C’est la haine de soi qui pourrait expliquer l’absence de cette défense! L’on se déteste alors à merveille afin d’atténuer le rejet de l’Autre, afin d’amoindrir le péché d’ «être dans le monde». Depuis le vieux saint Augustin, en quête de soi, l’Amazigh pécheur ne cesse de se convertir pour plaire et s’assimiler aux Autres. Ses Confessions sont une condamnation du propre souillé, et une consécration de la religion auguste de Rome. Cette pérégrination dans l’amour de l’autre «culture», se confondant avec la haine de soi, se multiplie à l’infini dans l’Histoire. De nos jours, l’on excelle incessamment dans l’application de la formule de l’autodétestation: «Amedyaz n dcar war issfuruj!» (Le poète de la tribu ne divertit pas les siens), ce refus du semblable se fait également aux niveaux socio-politiques.

Source de l’aliénation et de l’acculturation, cette haine de soi est probablement née avec la création «culturelle» du même Amazigh. Est-elle un repli qui se fait de plus en plus important? L’autodétestation commence par le nom, le prénom, le noyau… Par conséquent, l’origine est non seulement reniée, mais reformulée; le changement de nom s’avère nécessaire pour ne pas être reconnu comme «barbare», et le prénom récrit en syllabes autres, sonnant différemment. A Melilla par exemple, la gestion de l’être autochtone est complexe: l’on se trouve partagé entre plusieurs tendances et identités, en dehors de toute définition territoriale: le Rif. Ainsi les patronymes «rifains» sonnent-ils comme une suite vide de Mokhatar Mokhatar Mokhatar… La mémoire est bafouée, heureusement non repérée! La langue rifaine reniée… La honte de s’exprimer en public est le summum de ce refus à être réellement dans le monde. Là, et dans tant de lieux nord-africains… Altérité louée, identité abhorrée. Et à la foi d’identifier tout un chacun. «Musulmanes» remplace amplement «Iqel3iyyen». En outre, combien l’on se sent susceptible avec le moyen qu’on utilise pour parler, certes on en a été fait avec pour dire le monde, depuis le premier souffle «raisonné», et le renier serait renier le contact à l’expression de son monde. Ainsi l’effacement devient-il le résultat de la haine collective de soi.

A titre d’anecdote, Auguste Mouliéras nous raconte dans Le Maroc inconnu différentes mésaventures de schrifes «arabes» qui, une fois attrapés par des brigands rifains, commencent à s’exprimer en tamazight au premier coup de la matraque… Ces seigneurs se reconnaissaient dans l’altérité, et c’est la violence qui les ravise d’une recherche de survie «instantanée»…

Au lieu d’engendrer la reconnaissance symbolique ou bien de la compassion auprès de l’Autre, cette haine de soi engendre chez ce même Autre un regard folklorique «méprisant»: elle assigne l’identité à l’effacement ou à l’assimilation. Depuis le portrait standard d’Hérodote de l’Amazigh «premier» jusqu’au dernier texte d’anthropologie, le schéma de l’amazighité se fait uniforme, redondant, voire statique. Se voulant totalité «folklorisante», il se constitue doublement: à partir d’une allergie vis-à-vis du propre, et à partir d’un asservissement symbolique, digne d’un «mercenaire» vis-à-vis de l’étranger.

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Depuis plusieurs siècles, au Maghreb, la question «who is who?», en plus de déplacée, apparaît une entreprise dangereuse: elle engendre la haine de sa propre image. Personne n’ose en parler, moins encore y apporter une réponse politique. Il revient curieusement aux auteurs étrangers d’y répondre: les Imazighen sont des Yéménites, les Imazighen sont des Européens, les Imazighen sont d’une île «disparue», etc… De tels propos montrent le mépris ou la méprise de l’Autre: l’ici est haï… Si l’identification se fait ambigüité, la définition du propre nord-africain se fait indéfinition. Le portrait «unique» de l’Amazigh est négatif au regard des deux pôles (Occident, Orient). Une fois assumés ces préjugés, les nord-africains pouvaient reproduire non seulement cet autoportrait esquissé par l’Autre, mais aussi des identifications mues par la haine de la terre qui les a vus naître…

haine_de_soi_02Alors, par quoi sommes-nous ce que nous sommes? Par la peau, par le faciès, par la stature qui ne sont en fin de compte que d’autres préjugés… Par le pouvoir politique, l’amazigh apparaît comme cet esclave qui n’a pas le choix: il est mal aimé et il le sait «objectivement», il ne peut, par réaction, que se mépriser soi-même. Par la langue qui est une expression d’identification, et qui meut incessamment, se multipliant variantes, espace corrodé par tant d’emprunts? Par la terre qui est identification effective des Marocains, Algériens, Tunisiens et Libyens comme Imazighen dans leur diversité d’expression…? Justement par la terre, cet espace d’être collectif dans l’histoire, mais où la haine de soi se fait combat fratricide entre ces contrées, des guerres «collectives» infinies.

Par là, la haine de soi est le résultat d’une inconscience «spatiale», de l’état réel de ne pas sentir avec orgueil ses pas sur un sol qui nous investit d’une identité – semblable à toutes les autres.

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Au Maghreb, l’on préfère, en général, la confusion à la cohérence, la diversification à la reconnaissance, le vague au rationnel, le sophistiqué au défini… quand il est question de l’identité propre. Ainsi le banal et l’opaque l’emportent-ils bien sur le transparent, le naturel, et la question qui se pose: Pourquoi une telle tendance vicieuse à ne pas se définir? L’on prépare une nouvelle Constitution pour revoir  l’identité après un demi-siècle d’acculturation! La télévision amazighe se fait folklorique, danse banale autour d’un être futile, dès sa première émission, reproduisant cette haine d’être dans le monde. L’école approfondit la perte de soi: les manuels de l’amazigh sont là sans jamais y être, véhiculant une langue aberrante en plus d’une culture «indéfinie». Généralement, l’allergie au propre devient incommensurable vu la prédominance de la haine de soi, et sa réalisation dans les institutions et les établissements…

L’obsession inutile de tout nord-africain qui décide au sein d’une institution est de fureter de l’autre côté.

-«Que dira l’Autre à mon propos? Que pensera l’Autre de moi? Que fera l’Autre pour moi?»

Penser à l’Autre toujours positivement (signifiant un secours pour le moi), jamais négativement (signifiant une autodestruction du moi)… «L’Amazigh tue l’Amazigh dans l’Amazigh!» doit être une phrase courante. Et cette autre sentence se trouve collée à tant de bouches «Nous, les Arabes», et «L’Amazigh haït l’Amazigh dans l’Amazigh et par l’Amazigh!» doit être aussi une phrase vraie. Pourquoi une telle haine totale? Est-ce l’annonce d’une mort inéluctable? Comment peut-on être ce qu’on est réellement? Faut-il alors se réconcilier avec l’Histoire, et se débarrasser de la haine de son Histoire? Oui. Faut-il pardonner aux traîtres du propre leurs péchés? Oui. Et si l’histoire témoigne toujours de traîtres ou de pauvres aliénés qui récidivent dans la haine de soi, faut-il pardonner? Non. Là, il s’agit d’une autre histoire, celle des péchés éternels. Une autre histoire commence, toujours la même! Longue, interminable. Une relecture ou une autocritique s’avèrent indispensables. Pourtant, peut-on imaginer un intellectuel, un vrai détenteur de décision expliciter son mea culpa envers tamazight dans ce Maghreb dit solennellement «arabe»?

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Certes, le réel culturel maghrébin est riche dans sa nature homogène, mais saccagé, corrompu et circoncis dans ses manifestations en élaguant cyniquement l’héritage amazigh pour le réduire à l’absence / effacement obligatoire dans les institutions. Au Maroc, aucune relecture «officielle» de la culture propre n’a été faite de ses longs siècles d’existence, aucune autocritique des partis ou des institutions. La haine de soi millénaire y est pour quelque chose. Lorsqu’on parle quand même histoire, l’on préfère s’atteler à ce que disent les Autres, ceux qui ne sont pas «Nous», ce moi collectif, et l’on satisfait de quelques siècles «démagogiques». Autres veut dire l’absence ou la négation de l’Amazigh, de l’amazighité – cet ensemble de traits spécifiques et définitoires qui provient de l’espace nord-africain. Par exemple, tamazight la «fitna» est vue comme le fruit d’un dahir (français signé par le sultan des marocains!) rédigé en 1930! Inutile de dire que la revendication amazighe n’a pas de cordon ombilical lié à ce «dahir» du vingtième siècle qui entend ensevelir l’héritage marocain et le remplacer par autre chose… Par la réception de ce dahir, l’on met les Imazighen dans la case de peuple «absurde»… A partir de cette date commencent les rouages «arabistes» contre les rouages impérialistes qui mènent ensemble vers l’extinction culturelle et symbolique de cette culture autochtone. Où est l’amazigh dans tout ça? Le grand coupable car victime et mesquin, mais nourrissant la haine de soi. En outre, l’idéologique «sauvage», «noir» et destructeur, se nourrissant du regard «folklorique», explique cet effacement / substitution. Chose dangereuse: il se divise en mouvement national, partis, institutions etc… De nos longs jours d’indépendance, le rejet institutionnel de l’amazighité ne crée point une solidarité collective. La haine de soi en est pour quelque chose dans le rejet sauvage, et l’effritement progressif de l’amazighité, localisée dans les espaces du «siba».

Les Maghrébins, pragmatiques et arrivistes, se détestent infiniment quand ils se voient natifs d’une terre difforme qui les fait, d’un espace indéfini qui les constitue, et ils s’imaginent sur d’autres lieux et contrées, autrement pour mener une autre Histoire. Ils font adhérer le pays à des regroupements lointains par l’espace et l’idéal. Ils détestent le sol qui les accueille.

D’autre part, l’hostilité du propre se manifeste dans l’incapacité à créer un organe politique qui défend les intérêts et les valeurs des Imazighen. Ce comportement pathologique, propre aux cultures autochtones marginalisées dans leurs rapports avec les cultures impérialistes, s’avère une réconciliation d’autodestruction.

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C’est vrai, l’Autre existe dans le Moi. Il lui assure de l’équilibre, la vie même, au cas où les deux parties entretiennent une dialectique saine et harmonieuse. L’altérité tue les cultures marginalisées. Cette haine est investie violence quand elle est utilisée dans d’autres corps… Pour les Autres, «amazigh» est non seulement nommé comme «populaire», mais casé dans la partie «haïe» de l’identité nationale. Prêcher contre l’Amazigh devient un acte suprême. Tamazight n’est pas une culture populaire, c’est plutôt une Culture comme toutes les autres, spécifique dans ses formes et plurielle dans ses significations…

Pour les autres, toujours, tamazight est une question à haïr. Elle n’est pas une question infiniment posée de l’Histoire, mais une aberration. Si elle l’était, une réponse suffit pour la résoudre, la mettre à sa place propre: elle est la Totalité. Sa réalité est précise: totalité avec différentes expressions. Par voie de conséquence, les dévalorisations «écrites» ou bien «instituées» sont fréquentes quand il est question de l’identité amazighe, et cette haine se trouve alors «établie». Il faut avoir une autre production «instituée» appropriée dans des établissements «propres» pour surmonter un tel complexe d’être soi-même.

Enfin, intérioriser le rejet de l’Autre est difficile à maîtriser si l’on vit dans un espace complètement «étranger». Vision autocritique, pas de regard folklorisant, est nécessaire pour surmonter cette haine de soi «institutionnalisée». Tout ce que l’Amazigh porte comme ethnicité n’est pas susceptible de lui signifier une stigmatisation identitaire. Peut-être cette haine, bizarrement, est-elle l’assurance d’une survie à venir. Et explique, sans doute, la marginalisation «consacrée». La thérapie est alors nécessaire pour cette société qui ne veut point se reconnaître en tant que telle.

Hassan Benhakeia

Source : Tawiza n° 170 – Juin 2011. L’article a été publié avec l’accord de l’auteur et de Tawiza.

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