YALLA SEDDIKI : Lounès Matoub un poète en avance …

Docteur en Lettres Modernes (Université de la Sorbonne-Paris 4), Yalla Seddiki a longtemps travaillé avec le poète sur les traductions des textes de plusieurs de ses CD comme Communion avec la Patrie en 1994 ; Tighri n yemma en 1995, et aussi sur la réédition en cd de l’album A ttwalligh en 1997 et le livret du disque Lettres ouverte aux… en 1998. Il a également travaillé sur le livre de Lounès Matoub, Mon nom est combat (Paris, La Découverte, 2003) dont il est le traducteur et le préfacier. Il a également coordonné un dossier de 80 pages consacré à Lounès Matoub dans la revue Altermed. Nous l’avons rencontré à Paris à l’occasion de la 18e commémoration de l’assassinat de Lounès Matoub. Entretien :

Vous avez traduit plusieurs dizaines de poèmes de Matoub Lounès et publié « Mon nom est combat ». Pourquoi ce choix de Matoub Lounès ?

Yalla Seddiki :D’abord, il faut préciser que l’ouvrage que tu cites, si je l’ai publié, est, d’une certaine façon, une œuvre posthume de Lounès Matoub. À l’exception de quatre inédits généreusement offerts par Nadia Matoub, les poèmes à traduire furent choisis par Lounès Matoub et moi à la fin de l’hiver 1996. C’est ensemble que devions travailler sur les traductions. Nous avons pris date pour septembre 1998, mais il est assassiné les armes à la main le 25 juin 1998. Ai-je choisi Lounès Matoub ? Nous nous sommes choisis l’un l’autre. J’avais l’admiration la plus vive pour cet artiste depuis mon plus jeune âge. J’avais huit ou neuf ans lorsque sa première cassette fut éditée. Je ne comprenais sans doute pas le contenu de ses textes, mais j’étais fasciné par l’étrangeté de certaines images poétiques, la beauté des mélodies comme Attan Attan Daawessu, A ttwalliγ, a ttwalliγ, Annaγ iy iga ṛṛay-iw, etc. ; la voix enragée du jeune Lounès dans Ay izem, après la douceur de l’introduction interprétée par Idir. En 1991, je le rencontre par hasard dans le dix-huitième arrondissement de Paris. Je discute quelques instants avec lui. Il boite. Il est encore sous l’effet de la tentative d’assassinat commise par un gendarme. Nous nous séparons. C’est ainsi, quelques secondes après cette rencontre, que, dans mon esprit, nait ce projet de faire un livre sur le Lounès Matoub. J’avais alors vingt-deux ans. Je crois que l’inconscience juvénile et le désir de partager l’amour que j’avais pour ma culture (je précise que je suis venu m’installer en France à l’âge de onze ans), incarné par l’art de Lounès Matoub ont porté mon projet. Je lui ai proposé un manuscrit une année après. Il l’a refusé. Mais, quelques années plus tard, il m’a demandé si je voulais toujours travailler avec lui. C’est comme cela que j’ai traduit Tiγri n yemma en 1995. En tout, j’avais préfacé ou traduit quatre disques de Lounès Matoub avant son assassinat, dont le dernier, Lettre ouverte. Il en avait lu la préface quelques jours avant son assassinat. Nous en avons parlé au téléphone le 21 juin. Aujourd’hui, ce qui m’attire dans cette poésie, c’est sa profondeur humaine, son lyrisme de désespoir lucide, son audace politique, la richesse et la complexité de sa vision historique. Ce qui m’attire, c’est cette voix qui, sans effort apparent, atteint à une émotion où la jeunesse et le grand âge, le féminin et le masculin se mêlent ; la maîtrise technique et le naturel s’épousent avec harmonie. Ce sont ces mélodies, siennes ou venant d’autres grands artistes, orchestrés avec une malice qui font de Lounès Matoub, tout ensemble un poète, un musicien et un héros de l’histoire amazighe parmi les plus mémorables.

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Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors des traductions des textes ?

Yalla Seddiki :Lounès et moi, plus que des traductions, voulions des adaptations de ses poèmes. Comme Lounès n’étais plus là, je ne pouvais plus mener à bien ce dessein. C’est là la difficulté la plus notable. Ensuite, viennent des questions pratiques : le doute qui subsiste, par exemple, sur le sens à prêter à certaines strophes. Car, traduire, c’est aussi interpréter ; orienter l’interprétation aussi bien pour l’amazighone que pour le francophone. Cela entraine des contresens que je n’ai pas toujours évités. Même en consultant des gens qui maitrisent bien la poésie de Lounès Matoub, – des amis, Malika, la sœur de Lounès – les obstacles se lèvent en partie, mais ne disparaissent pas. Je dois à l’honnêteté de dire que j’ai pu bénéficier du soutien aussi bien de Malika Matoub que de la femme de Lounès Matoub, Nadia Matoub. Elles m’ont autorisé à consulter plusieurs manuscrits de Lounès, ce qui m’a, plus d’une fois, permis d’éviter des erreurs de transcription et, donc, de traduction.

 Quel est, à votre avis, le secret de cette force que dégage la poésie de Matoub ?

Yalla Seddiki :Nous autres Imazighenes sommes épris du verbe, en particulier de poésie et encore plus particulièrement de poésie chantée. Dans l’histoire de cette discipline, le cas de Lounès Matoub est unique. Pour résumer, je crois qu’il se distingue de la façon suivante. Il possède la qualité des meilleurs artistes kabyles (si nous nous limitons à la culture qui s’est développée dans cette région) et les siennes propres. Pour être plus précis, tous les ingrédients sont, comme par miracle, réunis en lui pour en faire un être unique. Un artiste possède de beaux textes, mais est un piètre musicien. Lounès a les qualités poétiques de cet artiste, mais est, de plus, un excellent compositeur et arrangeur. Un autre est un bon musicien, mais l’art de la création poétique lui fait défaut. Lounès possède les qualités musicales de celui-ci, il y ajoute celles de la poésie. Enfin, il y a le mystère de cette voix. Je crois que sa singularité réside dans le fait que, doté d’une voix plutôt grave, une voix dont il a exploré les notes les plus basses, Lounès Matoub chante comme chantent les femmes kabyles. Dans cette perspective, il faut écouter ces très belles interprétations que sont Ḍeffreγ-k s wallen-iw, ay ameḥbus-iw, par exemple.

Enfin, pour résumer, il faut ajouter un contenu subversif qui, même dans le contexte européen actuel, font de Lounès Matoub un poète en avance, doté d’un esprit critique qui ne laisse rien dans la quiétude de l’ignorance ou de l’aveuglement. Il en va ainsi pour la vision de la religion telle que Lounès Matoub la décrit. Sur le plan historique, il a très tôt mis en relief les crimes commis par le FLN dans Ttar-im am t-id-arreγ en 1980. Il est le premier artiste à évoquer explicitement la révolte du FFS en 1963 en 1979 dans Ak°it ay arrac-nneγ. Il a aussi explicitement soutenu les prisonniers politiques, notamment Moh Smail Medjber et Mohamed Haroun dans ameḥbus-iw, Kumisar, et Monsieur le Président. Je précise au reste que certains prétendent que le grand héros de la cause amazighe, Mohamed Haroun, serait l’auteur du texte Monsieur le Président. Grâce au témoignage de Massin Ferkal, autre grand militant amazighiste, qui a fréquenté Haroun, il est possible d’établir la vérité sur ce sujet. Massin Haroun était lui-même auteur de très beaux textes en tamazight qui, par une esthétique toute personnelle, se distinguent de la production de Lounès Matoub.

Ajoutons l’exploration de la Révolution algérienne en général sous une lumière critique comme il le fait dans Regard sur l’histoire d’un pays damné, long poème dans lequel, il évoque, le premier une nouvelle fois, l’épisode dit de la « Bleuite ». Ce terme désigne l’opération d’intoxication menée par l’armée française dans les rangs du FLN. Lounès Matoub vise particulièrement l’épuration menée dans ses rangs par la Wilaya 3 (la Kabylie) sous l’autorité du colonel Amirouche.

Un point mérite d’être aussi signalé. Lounès Matoub n’a jamais hésité à exprimer une critique sévère du milieu amazighiste des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Il faut en ce sens écouter les titres comme Ruγ ay ul (1982) ou Imcumen (1983), Regard sur l’histoire d’un pays damné. Il faut surtout lire, dans Mon nom est combat, les deux textes politiques inédits, composés quelques semaines avant son assassinat. Dans ces poèmes, il s’en prend très violemment à ses anciens amis politiques qui ont trahi le projet qui l’a uni à eux, Tamazight.

 Vous avez écrit dans « Mon nom est combat » que certains intellectuels Kabyles traitaient Matoub avec un certain « mépris », vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Yalla Seddiki :Vous ne m’en voudrez pas de ne pas citer de nom. Il faut comprendre que diverses compétitions pour prendre la tête du mouvement de contestation amazighe étaient nées malgré la répression violente des services de sécurité. Une élite étudiante s’est constituée, qui a notamment donné, on le voit encore aujourd’hui, un nombre élevé de cadres à diverses organisations politiques. Lounès Matoub a quitté le système scolaire jeune adolescent. Jusqu’à sa mort, nombre d’intellectuels ignoraient sa poésie, et mésestimait la valeur, ne comprenait pas que ses poèmes étaient le véhicule d’une richesse thématique et historique rare. Mais je puis illustrer mon propos par le témoignage d’un ancien membre de la coopérative Imedyazen qui m’a raconté que, au début des années 80, il avait voulu que cette organisation produise un de ses disques. Ils ne voulaient pas de ses poèmes pour la simple raison qu’il n’avait pas fait d’études supérieures. D’un côté, ce type de comportement a nourri chez Lounès Matoub un complexe d’infériorité que sa gloire n’a pas compensé. D’autre part, cela l’a forcé à travailler son art, à lire des livres d’histoire et à en nourrir sa création poétique à telle point qu’elle est encore aujourd’hui d’une audace inégalée.

 Vous avez été un ami de Matoub et suivi par la suite l’affaire de son assassinat. Où en est cette affaire ?

Yalla Seddiki :Nous en sommes tous à émettre des hypothèses. À divers degrés – conflits de personnes et antagonismes politiques – certains ont entretenu la confusion au lieu d’éclairer l’esprit de celles et ceux qui veulent au moins étudier cette affaire à partir d’éléments crédibles. Voici les pistes à prendre en considération : assassinat commis par des islamistes ; assassinat commis par des islamistes infiltrés ; assassinat commis par des agents au service d’un des clans alors au pouvoir en Algérie. Complicité indirecte de certains acteurs politiques kabyles pour empêcher la manifestation de la vérité ? Telles sont les voies et les questions qu’il faut suivre pour composer un scénario réaliste. Ce que l’on peut espérer, c’est que, par un effet de démocratisation – perspective pour l’heure lointaine – les archives des services secrets favorisent la connaissance de la vérité. Autrement, les diverses arrestations réalisées par les autorités algériennes, l’instruction de la justice, la limitation de leurs investigations dans une direction unique ont renforcé la conviction que tout cela n’est qu’un simulacre pour respecter des formes juridiques sans assise dans la réalité des événements tels qu’ils se sont déroulés. Pour instruire les lecteurs de votre revue sur la complexité du dossier concernant l’assassinat de Lounès, et pour être dans l’actualité (voir l’action entreprise par Nadia Matoub), le GSPC a revendiqué l’assassinat de Lounès Matoub. Le chef de cette organisation a bénéficié de la loi sur l’amnistie puis est devenu un allié ou consultant des services de sécurité. Nous voyons combien nous sommes loin de la vérité et combien, dans des conditions aussi opaques, semé d’obstacles objectifs, long est le chemin qui conduit à elle.

 On a remarqué récemment certaines parties tenter de récupérer la mémoire de Matoub. Qu’est ce que vous en pensez ?

Yalla Seddiki :C’est une question particulièrement complexe. Mais je ne me déroberai pas. Pour juger de ce projet, un fait historique, culturel et politique est à rappeler comme principe et ceci en dehors de toute polémique : la doctrine de l’État algérien est aux antipodes des positions politiques qui ont fait de Lounès Matoub un héros pour les Imazighenes. Prenant en compte ce fait, est-il logique et légitime de mettre sous la protection de l’État la maison de Lounès Matoub ? La réponse s’impose d’elle-même. Je ne suis pas un expert en droit dans le domaine patrimonial. Mais j’ai collecté quelques informations qui tendent à démontrer que, classé, un bien devient propriété de l’État et qu’il peut en faire un usage souverain conforme aux valeurs qu’il promeut. Et ce, en contradiction avec les desseins de Lounès Matoub. On peut, par exemple, organiser dans la maison même de Lounès Matoub un colloque sur la grandeur de Oqba et la trahison d’Aksil.

Ensuite, d’autres questions se posent. Comment nous sommes-nous trouvés dans cette situation ? Comment protéger la maison de Lounès et qui doit le faire ? Cela relève de notre responsabilité à toutes et à tous. En principe, en plus des Kabyles, il y a aujourd’hui assez d’Imazighenes partout en Afrique du Nord, en Europe et même au Canada pour constituer un fonds qui permettrait de se projeter dans le futur, d’entretenir cette maison. Mais les gens, en particulier les Kabyles, ont été trahis tant de fois, ont vu les repères qu’ils se sont choisis faillir tant de fois, qu’ils ne veulent pas s’engager avec la même ardeur qu’ils l’ont fait dans le passé. Win yeqqes wezrem, yettggad ula d asaγwen. Et cela est indépendant de la vénération dont jouit Lounès Matoub. Mais je suis certain qu’un projet bien présenté, soutenu par des personnalités publiques dont la probité n’est pas contestable, est à même d’emporter l’adhésion populaire.

Entretien réalisé par A. Azergui

Source : Idlesmagazine

« IL EST DE NOTRE DEVOIR DE RÉSISTER ! »

Voici le texte intégral d’une interview inédite qui m’avait été accordée le 6 novembre 2007 par Feu M’bark Oulaarbi, le leader du groupe Saghru Band disparu en 2011. Je lui avais demandé de répondre à quelques questions alors que je préparais un article sur la nouvelle génération de chanteurs engagés dans le Tafilalt. L’article avait été publié début 2008 sur le site tamazgha.fr sous le titre « les passeurs de mémoire» Ce n’est que récemment que j’ai retrouvé le texte de cet interview et décidé de le rendre public pour vous faire découvrir une autre facette de cet artiste qui nous a quittés à le fleur de l’âge. Interview :

Nba
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1- Qui est M’bark Oularbi ?

Je suis artiste. Je suis né et grandi à Mellab, un petit village au sud-est du Maroc. J’ai 25 ans, chômeur. Je suis licencié en droit public français (option : Relations internationales).

2- Parle-nous de ton parcours, depuis quand vous faites de la musique ?

Comme beaucoup de jeunes de mon village, j’ai commencé à jouer dès mon enfance sur un instrument que j’ai fabriqué moi-même avec une planche comme manche et un bidon (je me rappelle bien de ces bidons d’huile fournis à nos famille par des organisations internationales) et des cordes que je tirais des câbles du frein d’un vélo.

Dès mon enfance les rythmes traditionnels d’Ahidus m’ont profondément marqués (je joue également à Ahidous, c’était ma première source d’inspiration.)

A l’école je faisais déjà du théâtre et de la peinture ! Au collège j’ai concrétisé mon rêve avec tout ce besoin de révolte en moi ! Mon frère m’avait offert ma première et vraie guitare, c’était une guitare classique ! J’ai alors commencé à jouer, à composer, à chanter et à interpréter sans aucun respect des règles. Après, j’ai fait beaucoup d’efforts personnels pour apprendre un peu de solfège, de tablature et de lyrisme. J’ai chanté sur scène lors de toutes les soirées et cérémonies organisées au collège et au lycée. C’est au cours de cette même période que j’ai commencé à enregistrer mes essais avec mes amis chez nous à l’aide de la radio cassette de la maison. Ma famille a été toujours mon soutien et mon espoir. J’ai beaucoup de chance, car c’est trop difficile dans nos régions de faire accepter ça à nos familles (faire de la musique NDLR). A cette époque j’ai déjà été influencé par la chanson engagée. Je chantais Timès, Idir, Matoub et Aït Manguellat, Walid Mimoun, Khalid Izri. Ce sont ces chanteurs que j’écoutais souvent à la maison et à l’ex-association culturelle et sportive Amagha de mon village. J’ai aussi rencontré beaucoup d’artistes aux soirées des associations amazighes de sud-est comme Izri, Elwakili Hamid, Massinissa, Agizoul et Mallal.

La faculté c’est ma dernière étape de formation. Avec ses souffrances, ses larmes et ses sourires. Notre combat continue. Rien ne pourra me faire taire !

3- Parle nous de votre groupe « Saghru ».

Saghru est un groupe de musique, contestataire bien sûr, qui a beaucoup souffert et qui a choisi de défendre la cause amazighe à travers l’art et la musique.

Si la « politique » se manifeste dans chacun de nos choix personnels et crée, avec réussite, une éthique nous permettant de vivre ensemble, alors nous n’avons pas besoin de faire plus que de jouer notre musique. Mais, quand la politique devient une escroquerie permettant de manipuler les citoyens par des groupes avides qui s’octroient tous les privilèges, alors il est  notre devoir de résister et de réagir politiquement à travers toutes formes d’art.

Le nom du groupe est inspiré de Saghru, la bataille au cours de laquelle mes ancêtres ont donné beaucoup de leçons aux colonisateurs. Comme vous le savez aussi, cette montagne de Saghru est la plus massive dans toute l’Afrique du nord, elle a subi beaucoup de transformations pour devenir comme elle est actuellement. Le nom est symbolique en lui-même, historique et philosophique aussi.

Notre groupe est composé des jeunes artistes qui veulent vraiment travailler et donner quelques choses à Tamazight. Nous sommes cinq : Moi ; je fais la guitare, l’harmonica, je compose et je chante. Mon petit frère Khaled : guitare, chants. Najib : arrangeur et claviste. Yassine : Notre bassiste qui nous a quittés dernièrement pour aller en Allemagne dans le but de continuer ses études. Pour réaliser notre premier album, on a été soutenu par Rachid Fahim, Amnay en chorale et Itran Clan, un groupe de rap engagé qui vient d’être formé à Tinghir.

4- Quelles sont les thématiques de vos chansons ?

Le premier rôle de la musique est de développer l’esprit et le cœur et d’étaler au grand jour les possibilités d’obtenir des idées subtiles ou plus abouties sur tous les sujets. Le deuxième est de cicatriser, d’apaiser et d’encourager l’espoir.

Le troisième est de briser les idées cristallisées pour susciter la rébellion et pousser à se battre pour changer les choses.

Je dénonce dans mes chansons le mépris et la marginalisation dont on souffre. Je réclame notre identité et nos droits. Je chante aussi la révolte, l’amour, la paix, la quête de justice. Je me suis influencé par tant d’artistes dont Matoub, Brassens, Brel, Bob Dylan et Idir. J’aime aussi Oulahlou et sa façon d’exposer les choses. Un artiste qui dit la vérité comme Oulahlou peut changer les esprits et transformer la vie des gens comme peu de politiciens peuvent le faire. Nos efforts personnels sont peu de choses comparés aux siens mais nous avons un rôle à jouer pour rendre les « bâtards » honnêtes.

5- Êtes-vous aussi compositeur ?

Oui bien sûr, j’ai ma propre et forte poésie. Je chante aussi la poésie d’autres poètes parce que j’aime toujours partager mes passions et mes émotions et je laisse toujours la porte ouverte à tous les compositeurs à condition que leur poésie respecte mon style !

6- Avez-vous avez pris récemment part à des festivals ou à des soirées ?

Non je n’ai jamais assisté à un festival. Chez nous les festivals sont monopolisés par ce pouvoir qui a mis la main sur tout. Et bien sûr, avec mon discours c’est tout clair. Ils ne vont pas m’inviter pour les attaquer. Les responsables invitent toujours les traîtres pour mieux ancrer la folklorisation de Tamazight. Je parle des festivals organisés par cet Etat. Concernant les soirées, comme je l’ai déjà cité, j’ai assisté a plusieurs soirées organisées par des associations amazighes et par le mouvement amazigh au sein des facultés (à Mellab, Tinghir, Tizgi, Tizi n imnayen, Agadir, Meknès, Imtghren, Alnif, Taghezout, Boumal n dades.)

 
7- Comment vous évaluez la situation actuelle de la chanson amazighe au Sud-est ?

Évidemment, dans une société de « cons » comme la notre où tout doit être industrialisé, c’est difficile d’imaginer qu’il puisse y avoir une place pour une vraie musique. La musique est réduite à un rôle de symbole. Mais une musique pour la pensée, pour l’âme n’a pas de place dans notre société. Il y a donc une cohésion entre la politique des mensonges et la musique industrialisée, entre le matérialisme absolu et la surdité. Heureusement, que la conscience commence à se développer à travers les mouvements sociaux de contestation. Franchement je pense que ça ira mieux. Y’a de nouveaux jeunes artistes qui ont une forte volonté d’être. Il faut encourager les artistes amazighes, ne pas critiquer pour critiquer et éviter les insultes et les injures gratuites. Il faut mettre fin à cette trahison héritée de Boukhous (le roi berbère).

 8- pourquoi le choix de la guitare, un instrument peu utilisé dans la région ?

 
Je joue de la guitare depuis l’âge de 13 ans. Il m’arrive parfois de jouer à d’autres instruments et d’essayer d’autres styles, mais la guitare correspond à des sentiments profonds en moi, à un besoin de révolte, un besoin de tout remettre en cause.

9- Est ce que vous avez des projets de CD ?

Notre premier Album intitulé « Muha » sera prêt dans deux semaines.

10- Un dernier mot peut être ?


J’espère que ma musique pourra servir à réunir des âmes de tout horizon, de toute confession, et de toutes les couleurs. Mon message  est un message d’amour, de paix et de fraternité et mon rêve et de voir plus tard s’étendre la chanson amazighe engagée au sud-est et dans d’autres régions du pays. Merci à vous de m’avoir donné cette occasion pour s’exprimer.

Entretien réalisé par A. Azergui

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Affaire Boujemâa Hebaz : Crime d’Etat et silence complice …

Boujemâa Hebaz a été kidnappé le 21 avril 1981,  il y a 35 ans. Sa famille porte toujours son deuil. Le sort de ce docteur en linguistique et militant de la cause berbère, demeure toujours inextricable. Ses ex-amis observent un silence de morts. Revenons sur cette affaire qui a tout d’un crime d’Etat.

Habaz-b-6fe9eNé en 1943 au village de Boutazolt (Ouarzazat) au Sud-Est du Maroc, Boujemâa Hebaz a été enlevé dans un appartement au quartier de l’Agdal au cœur de Rabat. Selon des témoignages recueillis à Rabat et auprès de plusieurs de ses « amis », sa thèse, soutenue en 1979 à l’université René Descartes (Paris V) et qui portait sur la langue amazighe, aurait dérangé des sécuritaires occupant de hauts lieux dans l’appareil de l’Etat marocain. Quelques-uns y campent toujours. Il a été radié de ses fonctions d’enseignant de linguistique générale à la Faculté des lettres de Rabat par Azzeddine Iraqi, ministre de l’éducation nationale de l’époque (ministre du parti de l’Istiqlal, un parti arabo-baâthiste, anti amazigh). Sa thèse de doctorat avait été perçue comme étant une atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat.

Le sort de Hebaz avait été scellé dans les locaux des services secrets qui le surveillaient en France. Il sera encouragé à regagner son pays par un membre de sa famille, agent des services qui avait pour mission d’infiltrer les milieux estudiantins marocains en France et de traquer les étudiants les plus actifs.

Début juillet 1981, trois mois après son enlèvement, Boujemâa a été amené à l’hôpital Avicenne de Rabat dans un état déplorable. Un infirmier, exerçant à l’époque dans cet hôpital et ayant gardé l’anonymat, nous a affirmé l’avoir reconnu. Il a, lui même, administré des soins médicaux à son ancien ami. Son témoignage est accablant : « Boujemâa a été sauvagement torturé et certains de ses os cassés. C’était affreux ! ». Depuis, c’est un silence radio qui prévaut sur ce crime. L’affaire Hebaz a été étouffée médiatiquement et politiquement. Aucune organisation politique marocaine, même celles des »droits humains », n’a pu adopter l’affaire de Boujemâa Hebaz, ni défendre son dossier, même si différents rapports d’Amnesty International parlent de son cas. La cause : leur racisme notoire et primitif et leur peur de faire de lui une icône du combat pour l’identité berbère au Maroc. Même ses ex-« amis de lutte » observent un silence on ne peut plus complice.

Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz
Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz

Membre fondateur de la première « association berbère » (!) au Maroc (AMREC) en 1967, ce jeune happé à la fleur de l’âge a été un militant fervent et révolutionnaire. Ses idées avant-gardistes dérangeaient ses amis, berbères de service (ils le sont toujours). Boujemâa s’est senti même trahi par eux. Il l’a exprimé à maintes reprises dans des discussions qu’il a eues avec ses amis intimes. Hebaz a consacré sa courte existence pour essayer de donner vie à une belle langue mal aimée, interdite et maintenue durant des décennies sous respiration artificielle. Ses ex-collègues ont troqué leur silence contre des postes de responsabilité, des privilèges et des biens. Quelques-uns, siégeant à la tanière des berbères de service (IRCAM) et dans différentes administrations de la monarchie marocaine, ont même mené une campagne pour le salir. Ils ne cessent de répéter que « Hebaz souffrait de la démence ! ».

La seule personne qui s’est battue pour la vérité vit, pour sa part, à Ouarzazat dans un dénuement total. Il s’appelle Abdellatif, éternelle ombre de Boujemâa et son meilleur ami. Il avait vu ses ravisseurs. Il est le témoin principal dans cette affaire. Depuis 1983, ce diplômé en sciences politiques et en journalisme refuse de plier au silence. Il est traqué, menacé et condamné à l’errance.

Interdit d’exercer toute fonction publique pour abandon d’un poste qu’il n’a jamais occupé, Abdellatif reste fidèle à la mémoire de Boujemâa qui l’a marqué à jamais. Il est toujours en chômage. Ceux qui l’emploient sont menacés de toute part.

A. Azergui

Ces détenus amazighs qu’on oublie !

Le 17 mai 2015, le tribunal de Ouarzazat a condamné trois militants arrêtés lors de manifestations pacifiques organisées le 16 mai 2014 à Messissi dans la région d’Alnif (province de Tinghir) à trois ans de prison ferme chacun.

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Ces détenus qui purgent leurs peines à la prison d’Imtghren (Errachidia) où ils ont été transférés, sont Ali Ben Yidir, Hasan Hamouni et Hmad Ben Yidir. Ils ont été arrêtés lors d’une intervention des forces de répression pour disperser des manifestations sociales organisées par les habitants de plusieurs villages d’Alnif. Les manifestants revendiquaient la construction d’un hôpital, des routes, de l’eau potable, de l’électricité et de la farine de blé d’une meilleure qualité. Tout ce qu’il y a de plus normal dans un pays qui se respecte !
Les habitants que ces militants défendaient vivent dans l’une des régions les plus appauvries, alors que son sous-sol regorge de richesses minières siphonnées par des multinationales et un célèbre holding royal. Les habitants n’ont droit qu’à la poussière, au mépris et à la prison en cas de protestation.
Ce qui nous amène aujourd’hui à parler de ces trois militants est révoltant. Il s’agit de leur oubli flagrant par le Mouvement amazigh. Ils ont subi une injustice et ont manifesté pour réclamer des droits, pas pour eux, mais pour toute la population de la région. Il est, de ce fait, naturel qu’ils soient soutenus par le Mouvement amazigh.
Depuis leur condamnation, on n’entend plus parler d’eux. Ils ont été jetés dans l’oubli. Aucune association des droits humains n’a pensé à les soutenir et à médiatiser leur affaire. Et pourtant, ils ne sont pas des criminels de droit commun. Ils sont des détenus politiques. Ils ont manifesté contre une politique de mépris dont les victimes sont des Amazighs. Pourquoi le Mouvement amazigh ne les soutient pas ? Pourquoi très peu de militants leur rendent visite à la prison d’Imtghren ?

Les détenus Ali Ben Yidir, Hasan Hamouni et Hmad Ben Yidir méritent tout notre soutien. Il est de notre devoir de rappeler l’injustice qu’ils ont subie en exigeant leur libération.

Le Mouvement amazigh n’a pas le droit de les oublier.

A. Azergui

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Qui est derrière l’assassinat de Omar Khaleq ?

L’assassinat du militant amazigh Omar Khaleq à Marrakech a suscité une vague de colère à Tamazgha Occidentale où plusieurs manifestations ont eu lieu. La récupération de cet assassinat par la monarchie marocaine qui a réussi jusqu’à maintenant à canaliser la colère des Imazighen contre le Polisario accusé d’implication dans le meurtre, commence à s’effriter à cause de ses multiples incohérences.

Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech
Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech

Un meurtre commis sous le regard de la police.

Le 23 janvier 2016, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis, armés de sabres et de haches ont attaqué cinq étudiants, militants du Mouvement amazigh, près d’une faculté à Marrakech, leur provoquant de graves blessures. Parmi les blessés figure Omar Khaleq. Cet étudiant, qui a reçu plusieurs coups donnés par des haches et des sabres, a succombé à ses blessures le 28 janvier. La victime a été inhumée le 29 janvier dans son village natal. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à ses funérailles.
Dans un communiqué daté du 29 janvier, le Mouvement amazigh estudiantin à Marrakech détaille les contours de cet assassinat. L’attaque qui a coûté la vie à Omar Khaleq a été perpétrée « en public et devant les forces de police, sans que ces dernières n’interviennent« . Le mouvement affirme aussi que la police a arrêté les victimes de l’attaque alors qu’elles étaient hospitalisées. Les militants ont été soumis à des interrogatoires poussés au commissariat. Le Mouvement accuse les forces de police de « complicité » dans cette attaque.
Il rappelle que plusieurs de ses militants avaient déjà été victimes le 23 décembre 2015 d’une attaque similaire menée par des « étudiants sahraouis » à la cité universitaire de la même ville. Le 24 décembre, plusieurs de ses militants ont été également visés à l’intérieur de la faculté des lettres par une horde d’individus cagoulés. Au moins quinze militants ont été blessés lors de ces attaques.

Silence, on manipule !

La machine de la manipulation a été enclenchée dès l’annonce de la mort de Omar Khaleq. Les médias officiels et des sites de propagande ont relaté la même information, à savoir qu’un étudiant amazigh a été tué par « le Polisario » lors d’affrontements à Marrakech. Le but de cette propagande officielle est de canaliser la colère suscitée par l’assassinat et faire oublier l’essentiel, c’est à dire les raisons profondes du crime dont ce militant a été victime, mais aussi la répression que subit le peuple amazigh colonisé. Le coupable a été vite désigné. En montrant du doigt le Polisario, jeté à la vindicte populaire, l’Etat désengage sa responsabilité de ce crime. Le 28 janvier, la chaîne marocaine 2M diffuse un reportage accusant directement le Polisario et affirmant que Omar Khaleq a été tué pour la « marocanité du Sahara ». La chaîne a diffusé les témoignages de plusieurs militants amazighs qui semblent soutenir cette thèse. Certains d’entre eux, manipulés par la chaîne, ont dénoncé le détournement de leurs propos. Khadija Tafoukt, qui figure parmi les militants interviewés s’insurge, dans un communiqué rendu public le 29 janvier, contre cette manipulation. Elle accuse la chaîne d’avoir « détourné ses propos pour servir l’idéologie étatique ». Elle explique que 2M a « exploité la mort de Omar Khaleq pour diffuser ses thèses politiques ». Cette militante précise dans son communiqué qu’elle a accusé, dans son témoignage, « l’Etat, la police et le gouvernement » d’implication dans cet assassinat. Bien sûr, ces déclarations n’ont jamais été diffusées à l’antenne.

La gestion de cette affaire par le bureau de 2M à Marrakech est très révélatrice. Si ces militants qui défendent selon elle « la marocanité du Sahara » ont été attaqués cinq jours auparavant et blessés grièvement par des militants du « Polisario », « l’ennemi de l’unité nationale », en plein Marrakech, alors pourquoi la chaîne a-t-elle passé cette information aussi sensible sous silence ? Pourquoi, elle ne s’en est « souvenue » que seulement lors de l’annonce de la mort de Omar Khaleq, si ce n’est pour manipuler et désinformer, ce qui est d’ailleurs le propre de cette chaîne makhzénienne ?

Un bon berbère est un berbère mort.

Cet assassinat a également montré au grand jour le mépris profond de tout ce qui est amazigh par les autorités marocaines. Les déclarations mensongères et mesquines de « responsables politiques », de ministres et de « personnalités » semblent n’avoir qu’un seul but ; celui de détourner l’affaire de l’assassinat et en faire une occasion pour « réaffirmer la marocanité du Sahara » et montrer « le vrai le visage du Polisario ». Malheureusement, le Mouvement amazigh s’est transformé en caisse de résonnance de la propagande de la monarchie. Il semble même y trouver son compte. Imazighen manifestent et investissent la rue, non pas pour réclamer leurs droits toujours bafoués et dénoncer la colonisation arabo-islamiste qu’ils subissent, mais pour soutenir les thèses officielles, celles de cette même monarchie qui les méprise, les tue et les traite comme des sous-hommes.

Dimanche 31 janvier, à l’occasion d’un sit-in tenu devant le parlement marocain, des manifestants amazighs accusaient le gouvernement de « couvrir » les dépassements des Sahraouis au sein des universités. Au cours de cette manifestation, un drapeau du Polisario a été brûlé. Un autre drapeau de cette organisation avait été auparavant brûlé lors des funérailles de Omar Khaleq à Ikniwen dans la région de Tinghir.

Soumission totale.

C’est dans ce contexte qu’un communiqué insipide signé par trente-et-une associations dites « amazighes » et quarante « experts, activistes et personnalités », amazighs, est également diffusé. Il réconforte la monarchie dans ses positions. Ce document réaffirme que l’assassinat d’Omar Khaleq est « politique » et que ce militant a été tué pour « la cause amazighe et aussi pour la marocanité du Sahara qui fait partie de l’identité marocaine ». Ce qui rend ce communiqué intéressant est la définition qu’il fait de cette « identité marocaine ». Le document reprend la même définition imposée par la monarchie marocaine (amazighe, arabe et hassani etc.), et explique que « cette identité ne peut pas être cloisonnée dans une seule et prétendue dimension ».

Mépris.

Lahcen Daoudi, le ministre islamiste de l’enseignement supérieur, a annoncé lors d’une intervention au parlement marocain que Omar Khaleq n’était pas un étudiant universitaire inscrit, donc ne méritant pas tout « le bruit » provoqué par son assassinat.

Pour rappel, ce ministère avait expliqué dans un communiqué non daté diffusé sur sa page Facebook, que Omar Khaleq n’était pas étudiant, alors qu’un communiqué de l’université de Marrakech, où la victime poursuivait ses études, confirme que l’étudiant est bien inscrit à l’université. Dans ce même communiqué, le ministère menace les étudiants impliqués dans des violences d’exclusion et de privation de bourses.

Par ailleurs, les partis politiques, les syndicats, les associations financés par la monarchie, qui nous ont habitué à de grandes manifestations et à des discours belliqueux chaque fois que « l’ennemi » frappe et que « l’unité du pays » est menacée, sont demeurés étrangement muets. Personne n’a appelé à défiler pour la « marocanité du Sahara ». Aucun n’a dénoncé le crime ou appelé à soutenir la famille de la victime. Pourquoi, ont-ils choisi le silence maintenant si le Polisario était vraiment impliqué ? Attendent-ils des instructions du palais royal pour réagir où ont-ils compris qu’Imazighen sont manipulés ? Peut-être aussi que la vie d’un Amazigh ne vaut rien pour eux, tout simplement. Et c’est le cas.

La main d’Israël.

Etrange aussi est cette réaction d’une organisation égyptienne des droits de l’Homme qui accuse Israël d’implication dans l’affaire de Omar Khaleq. Le Centre justice et développement des droits de l’Homme, basé au Caire, a appelé, dans un communiqué daté du 3 février, le gouvernement marocain à agir vite contre la propagation des « flammes » dans les autres établissements universitaires du pays. Le Centre a mis en garde contre « la déstabilisation du royaume » à cause de la haine entre Arabes et Amazighs. Il écrit que « des étudiants amazighs suivent des stages de formation aux actes de militantisme dans les universités de Tel-Aviv […]. Des organisations israéliennes en Europe accueillent un nombre important d’activistes amazighs« . Ce Centre explique que l’Etat hébreu adopte la même politique avec les Kurdes.

Izemicono
Les « Etudiants sahraouis » condamnent.

En réaction à la propagande officielle, les « Etudiants sahraouis », appelés également les « Frontistes » (liés au Polisario) ont condamné l’assassinat d’Omar Khaleq dans un communiqué. Ils expliquent qu’ils combattent le « régime et non le peuple marocain ». Les étudiants sahraouis affirment également que le Polisario est « innocent » et que les étudiants originaires du Sahara occidental, impliqués dans le meurtre sont manipulés, pas seulement par l’extrême gauche arabiste, raciste et anti-amazighe, mais aussi par les autorités marocaines. Ils ont rappelé qu’ils ont signé une charte appelant au rejet de la violence dans les universités qui avait été proposée par le Mouvement amazigh.

Le groupe a toutefois montré du doigt un groupuscule politique d’étudiants sahraouis appelé « Courant national » qu’il qualifie de « criminel ». Ce courant, créé en 2013 à l’université d’Agadir, est lié idéologiquement à l’organisation des « Etudiants Basistes Progressistes », un courant qui se veut « marxiste-léniniste » présent dans les universités marocaines et réputé pour son idéologie arabiste, son extrémisme et aussi pour sa violence. Ce courant qui s’oppose à la signature de toute charte rejetant la violence avec les étudiants amazighs, a réussi à infiltrer les étudiants sahraouis et à les utiliser pour attaquer des étudiants amazighs.

D’ailleurs ces étudiants basistes ont exprimé dans un communiqué leur soutien aux étudiants sahraouis impliqués dans le meurtre de Omar Khaleq, qualifiant les étudiants amazighs de « racistes » et de « chauvins ». Ils ont également adopté la même position que le pouvoir, en affirmant que Omar Khaleq n’était pas étudiant.

Le Polisario a également réagi à ce meurtre. Dans un discours télévisé, daté du lundi 8 février, le président de l’organisation a condamné le meurtre de Omar Khaleq, expliquant que cet assassinat, commandé par le Makhzen (régime marocain), vise à opposer les Sahraouis aux Amazighs. Il accuse le régime marocain « raciste » d’encourager les attaques contre les Sahraouis afin de les isoler et aussi d’ »adopter une politique d’apartheid envers les Amazighs ». Fin communicateur, le Polisario s’est illustré dans cette affaire. Il a, tout compte fait, mieux communiqué que la monarchie.

Mais alors, qui a tué Omar Khaleq ?

Tableau de Feu Muhend Saïdi Amezian
Tableau de Feu Muhend Saïdi Amezian

La manipulation par la monarchie de l’affaire de l’assassinat de Omar Khaleq est évidente à plus d’un titre. Comment expliquer la passivité des forces de police qui ont laissé faire les assassins, la propagande honteuse de 2M et des médias officiels et aussi le silence des autorités et des formations politiques d’habitude « soucieuses » de « l’unité du pays » ? Que cherche-t-on à cacher au juste ? La monarchie est-elle impliquée dans cet assassinat politique ? Il est impossible de répondre à toutes ces questions en l’absence d’une enquête indépendante. Mais, connaissant la situation de « la justice » au Maroc, aucune enquête indépendante ne sera possible. Pour le moment, douze personnes ont été arrêtées et accusées d’implication dans cet assassinat, mais la vigilance s’impose. Ils pourraient être libérés ou condamnés à des peines très légères dès que le bruit accompagnant cette affaire s’estompe.

Le Mouvement amazigh s’est également illustré par sa faiblesse dans cette affaire. Il a prouvé une nouvelle fois qu’il est une proie facile à manipuler. Certains de ses porte-paroles n’ont pas hésité de s’abreuver les thèses de la monarchie et à adopter ses positions les plus ridicules. Des manifestations et des rassemblements sont toujours organisés dans plusieurs villes et villages du pays en réaction à l’assassinat de Omar Khaleq, mais les médias officiels font comme si de rien n’était. Il est temps de maintenir cette pression sur les autorités et de sortir des cadres que celles-ci imposent aux manifestants.

L’assassinat de Omar Khaleq sera peut être le début d’un véritable « printemps amazigh » à Tamazgha occidentale si le Mouvement amazigh arrive à se libérer de la tutelle des autorités et de certains de ses cadres corrompus et prêts à tout faire pour prouver leur loyauté à la monarchie et leur disponibilité à la servir.

A. Azergui.

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Assassinat d’un militant du Mouvement amazigh à Marrakech : Barbarie, mensonges et manipulations

Assassinat d’un militant du Mouvement amazigh à Marrakech : Barbarie, mensonges et manipulations

Le 23 janvier 2016, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis acquis aux thèses du Polisario, armés de sabres et de haches ont attaqué cinq étudiants, militants du Mouvement amazigh, à l’entrée de la faculté des lettres de Marrakech, leur provoquant de graves blessures. Parmi les blessés figurent Omar Khaleq, âgé de 26 ans. Cet étudiant originaire d’Ikniwen, un village situé dans la province de Tinghir, a reçu plusieurs coups donnés par des haches et des sabres. Omar qui a obtenu sa licence en histoire à l’issue de l’année universitaire 2014-2015 à l’université Cadi Ayad et poursuivait cette année ses études de master au sein de cette même université, a succombé à ses blessures le 28 janvier 2016.

La victime a été inhumée le 29 janvier dans son village natal. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à ses funérailles.

Barbarie

revendication de l'assassinat
Revendication de l’assassinat

Les assaillants, cagoulés, s’étaient acharnés sur Omar Khaleq, alias « Izem ». Un coup de sabre a transpercé sa cage thoracique et endommagé ses poumons. Sa boite crânienne et l’un de ses bras ont été également fracturés. L’attaque visait à donner la mort.

Juste après ce crime, les assaillants ont revendiqué fièrement leur acte sur la page Facebook des « étudiants sahraouis à Marrakech ». La rhétorique utilisée dans ce message est guerrière. Le message parle de quatre blessés et d’un cinquième laissé pour mort – allusion faite à Omar Khaleq – et aussi de « violence révolutionnaire » dont il faudra user contre le Mouvement amazigh.

L’attaque a été préméditée et soigneusement préparée. Les étudiants qui y sont impliqués seraient venus spécialement d’Agadir pour l’accomplir.

Mensonges et désinformation

La plupart des médias marocains ont relié cette information depuis le jour de l’attaque en évoquant des affrontements entre étudiants sahraouis et autres membres du Mouvement amazigh universitaire à Marrakech, sans donner plus de détails. Ces médias tentaient de brouiller les pistes parce qu’il n y’avait pas, en réalité, d’affrontements directs entre les deux parties. Le but de ces médias étant de décrédibiliser le Mouvement amazigh et le taxer de violent, alors qu’il est le seul à avoir proposé à toutes les formations politiques au sein de l’université une charte appelant au rejet de la violence.

Les assaillants avaient attaqué des étudiants qui venaient de sortir de leurs examens. Il n’y avait donc pas d’affrontements.

Le deuxième mensonge est propagé par le ministère de l’enseignement supérieur de l’Etat marocain. Dans un communiqué non daté diffusé sur sa page Facebook, il affirme que Omar Khaleq n’était pas inscrit à l’université et n’était pas étudiant, alors qu’un communiqué de l’université de Marrakech, où la victime poursuivait ses études, confirme que l’étudiant est bien inscrit à l’université. Dans ce même communiqué, le ministère menace les étudiants impliqués dans des violences d’exclusion et de privation de bourses.

Cette thèse officielle a été également propagée par des médias marocains. Certains sont même allés trop loin. Pour eux, la victime, Omar Khaleq, travaille dans une entreprise de sécurité et n’était pas étudiant.

Manipulation

Jeudi, le jour de la mort de Omar Khaleq, la deuxième chaîne de télévision marocaine 2M a diffusé un reportage sur l’assassinat. La chaîne a manipulé les faits présentant la victime en premier lieu comme « défenseur de la marocanité du Sahara » et par la suite comme un « grand défenseur de la cause amazighe ». La chaîne a diffusé une série de témoignages d’étudiants pour approuver sa thèse. 2M a ainsi utilisé le meurtre pour manipuler l’opinion. En axant sur le Polisario, la chaîne tend à faire oublier aux téléspectateurs que la victime est d’abord un militant du Mouvement amazigh et s’il a été tué c’est par ce qu’il défend avec acharnement son amazighité et non la « marocanité du Sahara ». Sinon, pourquoi la chaîne a oublié les quatre autres militants également visés par les assaillants. Pourquoi 2M ne leur a pas donné la parole puisqu’ils sont hospitalisés et blessés parce qu’ils défendent la prétendue « cause nationale » du Sahara.

Les raisons de l’attaque

D’après des étudiants membres du Mouvement amazigh contactés sur place, les raisons de l’attaque sont claires. Quelques jours avant ce meurtre, le Mouvement amazigh a animé une activité à la cité universitaire de Marrakech pour exiger que des étudiants originaires de provinces lointaines et pauvres puissent bénéficier d’aides similaires à celles dont profitent les étudiants originaires du Sahara occidental. Ces derniers ont le droit de se déplacer par train ou pas bus gratuitement, bénéficient de bourses, d’aides financières et d’un droit d’inscription au master et au doctorat sans subir d’examens. Ces avantages ont été mis en place par la monarchie pour corrompre les habitants de ces régions et les amener à défendre les thèses marocaines sur la Sahara occidental.
La plupart des membres du Mouvement amazigh à Marrakech sont originaires de la région de Dra-Tafilalet. Ils exigent de bénéficier, eux aussi, de droits comme les avantages sur les tarifs des transports et l’accès aux cités universitaires, ce que les autorités leur refusent parce qu’ils ne sont pas « sahraouis ».

Le communiqué honteux du ministère
Le communiqué du ministère

Pour rappel, le mouvement estudiantin amazigh organise chaque année des manifestations à Tinghir pour exiger plus de bourses et d’aides aux étudiants.

Pressions

Juste après la mort de Omar Khaleq, les autorités ont exercé des pressions sur sa famille pour l’enterrer la nuit-même au le lendemain au lever du jour. Le but étant d’empêcher que des milliers de personnes prennent part à ses funérailles. Malgré ces pressions, des milliers de militants sont arrivés à Ikniwen le vendredi matin pour assister à l’enterrement. Le même jour, des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes de la région et dans plusieurs universités. Des appels à manifester devant le parlement marocain à Rabat ont été lancés.

Ces pressions sont courantes. Après la mort de Mbark Oularbi, leader du groupe Saghru Band, les autorités d’Imtghren avaient également exercé des pressions similaires sur sa famille, empêchant des dizaines de personnes venues de loin d’assister à son enterrement.

« Justice »

D’après des médias marocains, au moins onze personnes, tous des étudiants sahraouis, ont été arrêtées et poursuivies pour meurtre avec préméditation. Le tribunal de Marrakech a refusé de les poursuivre en état de liberté vu la gravité des faits qui leur sont reprochés. Ceci dit, e Mouvement amazigh doit être très vigilant et ne pas faire confiance aux tribunaux marocains. Il ne doit pas avoir la mémoire courte. On se rappelle tous comment les autorités marocaines ont manipulé, en 2007, des étudiants arabistes, allant jusqu’à leur verser de l’argent, pour attaquer des étudiants amazighs dans plusieurs universités, notamment à Imtghren et à Meknès, et comment plusieurs dizaines de militants amazighs avaient été blessés grièvement, arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prisons. Suite à de faux témoignages et à des preuves fabriquées de toutes pièces, deux de ces militants Mustapha Ousaya et Hamid Ouadouch, croupissent toujours dans la prison de Toulal à Meknès pour des meurtres qu’ils n’ont jamais commis.

Le tribunal de Marrakech pourra libérer les criminels qui ont tué Omar Khaleq dès que l’agitation et la colère provoquées par cet assassinat s’estompe, ou encore les condamner à des peines très légères et symboliques. Tout est possible dans la monarchie de Mohammed VI où l’injustice est monnaie courante.

Etrange coïncidence

Alors que des étudiants arabistes attaquent des étudiants amazighs à Marrakech, l’administration de la prison de Toulal à Meknès informe Mustapha Ousaya qu’il a été gracié et qu’il sera libéré le 20 mai prochain, alors que son codétenu, Hamid Ouadouch, n’a pas bénéficié de cette mesure. Les deux détenus, qui étaient condamnées en 2007 à dix ans de prison chacun, convaincus de leur innocence, avaient toujours refusé de solliciter la grâce royale.

Vigilance

Il n’est pas exclu que la police de la monarchie procède à l’arrestation de militants amazighs suite au meurtre de Omar Khaleq. Le Mouvement amazigh doit redoubler de vigilance et tirer les leçons des précédentes attaques menées contre ses membres. Il est également temps que le Mouvement amazigh universitaire unisse ses forces, se structure et s’organise pour faire face aux forces ennemies qui aspirent à le provoquer afin de l’attirer vers la violence.

A. Azergui

Antiterrorisme : Et si on commence par changer les manuels scolaires !

Alors que plusieurs centaines de Marocains ont rejoint, et continuent de rejoindre, les rangs du groupe terroriste « Etat Islamique »  et que les annonces de démantèlements de cellules terroristes se suivent dans le pays, l’Etat marocain a pris la décision de renforcer son arsenal juridique pour lutter efficacement contre la menace terroriste. Un projet de loi modifiant et complétant les dispositions du Code pénal et de la procédure pénale relatives à la lutte contre le terrorisme a été adopté par la Commission de Justice, de Législation et des droits de l’Homme à la Chambre des représentants, mercredi 14 janvier. Ce texte, décrié par des associations des droits humains, vient renforcer la loi antiterroriste n°03-03, promulguée au lendemain des attentats kamikazes de Casablanca de 2003. Ce dernier texte, pour rappel, a été également largement critiqué par plusieurs institutions internationales, notamment le Comité contre la torture et le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU.v

Que prévoit le nouveau texte ?

Le nouvel article 218-1-1 du code pénal stipule qu’il est considéré comme acte terroriste «le fait de se rallier ou de tenter de se rallier individuellement ou collectivement, dans un cadre organisé ou non, à des entités, organisations, bandes ou groupes, terroristes, quels que soient leur forme, leur objet, ou le lieu où ils se trouvent situés, même si les actes terroristes ne visent pas à porter préjudice au Royaume du Maroc ou à ses intérêts». Il prévoit également que «le fait de recevoir ou de tenter de recevoir un entraînement ou une formation quelles qu’en soient la forme, la nature ou la durée à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire du Royaume du Maroc, en vue de commettre un acte de terrorisme à l’intérieur ou à l’extérieur du Royaume, indépendamment de la survenance d’un tel acte», sera aussi considéré comme un acte de terrorisme. Les auteurs de ces actes seront punis, selon la nouvelle loi, de la réclusion de cinq à quinze ans et d’une amende de 50.000 à 500.000 dirhams. «Toutefois, lorsque l’auteur de l’infraction est une personne morale, il est puni d’une amende de 250.000 à 2.500.000 dirhams en prononçant à son encontre la dissolution ainsi que les deux mesures de sûreté prévues à l’article 62 du code pénal, sous réserve des droits des tiers et sans préjudice des sanctions qui pourraient être prononcées à l’encontre de ses dirigeants ou agents ayant commis ou tenté de commettre l’infraction», précise ce même article

Une menace pour les libertés publiques :

Cette loi n’est pas précise, en ce sens qu’elle permet une large interprétation des actes terroristes. Elle retreint également les libertés et prévoit des sanctions extrêmement sévères. La majorité des actes incriminés dans ce projet permet aux autorités de bénéficier d’un large pouvoir d’appréciation et d’interprétation pour transformer des actes de droit commun en actes terroristes, ce qui constitue une menace sérieuse pour les libertés publiques et les droits des accusés.

Cette loi est un clou de plus dans le cercueil des libertés publiques et des droits de l’Homme, déjà largement malmenés au Maroc. Je rappelle que la loi anti-terroriste marocaine promulguée le 28 mai 2003, restreint déjà considérablement les libertés publiques et les droits des personnes accusées de terrorisme. Elle allonge la durée légale de la garde à vue dans le cas de crime terroriste (8 à 12 jours) et élargit le champ de l’application de la peine de mort. Elle facilite les écoutes téléphoniques et la levée du secret bancaire et autorise la surveillance d’Internet et le bâillonnement de la presse. Elle a pour seule conséquence de resserrer le champ de la liberté d’expression.

Le Maroc a suivi l’exemple de la France où une nouvelle loi antiteroriste a été votée le 18 septembre dernier. Ce projet vise à réduire le risque d’attentats terroristes en renforçant les moyens d’enquête, en dotant le pays aussi d’instruments plus efficaces de lutte contre la propagande sur internet et en améliorant la capacité du pays à empêcher les départs. Mais, contrairement au Maroc, la France est une démocratie et le parlement peut contrôler l’action des services de renseignement. La justice est aussi indépendante, ce qui n’est pas le cas au Maroc où elle reste sous influence. Dans ce dernier pays, les abus de tout genre sont fréquents.

L’école d’abord !

Il faut dire que cette loi n’est adaptée à la situation actuelle et qu’elle ne permettra pas de mettre un terme aux départs des djihadistes pour la Syrie, même si leur retour éventuel au Maroc constitue une menace sérieuse pour la stabilité du pays. Penser le contraire relève de la naïveté. Cette  vision purement sécuritaire est très dangereuse. On ne peut pas régler le problème en modifiant quelques articles du code pénal ou en mettant en place une loi antiterroriste. Le tout sécuritaire est improductif. Il contribue même à la radicalisation. Je rappelle que ces Marocains qui quittent le pays pour rallier des groupes djihadistes en Syrie et en Irak (ils sont au moins plus de 2 000 maintenant) ou dans le Sahel sont des produits de notre système éducatif, l’un des plus arriérés au monde. Le système éducatif et les médias officiels ont créé ces monstres dont le pays craint aujourd’hui de devenir un jour l’otage. Au Maroc, l’école apprend toujours aux enfants la nécessité de faire le djihad, l’intolérance, la haine des juifs et des chrétiens. Elle leur apprend qu’il faut tuer les apostats et les « ennemis d’Allah ». Nos manuels scolaires, nos télévisions et nos mosquées distillent la haine et l’intolérance avec la bénédiction de l’Etat. Cette école ne leur apprend pas le respect des autres (femmes, juifs, chrétiens, etc), les droits et les libertés et ne les dote pas d’un esprit critique. Les enfants ne bénéficient pas aussi d’aucune éducation civique. Les médias publics comme la télévision et les radios jouent un rôle déterminant dans la « formation religieuse » des Marocains et dans leur radicalisation aussi. Je crois qu’il faut commencer par là. C’est à dire : Expurger nos manuels scolaires, nos médias et notre vie publique de la religion. Il faut expliquer aux gens que leur religion ne concerne qu’eux et qu’ils n’ont pas le droit de vouloir l’imposer aux autres.

Une loi ne peut pas régler, à toute seule, le problème, alors que tous les ingrédients de fabrication de kamikazes et d’extrémistes religieux sont toujours réunis et même nourris par l’Etat. Il faut commencer par le commencement : L’Education. Tout le reste n’est que littérature.

 A. Azergui