VIDEO : « Aɣerrabu », un poème de Sifaw chanté par Ali AFDIS



Aɣerrabu

Γri aɣerrabu
Xseɣ ad ruleɣ
Aliy-d a yaḍu ad kmeɣ ilel
Tuden-id teqqa
Xseɣ ad tt-sefḍeɣ
Iles-inu irwel
Yuggwad s bugel
Yuweḍ-id wawal
Itcur s ukwerfa
Uci-id tallumt
Sẓlitted aẓẓal
Iṭṭef-iyi fiɣer
Xseɣ ad tt-nɣeɣ
Fki-id tagelzimt
Rni-id aɣil
Xseɣ ad afgeɣ
Uci-id ifriwen ad awḍeɣ itran
d mammu tin yugal
Sserɣi-id taftilt
Xseɣ ad nḍeɣ
Deffer Bunadem
Di ammas n azal
Ufiɣ asefru n Si Muḥend U Mḥend
Qneɣ-t di tzibba
Udfeɣ sis ilel
Dsiɣ si ufiɣ ilel d jidi
Seqqdeɣ tiwdi seḍseɣ adfel
Xseɣ ad afgeɣ
Fki-id isufag
Add awiɣ itran ad rẓun bugel.

Saɛid Sifaw

TRADUCTION  :

J’ai un bateau
J’ai envie de m’enfuir
Que le vent se lève pour que je puisse naviguer
La poussière m’enterre
J’ai envie de la chasser
Ma langue m’a trahi
Elle a choisi le silence par peur d’être muselée
J’ai entendu des paroles
Pleines d’ivraie
Passez-moi un tamis
Pour les éclaircir.
Un serpent m’a attrapé
J’ai envie de le tuer
Donnez-moi une hache
Et aidez-moi à en finir.
Je veux voler
Donnez-moi des ailes pour que j’atteigne les étoiles,
Et celui qui les a placés dans le ciel.
Allumez-moi une lampe
Aujourd’hui, j’ai envie de marcher
Au milieu des gens en plein jour.
J’ai trouvé un poème de Si Muhend U-Mhend,
Je l’ai enroulé dans une cotte de maille
Et pénétré en mer.
J’ai senti la joie lorsque j’ai vu la mer et la terre
J’ai abandonné ma peur et fait rire la neige
Aujourd’hui je m’envolerai
Donnez-moi des ailes
Pour cueillir des étoiles
Qui briseront nos chaînes.
Je veux m’envoler,
Donnez moi des ailes !

Traduction : Aksil AZERGUI

MASIN FERKAL : Dans le pays amazigh je n’ai pas vu la guerre !


Nous avons rencontré Masin FERKAL, président de l’ONG Tamazgha (Paris), qui s’était rendu récemment à Zouara en Libye. Il a répondu à nos questions.


Neoculture amazighe : Vous vous êtes rendus récemment à Zouara (en Libye), comment pourriez-vous décrire la situation sur place surtout sur le plan sécuritaire. On entend souvent dire dans les médias que la Libye est en guerre.

Masin Ferkal : A At-Willul, comme ailleurs dans le pays amazigh en Libye, la situation est plutôt celle d’un pays qui vit normalement. Les citoyens vaquent à leurs occupations quotidiennes : ils vont au travail, ils font leurs courses dans les magasins ou dans les marchés, les enfants vont à l’école, les hommes discutent dans les cafés, les restaurants sont ouverts et accueillent du monde, les voitures circulent en toute sécurité même tard dans la nuit, y en a qui font du sport, d’autres font la fête,… Une situation somme toute ordinaire.
Il est vrai que l’on parle beaucoup de la Libye comme étant un pays en guerre, mais dans le pays amazigh je n’ai pas vu la guerre. Durant tout mon séjour dans la région d’At-Willul, je n’ai pas vu l’ombre d’une arme dans les rues. Il faut dire que cela est dû aussi au fait que les Amazighs assurent leur propre sécurité et défendent leur territoire. Les lieux de conflits entre les deux camps qui se font la guerre en Libye restent loin des régions amazighes.



Il paraît que ce territoire est complètement géré par les Amazighs, loins de l’influence des deux gouvernements rivaux en place. Qu’en est-il de la situation sur le terrain ?

Effectivement, comme je le disais plus haut, les Amazighs assurent eux-mêmes la sécurité de leur territoire qu’ils gèrent en effet. Les deux clans qui se font la guerre en Libye, notamment depuis avril 2019, à savoir le Gouvernement d’entente nationale, présidé par Fayez El-Sarraj, reconu par les Nations unies, et Khalifa Haftar, qui contrôle une bonne partie de l’est de la Libye décidé à prendre le pouvoir à Tripoli par la force, n’ont aucun pouvoir sur le territoire amazigh dans la mesure où les forces armées qui contrôlent ce territoire sont issues des Amazighs eux-mêmes. Il faut rappeler que suite à la chute du régime de Kadhafi en 2011, les Amazighs n’avaient pas déposé les armes et ont continué à assurer eux-mêmes le contrôle de leur territoire. Ce sont eux également qui contrôlent la frontière avec la Tunisie. Sur le plan administratif, les autorités locales, notamment les municipalités, sont naturellement gérées par les Amazighs même si structurellement ces institutions sont liées aux autorités du gouvernement central.
Il convient également de signaler que les Amazighs sont en désaccord profond avec les autorités libyennes et ce depuis la chute du régime de Kadhafi. Les Amazighs refusent de reconnaître des autorités et institutions qui refusent de reconnaître l’Amazighité de la Libye et ne veulent en aucun cas négocier ce droit fondamental.



Quelle est la place de la langue amazighe dans cette région ? Est-elle enseignée ?

La langue amazighe est tout simplement chez elle dans cette région. C’est la langue d’expression naturelle dans ce pays et c’est une langue qui est visible partout. Sur les frontons des bâtiments officiels, sur les documents officiels, sur les murs, sur les devantures de nombre de magasins, etc. Bien entendu, la langue amazighe est enseignée à l’école et ce depuis 2011. Les Amazighs ont pris une décision unilatérale de l’enseigner et n’ont pas attendu une quelconque reconnaissance des autorités étatiques. Et depuis 2014, un département de langue amazighe est ouvert à la Faculté de Zouara. Sur décision du gouvernement libyen.

Il paraît que le mouvement amazigh est ancré dans cette région qui se distinguerait par sa stabilité. Cette région est-elle auto-gérée ? Quels liens entretient-elle avec le gouvernement de Tripoli ?

Oui, on peut dire que les régions amazighes sont auto-gérées dans la mesure où la gestion des affaires de la Cité est assurée par des Amazighs, y compris la sécurité. En revanche, l’administration et les institutions dépendent de l’administration et des institutions de l’Etat libyen. Financièrement, elles ne sont pas indépendantes. A titre d’exemple, les salaires des fonctionnaires sont assurés par l’Etat central. En d’autres termes, le rapport de forces fait que les Amazighs imposent nombre de choses sur leur territoire.

Quels liens entretient-ils également avec les Touaregs ?

Il y a, bien entendu, des liens entre les Amazighs du nord et les Amazighs de Tinéré, mais il faut dire qu’ils sont fragiles. Pour l’instant, au-delà du sentiment d’appartenance à la même famille amazighe, les deux composantes n’ont pas su bâtir un projet commun. Déjà que même dans le projet constitutionnel du nouvel Etat libyen et dans la terminologie « institutionnel » reprise, par ailleurs, sur le plan international, il est toujours question d’« Amazighs » et de « Touaregs », comme si les « Touaregs » n’étaient pas des Amazighs !
Beaucoup de choses restent donc à faire entre Amazighs du nord (At-Willul et Adrar n Infusen) et ceux du sud (Touaregs de Ténéré). Il convient également de signaler la ville de Ghadamès où vivent des Amazighs. Avec ces derniers des liens existent mais restent timides et, comme pour les Touaregs, il y a pour le moment absence de projet commun.
En effet, les Amazighs de Libye ont tout intérêt à se coordonner et à bâtir un projet commun pour constituer un bloc en mesure de faire face aux forces hostiles à l’Amazighité de la Libye.

Que faudra-t-il faire à votre avis pour soutenir les Amazighs de Libye ?

Il faut déjà y aller pour visiter le pays et le connaître et se rendre compte de la réalité de la situation. Il faudra également tisse des liens avec les Amazighs libyens.
Ceux qui le souhaitent peuvent s’y installer pour y travailler, y vivre et participer au développement du pays.
Une chose est sûre ; le pays amazigh en Libye est un espace ouvert à l’ensemble des Amazighs qui veulent s’y rendre pour participer à son développement, à sa protection et à sa défense. Nos frères amazighs de Libye l’ont pratiquement libéré, à l’ensemble des Amazighs de contribuer à le défendre et à ne pas compromettre cette liberté chèrement acquise. A l’ensemble des Amazighs d’œuvrer pour conforter les forces amazighes qui défendent aujourd’hui ce territoire. A ce propos, Chabane Slimani, originaire de Kabylie, tombé au champ d’honneur, armes à la main, en défendant le territoire d’At-Willul est un exemple de cette nécessaire mobilisation de l’ensemble des Amazighs pour la défense des territoires amazighs libérés en Libye.
Il conviendrait également d’encourager les échanges culturels avec les Amazighs de Libye. Il est important que des acteurs culturels se rendent dans ce territoire pour s’y produire et pour partager leur savoir et art avec les Amazighs de Libye. Sur le plan universitaire et scientifique également, beaucoup de choses pourron être faites.

N.B : Les photos qui illustrent cet entretien ont été prises par Masin Ferkal.

Entretien réalisé par : Aksil Azergui

 

« Le chant de la guerrière », un torrent de colère.

C’est un recueil très engagé que nous offre Amina Amharech. Le lecteur est happé d’emblée par un torrent de colère et de révolte qui traverse toute l’oeuvre. Ce recueil n’est pas de ceux qui se morcèlent. Il forme un seul bloc, brûlant comme des braises. Il se lit d’un trait.

L’engagement forme l’épine dorsale de ce livre qui conjure le mauvais sort, pleure les oubliés et les malheurs qui frappent les Atlas meurtris par tant de décennies de marginalisation et de mépris.

Amina est témoin de son temps. Elle est une chroniqueuse qui croque le quotidien difficile de petites gens exilées dans leur peau. Elle décrit, gueule, crie, rêve et surtout pleure l’Atlas. Tourmentée par tant de malheurs, tant de détresse, tant de rêves avortés, l’auteure adopte une sorte d’écriture parlée. Des mots simples pour dire une grande colère. Ces mots transpirent sa langue maternelle. Amina pense en Tamazight et pleure en français.

De l’assassinat d’Omar Khaleq dit « Izem » à la décapitation de « Rifinox » en passant par l’affaire d’Imider, de celle des enfants morts de froid dans les régions d’Anefgou et d’Imilchil et du berger Hamid Ouali retrouvé mort dans l’indifférence dans les neiges de Bouyeblan, la poétesse dresse le portrait d’un peuple traqué, combattu et oublié, et dont les enfants sont forcés de s’exiler sur leurs propres terres. Certains sont parfois tués, d’aucuns jetés injustement dans les geôles. D’autres, désespérés, sont forcés à l’exil.

Amina parcourt les Atlas et le Rif frappés par le même mal. Elle s’abreuve de leurs malheurs pour nous offrir de belles et tristes chroniques. Elle incarne cet imaginaire poétique amazigh qui a toujours su résister à l’indifférence, à la répression politique avec tant de finesse et de subtilité. Elle est la « Mririda » moderne qui a choisi d’être témoin que victime, libre et non soumise. Dans ses textes, Amina transcende la subtilité légendaire des poètes traditionnels. Elle se révolte. Ses textes sont un cri de colère dans la nuit qui s’est abattue sur les Atlas et le Rif. Elle réveille les consciences, met des mots crus sur les plaies toujours ouvertes, qui refusent de se cicatriser. Elle se veut une guerrière qui dit haut ce que, ceux murés dans le silence, pensent tout bas.

Amina porte en elle l’étendard de la lutte. Elle est cet étendard. Elle l’assume en publiant ce recueil.

Au lieu de subir dans le silence, elle a choisi comme tant d’autres d’écrire, de composer des poèmes, de dénoncer, de distiller du courage dans les cœurs meurtris des habitants de ces régions laissées pour compte. Sa voix, écrit-elle, est celle de « gazé », de « broyé », de « kidnappé », de « l’assassiné », de « l’immolé », de « spolié », de « l’appauvri », de « l’humilié » et de tous les sacrifiés, sans voix. Toute une nomenclature de termes, de mots qui renseignent sur les maux d’un peuple opprimé jusque dans ses terres.

Ses textes, similaires à des braises, sont jetés brûlants et crus à la face d’un monde qui ne sait plus écouter les marginalisés et les reclus. Face à ce silence et comme le font les Imazighen depuis la nuit des temps, elle fait appel à la malédiction (amuttel) pour que les « vaincus » puissent prendre leur revanche et s’affranchir d’une autre malédiction, cette fois-ci maligne et maléfique, qui les enchaîne depuis la pénétration française au Maroc. Elle s’adresse à Amuttel comme à un dieu sauveteur :

Amuttel

Que ton règne arrive

Et que l’injustice s’éteigne

Rendant enfin l’espoir

Aux condamnés

Qui prient résignés

Dans le froid

Des geôles loin des leurs

Qui là-bas au loin

Pleurent

Meurent.

Ce recueil est un manifeste. Un appel lancé à tous ces Hommes, privés de leurs rêves, de leurs droits, de leurs terres, à se soulever, à marcher, à apprendre à élever la voix. Et à dire NON.

Par : Aksil  Azergui

 

Hha Oudadess : Le mathématicien, le militant et le poète

Mohamed Oudadess, qui avait choisi un pseudo amazigh Hha Oudadess, est né à Asefla (près de Goulmima) le 30 décembre 1947, décédé jeudi 05 Décembre à Rabat à l’âge de 73 ans. Jamais une mort ne m’a marqué autant car il incarnait l’amazighité et son combat pour la survie.

Originaire des Ait Atta du Dadess, sa famille s’installe à Azrou au Moyen Atlas. C’est là que Hha a fait ses études jusqu’au bac (sciences expérimentales) obtenu au prestigieux Lycée Tarik Ibn Ziyad en 1965. Après deux ans en tant qu’instituteur, il est admis à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Rabat pour en sortir professeur de deuxième cycle (maths) au Lycée des Orangers puis au Centre Pédagogique Régional (CPR) à Rabat. Il prépare une thèse de troisième cycle en mathématiques à la Faculté des sciences de la même ville, suivi d’un Ph.D en mathématiques pures (fondamentales) à Montréal. Il est professeur encadreur à à l’Ecole Normale Supérieure de Rabat. Quand en 2005 il prend sa retraite, Hha Oudadess continue ses activités de chercheur jusqu’à sa mort. Il se consacre aussi à l’écriture et aux activités militantes au sein du Mouvement Amazigh. Il laisse une œuvre constituée de plusieurs livres en français et tamazight (langue berbère) sa langue maternelle qu’il aimait plus que tout.

Hha le mathématicien :

Professeur encadreur à l’Ecole Normale Supérieure de Rabat où il a joué un rôle de premier plan dans l’encadrement des enseignants et la recherche en mathématiques au sein d’une celle de recherche, Hha Oudadess était estimé et respecté en tant que qu’éminent mathématicien, mais aussi en tant qu’homme simple et intègre. Il était également membre d’une cellule internationale de recherche en mathématiques aux côtés de sommités mondiales comme son ami grec Tassos. Il a participé à plusieurs colloques et rencontres internationaux, publié des dizaines d’articles sur l’histoire et l’épistémologie de cette science et participé à la publication de plusieurs livres dans la discipline.

Hha le militant convaincu :

J’ai connu Mohamed Oudadess dans les années quatre vingt à travers ses divers écrits dans plusieurs journaux et revues, puis de visu à Rabat et ailleurs à l’occasion des activités du Mouvement Amazigh dont il était l’un des premiers promoteurs et piliers comme Mohamed Chafik, Oussaden, Ali Azayko, Moha Abehri, Mohamed Boudhan, Brahim Akhyat, Mohamed Mounib et d’autres.

A l’époque, l’Etat marocain se concevait encore en seuls termes d’arabo-islamité et ne reconnaissait pas l’évidence amazighe (berbère). La culture, la langue, l’histoire des imazighen n’étaient pas seulement niées par la culture dominante, mais méprisées et exclues de toutes les institutions publiques et privées du royaume. Pour l’idéologie dominante issue de ce qu’on appelle « le Mouvement National »et les élites qui lui servaient de relais, l’amazighité n’était pas seulement du folklore juste bon à amuser les touristes, mais constituait une menace pour l’unité nationale, pour l’unité du mythique « monde arabe ». Depuis « l’indépendance », une propagande bien orchestrée à travers l’école, les médias, l’administration et les mosquées tentait de justifier, de légitimer ce qu’on peut appeler aujourd’hui un « culturocide » patent. Le Mouvement Amazigh est né comme réaction à ce déni de reconnaissance et à cette exclusion de l’amazighité sur la patrie de ses ancêtres.

Pour tout amazigh conscient de la valeur de sa propre amazighité, cette situation était on intolérable, car à bien des égards, elle ressemblait à un apartheid de fait. Les coups d’Etat militaires fomentés contre Hassan II dans les années soixante dix, attribué aux imazighen, ont ouvert une chasse aux sorcières qui a fait beaucoup de victimes : parler des droits de l’amazighité et des imazighens était considéré comme un complot.

Le tabou amazigh provoque une grave rupture anthropologique : une grande partie des imazighen darijisés en sont arrivés à mépriser leurs propres langue et culture. La pauvreté et l’ignorance aidant, les descendants de Massinissa- le premier à affirmer « l’Afrique aux africains »-, de Moha Ouhammou, de Aâssou Oubaslam, de Abedelkrim… mettent leur propre existence et devenir en péril. La darijisation-faussement appelée arabisation-est vite érigée en preuve d’arabité par les adversaires de l’amazighité. La propagande anti-amazighe érigée en système a amené des générations entières, faussement informées sur leurs origines et sur leur histoire, à se dire arabes et à défendre les causes du Proche Orient alors que leurs parents sont encore monolingues amazighs. Cet embrigadement, cet endoctrinement arabo-islamiste des enfants dès leurs premières années d’école, visait à couler l’esprit des jeunes générations dans le moule de la pensée unique. Il a produit le mépris de soi et la haine de l’autre.

Ayant pris la mesure du danger que représentait une telle politique pour la continuité culturelle et identitaire de notre pays, les premiers précurseurs du Mouvement Amazigh dont Hha Oudadess ont consacré leur vie à la réflexion, à la recherche et à l’action militante, dans le but de contribuer à contrecarrer le mensonge et la démagogie par l’émergence d’une pensée raisonnable et objective, une pensée qui permettrait aux marocains de renouer avec leurs vraies racines identitaires amazighes.

Ainsi, Hha Oudadess sera de ceux qui démystifient la posture idéologique de d’aliénation culturelle planifiée par les théologiens arabo-islamistes. On ne peut aller vers l’autre qu’en étant soi-même, comme on ne peut aller vers l’universel qu’à partir de sa propre spécificité. Et comme la spécificité de la personnalité marocaine (et maghrébine) provient de l’invariant culturel vieux de plus de 9000 ans, avec tous les apports antéislamiques comme la judaïté ou l’africanité, Hha Oudadess va y puiser force et sagesse. Il était devenu spécialiste de la langue amazighe au point de publier avec son ami Lahsen Oulhaj un dictionnaire du lexique amazigh moderne, afin de permettre à la langue amazighe de s’inscrire dans la modernité.

C’est dans ce contexte que je découvris en Hha Oudadess un militant qui partageait ce qui consumait mon âme d’amazigh révolté depuis l’école primaire où les maîtres n’hésitaient point à ridiculiser notre accent amazigh et notre méconnaissance de la « supérieure » langue arabe, langue de la « meilleure religion » et du paradis. Je fus tout de suite frappé par le calme, la simplicité mais aussi par l’esprit d’analyse et de méthode de l’homme. Je découvris en lui un engagement sans limite pour la cause amazighe, engagement qui l’a amené à refuser toute concession au sujet des droits naturels de l’amazighité sur son propre sol, à dénoncer toute compromission avec le pouvoir makhzenien et ses alliés. A la répression, à la démagogie du pouvoir, aux ténèbres de l’ignorance, du mensonge d’une historiographie de pacotille, comme ses amis Ali Azayko, Mohamed Chafik, Moha Abehri, Boudhan et d’autres, Hha Oudadess opposera la force tranquille de l’intelligence, du droit, du savoir, l’esprit des lumières, de la vérité historique et anthropologique : l’amazighité en tant que creuset de notre identité ne saurait être noyée dans l’arabo-islamisme ou une modernité mal digérée.

De rencontre en rencontre, nos relations vont devenir de plus en plus fréquentes et étroites. Hha Oudadess était de tous les combats. Il est présent à toutes les étapes cruciales du Mouvement Amazigh(MA). Membre créateur de l’Association Assid à Méknès après avoir été membre actif de la revue Tifawt, il est l’un des premiers signataires du Manifeste Amazigh en 2000. Il refusa de devenir membre du Conseil d’Administration de l’IRCAM dont il dénonçait la dérive surtout après le départ de Mohamed Chafik du Rectorat.Il assiste au Congrès Mondial Amazigh à plusieurs reprises, notamment celui de Méknès et de Djerba en Tunisie en 2011.

En 2005, il est parmi les premiers fondateurs d’Option Amazighe avec les sept membres démissionnaires du Conseil d’Administration de l’IRCAM (Abdelmalek Oussaden, Ali Bougrine, Ali Khadaoui, Hassan Banhakeia, Mimoun Ighraz, Mohamed Boudhan, Mohamed Ajajaa). C’est à partir de ce moment que nos chemins vont devenir un. Toujours ensemble, nous sillonnâmes le pays pour défendre la cause qui nous unissait et promouvoir la poésie amazighe.

Nos rencontres étaient toujours sous le signe de la l’amazighité, reléguée au rang d’une culture minorée, dévalorisée par une culture exogène, pour la première fois de son histoire, sur son propre territoire.

C’est ainsi qu’il va devenir l’infatigable militant calme et discipliné contre les utopies du siècle, notamment contre le messianisme intégriste arabo-islamiste, qui a fini par vomir à la face du monde entier, ses perversions les plus abjectes. La prise de conscience d’une identité amazighe refoulée, occupent une place centrale dans son parcours.

La pensée dogmatique lui répugnait. Rien ne pouvait le mettre en colère que de voir la langue amazighe et les arts correspondants menacés de disparition.

Hha Oudadess, contrairement à beaucoup de militants, a mis ses principes et son engagement en pratique quotidienne. Avec ses trois filles auxquelles il a choisi les noms de Titrit, Aslal et Mamlal, avec ses amis, il ne parlait que tamazight. Il travaillait toujours au son des chanteurs et poètes amazighs dont beaucoup étaient ses amis…Dans un article bien documenté et argumenté, il dénonce l’académisme au rabais où l’idéologie a remplacé la démarche et la preuve scientifiques dans les universités, ce qui paralyse la pensée et l’imaginaire maghrébins, truffés de mensonges et de perfidies, et qui ont transformé le pays en un immense gâchis. A Rabat, sa maison était devenue un lieu de rencontre pour une partie des militants amazighs de toutes les régions.

A l’autre bout du Maroc inutile, à Aghbala, son frère le Dr Ahmed Oudadess, médecin, est aussi un militant de la même trempe que son frère Hha. Il est aussi de tous les combats et sa maison à Azagharfar a vu défiler la crème du Mouvement Amazigh : militants, chercheurs,  artistes et écrivains nationaux comme Abehri,Ali Azayko, Boudhan, Mounib, Mustapha Qaddery, Lhoucine Ait Bahcine, Mohamed Mounib, Oussaden, Ajaajaa, ggori, Ighraz, Hassana Boulhfa, Laure Moralli, Luis Arias Manzo, Tassos, Flora, Jean Louis Devatine, entre autres, sont tous passés par Azagharfar.

Hha Oudadess le poète :

Si le militantisme amazigh nous a rapprochés, la poésie nous a unis dans le même amour du verbe amazigh. Hha était Consul des Poètes de Tamazgha (Maroc) auprès de l’organisation Poètes du Monde.

Rien n’échappait à l’œil attentif de Hha  le poète. Il notait tout le temps le moindre ver qui se présentait à lui. Il a composé des vers merveilleux, recueilli la poésie amazighe orale. La poésie permet la domestication de la révolte, celle-ci vous consume quotidiennement sans résultat autre que celui qui fait de vous la victime idéale des charlatans de toutes sortes ou à vous faire basculer dans le terrorisme ou la débauche.

Comme Chafik, comme Azayko, comme Abehri, comme Mammeri, il a très tôt compris que l’arme des temps modernes est le savoir. A travers ses écrits, où la rébellion liée à la douleur est à peine voilée, il a pu transformer la révolte stérile en un engagement intellectuel, long et patient. Imperturbablement, il a contribué à la remise en question d’un processus voulu irréversible depuis l’indépendance : la désamazighisation du Maroc comme prix à payer pour une unité mythique avec un Proche-Orient qui a été incrusté dans les esprits et les cœurs de générations entières par des siècles d’une propagande qui n’avait d’autres objectifs que de cacher une vérité : à savoir que le Maroc-comme toute l’Afrique du Nord et le Sahel sont amazighs historiquement et anthropologiquement parlant.

Il écrit des dizaines d’articles pour dénoncer les intellectuels partisans du moment, la spéculation idéologique, et la supercherie : ce n’est pas au nom de l’unité nationale qu’on invoque la nécessité de la disparition de tamazight, mais bel et bien pour défendre des intérêts et atteindre d’autres objectifs que l’on se sert de l’unité arabe, de l’islam, de l’école et des média!

Le tabou amazigh est brisé dans une approche où le souci de l’objectivité est constant. La démarche est un réquisitoire contre la simplification de l’histoire, contre le mensonge et la perfidie. Comme en écho à Azayko et à Chafik, Hha Oudadess fait feu sur les quartiers généraux de la pensée unique et crie haut et fort qu’imazighen n’acceptent plus qu’on écrive leur histoire à leur place, en leur présence ; n’acceptent plus qu’on parle à leur place, en leur présence ; n’acceptent plus qu’on les traite en étrangers dans leur propre pays, en leur présence.

Progressivement, Hha Oudadess s’impose comme le militant exemplaire, désintéressé de tout sauf de l’objectif vers lequel ont convergé toutes les forces du Mouvement Amazigh. Il est devenu le symbole du militant dévoué, constant, loyal et fidèle à une cause combattue par l’Etat   et ses institutions.

Ses écrits inscrits dans le combat amazigh fait sauter la cloison des convenances et des certitudes quant à la véracité des thèses de ceux qui ont conçu un projet de société sur l’exclusion de la langue et de la culture amazighes, pourtant matrices des valeureux combattants de la résistance armée pour la liberté et l’indépendance depuis Carthage, les romains, les arabes et la pénétration européenne.

Hha Oudadess forçait le respect et l’admiration par son intégrité, son esprit méthodique, sa simplicité et son engagement total pour la cause amazighe. Il aura assisté de son vivant à l’officialisation de la langue amazighe dans la constitution de 2011.

Mais-il y a toujours des « mais » quand il s’agit de l’amazighité du Maroc- cette officialisation est soumise à condition : la promulgation de lois organiques…qui ne sont intervenue qu’en 2019 et dont la mise en pratique est toujours en hypothèque. Autrement dit, depuis le discours d’Ajdir, 18 ans sont passés…et l’amazighité doit encore et encore combattre pour sa propre survie.

Dans la poésie de Hha Oudadess, les mots sont des chiffres… mais ce sont des chiffres chargés de sens…Alors il prend le plus grand soin dans le choix des mots utilisés dans ses poèmes. Ses vers sont en général courts, percutants, les images choisies sont claires comme des photographies… Ses sentiments sont tus pour laisser parler les mots. Toujours sous l’emprise du relativisme scientifique, il se méfie de toutes les idées reçues, de toutes les affirmations non étayées et soutenues par des preuves tangibles.

Sa poèmes portent l’emprunte des lieux où elle a été conçue : (Itto, Agadir, Fes, Numidia, Rif, Tunis, Djerba, Urtan, Aghbala, Méknès, Tazizawt, Carthages, Libya… Azrou, Rabat, Montréal, Mexique, Brésil, Grèce…Mais aussi Azagharfar…

Là où il est passé, Hha a immortalisé le lieu par un poème, un haiko… comme il n’a jamais oublié ses amis et les militants qui l’ont marqué. Les personnages qui ont beaucoup donné à tamazight surgissent du lot : Chafik, Boudhan, Ali Azayko, Abdelmalek Oussaden, Moha Ouhammou azayi, Mohamed Mounib, Moha Abehri, Loudaoui, mais aussi Moha Oulhoussain Achibane(le Maestro), Moha Oulbaz…

Dans son dernier recueil, « AWAL N WUL », paru en 2019, la langue est pure, respire une liberté sans borne. Toujours courts, les vers sont d’une intensité ! Réflexions, questionnements existentiels y côtoient des émerveillements devant la beauté de la nature…

Dans « tarezzift i Azayku, il écrit :

«  A tagwmat Azayku !

…ktiv lli g ax tennit

« Tafransist, awdnettat d awal

Immim usefru nna tesekit.

Macnn, a amexlaw

Mani mayc ;

Tamazivt, is tettut… »

« Mon frère Azayko

Je me rappelle quand tu m’as dit

Le français c’est aussi une langue

Il est succulant le poème que tu as construit

Mais idiot

Tamazight, as-tu oublié ? »(traduction de l’auteur) ;

Azayko occupe une place importante dans la poésie de Hha Oudadess. C’est un hommage constant à celui qui fut le premier prisonnier politique du Mouvement Amazigh , juste parce qu’il avait écrit dans une revue que « la culture amazighe est une culture à part entière comme la culture l’arabe ou française … »

Œuvre connue de Hha Oudadess :

-Distribution Théory And Application (avec Abdallah Elkinani)

-Lexique Amazigh Moderne (avec Lahcen Oulahj)

-Isfrades

-Haikus d’un Amazigh

-Tiwngimin (pensées éparses)

-Awal N Wul

A paraître : Imdyazanen

Par : Ali Khadaoui

 

 

Le Rif face à l’arbitraire de la monarchie marocaine

Le Rif fait toujours face à l’arbitraire de la monarchie marocaine. Une répression sourde et impitoyable s’abat en permanence sur cette région soumise à un terrible embargo. Plusieurs événements survenus ces dernières semaines montrent que le climat d’insurrection et de colère dans le Rif est loin de s’estomper. Bien qu’il n’y ait plus de manifestations de rue, les arrestations se multiplient, parfois à cause de simples commentaires sur les réseaux sociaux. Les journalistes étrangers sont également interdits de se rendre dans cette région. Depuis le déclenchement des manifestations dans le Rif, plus de 1500 personnes ont été arrêtées.

Arrêtés pour de simples posts sur Facebook

Lundi 3 juin, le tribunal de première instance de Biya (Hoceïma) a condamné Hassan Benchaïb, originaire d’Aït Bouayach, à une peine de deux ans et demi de prison ferme. Ce militant a été arrêté le 25 mai à son domicile pour avoir publié des informations sur le mouvement de protestation dans le Rif sur Facebook. Il a été poursuivi pour avoir porté « atteinte à l’intégrité territoriale du royaume, pour incitation à la rébellion, menace de crime, incitation à commettre des crimes, pour insultes aux forces de sécurité et appel à participer à une manifestation non autorisée ».

Ce militant est le frère du prisonnier politique Bachir Benchaïb qui purge une peine de douze ans d’emprisonnement pour avoir pris part à des manifestations organisées à Aït Bouayach.

Plusieurs militants du mouvement rifain ont été arrêtés ces dernières semaines et condamnés à des peines de prison. Ce même lundi (3 juin), l’activiste rifain Rachid Chabni a été condamné en appel à deux ans de prison, dont un an ferme et un autre avec sursis, pour ses publications sur Facebook et sa participation à la manifestation de Rabat dimanche 21 avril 2019, organisée pour dénoncer le verdict en appel à l’encontre des militants rifains.

Des enfants arrêtés à Biya

Toujours à Biya, six élèves ont été arrêtés par la gendarmerie pour avoir décroché, le 17 mai, le drapeau marocain d’une école de la commune rurale d’Issaguen et l’avoir remplacé par un drapeau amazigh, a rapporté le site Hoceimacity. Agés de 8 à 11 ans, ces élèves scandaient des slogans du mouvement rifain alors qu’ils décrochaient le drapeau alaouite. La bannière est restée sur le mât pendant quatre jours, jusqu’à ce que la gendarmerie de la région en soit informée.

Deux enseignants et le directeur de l’école ont été convoqués par la gendarmerie. Ils comparaîtront dans les prochains jours devant un tribunal marocain. Les autorités leur reprochent de ne pas avoir dénoncé ce « crime ».

Le code pénal marocain punit, dans ses articles 267-1 à 267-4, quiconque porte atteinte notamment au drapeau alaouite. Une peine de prison allant de six mois à cinq ans et une amende allant jusqu’à 100 000 dirhams sont notamment prévues.

Ces élèves risquent d’être condamnés à de lourdes peines de prison. Pour rappel, plusieurs enfants ont écopé de lourdes peines juste pour avoir pris part à des manifestations.
Mohamed Bouhennouch était âgé de 15 ans au moment de son arrestation. Il a été condamné à 15 ans de prison ferme pour « atteinte à la sécurité de l’État. »

Dans une deuxième école de Biya, les parents de plusieurs élèves ont été convoqués par le directeur d’une école. Les élèves avaient entonné « Vive le Rif » lorsque l’hymne national alaouite était joué.

Des militants forcés de s’exiler.

Le 25 avril 2019, Nawal Benaïssa, persécutée pour son implication très active dans le mouvement rifain, a fui le pays, avec son fils de quatre ans, à travers la ville de Ceuta (sous administration espagnole). Elle a demandé l’asile politique aux Pays-Bas.

La militante faisait l’objet d’un mandat d’arrêt en 2017. Elle avait décidé de se livrer à la police. En février 2018, elle a été condamnée à une peine de dix mois de prison avec sursis et à une amende de 500 dirhams pour « participation à une manifestation non autorisée, insulte à agents de la force publique, et incitation à commettre des infractions pénales ». Un verdict a été confirmé en appel le 17 janvier 2019.

Le 12 avril, cette activiste, mère de quatre enfants, a été interdite de quitter le pays par voie aérienne, alors qu’elle comptait se rendre aux Pays-Bas pour prendre part à une conférence. « Quand je suis arrivé au commissariat de police de l’aéroport de Nador ce matin, ils m’ont dit que mon passeport avait été annulé par le ministère de l’Intérieur et que je ne pouvais pas voyager » avait-elle déclaré le 12 avril à l’agence de presse espagnole EFE.

Nawal Benaïssa a affirmé avoir pris cette décision de quitter le pays car elle ne pouvait plus faire face aux intimidations quotidiennes et aux menaces qu’elle reçoit avec ses enfants. Avec Silya Ziani, Nawal Benaïssa, 37 ans, est l’une des figures féminines du Mouvement rifain.

La militante n’est pas la première à avoir demandé l’asile politique dans des pays européens. Abdessadek El Bouchtaoui, avocat, a obtenu l’asile aux Pays-Bas. Achraf Idrissi, 23 ans, qui était sous mandat d’arrêt, a obtenu l’asile en Belgique. Plusieurs autres militants ont fait des demandes d’asile en Espagne. Certains, toujours recherchés sont entrés dans la clandestinité.

Plusieurs vidéos montrant des militants du mouvement rifain fuir le Rif pour rallier les côtes européennes sur des embarcations de fortune ont été diffusés sur les réseaux sociaux.

Il semblerait même que les forces de police de la monarchie marocaine font tout pour forcer les jeunes rifains à fuir leur région afin de la priver de toutes ses forces vives.

Pour rappel, les tribunaux marocains ont confirmé, le 6 avril dernier en appel, les peines de prison allant jusqu’à vingt ans pour les meneurs du mouvement, dont Nasser Zefzazi. Ce dernier a avait été jugé en appel aux côtés de 41 autres accusés.

A. Azergui.

DOCUMENT : texte du traité du protectorat

Bulletin des lois de la République française

DÉCRET DU 20 JUILLET 1912, PORTANT PROMULGATION DU TRAITÉ CONCLU À FEZ LE 30 MARS 1912, ENTRE LA FRANCE ET LE MAROC, POUR L’ORGANISATION DU PROTECTORAT FRANÇAIS DANS L’EMPIRE CHÉRIFIEN

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE,

Sur la proposition du président du Conseil, ministre des affaires étrangères,

DÉCRÈTE :

ARTICLE PREMIER

Le Sénat et la Chambre des députés ayant approuvé le traité conclu à Fez, le 30 mars 1912, entre la France et le Maroc, pour l’organisation du protectorat français dans l’empire chérifien, et cet acte ayant été ratifié, le dit traité dont la teneur suit recevra sa pleine et entière exécution.

TRAITÉ:

Le gouvernement de la République Française et le gouvernement de Sa Majesté Chérifienne, soucieux d’établir au Maroc un régime régulier, fondé sur l’ordre intérieur et la sécurité générale, qui permette l’introduction des réformes et assure le développement économique du pays, sont convenus des dispositions suivantes :

Art. 1. – Le gouvernement de la République Française et Sa Majesté le Sultan sont d’accord pour instituer au Maroc un nouveau régime comportant les réformes administratives, judiciaires, scolaires, économiques, financières et militaires que le gouvernement français jugera utile d’introduire sur le territoire marocain.

Ce régime sauvegardera la situation religieuse, le respect et le prestige traditionnel du Sultan, l’exercice de la religion musulmane et des institutions religieuses, notamment de celles des habous.

Le gouvernement de la République se concertera avec le gouvernement espagnol au sujet des intérêts que ce gouvernement tient de sa position géographique et de ses possessions territoriales sur la côte marocaine.

De même, la ville de Tanger gardera le caractère spécial qui lui a été reconnu et qui déterminera son organisation municipale.

Art. 2. – Sa Majesté le Sultan admet dès maintenant que le gouvernement français procède, après avoir prévenu le Makhzen, aux occupations militaires du territoire marocain qu’il jugerait nécessaire au maintien de l’ordre et à la sécurité des transactions commerciales et à ce qu’il exerce toute action de police sur terre et dans les eaux marocaines.

Art. 3. – Le gouvernement de la république prend l’engagement de prêter un constant appui à Sa Majesté chérifienne contre tout danger qui menacerait sa personne et son trône ou qui compromettrait la tranquillité de ses états. Le même appui sera prêté à l’héritier du trône et à ses successeurs.

Art. 4. – Les mesures que nécessitera le nouveau régime de protectorat seront édictées, sur la proposition du gouvernement français, par Sa Majesté chérifienne ou par les autorités auxquelles elle aura délégué le pouvoir. Il en sera de même des règlements nouveaux et des modifications aux règlements existants.

Art. 5. Le gouvernement français sera représenté auprès de Sa Majesté chérifienne par un Commissaire Résidant Général, dépositaire de tous les pouvoirs de la République au Maroc, qui veillera à l’exécution du présent accord.

Le Commissaire résident Général sera le seul intermédiaire du Sultan auprès des représentants étrangers et dans les rapports que ces représentants entretiennent avec le gouvernement marocain. Il sera notamment chargé de toutes les questions intéressant les étrangers dans l’Empire chérifien. Il aura pouvoir d’approuver et de promulguer au nom du gouvernement français tous les décrets rendus par Sa Majesté chérifienne.

Art. 6. – Les agents diplomatiques et consulaires de la France seront chargés de la représentation et de la protection des sujets et des intérêts marocains à l’étranger.

Sa Majesté le Sultan s’engage à ne conclure aucun acte ayant un caractère international sans l’assentiment préalable du gouvernement de la République française.

Art. 7. – Le gouvernement de la république française et le gouvernement de Sa Majesté chérifienne se réservent de fixer d’un commun accord les bases d’une réorganisation financière qui, en respectant les droits conférés aux porteurs des titres des emprunts publics marocains, permette de garantir les engagements du Trésor marocain et de percevoir régulièrement les revenus de l’Empire.

Art. 8. – Sa Majesté chérifienne s’interdit de contracter à l’avenir, directement ou indirectement, aucune emprunt public ou privé, et d’accorder, sous une forme quelconque, une concession sans l’autorisation du gouvernement français.

Art. 9. – La présente convention sera soumise à la ratification du gouvernement de la République Française et l’instrument de ladite ratification sera remis à Sa Majesté le Sultan dans le plus bref délai.

En foi de quoi, les soussignés ont dressé le présent acte et l’ont revêtu de leurs cachets.

Fait à Fez, le 30 mars 1912.

(L. S.) Signé : REGNAULT.

(L. S.) — : MOULAY ABD EL HAFID.

 

ARTICLE 2

Le président du Conseil, ministre des affaires étrangères, est chargé de l’exécution du présent décret.

Fait à Paris, le 20 Juillet 1912.

Signé : A. FALLIÈRES.

Le Président du Conseil,

Ministre des affaires étrangères.

Signé : R. POINCARÉ.

Tamazight TV, une arme d’arabrutisation massive

Les médias audiovisuels du secteur public à Tamazgha Occidentale sont des vecteurs d’arabrutisation et d’islamisation. La chaîne appelée Tamazight TV  ne fait pas exception. Cette chaîne est un poison mortel, un outil d’arabisation massif des berbérophones.

Tous les programmes de cette chaîne sont sous-titrés en arabe classique, alors qu’aucune émission de toutes les chaînes publiques marocaines ne l’est en tamazight. Le sous-titrage en arabe est l’une des conditions stipulées dans les cahiers de charges imposés aux entreprises de production pour que leurs émissions soient diffusées.

Lorsqu’un film produit en dialectal marocain (darija) est doublé dans une variante de tamazight, celui-ci est sous-titré en arabe classique. Comble d’absurdité. Des cours d’arabe classique sont aussi proposés sur cette chaîne, alors qu’on en trouve rarement dans les programmes des autres chaînes publiques. Les émissions sur l’islam foisonnent égamement. Tamazight TV est en réalité un instrument de diffusion de la pensée arabo-islamique.

Les émissions sont d’une médiocrité repoussante, infantilisantes et véhiculant la pensée unique et le seul point de vue des autorités. La langue amazighe est traquée, combattue et minorisée même dans une chaîne dite « Tamazight ».

Tamazight TV n’a rien à envier à Tamazight TV4, diffusée par le régime militaire algérien. Le concept est le même. Le but est aussi d’aliéner et de dominer les Berbères pour mieux les arabiser et les islamiser.

Il faut dire, par ailleurs, aussi que la passivité des hommes d’affaires berbères est révoltante. Ils sont incapables d’investir dans des chaînes privées qui auront pour mission de porter la voix des Amazighs : est-ce par peur de représailles des autorités ou juste par lâcheté.

Tamazight TV n’est qu’un symptôme du cancer qui ronge le mouvement berbère. Après plus de quarante ans de combat identitaire, Imazighen de ce côté là de Tamazgha n’ont ni une télévision indépendante, ni un journal dans leur langue, ni une maison d’édition. L’Ircam et le palais corrompent tout ceux qui bougent, et les voix libres se font de plus en plus rares. Le mouvement amazigh, gangréné par la médiocrité, l’arabisme et l’islamisme, favorisés par les Amazighs eux-même, est devenu le pire ennemi des Imazighen. Le fossoyeur de leur identité.

Les « acquis » de ce mouvement au cours des dernières décennies se sont transformés en pièges qui se sont renfermés sur les Amazighs. Et pour échapper à ces pièges, il ne s’agit pas, comme le souhaitent certains berbères de service, de fonder un parti politique.

Imazighen ont besoin d’un mouvement indépendant, structuré et courageux politiquement. Il est plus que jamais temps.

A. Azergui