LIBYE : une milice salafiste pro-Haftar menace les Berbères d’extermination.

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Le jeudi 4 avril, l’Armée nationale libyenne (ANL), appelée également « Armée arabe libyenne », du maréchal Haftar, qui contrôle l’est du pays, a annoncé le lancement d’une opération pour « libérer Tripoli » contrôlée par le Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale. Dans un message vidéo, Khalifa Haftar a appelé les habitants de Tripoli à « déposer les armes et à lever le drapeau blanc ». Le Premier ministre Fayez el-Sarraj (gouvernement de Tripoli) a donné l’ordre de mettre les troupes en état opérationnel pour protéger les civils.

Les madkhalistes menacent les Berbères

Dimanche 31 mars, le cheikh Madkhaliste Ahmed Boudouira, alias « Abu Aissa Al-Marjaoui », a menacé les Berbères Libyens d’extermination. Il a expliqué que « la libération » de la zone Ouest qui échappe au contrôle du gouvernement de Haftar doit commencer par la soumission des Berbères ibadites qu’il considère comme des « mécréants ». Pour lui, il est légitime de les exterminer.
Les « madkhalistes », du nom du cheikh saoudien Rabee al-Madkhali, est un courant salafiste qui prône « l’obéissance absolue au gouverneur », quel qu’il soit. La milice, pro-Haftar, est hostile à tous les mouvements de l’islam politique, comme les Frères musulmans, et à ceux du djihadisme, type Etat Islamique et Al-Qaïda, même s’ils sont proches de ces organisations terroristes sur le plan idéologique. Pour cette milice la démocratie est perçue comme la substitution de la souveraineté de Dieu par la souveraineté du peuple.
Les positionnements de la milice ont fait d’elle une alliée du maréchal Haftar, soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et, plus discrètement, l’Arabie saoudite. En 2016, Rabee al-Madkhali avait émis un avis religieux (fatwa) encourageant ses partisans à rejoindre les rangs de Khalifa Haftar.
Au cours des dernières années, la milice sévit en Libye. Amnesty international révèle que ces milices ont brûlé des livres et enlevé des étudiants membres d’une association universitaire qui avaient organisé une action pour le Jour de la terre sur leur campus à Benghazi. En novembre 2017, ils ont fermé un festival de bande-dessinée à Tripoli et accusé les organisateurs d’exploiter « la faiblesse de la foi et la fascination pour les cultures étrangères ».

Ces menaces ont poussé les Berbères Libyens à rejoindre le front pour défendre Tripoli.

Le Haut conseil des Amazighs de Libye (HCAL) rejette la violence

Dans un communiqué daté du dimanche 7 avril 2019, le HCAL a réagi à la guerre que mène Haftar contre Tripoli. Il affirme son rejet de toute tentative de coup d’Etat militaire contre l’Etat civil en Libye, expliquant que cette guerre menace la sécurité et la stabilité de la Libye.
Le conseil dénonce l’impuissance et le silence de la Mission d’assistance des Nations Unies en Libye (MANUL). Il appelle les Libyens à renoncer à la violence.

A. Azergui

Dania Ben Sassi, l’hirondelle du printemps amazigh libyen

Inconnue, il y a seulement quelques mois, la chanteuse amazighe libyenne Dania Ben Sassi est devenue l’icône du printemps amazigh libyen.

Dania Ben Sassi

Il faut dire que la chute du régime tristement célèbre de Kadhafi et le vent de liberté qui a soufflé sur le pays a permis une renaissance extraordinaire de la culture amazighe, totalement interdite sous Kadhafi. Le fou de Tripoli qui considérait cette langue comme «un poison», avait pendu publiquement et tué des dizaines de militants de la cause berbère. Plusieurs milliers d’autres ont été poussés à l’exil.

Quelques mois avant le déclenchement de la guerre qui allait ébranler ses fondements, le régime mafieux de Kadhafi a arrêté et condamné le chanteur amazigh engagé Abdullah Ashini à cinq ans d’emprisonnement. Le seul crime de cet artiste est d’avoir participé au festival de la chanson amazighe de Las Palmas aux Iles Canaries … il y a deux ans.

Avant sa condamnation, l’artiste a été privé de son passeport et empêché de participer au festival amazigh méditerranéen à Tanger au nord du Maroc.

Il a été aussi interdit d’enregistrer ses albums en Libye, au motif qu’il chante dans une autre langue que l’arabe.

Face à la répression du régime, les auteurs et les chanteurs amazighs libyens ont investi la toile pour faire connaître leur combat. C’est ainsi que des amazighes des différents pays de l’Afrique du nord et de la diaspora ont découvert entre autres les belles chansons d’Ashini et la voix révoltée de Dania. Mais que sait-on au juste à propos de Dania Ben Sassi ? Peu de choses. On sait qu’elle est étudiante en économie et qu’elle est originaire des Ait Willul (région de Zouara).

On sait également que l’artiste est née à Belgrade en Serbie d’un père amazigh libyen et d’une mère serbe. La chanson qui l’a fait connaître est intitulée « Itri nnegh » (notre étoile). Ecrite par son père, elle est un hommage aux révolutionnaires amazighs de Libye et un appel à la résistance face à la tyrannie.

Axel  Azergui