Fatoum, une voix singulière

Chanteuse belgo-rifaine, Fatoum est une voix singulière. Ses chants doux et révoltés célèbrent le Rif, la femme, la Terre des ancêtres et la joie de vivre. Ses mélodies, teintées de la nostalgie d’un Rif qu’elle a quitté à l’âge de cinq ans, sont mélangées aux tempos originaux de l’Afrique sub-saharienne et aux harmonies européennes.

Née à Tafesrit, un village des montagnes du Rif, Fatoum passe ses cinq premières années dans son village où elle a été imprégnée d’un profond attachement aux rythmes de la terre et aux chants des femmes. Au début des années 80, sa famille emprunte les chemins de l’exil. Elle émigre avec sa famille en Belgique et s’installe à Bruxelles.

Influencée lors de son adolescence par Idir et Khalid Izri, Fatoum investit le chant et les mélodies féminines transmises par tradition orale depuis des millénaires dans le Rif. Elle les adapte aux rythmes nouveaux, créant une musique hybride, à la fois traditionnelle et ouverte sur la modernité.

Dans ses textes, les histoires de déracinement et d’identité s’entrechoquent et se mélangent, donnant vie à de beaux textes chantés d’une voix douce, caractérisée par un timbre chaud et très particulier. Fatoum, en quête permanente de nouveaux chants et de nouvelles mélodies, ne cesse de rassembler les fragments éparpillés de la mémoire du Rif pour composer ses chants qui mettent en valeur la femme et la culture amazighe.
« Je chante pour donner vie à la poésie féminine du Rif qu’on ne retrouve plus, par amour à la langue amazighe, pour la rendre vivante et la partager », me dit Fatoum lors d’une rencontre à Bruxelles. Les questions de l’identité, de la féminité et de la terre sont au centre de ses deux albums « Urar-inu » et « Tarrawin » (sources) sortis respectivement en 2009 et en 2012.

Fatoum, « fille de la terre », est nostalgique. Le Rif « ce paradis desséché, foyer d’une communauté éparpillée par la migration » semble l’habiter et faire corps avec elle. Les chants de son enfance, des femmes, de « Lalla Buya » résonnent toujours dans sa tête. L’artiste s’inspire des paysages montagneux, des rythmes de la terre, de la douleur de l’exil pour composer de beaux chants.
Fatoum semble porter tout le Rif sur ses frêles épaules. Elle est l’incarnation de cette terre dans toute sa fragilité et toute sa force aussi. Le Rif l’habite. Elle le chante avec nostalgie. Elle le fête. Ses chants sont des messages d’amour à cette terre déchirée et affaiblie qui a tant souffert d’injustices, de colonisation et de répression politique.
Chanter, « c’est d’abord transmettre des émotions », précise Fatoum. Mais certains sont dérangés par cette volonté de transmission, pas uniquement des émotions, mais surtout de la mémoire.

Fatoum, également compositeur et interprète, assume pleinement son travail d’artiste professionnelle et son choix de chanter, malgré les obstacles dressés sur son chemin. Etre femme et chanteuse est lourd à supporter dans le Rif où on compte très peu de chanteuses.
En femme libre, Fatoum refuse de céder, de plier et de baisser les bras. Son « côté libre », son refus d’instrumentalisation et son engagement dérangent. Elle est très peu invitée aux festivals dont regorgent le Rif et Tamazgha occidentale. « On ne peut pas me caser », me dit-elle.
Fatoum est rebelle comme le Rif. A l’image de sa Terre, elle désire rester libre et le chanter aussi. A tue-tête.

Azergui

Artistes-mouchoirs !

Pourquoi certains « artistes » amazighs ou qui se présentent comme tels, adorent se faire piétiner et insulter ? C’est ce qu’ils viennent de faire en acceptant de prendre part aux activités d’une morbide institution française appelée « Institut du Monde Arabe » (IMA), croyant que cet établissement leur fait honneur en les invitant. Pourquoi aiment-ils tant se faire dépouiller de leur identité, de leur langue, eux qui prétendent la défendre ? En acceptant de chanter dans cet établissement, ces « artistes » serviles contribuent activement à l’anéantissent de tous les efforts déployés par les associations amazighes en France pour changer la vision que portent les institutions officielles françaises vis-à-vis des Imazighen toujours catalogués comme « arabes » et « musulmans ». Si ces « artistes » se plaisent dans cette définition, alors qu’ils l’expriment.haine_de_soi_02
Les Amazighs ne font pas partie de ce rêve négationniste appelé « Monde arabe ». Il ne faut pas oublier que cet établissement qu’il convient de nommer « l’Institut d’Arabie » a été conçu et imaginé par la France, cet Etat qui a violé notre souveraineté en tant que peuple et soutenu et soutient toujours les pires dictatures anti-amazighes. La France a toujours rêvé d’être une puissance arabe et musulmane, et sa politique a toujours été favorable à l’arabisme et à l’islamisme. L’IMA n’est que l’un des instruments qui mettent en œuvre cette politique.

Cet Institut d’Arabie n’a que du mépris pour notre culture. Il ne fait que perpétuer la tradition de la France coloniale et des régimes anti-amazighs auxquels la France avait cédé le pouvoir en terre amazighe. Leur vision de l’Homme amazigh est la même. Pour eux, il n’est bon que pour se donner en spectacle, comme si les Imazighen ne savent rien faire d’autre que chanter et danser. Chaque fois que l’Institut d’Arabie parle des Imazighen, c’est pour folkloriser leur culture. Rien de plus.

De ce fait, les « artistes-mouchoirs » qui acceptent de se prostituer et de souiller notre culture en contrepartie de quelques centaines d’euros ne méritent aucune considération.

Début des années 2 000, un « artiste » de Tamazgha occidentale (Maroc) est venu clamer sa « poésie » dans ce même institut parisien. En contrepartie, il a reçu trois billets de 50 euros. Une insulte qui dit long sur le mépris qu’affiche cet établissement face à tout ce qui est amazigh.

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Etre artiste, surtout amazigh, est un engagement. S’engager implique de ne pas se laisser corrompre par la monarchie ou par ses relais sur les plans local et international.

A. Azergui

Lire aussi : La haine de soi amazighe

Les images illustrant cet article ont été tirées de ce site.

HOMMAGE : Matoub Lounès … ce tatouage indélébile

C’est en 1990, alors collégien, que j’ai découvert pour la première fois Matoub Lounès. « Ironie du sort ». Cet album, né dans la douleur de son auteur, et que je garde toujours jalousement, m’a ouvert les yeux sur le combat du peuple berbère pour la liberté. Grâce à lui, j’ai aussi découvert la Kabylie ainsi que l’engagement d’un homme pour la survie de la culture amazighe tenue sous respiration artificielle par toutes les dictatures qui gouvernement l’Afrique du Nord. « Isem-iw imenɣi ».

J’avais 15 ans. Je me forçais à comprendre les paroles des chansons. Moha, qui m’avait apporté la cassette m’avait raconté que Matoub Lounès est une légende dans son pays. Un rebelle qui éternise la résistance des Hommes libres pour la liberté et la dignité. « Ad neṛṛez Ul’anneknu ».

Avec le temps, Matoub est devenu pour nous une sorte de prophète. Un messie qui prêche dans notre langue. Lounès est une voix qui répand la parole interdite sur la terre de son peuple. Persécuté, il a enduré toutes les souffrances des prophètes. Toute une génération s’identifie à ses textes ciselés dans la belle langue mal aimée des ancêtres. On buvait sa parole interdite d’antenne et on rêvait de révolution. « Tagrawla, nebɣa ad tenɣẓer ».

Ce cri, cette langue, ce refus sont aussi les nôtres, mais étouffés par tant d’années de colonisation et de mépris. Matoub est un résistant, un esprit libre comme l’était Yugerten, Dihya, Hend U Merri et Zayd U Hmad, héros de ma région.

Les multiples blessures de Matoub, les balles qu’il avait reçues sur la route de Michelet, ses différentes opérations chirurgicales, les paroles de ses chansons qu’on essayait de déchiffrer ponctuaient nos discussions de jeunes militants berbères. « Xelṣegh adrar s idammen-iw ».

A l’époque à Tamazgha Occidentale, Matoub Lounès était moins connu qu’Idir et Aït Menguellet. On pouvait écouter leurs chansons dans quelques cafés de Tizi n Imnayen (Goulmima), Tinejdad, Tinghir ou de Boumalen n Dadès, dont les propriétaires sont sensibles aux revendications du mouvement berbère. Cela relevait du courage. Un acte de militantisme et d’engagement. Suite à l’étouffement dont souffraient les artistes locaux, les chanteurs de la Kabylie lointaine et rebelle comblaient parfaitement ce vide. Cette situation dérangea le pouvoir de Rabat. « Je suis de la race des guerriers ».

Plusieurs habitants du Grand Tafilalt, notamment les lycéens et les collégiens, découvriront le combat des Imazighen pour la liberté grâce aux chanteurs kabyles engagés. Conscientes de ce « danger », les autorités finissent par intimer aux propriétaires des cafés de ne plus diffuser des chansons kabyles dans leurs établissements sous peine de représailles. Cette décision débile a été prise suite à l’arrestation arbitraire en mai 1994 de sept membres de l’Association Tilelli de Tizi n Imnayen. Absurde. Qui peut arrêter une chanson ? « Add yeqqim later-iw ».

Les textes de Matoub, affûtés comme des couteaux, ciselés dans l’Histoire plusieurs fois millénaire de notre peuple, son courage légendaire, son enlèvement par les chasseurs des lumières (inegmaren n tafat), son engagement en faveur de toutes les causes justes finit par le consacrer comme une légende vivante, un symbole de lutte pour des milliers de jeunes militants. « Je suis le patriote de toutes les patries opprimées ».

Au sein du Mouvement amazigh estudiantin de Meknès, avant et après son assassinat, le portrait de Matoub Lounès, ses CD, ses photos et son autobiographie « Rebelle » étaient toujours présents. Ils le sont toujours. Un stand lui a été même consacré chaque année lors des activités du mouvement dans différentes universités. On a finit par l’appeler affectueusement « Taxamt n Matub ». Ses photos, les paroles de ses chansons ornent les mûrs des chambres des étudiants dans différentes cités universitaires. Matoub est partout. Son esprit libre habite les cœurs de tous les amoureux de la liberté, de la justice sociale et de la démocratie. « Arṣeḍ ad yeffi ».

Son assassinat par les ennemis de la liberté a affecté sérieusement tous les amoureux de la culture amazighe et de la démocratie de par le monde. Des jeunes de ma région avaient décidé de se rendre en Kabylie pour assister à l’enterrement du rebelle. Le consulat d’Algérie à Rabat leur a refusé des visas.

Tableau de Muhand Saïdi Amezyan

Feu Muhand Saïdi, artiste et militant infatigable de la cause amazighe, avait rendu hommage à Matoub Lounès en écrivant son nom avec son propre sang mélangé avec de la peinture. Le tableau porte le nom « Idammen n Matub ». Son sang trahi est aussi le nôtre. Unis pour toujours dans cet éternel combat pour la liberté et l’amazighité« Ku lḥaja tesεa Bab-is ».

Par : A. Azergui

Thidrin…..Raconte-moi le Rif !

« Thidrin » (épi de blé ou de maïs en langue amazighe) est parmi les groupes engagés de musique amazighe que j’apprécie beaucoup. Je souhaite partager avec vous cet article que j’ai consacré à ce groupe en août 2005 et publié sur le site de Tamazgha. Je rappelle que ce groupe a sorti, il y a quelques années son deuxième CD « Biya.

« Thidrin » est l’icône d’un Rif opprimé dans le sang et qui refuse de plier au joug et à l’arbitraire. Trente ans après une existence presque « clandestine », ce groupe de musique berbère renoue avec la scène et accouche, dans la douleur de l’exil, de son premier opus : « Muh’and Ameqran ».

Rifuznik

« Thidrin » est une légende. Un tatouage indélébile. Le Rif conté dans la douleur, dans les larmes. Il est l’histoire fantastique d’un groupe de jeunes militants de la première heure déterminés à défendre une grande cause : l’amazighité. Le moyen : des guitares, des rythmes anciens rénovés, des voix chaudes et des poèmes audacieux, crus et provocateurs.

Animé par le désir de s’affirmer, le groupe « Thidrin » se lance à la recherche de soi-même, du passé spolié et de l’identité tatouée par des siècles de mépris. Durant trois décennies, plus de 20 cassettes de ce groupe légendaire ont circulé sous le manteau. Les membres de « Thidrin« , sages révoltés dans un Rif rebelle, ont toujours vécu avec le spectre de la prison qui planait sur eux. La chanson était pour ces épris de liberté et de justice, le seul moyen d’expression sur la situation du Rif à une époque marquée par la répression. Avec les incontournables Twattun (« les oubliés »), Walid Mimoun et tant d’autres groupes et chanteurs, « Thidrin » dénonce, revendique et lutte pour la dignité bafouée. Déterminés, ils chantent la résistance, la terre, l’oppression subie par le Rif et la liberté d’un peuple otage sur sa propre terre. « Qui peut vous oublier, vous qui êtes morts par les balles du makhzen ? », « jusqu’où ? », « Tamazight« , « Tilelli », « Abrid inu », « A degm fsigh d ametta » …, sont autant de poèmes chantés résumant l’histoire de ce groupe révolutionnaire étroitement liée à celle de la terre qui les a vu naître : Le Rif.

Hassan, le père spirituel

H. Thirdin est une légende vivante, ici dans un concert à Tanger en 2005

Le fondateur du groupe, Hassan Thidrin à 50 ans. Svelte, vêtu de noir, la figure charismatique de la chanson amazighe engagée dégage une énergie sans égale. Affaibli par la maladie, ce sage Rifuznik, fin connaisseur du Rif et des maux qui le rangent, raconte l’histoire du groupe, entouré de Mhend Abttoy et Jamal Paco, deux jeunes membres de « Thidrin » exilés en Hollande. Voix basse et amère, il me chuchote : « Interdits de studio, nous chantons l’identité berbère, l’émancipation de la femme, le désespoir d’une jeunesse étouffée et privée de son identité et la douleur de l’exil et de l’éloignement ». « Nos cassettes circulaient de main en main et atteignaient les villages les plus reculés du Rif« . « Netγennij, ad’ar di barr’a, ad’ar di rh’abs (on chantait, un pied sur scène, un autre en prison) », me dis ce grand amoureux de la culture amazighe. Des thèmes qui, selon Paco, étaient vus comme « subversifs » à l’époque. « Il était difficile durant les années 70 et 80 de se dire Amazigh, de chanter dans cette belle langue interdite et d’enregistrer dans des studios des chansons en tamazight avec une pareille thématique ». Thidrin l’a assumé. Il l’assume toujours.

Izuran (racines)

Conscients de leur identité et déterminés à lutter pour le recouvrement des droits du peuple berbère, les membres du groupe ont parcouru les montagnes du Rif pour collecter des poèmes anciens et des proverbes. Leur œuvre est le fruit d’un travail de longue haleine, de recherche lexicale et musicale inspirée d’anciens rythmes amazighs mais résolument inscrite dans la modernité. Selon Hassan, « Thidrin » incarne l’espoir et la continuité d’une identité qui émerge après un mépris qui a duré depuis plus de 2.000 ans. Le groupe est à l’image d’un épi de blé qui servira de semences. Thidrin s’est distingué durant des décennies par son style original et spécifique qui marie les anciens rythmes amazighs et la World Music.

L’exil

Après la révolte du Rif de 1984 et la répression qui s’est abattue sur la région, le groupe, menacé, se déracine et s’exile en Hollande. Hassan, quant à lui, choisit de rester dans le Rif. Déchiré par l’exil et par une immigration très difficile à vivre, le groupe entame l’enregistrement de son premier CD « Muh’and Ameqran » ; un hommage à Abdelkrim, un héros du Rif. Un véritable hymne à la liberté. Le travail durera deux longues années dans des conditions difficiles. « D’énormes sacrifices ont été consentis par tous les membres du groupe. On travaillait sans cesse, délaissant nos familles », me confie Mhend Abttoy, également poète et artiste-peintre. Ironie du sort : l’enregistrement terminé, sortis du studio à 2h00 du matin, un grand camion percute la voiture qui transportait tous les membres du groupe et a failli tous les tuer, raconte Mhend ému.

Bon Vent mes amis.

A. Azergui

Tinariwen remporte le prix des Grammy Awards !

Le groupe révolutionnaire Touareg « Tinariwen » auquel nous avons consacré plusieurs articles sur ce même blog a remporté dimanche le prix du meilleur nouvel album musical au monde pour « Tassili », dans la catégorie « Musique Monde »
lors des 54e Grammys.

Une chanson tirée de l’album « Tassili »

Deux autres chansons de Tinariwen:

Chapeau Bas !

Tagrawla : le cri de la révolte

La colonisation est totale. La libération devra également être totale », tranche Ouaqqa. Pour se libérer du joug arabo-islamiste, une solution s’impose : la révolution (Tagrawla). C’est pourquoi justement il a enfourché sa guitare pour rendre hommage aux détenus politiques de la cause amazighe et appeler à la révolte et au refus de toute soumission. Le résultat : un opus d’une grande qualité intitulé : « Inekraf » (les détenus). Le CD sorti récemment au sud-est du Maroc est révolutionnaire.

Tagrawla lors d’un concert à Imilchil

Le groupe Tagrawla est créé par Ouaqqa, originaire de Msemrir, un village de montagne situé dans la région de Boumalen n Dadès. Âgé de 26 ans, il est étudiant à Agadir et milite depuis plusieurs années pour la défense de l’identité amazighe. En mars 2007, il a été sauvagement agressé à Agadir par des étudiants arabistes qui soutenaient la police dans la traque et la répression des militants amazighs. Grièvement blessé, il avait perdu trois dents. « Nous avons passé des moments très durs. J’ai été pris, avec plusieurs dizaines de militants, entre l’enclume de la violence des étudiants arabistes et le marteau de la répression policière. Nous étions recherchés et obligés de vivre clandestinement. »

Cette année là avait marquée toutes les mémoires. Dans les universités d’Agadir, Marrakech, Meknès, Taza et Imtghren, une véritable chasse aux militants amazighs a été orchestrée par la police. Plusieurs centaines de militants avaient été arrêtés. Plus de dix d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de 5 à 10 ans. D’autres avaient subi des tortures et des insultes racistes et dégradantes dans les commissariats de la police.

Cette répression policière a marqué Ouaqqa qui a décidé d’œuvrer pour éveiller les consciences et inciter les Amazighs à revendiquer leurs droits politiques. Il participe depuis 2007 à plusieurs concerts à travers toute la région du Sud-est et dans les universités.

Lors d’un concert à Dadès

Dans Imeṭṭawen (larmes), la première chanson de ce CD, Tagrwala décrit la situation actuelle des Imazighen :

                                                             « Awa wiyha, awa wiyha

                                                                  Hat nẓuẓḍ add naki

Awed allaγ ikka-t waṭṭan

                                                              Ula adif ammas n iγsan. »  

                                                                Malheur à nous

Nous refusons de se soulever Nos cerveaux sont affectés La moelle de nos os, aussi.
Tagrawla montre du doigt l’école marocaine, cette machine idéologique qui fabrique des islamistes et des kamikazes potentiels.

« Kkiγ likul ar i-sseγran
Af ad-asen geγ ayedda ran
Lesɣ timelsa n Pakistan
Geɣ aɛrab aǧeɣ aleḥyan,
Tiwetmin lsan-t igwiḍan,
Icirran ttun mayd gan. »
 

A l’école, ils m’apprenaient des mensonges

Pour faire de moi ce qu’ils voulaient

J’ai mis des habits d’islamistes pakistanais

Je suis devenu arabe et laissé pousser une barbe

Les femmes se cachent sous des tentes

Les enfants ont oublié leur identité.

Et puis un appel à la révolte et au soulèvement. Un « cri » qu’on entendra dans presque toutes les six chansons de l’album.

« Tanekra Tanekra
Nra tilelli. »

Réveillez-vous, réveillez-vous

Nous voulons la liberté.

Dans la chanson (Ay ameẓẓan, ay axatar), il plonge le couteau dans la plaie toujours ouverte de la domination arabe :

« Ku yan tella γurs tlelli
Afella n tmurt n Tmzaγa
Ar ass lliγ g d-ikjem Σuqba
Asin-d ssif gen-d akabar
Ar kkaten ad i-xwun adγar
Ayenna aγ-gan ur t-ttuγ aha »

On vivait libres

Sur la terre de Tamazgha

Jusqu’au jour ou Oqba a soulevé son armée

Pour nous conquérir

Et nous voler nos terres

Je n’oublierai jamais les crimes commis par les Arabes.

Et puis propose une solution :

« Nekra-t, udu neswiyha
Ad nali aγulid amm dadda.
« 

Cessons de nous apitoyer sur notre sort

Prenons les armes, suivons l’exemple de nos grands-parents.

Dans la chanson « Inekraf », il rend hommage à Hamid Ouadouch et Mustapha Ousaya qui croupissent dans la prison de Meknès depuis 2007 suite à un procès injuste.

« Kkan afus g ibniqen γef uzref n Imaziγen »Ils souffrent dans les prisons pour que le peuple amazigh retrouve ses droits.

Dans une autre chanson (nγan-aγ waɛraben), il s’attaque aux berbères de service :

« Awi nγan-aγ waɛraben, tɛawn-asen marikan
Tekka-sen Fransa tasga d ibrebriyen aγ-izzenzan.
« 

Aidés par l’Amérique, les Arabes nous dominent

Ils sont aussi soutenus par la France et les Berbères de service.

Et décrit la situation déplorable des Imazighen dans tout le monde amazigh :

« Atwargi ar t-neqqan g tnezruft d umaγa
Aqbayli urta lulin, inγa-ten Butefliqa
Ameɛḍur Lqeddafi iḥemmeẓ aytma g Nefusa
Nekwni neqqim g Merruk kud nessaγ ar nezzenza. »

Les Touaregs sont massacrés dans le désert
Le Kabyle peine à s’affirmer sous le joug de Bouteflika
En Libye, Khadafi, le fou, a tué mes frères de Nefusa
Alors qu’au Maroc, les Berbères de service nous ont vendus.

Mais la résistance s’organise. L’espoir surgit :

« Amaziγ irura afus inna-as nella nella
Waxxa awen ikka tasga wakal ula igenna. »

Le peuple amazigh résiste et compte exister

Nul ne pourra le soumettre.

Même registre dans la dernière chanson de l’album « Izgaren » :

« Reẓ-at aγ imawen
Kref-at-aγ ifassen
Nesγuy ad nini
Tella γuri tlelli
Ul d unelli. »

Même si vous bâillonnez nos bouches

Attachez nos mains

Nous crierons pour dire

Que nous sommes libres

Et que nous avons des cœurs (pour aimer) et des cerveaux (pour réfléchir).

Tagrawla chante des textes écrits par ses trois membres. Elle continue de prendre part à différents concerts.

A. Azergui

Hindi Zahra, la belle de scène

Le magazine britannique «The Wire» la considère comme «la fille spirituelle de Billie Holiday». Holiday (1915-1959), pour mémoire, est considérée comme l’une des plus grandes chanteuses que le jazz ait connu.

Zahra sur scène

 Hindi Zahra est cette jeune chanteuse, peintre et auteur-compositeur amazighe. Singulière et originale. Elle est née en 1979 à Khouribga au Maroc. Issue d’une famille d’artistes amazighs, elle n’a cessé d’explorer le blues ancestral ainsi que la part de l’universel dans notre langue. Zahra est une artiste accomplie. Sa voix vibrante et douce est sans frontières.

Son premier album « Handmade » est sorti en janvier 2010. Chanté en anglais et en langue amazighe, cette œuvre a été saluée par les critiques aux Etats-Unis et en France. Elle a  reçu plusieurs récompenses en France dont « la révélation musicale de l’année » et « le prix Constantin » en 2010 pour son album.

Dans cet album, elle chante l’amour. Elle rend hommage à sa terre.

 

A. Azergui