Ces détenus amazighs qu’on oublie !

Le 17 mai 2015, le tribunal de Ouarzazat a condamné trois militants arrêtés lors de manifestations pacifiques organisées le 16 mai 2014 à Messissi dans la région d’Alnif (province de Tinghir) à trois ans de prison ferme chacun.

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Ces détenus qui purgent leurs peines à la prison d’Imtghren (Errachidia) où ils ont été transférés, sont Ali Ben Yidir, Hasan Hamouni et Hmad Ben Yidir. Ils ont été arrêtés lors d’une intervention des forces de répression pour disperser des manifestations sociales organisées par les habitants de plusieurs villages d’Alnif. Les manifestants revendiquaient la construction d’un hôpital, des routes, de l’eau potable, de l’électricité et de la farine de blé d’une meilleure qualité. Tout ce qu’il y a de plus normal dans un pays qui se respecte !
Les habitants que ces militants défendaient vivent dans l’une des régions les plus appauvries, alors que son sous-sol regorge de richesses minières siphonnées par des multinationales et un célèbre holding royal. Les habitants n’ont droit qu’à la poussière, au mépris et à la prison en cas de protestation.
Ce qui nous amène aujourd’hui à parler de ces trois militants est révoltant. Il s’agit de leur oubli flagrant par le Mouvement amazigh. Ils ont subi une injustice et ont manifesté pour réclamer des droits, pas pour eux, mais pour toute la population de la région. Il est, de ce fait, naturel qu’ils soient soutenus par le Mouvement amazigh.
Depuis leur condamnation, on n’entend plus parler d’eux. Ils ont été jetés dans l’oubli. Aucune association des droits humains n’a pensé à les soutenir et à médiatiser leur affaire. Et pourtant, ils ne sont pas des criminels de droit commun. Ils sont des détenus politiques. Ils ont manifesté contre une politique de mépris dont les victimes sont des Amazighs. Pourquoi le Mouvement amazigh ne les soutient pas ? Pourquoi très peu de militants leur rendent visite à la prison d’Imtghren ?

Les détenus Ali Ben Yidir, Hasan Hamouni et Hmad Ben Yidir méritent tout notre soutien. Il est de notre devoir de rappeler l’injustice qu’ils ont subie en exigeant leur libération.

Le Mouvement amazigh n’a pas le droit de les oublier.

A. Azergui

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PRÉNOMS AMAZIGHS : L’insoutenable absurdité marocaine !

Une Commission dite de « la justice et des droits de l’homme » qui refuse obstinément de mettre un terme à une discrimination. C’est le nouvel exploit que vient de réaliser le parlement de la monarchie marocaine le 29 janvier dernier en refusant d’autoriser les prénoms amazighs. Pour lui, c’est très normal.  alph

Une loi discriminatoire :

Revenant un peu en arrière. Le 28 janvier 2003, le groupe parlementaire de l’USFP (Union socialiste des forces populaires) a déposé à la Chambre des représentants, une proposition de loi relative au régime de l’état civil. Elle concerne l’amendement de deux articles de la loi jugés « discriminatoires ».  L’un de ces deux articles (21) prévoit ce qui suit :  « Le prénom choisi par la personne faisant la déclaration de naissance en vue de l’inscription sur les registres de l’état civil doit présenter un caractère marocain». Ce texte est toutefois flou et laisse aux officiers d’état civil le champ libre aux interprétations. Certains refusent d’enregistrer des prénoms amazighs, prétextant qu’ils ne sont pas marocains. Et c’est encore une fois discriminatoire et anticonstitutionnel.

Le parti du chef du gouvernement marocain, (PJD, islamiste) avait réagi à cette proposition, affirmant qu’il la rejette et qu’elle est « sans aucun fondement légal ». De son côté, le ministre de l’intérieur, Mohamed Hassad avait jugé dépassé l’amendement de la loi autorisant les prénoms amazighs. Il avait déclaré que les officiers de l’Etat civil enregistrent les prénoms amazighs sans aucune discrimination.

Des prénoms amazighs « contraires à l’islam »

Tout laissait présager un refus d’autorisation des prénoms amazighs par le parlement. C’est ce qui s’était passé le 29 janvier dernier. Le ministre marocain de l’intérieur a affirmé, juste après ce refus, dans des déclarations à des médias marocains, qu’il n’existe aucune loi qui interdit les prénoms amazighs et que ces derniers sont autorisés. Si le ministre de l’intérieur a choisi la langue du bois, le député islamiste Aziz Kermat est plus clair. Il reconnaît qu’il existe une interdiction. « L’interdiction de certains prénoms amazighs est justifié par leur contradiction avec l’islam », a-t-il déclaré, ajoutant que « certains prénoms amazighs faisant allusion à d’anciennes divinités ou à charge symbolique religieuse sont interdits.»

Le cas Ayyur :

Imider-Ce refus intervient alors que ce qui convient d’appeler « l’affaire Ayyur » a éclaté au grand jour. Cette affaire à elle seule résume l’absurdité marocaine.

Ayyur est né le 17 novembre 2004 à Boulmane dans le Moyen. L’officier de l’état civil l’inscrit sur les registres de l’Etat civil. Jusqu’ici tout va bien, mais un beau jour de 2014, l’enfant se retrouve dépossédé officiellement de son prénom. Il a été effacé tout simplement et de nouveaux actes de naissance sont délivrés à la famille, avec à la place du prénom, un matricule. L’enfant n’a plus d’existence.

Le cas d’Ayyur n’est autre que l’arbre qui cache la forêt. Au « plus beau pays au monde », plusieurs enfants sont toujours privés de porter des prénoms amazighs. C’est une réalité que le ministre marocain de l’intérieur connaît. Ces derniers peuvent être refusés pour n’importe quelle raison et par n’importe quel officier de l’Etat civil zélé ou amazighophobe, sans craindre de représailles ou de poursuites judiciaires. Des familles craignant des représailles des autorités évitent de donner des prénoms amazighs à leurs rejetons ou choisissent d’abandonner après un premier refus. D’autres sont obligées de batailler, de porter l’affaire devant des tribunaux pour avoir ce droit. Plus absurde encore, ce cas d’un amazigh originaire d’Alnif (province de Tinghir) qui a choisi de donner le prénom « Yidir » à son fils et avait cru que ce prénom avait été enregistré. Ce n’est qu’une fois l’enfant scolarisé que le père découvre que son fils s’appelle officiellement « Youssef.» L’officier de l’état civil avait tout simplement usé de son autorité face à un père ne parlant par l’arabe pour décider à sa place.

Les autorités marocaines ont annoncé à plusieurs reprises que les prénoms amazighs sont autorisés, mais en réalité, l’interdiction est la règle. L’amazighophobie a la peau très dure. Elle continuera tant que le peuple amazigh refuse de prendre son destin en main

A. Azergui

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Au Maroc, on achève bien les militants amazighs. Le tribunal de Ouarzazat a condamné, jeudi 3 juillet 2014, trois militants arrêtés lors des manifestations organisées le 16 mai 2014 à Messissi dans la région d’Alnif (province de Tinghir) à trois ans de prison ferme chacun.

Activité culturelle à l'entrée de Ighrem d'Alnif
Activité culturelle à l’entrée de Ighrem d’Alnif

Ali Ben Yidir, Hasan Hamouni et Hmad Ben Yidir ont été arrêtés lors d’une intervention des forces de répression pour disperser des manifestations sociales organisées par les habitants de plusieurs villages d’Alnif qui dénonçaient la marginalisation de la région. Les habitants revendiquent un hôpital, des routes, de l’eau potable, de l’électricité et de la farine de blé d’une meilleure qualité. Tout ce qu’il y a de plus normal dans un pays qui se respecte ! Mais, au « plus beau pays au monde », ces manifestations sociales et pacifiques sont perçues comme une provocation, un acte de rébellion qu’il fallait punir. Ces militants – et avant eux les détenus d’Imider – ont été condamnés pour servir d’exemple. Les habitants que ces militants défendaient vivent dans l’une des régions les plus appauvries du pays, alors que son sous-sol regorge de richesses minières siphonnées par des multinationales et un célèbre holding royal. Les habitants n’ont droit qu’à la poussière, au mépris et à la prison en cas de protestation.

La monarchie ne tolère pas que des habitants manifestent leur colère publiquement contre le mépris des autorités et la marginalisation de la région. Elle tente de canaliser cette colère, de la dissoudre et de corrompre les âmes et les esprits à travers l’organisation de festivals et de « rencontres culturelles » dans toutes les villes de la région. Cette année, toutes les villes de la région auront leurs festivals et les « poètes » locaux seront invités à lire leurs textes et, aussi et surtout, pour crier « Vive le roi ! ». On invitera des chanteurs venus d’Afrique et d’Europe et on leur versera plusieurs millions d’euros, alors que les habitants manquent d’eau potable, de farine de bonne qualité et d’un peu de… considération.

A. Azergui