Lorsque la monarchie alaouite devient un modèle pour des berbères !

Le 28 octobre 2015, Ferhat Mehenni a rendu publique une déclaration pour adresser, « au nom de la Kabylie, ses remerciements au Royaume du Maroc, à son peuple et à leur tête Sa Majesté le Roi Mohammed VI », pour une prétendue déclaration faite par un diplomate marocain aux Nations unies, à New-York, au sujet de la Kabylie. Laquelle déclaration est, selon Ferhat Mehenni,  « courageuse et pleine de sagesse et de lucidité ». Il ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction quant à cette initiative marocaine et affirme que « la solidarité que vient de témoigner le Maroc à l’égard du peuple kabyle est d’une grande profondeur et d’un poids historique inégalable pour l’avenir de la Kabylie ». Il appelle aussi les gouvernements de tous les pays à prendre exemple sur « la démarche marocaine » d’autant plus que des kabyles se prépareraient pour déposer, dans moins d’un an, une demande à l’ONU pour revendiquer l’autodétermination de la Kabylie !

MLe « modèle » marocain

Cette déclaration Ferhat Mehenni intervient en réaction à la dénonciation par Abderrazzak Laassel, le représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, des « violations des droits du peuple kabyle et les campagnes de harcèlement contre ses leaders ». Le responsable marocain avait également exprimé son soutien au « droit du peuple kabyle à disposer de lui-même ».
Ce n’est pas la première fois que Ferhat Mehenni prend le Maroc pour « modèle ». En octobre dernier, lors de son déplacement à New-York pour assister à la levée du drapeau kabyle près du siège des Nations unies, il a encensé « le modèle marocain » expliquant que le Maroc est le seul pays dans la région à avoir reconnu officiellement Tamazight. Pour Lyazid Abid, le soutien du Maroc à la cause kabyle débouchera certainement sur la reconnaissance d’autres pays. Il considère cette « reconnaissance », qui vient à point nommé, comme une victoire pour tous les pays amazighs et pas seulement pour les Kabyles. Monsieur Abid semble complètement ignorer les pays amazighs colonisés par la monarchie alaouite !

Pour rappel, lors de la quatorzième session du Conseil des droits de l’Homme en 2010, le représentant du Maroc avait déjà évoqué les violations des droits humains en Kabylie par le régime algérien.

Résumons brièvement cette situation absurde : d’un côté, on a une monarchie arabo-islamiste, hostile à tout ce qui est amazigh et où des militants amazighs purgent encore de lourdes peines de prison, qui fait semblant de soutenir les droits d’un peuple amazigh qui subit la domination d’un autre Etat arabo-islamiste. De l’autre, des Kabyles en exil, qui pensent avoir été reconnus officiellement car une monarchie peu recommandable, célèbre par sa violation des droits humains, les « défend » devant l’ONU.

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Une « alliance » bâtarde.

Au lieu de se démarquer de la monarchie marocaine après le coup d’éclat de son représentant à l’ONU, certains Kabyles l’ont auréolée, et ont même fait d’elle un exemple à suivre. Un « modèle ». Ivres de leur « victoire », ils ont vite oublié que le vrai visage de la monarchie alaouite est hideux. Ils ont oublié que d’autres Amazighs sont toujours colonisés dans leur chair, qu’ils souffrent sous le joug d’une monarchie arabo-islamiste qui a écrasé et pillé leurs terres. Ces Kabyles feignent d’ignorer la lutte amère des habitants amazighs d’Imider contre un holding royal depuis bientôt quatre ans. Naïfs (?), ils ont oublié les détenus politiques amazighs incarcérés à Ouarzazat, à Imtghren et à Meknès. Ils oublient les terres des Imazighen spoliées, ou encore le Rif. Ces Kabyles, éblouis par ce « modèle marocain », ont effacé d’un revers de main les souffrances de tous ces Imazighen. Ce qui importait à leurs yeux, c’est qu’un diplomate rusé, représentant cette monarchie, parle de droit de la Kabylie à l’autodétermination pour damer le pion aux généraux d’Alger, les principaux bailleurs de fond et les parrains d’une république arabo-islamiste installée sur des terres amazighes (RASD). Cette « reconnaissance », qui n’en est pas une a, semble-t-il, fait oublier tous les crimes de la monarchie à l’égard des Imazighen. Ces Kabyles amis de la monarchie alaouite semblent même les légitimer. Cette nouvelle « alliance » entre des Kabyles et la monarchie marocaine est « bâtarde ». Il est tout simplement contre-nature.

Coup de com., rien de plus !

M2Ces Kabyles qui se sont précipités à faire les louanges de la monarchie marocaines ont en réalité victimes d’une opération de communication bien ficelée, menée par des professionnels qui ont utilisé des éléments de langage chers à certains milieux kabyles pour les titiller et les pousser dans les bras de la monarchie. Ce coup réussi orchestré par le Maroc intervient quelques semaines seulement avant les grandes festivités lancées par l’Etat marocain à l’occasion du quarantième anniversaire de « la marche verte ». D’ailleurs, le monarque marocain s’est attaqué le 7 novembre, dans un discours à cette occasion, à l’Etat algérien qui soutient le droit à l’autodétermination des Sahraouis.
Dans le conflit larvé entre les Etats marocain et algérien depuis quarante ans à propos du Sahara Occidental, tous les coups diplomatiques sont permis. La monarchie marocaine et ses services doivent se régaler de voir des Kabyles les applaudir et les donner comme « modèle ». Ils auront ainsi réussi à instrumentaliser  la région de Tamazgha qui demeure l’exemple pour tous les Amazighs.

Les différents voyages de Ferhat Mehenni au pays de Mohamed VI, certaines de ses fréquentations et les différents hommages rendus à Mohammed VI et la monarchie ne sont pas passés inaperçus, et nombreux sont les militants de Tamazgha occidentale qui ne l’ont pas du tout apprécié.

Azawad, cette piqûre de rappel.

M3Depuis plusieurs années, la monarchie marocaine qui tente de s’immiscer dans les affaires de plusieurs Etats africains voisins, dont le Mali, l’Algérie et la Libye, a utilisé l’amazighité pour arriver à ses buts. On se rappelle tous de cette « audience » accordée à Marrakech par le monarque marocain, le 31 janvier 2014, à Bilal Ag Cherif, secrétaire général du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et Moussa Ag Attaher, porte-parole de ce même mouvement.
On se rappelle tous de l’image de Bilal Ag Cherif en train d’accomplir la prière à droite de Mohamed 6, alors que Moussa Ag Attaher, qui avait tenu d’ailleurs à baiser la main du monarque alaouite, était coincé entre le ministre des affaires étrangères et le chef de la DGED (Direction générale des études et de la documentation), le service de renseignement et de contre-espionnage de l’Etat marocain.

Aujourd’hui, l’Azawad est dans une grave crise et se trouve dans une impasse, une situation provoquée notamment par l’interventionnisme marocain et algérien. En effet, un mouvement souverainiste, amazigh dont les forces armées ont pu libérer l’ensemble du territoire de l’Azawad se retrouvé réduit au silence, son projet remis en cause et ses bases effritées. Aujourd’hui, nombre des dirigeants du MNLA ont été corrompus et forcés à se taire.

La Kabylie, et à travers elle tous les Amazighs, doit tirer des leçons de l’expérience de l’Azawad. Le Salut de la Kabylie ne saura venir d’un régime anti-amazigh comme la monarchie marocaine. Le « modèle » marocain, chanté par certains Kabyles, sera fatal pour la Kabylie.

A. Azergui

Tinariwen remporte le prix des Grammy Awards !

Le groupe révolutionnaire Touareg « Tinariwen » auquel nous avons consacré plusieurs articles sur ce même blog a remporté dimanche le prix du meilleur nouvel album musical au monde pour « Tassili », dans la catégorie « Musique Monde »
lors des 54e Grammys.

Une chanson tirée de l’album « Tassili »

Deux autres chansons de Tinariwen:

Chapeau Bas !

Tinariwen : Après la guitare … la kalachnikov

Nous venons d’apprendre que Brahim Ag Lhabib (photo), le leader du groupe légendaire Tinariwen a rejoint les rangs du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), un groupe politique et militaire indépendantiste créé le 16 octobre dernier. Le mouvement se bat pour une république amazighe dans l’Azawad au nord du Mali. Une pensée à Brahim et à tous les combattants Touareg du MNLA.

Brahim Ag Lhabib

Une chanson tirée de l’album « Aman iman » (l’eau, c’est la vie)

Tinariwen, la résistance par le rock

Les guitares acoustiques et les instruments traditionnels étaient pleins de poussière. Inefficaces. Alors, ils ont choisi la guitare électrique. Il paraît que sa seule puissance sonore pouvait réveiller le peuple amazigh (berbère) des Kel Tamachek (Touareg) qui languissait dans un sommeil sans âge. Les anciens instruments n’étaient plus adéquats pour dépeindre la situation de ce peuple dépossédé de son histoire, abattu par la sécheresse, les rébellions et les frontières. Le groupe s’appelle Tinariwen. Ses fondateurs sont originaires de Kidal au nord du Mali. Ils sont les porte-paroles de ce peuple berbère opprimé, écartelé entre plusieurs Etats qui ne le reconnaissent pas.

La musique de Tinariwen est très singulière. C’est un appel des racines. Elle dégage une énergie âcre. Amère. Ses caractéristiques : des éternels riffs de guitares électriques, des voix brutes et des paroles aiguisées par la souffrance de l’errance, de la lutte armée et des espoirs trahis d’un peuple.

Les membres de ce groupe légendaire étaient les héros de la rébellion Touareg. Ils partaient sur le front, une kalachnikov en bandoulière et une guitare à la main. Ils sont devenus au fil des années les hérauts de la résistance contre toutes les formes d’oppression politique.

Ils ont su s’imposer sur la scène internationale et à se faire un nom dans les quatre coins de la planète, à tel point que des stars internationales du rock et de blues ne jurent que par eux. Carlos Santana, avait dit lors du Festival de Jazz de Montreux en 2006 alors qu’il partageait la scène avec ces poètes emblématiques : « lorsque je les entends, j’entends le commencement de la musique du Mississippi et de Muddy Waters, Jeff Beck, BB King, Little Walter, Otis Rush, Buddy Guy… c’est de là que tout vient, ils sont les précurseurs. » 

Le nouvel opus de Tinariwen «Tassili» sorti après «Aman iman», salué par les critiques, et «Amasakul n Tiniri», est sans conteste l’un des meilleurs de ce groupe du rock qui ne cesse de nous étonner.

Désormais, oubliez les riffs endiablés de Chuck Berry, les coups de couteaux de John Lee Hooker et les cris de Jimmy Hendrix. Laissez-les dans les consignes de l’histoire, le temps d’un petit voyage dans le monde touareg :

A. Azergui