DOCUMENT : texte du traité du protectorat

Bulletin des lois de la République française

DÉCRET DU 20 JUILLET 1912, PORTANT PROMULGATION DU TRAITÉ CONCLU À FEZ LE 30 MARS 1912, ENTRE LA FRANCE ET LE MAROC, POUR L’ORGANISATION DU PROTECTORAT FRANÇAIS DANS L’EMPIRE CHÉRIFIEN

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE,

Sur la proposition du président du Conseil, ministre des affaires étrangères,

DÉCRÈTE :

ARTICLE PREMIER

Le Sénat et la Chambre des députés ayant approuvé le traité conclu à Fez, le 30 mars 1912, entre la France et le Maroc, pour l’organisation du protectorat français dans l’empire chérifien, et cet acte ayant été ratifié, le dit traité dont la teneur suit recevra sa pleine et entière exécution.

TRAITÉ:

Le gouvernement de la République Française et le gouvernement de Sa Majesté Chérifienne, soucieux d’établir au Maroc un régime régulier, fondé sur l’ordre intérieur et la sécurité générale, qui permette l’introduction des réformes et assure le développement économique du pays, sont convenus des dispositions suivantes :

Art. 1. – Le gouvernement de la République Française et Sa Majesté le Sultan sont d’accord pour instituer au Maroc un nouveau régime comportant les réformes administratives, judiciaires, scolaires, économiques, financières et militaires que le gouvernement français jugera utile d’introduire sur le territoire marocain.

Ce régime sauvegardera la situation religieuse, le respect et le prestige traditionnel du Sultan, l’exercice de la religion musulmane et des institutions religieuses, notamment de celles des habous.

Le gouvernement de la République se concertera avec le gouvernement espagnol au sujet des intérêts que ce gouvernement tient de sa position géographique et de ses possessions territoriales sur la côte marocaine.

De même, la ville de Tanger gardera le caractère spécial qui lui a été reconnu et qui déterminera son organisation municipale.

Art. 2. – Sa Majesté le Sultan admet dès maintenant que le gouvernement français procède, après avoir prévenu le Makhzen, aux occupations militaires du territoire marocain qu’il jugerait nécessaire au maintien de l’ordre et à la sécurité des transactions commerciales et à ce qu’il exerce toute action de police sur terre et dans les eaux marocaines.

Art. 3. – Le gouvernement de la république prend l’engagement de prêter un constant appui à Sa Majesté chérifienne contre tout danger qui menacerait sa personne et son trône ou qui compromettrait la tranquillité de ses états. Le même appui sera prêté à l’héritier du trône et à ses successeurs.

Art. 4. – Les mesures que nécessitera le nouveau régime de protectorat seront édictées, sur la proposition du gouvernement français, par Sa Majesté chérifienne ou par les autorités auxquelles elle aura délégué le pouvoir. Il en sera de même des règlements nouveaux et des modifications aux règlements existants.

Art. 5. Le gouvernement français sera représenté auprès de Sa Majesté chérifienne par un Commissaire Résidant Général, dépositaire de tous les pouvoirs de la République au Maroc, qui veillera à l’exécution du présent accord.

Le Commissaire résident Général sera le seul intermédiaire du Sultan auprès des représentants étrangers et dans les rapports que ces représentants entretiennent avec le gouvernement marocain. Il sera notamment chargé de toutes les questions intéressant les étrangers dans l’Empire chérifien. Il aura pouvoir d’approuver et de promulguer au nom du gouvernement français tous les décrets rendus par Sa Majesté chérifienne.

Art. 6. – Les agents diplomatiques et consulaires de la France seront chargés de la représentation et de la protection des sujets et des intérêts marocains à l’étranger.

Sa Majesté le Sultan s’engage à ne conclure aucun acte ayant un caractère international sans l’assentiment préalable du gouvernement de la République française.

Art. 7. – Le gouvernement de la république française et le gouvernement de Sa Majesté chérifienne se réservent de fixer d’un commun accord les bases d’une réorganisation financière qui, en respectant les droits conférés aux porteurs des titres des emprunts publics marocains, permette de garantir les engagements du Trésor marocain et de percevoir régulièrement les revenus de l’Empire.

Art. 8. – Sa Majesté chérifienne s’interdit de contracter à l’avenir, directement ou indirectement, aucune emprunt public ou privé, et d’accorder, sous une forme quelconque, une concession sans l’autorisation du gouvernement français.

Art. 9. – La présente convention sera soumise à la ratification du gouvernement de la République Française et l’instrument de ladite ratification sera remis à Sa Majesté le Sultan dans le plus bref délai.

En foi de quoi, les soussignés ont dressé le présent acte et l’ont revêtu de leurs cachets.

Fait à Fez, le 30 mars 1912.

(L. S.) Signé : REGNAULT.

(L. S.) — : MOULAY ABD EL HAFID.

 

ARTICLE 2

Le président du Conseil, ministre des affaires étrangères, est chargé de l’exécution du présent décret.

Fait à Paris, le 20 Juillet 1912.

Signé : A. FALLIÈRES.

Le Président du Conseil,

Ministre des affaires étrangères.

Signé : R. POINCARÉ.

Tamazight TV, une arme d’arabrutisation massive

Les médias audiovisuels du secteur public à Tamazgha Occidentale sont des vecteurs d’arabrutisation et d’islamisation. La chaîne appelée Tamazight TV  ne fait pas exception. Cette chaîne est un poison mortel, un outil d’arabisation massif des berbérophones.

Tous les programmes de cette chaîne sont sous-titrés en arabe classique, alors qu’aucune émission de toutes les chaînes publiques marocaines ne l’est en tamazight. Le sous-titrage en arabe est l’une des conditions stipulées dans les cahiers de charges imposés aux entreprises de production pour que leurs émissions soient diffusées.

Lorsqu’un film produit en dialectal marocain (darija) est doublé dans une variante de tamazight, celui-ci est sous-titré en arabe classique. Comble d’absurdité. Des cours d’arabe classique sont aussi proposés sur cette chaîne, alors qu’on en trouve rarement dans les programmes des autres chaînes publiques. Les émissions sur l’islam foisonnent égamement. Tamazight TV est en réalité un instrument de diffusion de la pensée arabo-islamique.

Les émissions sont d’une médiocrité repoussante, infantilisantes et véhiculant la pensée unique et le seul point de vue des autorités. La langue amazighe est traquée, combattue et minorisée même dans une chaîne dite « Tamazight ».

Tamazight TV n’a rien à envier à Tamazight TV4, diffusée par le régime militaire algérien. Le concept est le même. Le but est aussi d’aliéner et de dominer les Berbères pour mieux les arabiser et les islamiser.

Il faut dire, par ailleurs, aussi que la passivité des hommes d’affaires berbères est révoltante. Ils sont incapables d’investir dans des chaînes privées qui auront pour mission de porter la voix des Amazighs : est-ce par peur de représailles des autorités ou juste par lâcheté.

Tamazight TV n’est qu’un symptôme du cancer qui ronge le mouvement berbère. Après plus de quarante ans de combat identitaire, Imazighen de ce côté là de Tamazgha n’ont ni une télévision indépendante, ni un journal dans leur langue, ni une maison d’édition. L’Ircam et le palais corrompent tout ceux qui bougent, et les voix libres se font de plus en plus rares. Le mouvement amazigh, gangréné par la médiocrité, l’arabisme et l’islamisme, favorisés par les Amazighs eux-même, est devenu le pire ennemi des Imazighen. Le fossoyeur de leur identité.

Les « acquis » de ce mouvement au cours des dernières décennies se sont transformés en pièges qui se sont renfermés sur les Amazighs. Et pour échapper à ces pièges, il ne s’agit pas, comme le souhaitent certains berbères de service, de fonder un parti politique.

Imazighen ont besoin d’un mouvement indépendant, structuré et courageux politiquement. Il est plus que jamais temps.

A. Azergui

Les étudiants amazighs victimes d’une nouvelle attaque à Agadir

Samedi 19 mai, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis se réclamant du Polisario ont attaqué des étudiants de la filière des études amazighes (cycle Master) qui passaient leurs examens à la faculté des lettres d’Agadir. Les assaillants, cagoulés, ont utilisé des armes blanches, des serpes, des sabres et des pierres.

En réaction à cette attaque, la police de la monarchie marocaine a interpellé 35 militants de la cause amazighe. Ils seront libérés par la suite. Trois assaillants ont été aussi arrêtés. Cette attitude de la police marocaine est pour le moins étonnante : alors qu’elle est censée protéger les agressés, elle procède plutôt à leur arrestation.

Etudiant sahraoui portant une arme blanche.

Une attaque délibérée

Trois semaines avant cette attaque, les militants du mouvement amazigh étaient victimes de provocations, précise le Mouvement Amazigh estudiantin dans un communiqué daté du 21 mai. Les militantes sont menacées de viol. Les étudiants sahraouis parasitent les activités culturelles, intimident les militants, les menacent de mort. Ils avaient même tout essayé pour impliquer les étudiants amazighs dans des actes de violences. Malgré tout cela les militants Amazighs ont choisi de ne pas réagir par la violence.

La nuit du mercredi 16 mai 2018, un militant a échappé aux poursuites d’une bande armée de 12 personnes. La nuit du jeudi 17 mai, les étudiants sahraouis ont attaqué des étudiants amazighs par des pierres provoquant six blessés parmi eux.

« Pour ne pas tomber dans l’abîme de la violence et pour que les examens passent dans une ambiance favorable, les militants ont quitté la faculté le vendredi 18 mai, à l’exception des étudiants inscrits dans la branche des études Amazighes, qui auront des examens ce même jour », précise le communiqué.

Ce même jour, les étudiants sahraouis ont forcé les portes des chambres des étudiants amazighophones pour les vandaliser dans une nouvelle tentative de provocation. « Durant toute la nuit du vendredi, cette bande s’est mis à stocker leurs armes au milieu de la faculté. Le samedi matin, ces criminels sont sortis de la cité universitaire, divisés en deux groupes pour encercler la faculté et s’en prendre aux militants et étudiants amazighs. L’administration de la cité universitaire et les administrations des facultés étaient au courant de tout ce qui va se passer », ajoute le communiqué, mais avaient choisi de ne pas intervenir pour protéger les étudiants.

Les assaillants avaient poussé leur insolence jusqu’à procéder à des contrôles d’identité pour chercher des étudiants originaires de la province de Tinghir. Ils réclamaient aux étudiants leurs cartes d’identité. Des étudiants amazighs sont traqués, molestés et intimidés sous le regard des agents d’autorité.

Le Mouvement amazigh particulièrement visé

Depuis son émergence dans les universités au début des années 1990, les militants berbéristes ont fait face à des harcèlements et à des provocations de la part de mouvements islamistes et de la gauche arabiste.

Les premières attaques menées contre les militants du mouvement amazigh par l’extrême gauche panarabiste, soutenue par des étudiants sahraouis se revendiquant du Polisario, remontent à 2003. Mais, c’est en 2007 que ces attaques se sont intensifiées. Des expéditions punitives ont été menées contre les étudiants berbéristes dans les facultés de Taza, Ameknas, Agadir et Imetghren, avec la bénédiction des autorités. Des centaines de militants avaient été arrêtés, d’autres condamnés à de lourdes peines de prison. Des dizaines de militants ont été blessés grièvement.

Assassinat de Omar Khaleq

Jamais ces violences n’avaient provoqué de morts, jusqu’au 23 janvier 2016. Ce jour-là, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis, armés de sabres et de haches, ont attaqué cinq étudiants militants du Mouvement amazigh, près d’une faculté à Marrakech, leur provoquant de graves blessures. Parmi les blessés figurait Omar Khaleq, un étudiant originaire de Tinghir dans la région de Dra (sud-est).

Cet étudiant, qui a reçu plusieurs coups donnés par des haches et des sabres, a succombé à ses blessures le 28 janvier. La victime avait été inhumée le 29 janvier dans son village natal. Plus de 15 000 personnes ont assisté à ses funérailles.

Cette nouvelle campagne de violence visant le Mouvement amazigh dans les universités de Tamazgha occidentale a pour but, probablement, de provoquer les étudiants amazighs afin de les impliquer dans des actes de violence, ce qui permettra aux autorités marocaines de procéder à de nouvelles arrestations massives.

Vigilance

Dans son communiqué, le Mouvement estudiantin rappelle qu’il est pacifique et qu’il ne réagira pas la violence à ces provocations et attaques, par ce qu’il est conscient que les assaillants sont manipulés par les autorités pour damer le pion au mouvement amazigh de plus en plus présent sur la scène universitaire.

Par : Aïssa Jebbour (avec la rédaction).

Monarchie marocaine : le viol, une arme de répression !

Nous avons eu, par le passé et à plusieurs reprises, à dénoncer le mépris érigé en véritable politique d’État par la monarchie marocaine. En effet, les services marocains ont recours à tous les moyens possibles et imaginables pour soumettre les militants du Mouvement rifain incarcérés, et le viol en fait partie. Ce dernier est fréquemment utilisé comme une arme d’humiliation.

M6

Lundi 9 avril 2018, lors de son procès devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, le leader du mouvement rifain, Nasser Zefzafi, 39 ans, a déclaré avoir été forcé par la police à dire « vive le roi ». Mais face à son refus, il a été violé. Zefzafi a dévoilé au juge que les agents qui l’interrogeaient avaient inséré leurs doigts puis un bâton dans son postérieur. L’un des avocats a déclaré à la presse que ces agents ont commencé à faire des youyous après que le sang ait coulé de son fessier. Il a également été « violenté en le frappant à la tête avec un objet métallique »

Tous les détenus avaient déclaré avoir été soumis à une torture systématique et méthodique. Zefzafi, poursuivi notamment pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’État », a déclaré également avoir reçu « des menaces de viol visant sa mère » !
Un deuxième cas de viol a été rapporté par un détenu mineur arrêté pour avoir manifesté pacifiquement. Aymane B., âgé de seulement 16 ans a déclaré au juge lors de son procès à Imzouren ceci : « Ils m’ont violé. Ils m’ont dit de choisir entre un viol avec une bouteille et un viol collectif. Ils m’ont ligoté et introduit leurs doigts dans mon postérieur avant de me torturer et de me violer collectivement. »

Les cas de détenus rifains ayant subi des viols sont nombreux. Ils témoignent de la violation systémique des droits humains, du mépris des détenus et de l’atteinte à et de l’atteinte à leur dignité dans les postes de police et les prisons marocaines. Le but de ces viols est d’humilier ces détenus accusés d’être des « séparatistes » hostiles à la monarchie.

C’est par ce que les droits fondamentaux de ces détenus sont violés et qu’un blocus est imposé au Rif, surtout à Biya, qu’une délégation parlementaire européenne, en déplacement dans le pays depuis lundi 9 avril pour assister à l’ouverture du procès de Nasser Zefzafi, a été interdite de se rendre dans le Rif où elle comptait rencontrer les familles des détenus. Cette délégation est composée de deux parlementaires du parti néerlandais PVDA (Parti travailliste), Kati Piri et Lilianne Ploumen. Elle a souhaité évoquer la situation du Rif avec les « responsables » marocains, mais avait été obligée de « rompre prématurément sa visite de travail (…), parce qu’elle n’a pas reçu l’autorisation des autorités locales pour visiter Al Hoceima« , écrit l’eurodéputée Kati Piri sur sa page Facebook.
« A Rabat, nous avons discuté avec des membres du parlement marocain, le ministre de la justice et le procureur général. Les autorités marocaines nous ont fait savoir plus tard, que nous ne sommes pas les bienvenues dans le Rif« , a-t-elle ajouté.

Rappelons que plus de 700 manifestants ont été arrêtés lors de larges opérations de police dans le Rif suite aux manifestations pacifiques organisées dans cette région. La plupart des manifestants déférés devant les tribunaux ont affirmé avoir été torturés.

A. Azergui

« Dites à tout le monde que nous tenons à vivre libres ! »

Vous avez certainement déjà écouté cette belle et célèbre chanson « Inasen i midden neccin nxes ad nili» (Dites à tout le monde que nous tenons à vivre libres) chantée par le groupe Thidrin. Mais en connaissez-vous l’auteur ?

Il s’appelle Abdesslam Achahbar. Né le 2 décembre 1960 à Biya (Al Houceima) dans le Rif (Nord du Maroc), ce poète et  chanteur considéré comme l’un des plus doués de sa génération est porté disparu le 15 mai 1992 dans les eaux de la Méditerranée.

Il tentait avec 23 autres personnes de rejoindre clandestinement l’Espagne à bord d’une embarcation de fortune, lorsque leur bateau à chaviré en plein mer. 20 personnes sont disparues à jamais, dont Abdesslam. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Seuls quatre ont survécu à ce drame.

Cette chanson, très connue et grâce à laquelle je l’ai découvert personnellement après une rencontre avec le frère de l’artiste à Tanger (Abdelfattah Achahbar, guitariste aussi), figure dans un album qui comprend sept autres belles chansons de Feu Abdesslam.

Vingt-cinq ans après sa disparition tragique, les chants de ce jeune talent de Biya, qui s’est senti poussé à fuir la misère et l’oppression subies par le Rif, résonnent de plus en plus sur sa terre.  La chanson « Inasen i midden neccin nxes ad nili» a été reprise par plusieurs chanteurs amazighes du Rif et même de Tafilalet.

Un groupe amazigh de Hip Hop aux Pays-Bas a également repris l’une de ses célèbres chansons « Fouad Iwaddar » (Fouad s’est noyé !). Le poème raconte l’histoire d’un jeune qui a choisi d’immigrer clandestinement et qui meurt noyé dans la mer. Etrange histoire. Abdesslam trouvera le même sort que le personnage de sa chanson quelques années plus tard.

Des dizaines d’autres poèmes écrits et chantés par Abdesslam existent. Son frère pense les éditer. Abdesslam, mort à la fleur de l’âge, demeure l’un des grands poètes qui ont marqué leur temps. Sa poésie, puisée des souffrances du Rif et de la lutte des Imazighen pour la dignité, est d’une force extraordinaire.

Ce jeune, qui aspirait à une vie digne, mérite qu’on lui rende hommage en publiant notamment ses textes. Pour que Abdesslam, qui a tant rêvé de voir son peuple vivre libre, puisse exister au moins dans la mémoire de notre peuple qu’il a tant aimé, œuvrons pour que sa poésie soit éditée.

Abdesslam, repose en paix. On existera !

Traduction/adaptation de la chanson. Toute remarque ou proposition est bienvenue. Le but étant d’améliorer les traductions. Merci :

Dis à tout le monde que nous tenons à vivre libres.

Surtout, ne t’ennuie pas,

Continue de marcher fièrement

Tête levée.

Dis leur que nous tenons à vivre libres.

Je suis passé devant les marabouts

Ils m’ont questionné sur les raisons

Qui rendent les Imazighen si résignés.

Dis à tout le monde que nous tenons à vivre libres.

L’orage a éclaté,

La pluie est tombée, semant le bonheur

L’agriculteur et le marin

Danseront dans les champs.

Dis à tout le monde que nous tenons à vivre libres.

Nous sommes des Imazighens,

Nous vivrons libres.

Nous resterons debout,

Nous marcherons, avec détermination.

Dis à tout le monde que nous tenons à vivre libres.

Le coquelicot dansera,

Résistera à l’amertume,

On écrira dans notre langue,

Comme on le faisait autrefois.

Dis leur que nous tenons à vivre libres.

A. Azergui

 

Brandissant le drapeau de la liberté …

« Timeẓriwt » est une nouvelle chanson de Ayyur, chanteur et poète #amazigh, qui traite du soulèvement des #Berbères du #Rif. Adaptation libre des paroles :

Il est des hommes dépouillés de tout honneur,

Incapables de se révolter

Serviles à souhait.

Même lorsqu’éclate le tonnerre de la liberté,

Ils se réfugient dans le silence,

Paralysés, ils ont peur de déplaire.

Invertébrés, leur emblème est le drapeau de Lyautey,

Le rouge est la couleur de leur propre sang versé,

Le vert, celle de leurs assassins.

Incapables de se soulever,

Méconnaissant leur histoire,

De la bassesse, ils ont fait une religion.

M6

Ouvrez les yeux !

Dans le Rif, Biya est emprisonnée, opprimée.

Le drapeau des hommes libres y flotte,

Brandissant ce drapeau de la liberté

Soutenons Zefzafi et les Rifains méprisés.

Les geôles ne nous font plus peur,

Telle une montagne, notre courage s’est redressé,

Toutes nos craintes ont désormais disparu !

Unissons-nous, poussons ensemble notre cri de colère,

Armons-nous pour en finir avec cette vie d’esclaves.

Imazighen, vous aviez pris les armes contre les Français,

Espérant libérer votre pays,

Mais, un régime arabe, héritier des colons,

A souillé votre rêve,

Plus de droits, plus de libertés.

Dra

Muselés, celui qui parle disparaît dans les geôles.

Nous réclamons seulement des hôpitaux,

Une vie digne, en paix,

Mais, ce régime œuvre pour nous faire disparaître.

Nos cris se perdent dans la nuit,

Ce pouvoir, sourd de naissance,

Nous force à survivre dans l’obscurité.

Izem a été trahi,

Iyda, morte d’oubli,

Et Nbark Oualarbi, qui l’avait tué ?

Nos femmes meurent en couche,

Nos enfants sont tués par l’oubli,

Et tout le Tafilalt-Dra dort sur ses deux oreilles.

Dites-moi comment ne pas se révolter

Contre ce régime dévoré par la corruption.

Assez de paroles, l’amazighité est action,

Son chemin est lumineux comme une étoile.

Je m’adresse aux pseudos militants

Qui gueulent en arabe,

Oubliant jusqu’à la langue de leurs propres mères,

Croyant que leur avenir sera radieux,

Ils font épanouir la langue des autres,

Méprisant et tuant la leur.

à ceux qui se croient militants,

Arabisant tout sur leur passage,

Vous avez vendu votre honneur,

Vous n’êtes plus mes frères !

dr

 Texte en Tamazight : Ayyur

Adaptation : A. Azergui

Rif : La panne des élites poussera-t-elle M6 à intervenir ?

En passant

La répression systématique et féroce qui s’abat sur le Rif est le symptôme d’un complexe de la monarchie. Ce complexe a un nom : le Rif, une région qui a toujours refusé de se soumettre au palais et aux sultans alaouites depuis la fin du 19ème siècle, avant les guerres coloniales. Le Rif souffre aussi d’un traumatisme : La monarchie marocaine. Celle-ci est responsable directement de la mort de dizaines de milliers de Berbères du Rif (et d’ailleurs). Entre la monarchie et le Rif se trouve un fossé, une rivière du sang. Réconcilier les deux parties est une mission impossible. C’est ce qui explique la complexité de la situation actuelle. Autre problème qui empêche la communication : la panne des élites.


Les protestataires ne veulent écouter ni politiques, ni ministres, ni parlementaires, ni hauts fonctionnaires, ni intellectuels dépêchés sur place à partir de Rabat. Tous manquent, à leurs yeux, de crédibilité. Ils sont non seulement corrompus, mais inefficaces. Leur parole ne vaut pas un clou. Leurs voix ne portent pas loin et sont discrédités à cause de leur passivité et leur servilité maladive à la monarchie.

Depuis des décennies, la monarchie alaouite a vampirisé les élites politiques, artistiques, intellectuelles et religieuses en les domestiquant grâce à un système efficace de corruption. La monarchie récupère tous ceux qui bougent, peu importe leurs sensibilités politiques tant qu’ils sont serviles et qu’ils acceptent de servir les desseins de la monarchie. Des artistes jusqu’aux terroristes accusés d’implication dans les attaques kamikazes de Casablanca, en passant par les écrivains, les cinéastes, les activistes de la « société civile », la monarchie ratisse très large. Depuis le début des manifestations dans le Rif, nombre de ces « artistes », intellectuels et autres présidents d’associations des droits humains ou d’organisations internationales (mêmes amazighes) entrés en « dissidence contrôlée » se sont exprimés « par devoir » contre « la Fitna » dans le Rif. Ils n’avaient pas besoin de penser. Il leur suffisait de répéter la version officielle et de la promouvoir.
Cette « élite-kleenex » qui vit dans les grandes agglomérations est coupée de son milieu naturel. Elle est prête à tout faire pour plaire au palais et à ses relais, à diffuser la propagande officielle, à dénigrer les opposants et à justifier la répression qu’ils subissent. Les recrues, venant de différents horizons, font partie d’une réserve constamment renouvelée par ce qu’elle n’est utilisée qu’une seule fois. Elle finit au rebut et perd toute sa crédibilité vu sa proximité même momentanée avec le régime. La monarchie est corruption. C’est la règle. La chasse aux nouveaux « talents » est perpétuelle pour combler le vide. Des élites sont ainsi captées, vidées de leur sens. Leurs œuvres récupérées et utilisées à la gloire du régime.
C’est justement à cause de cette mécanique infernale mise en place que les protestataires du Rif (et les citoyens par extension) ne font pas confiance aux partis politiques, aux « élus », aux conseillers et autres hauts fonctionnaires. Ils savent qu’ils n’ont aucune autorité, qu’ils sont là juste pour le décor.
M6
Reste Mohamed VI en personne. Que peut faire au juste un roi qui refuse de parler directement à ses « sujets » sauf à travers d’interminables discours en arabe classique ? Que peut faire un roi qui refuse, par mépris, tout comme son père Hassan II, d’accorder une interview à un média local ? La réponse est simple : Il se sert des médias et des chefs d’Etat étrangers pour communiquer avec ses « fidèles sujets ». Le mercredi 14 juin, c’est Emmanuel Macron, le président français, qui se prend pour le porte-parole de Mohammed VI. Il nous apprend que Mohammed VI est « préoccupé » par la situation dans le Rif. « Il ne m’appartient pas de juger d’un sujet politique intérieure, mais le roi considère comme légitime qu’il y ait des manifestations, qui sont prévues dans le droit constitutionnel », a-t-il poursuivi. « Il souhaite apaiser la situation en répondant aux prémices de ces mouvements et en apportant une considération à cette région », a ajouté M. Macron.

Si Mohammed VI est vraiment « préoccupé » et qu’il « considère comme légitime qu’il y ait des manifestations, qui sont prévues dans le droit constitutionnel », alors qu’attend-il pour intervenir, alors que ses services mènent une véritable purge dans le Rif ? Attend-il un nouveau bain de sang dans cette région ?Ceci dit, il reste à savoir si le Rif écoutera ce qu’il a à dire, sachant qu’il ne parle même pas la langue de ses « chers sujets » !

Faudrait-il rappeler que les services de répression de cette même monarchie ont interdit aux familles des détenus de s’exprimer en langue berbère dans les parloirs ?.

A. Azergui

RIF : la répression, le choix impérieux de la monarchie

Dimanche 11 juin, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Rabat pour exiger la libération de militants amazighs arrêtés lors d’opérations des forces de répression de la monarchie marocaine dans le Rif où des manifestations pacifiques sont organisées quotidiennement depuis fin octobre 2016.

« Jeunes royalistes » et Robots makhzeniens

Un groupe de contre-manifestants, qui arborait des portraits de Mohammed VI et de Hassan II ainsi que des drapeaux marocains, a tenté de perturber le bon déroulement de la marche de Rabat. Une dizaine d’individus se revendiquant d’un groupe appelé les « Jeunes royalistes » ont traité les manifestants de « traîtres » et entonné des slogans à la gloire de la monarchie marocaine. Ils mettent en garde contre le spectre de « la fitna » [1] (Sédition, troubles). Ce groupe, qui reprend tous les éléments de langage utilisés par la monarchie, ses médias, ses ministres et ses relais de tous genres, avait déjà perturbé des manifestations de colère organisées dans plusieurs villes, dont Casablanca, contre la monarchie marocaine est ses politiques.

Depuis les premières manifestations organisées suite au meurtre de Mohsin Fikri, les Berbères du Rif sont traités de « traîtres », de « fils de l’Espagne », de « trafiquants de drogue », d’ »Apaches » (Barbares). La haine anti-berbère a pris plusieurs formes et a trouvé un écho considérable sur les réseaux sociaux. Des robots de la propagande makhzénienne s’activent sur les réseaux sociaux pour discréditer les manifestants et le mouvement de protestation. La cible principale est son leader Nasser Zefzafi. Ce dernier a bénéficié, selon eux, de financements étrangers, même de la part du Polisario, pour déstabiliser le pays. Sur YouTube, des vidéos menaçant de mort les activistes rifains ont été diffusées.
Sur l’application WhatsApp, des appels à cesser les manifestations circulent avec des messages faisant référence à la situation syrienne. Des mouvements islamistes et des partis comme le PJD (Parti de la justice et du développement) et l’USFP (Union socialiste des forces populaires) ont appelé leurs membres à ne pas manifester, sous peine d’être radiés.

Répression aveugle.

Les autorités marocaines ont mené une vague d’arrestations au cours des quatre dernières semaines visant le noyau dur du mouvement de protestation, justifiée selon elles par la nécessité de « faire respecter la loi ». Selon les derniers chiffres officiels, 107 personnes ont, à ce jour, été déférées devant des tribunaux. Elles sont poursuivies pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, incendie prémédité d’un véhicule, tentative d’homicide volontaire, perception de sommes d’argent pour favoriser une activité et une propagande de nature à porter atteinte à l’unité du Royaume et sa souveraineté, déstabiliser la loyauté des citoyens envers l’Etat marocain et les institutions du peuple marocain, offrir l’abri à une personne recherchée pour crime et incitations contre l’intégrité territoriale du Royaume ». Des leaders de ce mouvement, Naser Zefzafi et Silya Ziyani, entre autres, ont été transférés à Casablanca, alors que les autres sont incarcérés à Biya (Al Houceima) et à Nodor.

Jeudi 15 juin, trente-deux manifestants ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de six à dix-huit mois par le tribunal de première instance de Biya.

Un meurtre barbare.

A l’origine du mouvement de protestation qui secoue le Rif, le meurtre, vendredi 29 octobre 2016, d’un vendeur de poisson, Mohsin Fikri, écrasé par le presse hydraulique d’un camion-ordure alors qu’il tentait de s’opposer à la saisie et à la destruction de sa marchandise par des agents de la ville. L’ordre de broyer la victime a été donné par un officier de la police. Ce meurtre a déclenché des manifestations quotidiennes, d’abord dans la région du Rif, et puis dans plus de trente villes où des manifestations et des rassemblements sporadiques sont organisés.

Les manifestants du Rif revendiquent certes des projets de développement de cette région marginalisée et enclavée, mais surtout la « démilitarisation » de Biya proclamée « zone militaire » en 1958 par Dahir royal [2]. Cette proclamation fait suite à des manifestations de colère organisées à Biya en novembre 1958. Des sections du Parti de l’Istiqlal, pointé du doigt pour sa responsabilité directe dans la liquidation du chef de l’Armée de libération nationale (ALN-Nord), Abbas Messaâdi en juin 1956, avaient été incendiées et des soldats de l’armée marocaine stationnés dans la région délestés de leurs armes et emprisonnés. Vers la fin du mois de janvier 1959, la révolte fut étouffée par une force composée de 30 000 hommes et conduite par Hassan II, alors prince héritier de la monarchie alaouite.

Un mémorandum composé de dix-huit points avait été rédigé à l’intention de Mohammed V réclamant la justice et des réformes sociales et politiques et, surtout, le retour d’Abdelkrim Khattabi de son exil en Egypte. L’intervention barbare de l’armée marocaine a provoqué des milliers de morts. Les militaires s’étaient comportés comme une véritable force d’occupation, procédant à des viols collectifs et à des exécutions. D’après des témoignages de survivants, les militaires de la monarchie marocaine éventraient des femmes enceintes et incendiaient des maisons. Des hommes sont brûlés vifs. Ces crimes toujours impunis ont incontestablement créé un fossé entre le Rif et la monarchie marocaine.


En 1984, les forces de répression marocaines interviennent à nouveau à Nador pour réprimer une manifestation pacifique, poussant des milliers de Berbères du Rif à quitter la région pour se réfugier en Europe.

Le gouvernement s’affole.

En réaction aux manifestations qui rassemblent de plus de plus de citoyens et qui inquiètent la monarchie, les dirigeants des six partis de la majorité, rendent public un communiqué le dimanche 14 avril 2017, à l’initiative du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit. Dans ce communiqué, ces partis condamnent l’instrumentalisation des contestations dans le Rif par des groupes qualifiés de « séparatistes ». Le communiqué fait référence au drapeau de la République des tribus confédérées du Rif brandi par les manifestants. Cette république avait été fondée au début des années 1920 par Abdelkrim Khattabi, alors que ces tribus combattaient la pénétration militaire espagnole. Il faut dire qu’un mouvement revendiquant l’indépendance de cette région a vu le jour en Europe, mais reste minoritaire.

En réaction à ce communiqué, le PJD (Parti de la justice et du développement) affirme que le chef du gouvernement marocain Saad Eddine El Othmani, pourtant président du Conseil national de cette même formation, ne représentait pas le parti islamiste mais qu’il était présent en sa qualité de chef du gouvernement.

Le 18 avril, quatre jours après la publication de ce communiqué, le Conseil de gouvernement rectifie le tir et considère que les revendications des mêmes manifestants sont, cette fois-ci, « légitimes ».
Auparavant, le ministère de l’intérieur a limogé, le 27 mars, Mohamed Zhar, le gouverneur de la province de Biya. La veille de son limogeage, le 26 mars, une marche d’une centaine d’élèves de la commune urbaine d’Imzouren tourne à l’émeute, faisant des blessés et des dégâts matériels.

Des ministres inaudibles.

Le 22 mai, une délégation de « haut niveau », composée de plusieurs ministres et directeurs d’institutions publiques concernées par les chantiers de développement dans « la province de Biya », se rendent dans la ville. Ils promettent, lors d’une conférence, plus de dix milliards de dirhams de projets de développement pour sortir cette région de son isolement. La conférence des ministres a été boudée.

Les ministres n’ont pas saisi que le Rif n’a pas seulement besoin de projets de développement, mais aussi et d’abord de respect et de dignité. Les ministres ont été chassés, par la suite, de la ville par les manifestants. Tous sont issus des partis ayant taxé les Rifains de « séparatistes ».

La religion comme arme politique.

Le 29 mai, le dirigeant du mouvement de protestation, Nasser Zefzafi a été arrêté par la police à Biya pour avoir interrompu le prêche d’un imam dans une mosquée de la ville. L’imam exhortait les habitants à ne pas manifester, qualifiant les manifestants de « séparatistes » et de « traitres ». Après ce prêche, les habitants de plusieurs villes et localités boycottent les mosquées et dénoncent l’utilisation de la religion afin de réprimer les manifestations pacifiques. Un communiqué du ministère marocain des affaires religieuses qui soutient l’imam chassé de la mosquée a exacerbé davantage les tensions dans la région.

Profitant de cet incident, la police a procédé à plusieurs dizaines d’arrestations musclées visant à priver le mouvement de ses leaders. Elle a aussi usé de la force pour disperser des manifestations pacifiques à Biya, Rabat, Imzouren et Nador, provoquant des affrontements avec les protestataires.

Ces arrestations n’ont pas provoqué l’arrêt des manifestations, mais favorisé leur propagation à presque plusieurs grandes villes.

’Apaisement’ !

La situation actuelle qui prévaut à Biya et dans sa région nourrit de fortes interrogations quant à l’apaisement. Le sentiment général d’inquiétude provoqué par les arrestations massives opérées dans le Rif, pourrait provoquer une radicalisation du mouvement de protestation.

La gestion par le gouvernement de cette affaire est flottante depuis le début. L’échec de la visite effectuée par les ministres marocains dans le Rif et les communiqués contradictoires du gouvernement révèlent que celui-ci est complètement dépassé par les événements. Les erreurs du gouvernement ont prouvé sa fragilité et surtout sa faiblesse et l’étroitesse de son champ d’action. Il ne peut rien entreprendre sans l’aval de la monarchie.

Les manifestations de solidarité avec le Rif sont aussi organisées dans plusieurs pays à travers le monde (Bruxelles, Barcelone, Rotterdam, Oslo, Amesterdam, Paris, Lille, Tizi Ouzou, Bgayet, Washington, etc.). Plusieurs pays, dont les Pays Bas et l’Allemagne ont appelé leurs ressortissants à être vigilants et à ne pas se rendre dans le Rif.

Et maintenant ?

Une nouvelle fois, la monarchie a choisi de réprimer un mouvement pacifique par ce qu’elle est sourde. Aux revendications légitimes des habitants, elle oppose mépris et violence. Ses services ont tenté de décrédibiliser le mouvement par tous les moyens possibles. Ils ont mobilisé des « intellectuels », des Berbères de services et même un ex-chef de la Salafia Djihadia qui avait été condamné à trente ans de prison ferme pour son implication dans les attaques kamikazes de Casablanca (16 mai 2003) avant sa libération, dans le but de lier le mouvement de protestation à des groupes terroristes. Ils ont essayé de corrompre et de semer le doute dans les esprits pour isoler le mouvement. Face à son échec, à l’ampleur des manifestations quotidiennes et à la détermination des manifestants, elle a eu recours à ce qu’elle affectionne le mieux : la répression policière et judiciaire pour écraser les meneurs de la contestation. Mais jusqu’à quand ? Cherche-t-elle à provoquer des affrontements pour justifier une large opération de « maintien de l’ordre » ?

Des groupuscules de gauche et surtout des organisations islamistes comme Al-Adl Wal-Ihsan (Justice et bienfaisance) viennent se greffer sur ce mouvement de protestation au risque de le dénaturer et le vider de son sens.

Il est plus qu’urgent d’être vigilant pour déjouer les plans de la monarchie, visant à embraser le Rif à nouveau. Le mépris est certes une politique d’Etat, mais il ne faut pas oublier que la violence et la barbarie font aussi partie de l’ADN des monarques alaouites.

A. Azergui.

Notes

[1Terme religieux, en langue arabe, utilisé dans les milieux musulmans pour évoquer la discorde au sein de la communauté musulmane.

[2Dahir royal n°1.58.381, daté du 24 novembre 1958, paru dans le journal officiel n° 2405 de la monarchie marocaine du 29 novembre 1958. Ce texte de la monarchie alaouite décrète que Biya (Al Houceima) est considérée comme zone militaire.

Yidir Zekkouri : « L’emprunt est un facteur d’appauvrissement de la langue amazighe »

« Lexique du corps humain et du mouvement, Introduction au lexique sportif» est le titre d’un nouveau dictionnaire amazigh publié par Yidir Zekkouri, professeur d’éducation physique et chercheur.

Avec ce lexique en quatre langues (Français-anglais-Amazigh-Arabe), Yidir a relevé un défi crucial, celui de doter la langue amazigh d’un dictionnaire spécialisé dans le domaine sportif en général, du corps humain et du mouvement en particulier.

Ce dictionnaire d’une grande précision, s’adresse aussi à l’ensemble des personnes pratiquant la danse, la musculation, la gymnastique et la psychomotricité. Il vient combler une lacune dont souffre le domaine lexical amazigh.

Nous avons rencontré l’auteur qui a répondu à nos questions :

Pourquoi un lexique du corps humain et du mouvement ?

En effet, exerçant le métier d’enseignant d’éducation physique et sportive (EPS) à des élèves en majorité amazighophones, l’idée de travailler sur un lexique sportif m’a longtemps apparue d’une utilité pédagogique et pratique. Etant amené par conséquence à l’utilisation de la langue amazighe avec mes élèves lors des séances d’enseignement et d’apprentissage en EPS. Ayant le souci pédagogique d’une meilleure transmission, j’ai pu constater que l’usage en classe, de la langue maternelle de mes élèves, donne à mes enseignements une évidente efficacité pour l’acquisition facilitée de nouvelles attitudes favorables à leur apprentissage rapide et constant notamment dans la maitrise des techniques et de gestes nouveaux et complexes.

L’usage de leur langue maternelle, en la valorisant ainsi à leurs yeux, attire très particulièrement l’attention de mes élèves en éveillant de même leur intérêt aux contenus des activités qui leur sont proposées. Cependant, beaucoup de difficultés limitent ma capacité de m’exprimer exclusivement en amazigh faute de synonymes aux termes français que je maitrise, du fait de ma formation entièrement en français.

Dans la perspective de combler ce manque ressenti ; J’ai du entreprendre ce travail qui consiste en une collecte de termes amazighes pour donner à chaque terme ou verbe utilisé en éducation physique et sportive en particulier et en sport en général son équivalent amazighe.

Conscient de l’absence presque totale de travaux de recherche dans ce domaine, je ne pouvais donc ignorer que l’élaboration d’un lexique sportif en langue amazighe nécessite encore des années et beaucoup plus d’efforts s’il avait fallu rendre compte de tout le lexique sportif en cette langue. Pour cela j’ai envisagé ce projet en trois phases :

– lexique du corps humain et du mouvement

– lexique sportif général

– lexique spécialisé pour chaque activité physique et sportive

Le premier choix ; lexique du corps humain et du mouvement constitue une introduction nécessaire et incontournable pour un lexique sportif amazigh. Il est indispensable à toutes techniques corporelles car l’appareil locomoteur est la base de tout enseignement lié à l’activité physique. Ajoutant à cela le rôle primordial et la place de plus en plus importante du corps humain dans notre société moderne ; le besoin grandissant de la pratique des différentes activités physiques et sportives. La place qu’occupe le sport devenu phénomène social par excellence et le soin grandissant que les individus portent à l’organisme en terme de santé, d’esthétique , d’entretien ou de prévention de maladie et ou d’accidents donnent son intérêt à un lexique en amazigh dans la mesure ou il permettrait de développer la langue en elle-même en améliorant chez les locuteurs la connaissance de son propre corps et l’apprentissage de techniques et d’attitudes éducatives en EPS dans leur langue maternelle.

En outre, les verbes d’actions, utilisés dans le domaine sportif donnent à ce lexique un complément nécessaire à sa cohérence.

Quelles sont les difficultés rencontrées lors de la réalisation de ce travail ?

Malgré l’absence constatée de dictionnaires et de lexiques spécialisés en langue amazighe, on note l’existence de certains travaux «généralistes» rassemblant un nombre important de termes originaux spécifiques au domaine de l’anatomie humaine et du sport. Le manque des moyens m’a empêché de consulter certains.

Sur le terrain, j’ai été confronté à plusieurs problèmes. Je n’ai pas pu se déplacer dans d’autres zones auprès des personnes plus âgées surtout les bergers, les bouchers, et les guérisseurs (Ijebbaren). Ces catégories sont liées au domaine de l’anatomie à cause de la nature de leurs activités.

Concernant le choix des termes, comment vous avez procédé ? 

Il est difficile, pour cela j’ai essayé de donner les différentes traductions pour chaque terme et chaque expression de ce lexique une fois qu’il y en a plusieurs qui présentent un intérêt selon les parlées et les dictionnaires que j’ai pu consulter, ces derniers relèvent dans la majorité du domaine dialectale, et cela afin de laisser une liberté de choix aux lecteurs, spécialistes et chercheurs de trancher pour certains empruntés surtout de l’arabe ! Je les conservés à cause de leurs intégration et leur usage très large. A ce point, je crois qu’il est temps de se débarrasser de ces empruntes ! Surtout lorsqu’on dispose du terme propre dans la langue amazighe. Car dans ce cas l’emprunt n’est plus un facteur d’enrichissement de la langue, mais au contraire, il sera un facteur d’appauvrissement, puisque ces emprunts sont censés remplacer des termes déjà disponibles ou à créer dans la langue, notamment lorsque il s’agit des documents et livres destinés à l’enseignement et l’apprentissage à titre exemple les dictionnaires ou les mots détiennent leurs existence « légale » aux yeux des locuteurs.

Dans le but de faciliter la prononciation j’ai tenté de créer certains termes que j’ai signalé, on se basant sur les procédures de création des néologismes attestés en linguistique amazighe notamment la composition.

J’espère que ce travail suscitera des critiques et des propositions afin qu’il soit amélioré et complété.

Entretien réalisé par : A. Azergui

La colère des Rifains donne des sueurs froides à la monarchie

Il semble qu’un vent de panique s’est emparé de la monarchie et de ses services. Pour réduire au silence les manifestations organisées quotidiennement dans les villes du Rif, elle a mis ses pions en ordre de bataille, actionné sa machine de propagande et usé de plusieurs artifices. Mais, sa communication infantilisante semble produire l’effet inverse. Elle est inaudible. Les manifestations contre l’arbitraire et le mépris se propagent dans tout le pays et se radicalisent. La peur semble changer de camp.

Les récentes manifestations pacifiques déclenchées dans plusieurs villes à Tamazgha occidentale suite au meurtre barbare de Mohsin Fikri, survenu le vendredi 29 octobre dernier à Biya (Houceima) inquiètent sérieusement la monarchie marocaine. Elles lui donnent des sueurs froides. Faute de pouvoir répondre aux revendications des manifestants, le Palais utilise ses pions, ses robots sur Twitter et ses relais pour crier au « complot », manipuler et désinformer. Pour la monarchie, le fait de manifester pour exiger la vérité sur le meurtre de Mohcin Fikri est « sédition » et « rébellion ».

Premier signe de panique. Juste après le drame et les premiers rassemblements de colère, trois ministres marocains se sont rendus à Biya pour rencontrer la famille du défunt, dans le but d’apaiser les tensions et promettre « l’ouverture d’une enquête ». Le gouvernement a oublié que le drame dépasse largement la famille du défunt. Il est le résultat de l’arbitraire de la monarchie et de ses relais. Le drame a choqué au-delà du Rif, ce qui explique la persistance des manifestations. Juste après, le chef du gouvernement marocain, l’islamiste Abdelilah Benkirane, a appelé les membres de son parti à rester en retrait et les « Marocains » à ne pas manifester, assurant que « les manifestations ne servent à rien. L’article 29 de la constitution marocaine autorise pourtant les manifestations publiques. Si le troupeau fidèle à Benkirane a choisi de ne pas manifester par lâcheté, les Imazighen continuent de le faire.

Le 1er novembre, la députée Khadija Ziyani de l’Union constitutionnelle, réagissant à une photographie montrant des manifestants arborer un drapeau espagnol à Biya, a traité sur Facebook les manifestants rifains de « racailles ». « Hassan II avait raison quand il avait taxé de ‘racailles’ les manifestants du nord (en 1984) », a-t-elle écrit. Sauf que la photographie a été retouchée grossièrement par Photoshop et le drapeau amazigh remplacé par un drapeau espagnol. Les propos de cette députée, ont suscité l’indignation générale. Elle sera exclue de son parti quelques jours après. De son côté, évoquant l’assassinat de Mohcine Fikri, le ministre marocain de l’intérieur s’est engagé à « punir les responsables de ce drame », estimant que « personne n’avait le droit de le punir ainsi » et qu’on « ne peut pas accepter que des responsables agissent dans la précipitation, sous la colère, ou dans des conditions qui ne respectent pas le droit des gens ». Le ministre a affirmé que les conclusions de l’enquête devraient être publiées assez vite, « c’est une question de jours », ajoutant que « L’État ne peut pas être considéré comme directement responsable de ce décès, mais l’État a la responsabilité d’établir les fautes et de sanctionner leurs auteurs ».


Sauf que l’Etat marocain, celui dont parle le ministre, est complice de tous les crimes commis contre les Rifains depuis 1956. Comment alors croire les promesses d’un tel Etat lorsque toutes les enquêtes promises depuis plusieurs années sur différents scandales et meurtres impliquant les autorités n’ont jamais abouti. Même les prêcheurs saoudiens haineux se sont mêlés de cette affaire. Abdul Rahman Ibn Abdul Aziz as-Sudais, l’imam en chef de la grande mosquée de la Mecque, a appelé les Marocains à ne pas manifester dans la rue et à ne pas céder à la « sédition » provoquée, selon lui, par les ennemis. Cette intervention est la preuve que la panique est générale. Les manifestations inquiètent même les wahhabites saoudiens. Autre signe de panique, l’activation par la monarchie d’une centaine de comptes automatiques sur Twitter pour relayer la propagande royale et les thèses officielles dans le but de faire face à la colère exprimée sur les réseaux sociaux. Ces « bots » qui ont fait leur apparition sur Twitter après le scandale de Daniel Gate (affaire d’un pédophile espagnol gracié par Mohamed VI) répètent des messages précis. Deux thèmes reviennent dans ces tweets, l’ouverture d’une enquête et la mise en garde contre la « sédition ».

Cette offensive n’a pas seulement touché Twitter, mais également l’application WhatsApp. Des centaines de personnes ont reçu des messages anonymes les appelant à ne pas participer aux manifestations, mettant en comparaison la stabilité du Maroc avec les chaos syrien et libyen. Cette idée a également trouvé son écho dans certains journaux makhzéniens largement subventionnés par la monarchie. Ces journaux accusent certaines parties, dont le Polisario et l’Algérie, d’être à l’origine de la mobilisation dans l’objectif de « déstabiliser le pays ».

Tous ces agissements hasardeux prouvent que la monarchie est sérieusement inquiétée par les manifestations pacifiques qui touchent plusieurs villes. Sa communication ne passe plus. Elle est inaudible et dépassée. Le mouvement amazigh, celui qui a choisi de manifester, de contester et de crier sa colère, a choisi d’investir la rue pour revendiquer ses droits.

Si la monarchie continue à paniquer elle n’hésitera pas à provoquer un nouveau bain du sang dans le Rif et ailleurs. La répression est son ADN. La vigilance doit être de mise.
Pour le moment, la monarchie fait la sourde oreille aux revendications des manifestants. Un fossé sépare les aspirations des Rifains et ceux de la monarchie depuis 1956 et risque de s’élargir davantage en cas de répression. Le monarque marocain qui s’est adressé « à son cher peuple » lundi 8 novembre depuis Dakar (à l’occasion du quarantième anniversaire de la Marche verte) a choisi le silence. Il n’a fait aucune allusion aux manifestations de colère qui prennent de l’ampleur.

A. Azergui