WIN U TDEΓWT

Godot

Tout habitant de Tafilalt-Dra a certainement attendu « U Tdeghwt » ou « U Dra » des centaines de fois, dans une administration, un hôpital ou devant une école, un marché, une faculté.

Voici le premier jet d’une pièce de théâtre légèrement inspirée de « En attendant Godot » de Samuel Beckett et qui se déroule dans le Tafilalet.

J’ai fait le choix d’écrire comme on parle au quotidien sans néologisme et sans artifices pour permettre à chacun de comprendre.

Si vous pensez pouvoir jouer cette pièce, faites-le.

Le texte en PDF :

Win U Tdeght 28 mars

VIDEO : « Aɣerrabu », un poème de Sifaw chanté par Ali AFDIS



Aɣerrabu

Γri aɣerrabu
Xseɣ ad ruleɣ
Aliy-d a yaḍu ad kmeɣ ilel
Tuden-id teqqa
Xseɣ ad tt-sefḍeɣ
Iles-inu irwel
Yuggwad s bugel
Yuweḍ-id wawal
Itcur s ukwerfa
Uci-id tallumt
Sẓlitted aẓẓal
Iṭṭef-iyi fiɣer
Xseɣ ad tt-nɣeɣ
Fki-id tagelzimt
Rni-id aɣil
Xseɣ ad afgeɣ
Uci-id ifriwen ad awḍeɣ itran
d mammu tin yugal
Sserɣi-id taftilt
Xseɣ ad nḍeɣ
Deffer Bunadem
Di ammas n azal
Ufiɣ asefru n Si Muḥend U Mḥend
Qneɣ-t di tzibba
Udfeɣ sis ilel
Dsiɣ si ufiɣ ilel d jidi
Seqqdeɣ tiwdi seḍseɣ adfel
Xseɣ ad afgeɣ
Fki-id isufag
Add awiɣ itran ad rẓun bugel.

Saɛid Sifaw

TRADUCTION  :

J’ai un bateau
J’ai envie de m’enfuir
Que le vent se lève pour que je puisse naviguer
La poussière m’enterre
J’ai envie de la chasser
Ma langue m’a trahi
Elle a choisi le silence par peur d’être muselée
J’ai entendu des paroles
Pleines d’ivraie
Passez-moi un tamis
Pour les éclaircir.
Un serpent m’a attrapé
J’ai envie de le tuer
Donnez-moi une hache
Et aidez-moi à en finir.
Je veux voler
Donnez-moi des ailes pour que j’atteigne les étoiles,
Et celui qui les a placés dans le ciel.
Allumez-moi une lampe
Aujourd’hui, j’ai envie de marcher
Au milieu des gens en plein jour.
J’ai trouvé un poème de Si Muhend U-Mhend,
Je l’ai enroulé dans une cotte de maille
Et pénétré en mer.
J’ai senti la joie lorsque j’ai vu la mer et la terre
J’ai abandonné ma peur et fait rire la neige
Aujourd’hui je m’envolerai
Donnez-moi des ailes
Pour cueillir des étoiles
Qui briseront nos chaînes.
Je veux m’envoler,
Donnez moi des ailes !

Traduction : Aksil AZERGUI

MASIN FERKAL : Dans le pays amazigh je n’ai pas vu la guerre !


Nous avons rencontré Masin FERKAL, président de l’ONG Tamazgha (Paris), qui s’était rendu récemment à Zouara en Libye. Il a répondu à nos questions.


Neoculture amazighe : Vous vous êtes rendus récemment à Zouara (en Libye), comment pourriez-vous décrire la situation sur place surtout sur le plan sécuritaire. On entend souvent dire dans les médias que la Libye est en guerre.

Masin Ferkal : A At-Willul, comme ailleurs dans le pays amazigh en Libye, la situation est plutôt celle d’un pays qui vit normalement. Les citoyens vaquent à leurs occupations quotidiennes : ils vont au travail, ils font leurs courses dans les magasins ou dans les marchés, les enfants vont à l’école, les hommes discutent dans les cafés, les restaurants sont ouverts et accueillent du monde, les voitures circulent en toute sécurité même tard dans la nuit, y en a qui font du sport, d’autres font la fête,… Une situation somme toute ordinaire.
Il est vrai que l’on parle beaucoup de la Libye comme étant un pays en guerre, mais dans le pays amazigh je n’ai pas vu la guerre. Durant tout mon séjour dans la région d’At-Willul, je n’ai pas vu l’ombre d’une arme dans les rues. Il faut dire que cela est dû aussi au fait que les Amazighs assurent leur propre sécurité et défendent leur territoire. Les lieux de conflits entre les deux camps qui se font la guerre en Libye restent loin des régions amazighes.



Il paraît que ce territoire est complètement géré par les Amazighs, loins de l’influence des deux gouvernements rivaux en place. Qu’en est-il de la situation sur le terrain ?

Effectivement, comme je le disais plus haut, les Amazighs assurent eux-mêmes la sécurité de leur territoire qu’ils gèrent en effet. Les deux clans qui se font la guerre en Libye, notamment depuis avril 2019, à savoir le Gouvernement d’entente nationale, présidé par Fayez El-Sarraj, reconu par les Nations unies, et Khalifa Haftar, qui contrôle une bonne partie de l’est de la Libye décidé à prendre le pouvoir à Tripoli par la force, n’ont aucun pouvoir sur le territoire amazigh dans la mesure où les forces armées qui contrôlent ce territoire sont issues des Amazighs eux-mêmes. Il faut rappeler que suite à la chute du régime de Kadhafi en 2011, les Amazighs n’avaient pas déposé les armes et ont continué à assurer eux-mêmes le contrôle de leur territoire. Ce sont eux également qui contrôlent la frontière avec la Tunisie. Sur le plan administratif, les autorités locales, notamment les municipalités, sont naturellement gérées par les Amazighs même si structurellement ces institutions sont liées aux autorités du gouvernement central.
Il convient également de signaler que les Amazighs sont en désaccord profond avec les autorités libyennes et ce depuis la chute du régime de Kadhafi. Les Amazighs refusent de reconnaître des autorités et institutions qui refusent de reconnaître l’Amazighité de la Libye et ne veulent en aucun cas négocier ce droit fondamental.



Quelle est la place de la langue amazighe dans cette région ? Est-elle enseignée ?

La langue amazighe est tout simplement chez elle dans cette région. C’est la langue d’expression naturelle dans ce pays et c’est une langue qui est visible partout. Sur les frontons des bâtiments officiels, sur les documents officiels, sur les murs, sur les devantures de nombre de magasins, etc. Bien entendu, la langue amazighe est enseignée à l’école et ce depuis 2011. Les Amazighs ont pris une décision unilatérale de l’enseigner et n’ont pas attendu une quelconque reconnaissance des autorités étatiques. Et depuis 2014, un département de langue amazighe est ouvert à la Faculté de Zouara. Sur décision du gouvernement libyen.

Il paraît que le mouvement amazigh est ancré dans cette région qui se distinguerait par sa stabilité. Cette région est-elle auto-gérée ? Quels liens entretient-elle avec le gouvernement de Tripoli ?

Oui, on peut dire que les régions amazighes sont auto-gérées dans la mesure où la gestion des affaires de la Cité est assurée par des Amazighs, y compris la sécurité. En revanche, l’administration et les institutions dépendent de l’administration et des institutions de l’Etat libyen. Financièrement, elles ne sont pas indépendantes. A titre d’exemple, les salaires des fonctionnaires sont assurés par l’Etat central. En d’autres termes, le rapport de forces fait que les Amazighs imposent nombre de choses sur leur territoire.

Quels liens entretient-ils également avec les Touaregs ?

Il y a, bien entendu, des liens entre les Amazighs du nord et les Amazighs de Tinéré, mais il faut dire qu’ils sont fragiles. Pour l’instant, au-delà du sentiment d’appartenance à la même famille amazighe, les deux composantes n’ont pas su bâtir un projet commun. Déjà que même dans le projet constitutionnel du nouvel Etat libyen et dans la terminologie « institutionnel » reprise, par ailleurs, sur le plan international, il est toujours question d’« Amazighs » et de « Touaregs », comme si les « Touaregs » n’étaient pas des Amazighs !
Beaucoup de choses restent donc à faire entre Amazighs du nord (At-Willul et Adrar n Infusen) et ceux du sud (Touaregs de Ténéré). Il convient également de signaler la ville de Ghadamès où vivent des Amazighs. Avec ces derniers des liens existent mais restent timides et, comme pour les Touaregs, il y a pour le moment absence de projet commun.
En effet, les Amazighs de Libye ont tout intérêt à se coordonner et à bâtir un projet commun pour constituer un bloc en mesure de faire face aux forces hostiles à l’Amazighité de la Libye.

Que faudra-t-il faire à votre avis pour soutenir les Amazighs de Libye ?

Il faut déjà y aller pour visiter le pays et le connaître et se rendre compte de la réalité de la situation. Il faudra également tisse des liens avec les Amazighs libyens.
Ceux qui le souhaitent peuvent s’y installer pour y travailler, y vivre et participer au développement du pays.
Une chose est sûre ; le pays amazigh en Libye est un espace ouvert à l’ensemble des Amazighs qui veulent s’y rendre pour participer à son développement, à sa protection et à sa défense. Nos frères amazighs de Libye l’ont pratiquement libéré, à l’ensemble des Amazighs de contribuer à le défendre et à ne pas compromettre cette liberté chèrement acquise. A l’ensemble des Amazighs d’œuvrer pour conforter les forces amazighes qui défendent aujourd’hui ce territoire. A ce propos, Chabane Slimani, originaire de Kabylie, tombé au champ d’honneur, armes à la main, en défendant le territoire d’At-Willul est un exemple de cette nécessaire mobilisation de l’ensemble des Amazighs pour la défense des territoires amazighs libérés en Libye.
Il conviendrait également d’encourager les échanges culturels avec les Amazighs de Libye. Il est important que des acteurs culturels se rendent dans ce territoire pour s’y produire et pour partager leur savoir et art avec les Amazighs de Libye. Sur le plan universitaire et scientifique également, beaucoup de choses pourron être faites.

N.B : Les photos qui illustrent cet entretien ont été prises par Masin Ferkal.

Entretien réalisé par : Aksil Azergui

 

« Le chant de la guerrière », un torrent de colère.

C’est un recueil très engagé que nous offre Amina Amharech. Le lecteur est happé d’emblée par un torrent de colère et de révolte qui traverse toute l’oeuvre. Ce recueil n’est pas de ceux qui se morcèlent. Il forme un seul bloc, brûlant comme des braises. Il se lit d’un trait.

L’engagement forme l’épine dorsale de ce livre qui conjure le mauvais sort, pleure les oubliés et les malheurs qui frappent les Atlas meurtris par tant de décennies de marginalisation et de mépris.

Amina est témoin de son temps. Elle est une chroniqueuse qui croque le quotidien difficile de petites gens exilées dans leur peau. Elle décrit, gueule, crie, rêve et surtout pleure l’Atlas. Tourmentée par tant de malheurs, tant de détresse, tant de rêves avortés, l’auteure adopte une sorte d’écriture parlée. Des mots simples pour dire une grande colère. Ces mots transpirent sa langue maternelle. Amina pense en Tamazight et pleure en français.

De l’assassinat d’Omar Khaleq dit « Izem » à la décapitation de « Rifinox » en passant par l’affaire d’Imider, de celle des enfants morts de froid dans les régions d’Anefgou et d’Imilchil et du berger Hamid Ouali retrouvé mort dans l’indifférence dans les neiges de Bouyeblan, la poétesse dresse le portrait d’un peuple traqué, combattu et oublié, et dont les enfants sont forcés de s’exiler sur leurs propres terres. Certains sont parfois tués, d’aucuns jetés injustement dans les geôles. D’autres, désespérés, sont forcés à l’exil.

Amina parcourt les Atlas et le Rif frappés par le même mal. Elle s’abreuve de leurs malheurs pour nous offrir de belles et tristes chroniques. Elle incarne cet imaginaire poétique amazigh qui a toujours su résister à l’indifférence, à la répression politique avec tant de finesse et de subtilité. Elle est la « Mririda » moderne qui a choisi d’être témoin que victime, libre et non soumise. Dans ses textes, Amina transcende la subtilité légendaire des poètes traditionnels. Elle se révolte. Ses textes sont un cri de colère dans la nuit qui s’est abattue sur les Atlas et le Rif. Elle réveille les consciences, met des mots crus sur les plaies toujours ouvertes, qui refusent de se cicatriser. Elle se veut une guerrière qui dit haut ce que, ceux murés dans le silence, pensent tout bas.

Amina porte en elle l’étendard de la lutte. Elle est cet étendard. Elle l’assume en publiant ce recueil.

Au lieu de subir dans le silence, elle a choisi comme tant d’autres d’écrire, de composer des poèmes, de dénoncer, de distiller du courage dans les cœurs meurtris des habitants de ces régions laissées pour compte. Sa voix, écrit-elle, est celle de « gazé », de « broyé », de « kidnappé », de « l’assassiné », de « l’immolé », de « spolié », de « l’appauvri », de « l’humilié » et de tous les sacrifiés, sans voix. Toute une nomenclature de termes, de mots qui renseignent sur les maux d’un peuple opprimé jusque dans ses terres.

Ses textes, similaires à des braises, sont jetés brûlants et crus à la face d’un monde qui ne sait plus écouter les marginalisés et les reclus. Face à ce silence et comme le font les Imazighen depuis la nuit des temps, elle fait appel à la malédiction (amuttel) pour que les « vaincus » puissent prendre leur revanche et s’affranchir d’une autre malédiction, cette fois-ci maligne et maléfique, qui les enchaîne depuis la pénétration française au Maroc. Elle s’adresse à Amuttel comme à un dieu sauveteur :

Amuttel

Que ton règne arrive

Et que l’injustice s’éteigne

Rendant enfin l’espoir

Aux condamnés

Qui prient résignés

Dans le froid

Des geôles loin des leurs

Qui là-bas au loin

Pleurent

Meurent.

Ce recueil est un manifeste. Un appel lancé à tous ces Hommes, privés de leurs rêves, de leurs droits, de leurs terres, à se soulever, à marcher, à apprendre à élever la voix. Et à dire NON.

Par : Aksil  Azergui