Tamazight TV, une arme d’arabrutisation massive

Les médias audiovisuels du secteur public à Tamazgha Occidentale sont des vecteurs d’arabrutisation et d’islamisation. La chaîne appelée Tamazight TV  ne fait pas exception. Cette chaîne est un poison mortel, un outil d’arabisation massif des berbérophones.

Tous les programmes de cette chaîne sont sous-titrés en arabe classique, alors qu’aucune émission de toutes les chaînes publiques marocaines ne l’est en tamazight. Le sous-titrage en arabe est l’une des conditions stipulées dans les cahiers de charges imposés aux entreprises de production pour que leurs émissions soient diffusées.

Lorsqu’un film produit en dialectal marocain (darija) est doublé dans une variante de tamazight, celui-ci est sous-titré en arabe classique. Comble d’absurdité. Des cours d’arabe classique sont aussi proposés sur cette chaîne, alors qu’on en trouve rarement dans les programmes des autres chaînes publiques. Les émissions sur l’islam foisonnent égamement. Tamazight TV est en réalité un instrument de diffusion de la pensée arabo-islamique.

Les émissions sont d’une médiocrité repoussante, infantilisantes et véhiculant la pensée unique et le seul point de vue des autorités. La langue amazighe est traquée, combattue et minorisée même dans une chaîne dite « Tamazight ».

Tamazight TV n’a rien à envier à Tamazight TV4, diffusée par le régime militaire algérien. Le concept est le même. Le but est aussi d’aliéner et de dominer les Berbères pour mieux les arabiser et les islamiser.

Il faut dire, par ailleurs, aussi que la passivité des hommes d’affaires berbères est révoltante. Ils sont incapables d’investir dans des chaînes privées qui auront pour mission de porter la voix des Amazighs : est-ce par peur de représailles des autorités ou juste par lâcheté.

Tamazight TV n’est qu’un symptôme du cancer qui ronge le mouvement berbère. Après plus de quarante ans de combat identitaire, Imazighen de ce côté là de Tamazgha n’ont ni une télévision indépendante, ni un journal dans leur langue, ni une maison d’édition. L’Ircam et le palais corrompent tout ceux qui bougent, et les voix libres se font de plus en plus rares. Le mouvement amazigh, gangréné par la médiocrité, l’arabisme et l’islamisme, favorisés par les Amazighs eux-même, est devenu le pire ennemi des Imazighen. Le fossoyeur de leur identité.

Les « acquis » de ce mouvement au cours des dernières décennies se sont transformés en pièges qui se sont renfermés sur les Amazighs. Et pour échapper à ces pièges, il ne s’agit pas, comme le souhaitent certains berbères de service, de fonder un parti politique.

Imazighen ont besoin d’un mouvement indépendant, structuré et courageux politiquement. Il est plus que jamais temps.

A. Azergui

Yidir Zekkouri : « L’emprunt est un facteur d’appauvrissement de la langue amazighe »

« Lexique du corps humain et du mouvement, Introduction au lexique sportif» est le titre d’un nouveau dictionnaire amazigh publié par Yidir Zekkouri, professeur d’éducation physique et chercheur.

Avec ce lexique en quatre langues (Français-anglais-Amazigh-Arabe), Yidir a relevé un défi crucial, celui de doter la langue amazigh d’un dictionnaire spécialisé dans le domaine sportif en général, du corps humain et du mouvement en particulier.

Ce dictionnaire d’une grande précision, s’adresse aussi à l’ensemble des personnes pratiquant la danse, la musculation, la gymnastique et la psychomotricité. Il vient combler une lacune dont souffre le domaine lexical amazigh.

Nous avons rencontré l’auteur qui a répondu à nos questions :

Pourquoi un lexique du corps humain et du mouvement ?

En effet, exerçant le métier d’enseignant d’éducation physique et sportive (EPS) à des élèves en majorité amazighophones, l’idée de travailler sur un lexique sportif m’a longtemps apparue d’une utilité pédagogique et pratique. Etant amené par conséquence à l’utilisation de la langue amazighe avec mes élèves lors des séances d’enseignement et d’apprentissage en EPS. Ayant le souci pédagogique d’une meilleure transmission, j’ai pu constater que l’usage en classe, de la langue maternelle de mes élèves, donne à mes enseignements une évidente efficacité pour l’acquisition facilitée de nouvelles attitudes favorables à leur apprentissage rapide et constant notamment dans la maitrise des techniques et de gestes nouveaux et complexes.

L’usage de leur langue maternelle, en la valorisant ainsi à leurs yeux, attire très particulièrement l’attention de mes élèves en éveillant de même leur intérêt aux contenus des activités qui leur sont proposées. Cependant, beaucoup de difficultés limitent ma capacité de m’exprimer exclusivement en amazigh faute de synonymes aux termes français que je maitrise, du fait de ma formation entièrement en français.

Dans la perspective de combler ce manque ressenti ; J’ai du entreprendre ce travail qui consiste en une collecte de termes amazighes pour donner à chaque terme ou verbe utilisé en éducation physique et sportive en particulier et en sport en général son équivalent amazighe.

Conscient de l’absence presque totale de travaux de recherche dans ce domaine, je ne pouvais donc ignorer que l’élaboration d’un lexique sportif en langue amazighe nécessite encore des années et beaucoup plus d’efforts s’il avait fallu rendre compte de tout le lexique sportif en cette langue. Pour cela j’ai envisagé ce projet en trois phases :

– lexique du corps humain et du mouvement

– lexique sportif général

– lexique spécialisé pour chaque activité physique et sportive

Le premier choix ; lexique du corps humain et du mouvement constitue une introduction nécessaire et incontournable pour un lexique sportif amazigh. Il est indispensable à toutes techniques corporelles car l’appareil locomoteur est la base de tout enseignement lié à l’activité physique. Ajoutant à cela le rôle primordial et la place de plus en plus importante du corps humain dans notre société moderne ; le besoin grandissant de la pratique des différentes activités physiques et sportives. La place qu’occupe le sport devenu phénomène social par excellence et le soin grandissant que les individus portent à l’organisme en terme de santé, d’esthétique , d’entretien ou de prévention de maladie et ou d’accidents donnent son intérêt à un lexique en amazigh dans la mesure ou il permettrait de développer la langue en elle-même en améliorant chez les locuteurs la connaissance de son propre corps et l’apprentissage de techniques et d’attitudes éducatives en EPS dans leur langue maternelle.

En outre, les verbes d’actions, utilisés dans le domaine sportif donnent à ce lexique un complément nécessaire à sa cohérence.

Quelles sont les difficultés rencontrées lors de la réalisation de ce travail ?

Malgré l’absence constatée de dictionnaires et de lexiques spécialisés en langue amazighe, on note l’existence de certains travaux «généralistes» rassemblant un nombre important de termes originaux spécifiques au domaine de l’anatomie humaine et du sport. Le manque des moyens m’a empêché de consulter certains.

Sur le terrain, j’ai été confronté à plusieurs problèmes. Je n’ai pas pu se déplacer dans d’autres zones auprès des personnes plus âgées surtout les bergers, les bouchers, et les guérisseurs (Ijebbaren). Ces catégories sont liées au domaine de l’anatomie à cause de la nature de leurs activités.

Concernant le choix des termes, comment vous avez procédé ? 

Il est difficile, pour cela j’ai essayé de donner les différentes traductions pour chaque terme et chaque expression de ce lexique une fois qu’il y en a plusieurs qui présentent un intérêt selon les parlées et les dictionnaires que j’ai pu consulter, ces derniers relèvent dans la majorité du domaine dialectale, et cela afin de laisser une liberté de choix aux lecteurs, spécialistes et chercheurs de trancher pour certains empruntés surtout de l’arabe ! Je les conservés à cause de leurs intégration et leur usage très large. A ce point, je crois qu’il est temps de se débarrasser de ces empruntes ! Surtout lorsqu’on dispose du terme propre dans la langue amazighe. Car dans ce cas l’emprunt n’est plus un facteur d’enrichissement de la langue, mais au contraire, il sera un facteur d’appauvrissement, puisque ces emprunts sont censés remplacer des termes déjà disponibles ou à créer dans la langue, notamment lorsque il s’agit des documents et livres destinés à l’enseignement et l’apprentissage à titre exemple les dictionnaires ou les mots détiennent leurs existence « légale » aux yeux des locuteurs.

Dans le but de faciliter la prononciation j’ai tenté de créer certains termes que j’ai signalé, on se basant sur les procédures de création des néologismes attestés en linguistique amazighe notamment la composition.

J’espère que ce travail suscitera des critiques et des propositions afin qu’il soit amélioré et complété.

Entretien réalisé par : A. Azergui

Affaire Boujemâa Hebaz : Crime d’Etat et silence complice …

Boujemâa Hebaz a été kidnappé le 21 avril 1981,  il y a 35 ans. Sa famille porte toujours son deuil. Le sort de ce docteur en linguistique et militant de la cause berbère, demeure toujours inextricable. Ses ex-amis observent un silence de morts. Revenons sur cette affaire qui a tout d’un crime d’Etat.

Habaz-b-6fe9eNé en 1943 au village de Boutazolt (Ouarzazat) au Sud-Est du Maroc, Boujemâa Hebaz a été enlevé dans un appartement au quartier de l’Agdal au cœur de Rabat. Selon des témoignages recueillis à Rabat et auprès de plusieurs de ses « amis », sa thèse, soutenue en 1979 à l’université René Descartes (Paris V) et qui portait sur la langue amazighe, aurait dérangé des sécuritaires occupant de hauts lieux dans l’appareil de l’Etat marocain. Quelques-uns y campent toujours. Il a été radié de ses fonctions d’enseignant de linguistique générale à la Faculté des lettres de Rabat par Azzeddine Iraqi, ministre de l’éducation nationale de l’époque (ministre du parti de l’Istiqlal, un parti arabo-baâthiste, anti amazigh). Sa thèse de doctorat avait été perçue comme étant une atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat.

Le sort de Hebaz avait été scellé dans les locaux des services secrets qui le surveillaient en France. Il sera encouragé à regagner son pays par un membre de sa famille, agent des services qui avait pour mission d’infiltrer les milieux estudiantins marocains en France et de traquer les étudiants les plus actifs.

Début juillet 1981, trois mois après son enlèvement, Boujemâa a été amené à l’hôpital Avicenne de Rabat dans un état déplorable. Un infirmier, exerçant à l’époque dans cet hôpital et ayant gardé l’anonymat, nous a affirmé l’avoir reconnu. Il a, lui même, administré des soins médicaux à son ancien ami. Son témoignage est accablant : « Boujemâa a été sauvagement torturé et certains de ses os cassés. C’était affreux ! ». Depuis, c’est un silence radio qui prévaut sur ce crime. L’affaire Hebaz a été étouffée médiatiquement et politiquement. Aucune organisation politique marocaine, même celles des »droits humains », n’a pu adopter l’affaire de Boujemâa Hebaz, ni défendre son dossier, même si différents rapports d’Amnesty International parlent de son cas. La cause : leur racisme notoire et primitif et leur peur de faire de lui une icône du combat pour l’identité berbère au Maroc. Même ses ex-« amis de lutte » observent un silence on ne peut plus complice.

Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz

Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz

Membre fondateur de la première « association berbère » (!) au Maroc (AMREC) en 1967, ce jeune happé à la fleur de l’âge a été un militant fervent et révolutionnaire. Ses idées avant-gardistes dérangeaient ses amis, berbères de service (ils le sont toujours). Boujemâa s’est senti même trahi par eux. Il l’a exprimé à maintes reprises dans des discussions qu’il a eues avec ses amis intimes. Hebaz a consacré sa courte existence pour essayer de donner vie à une belle langue mal aimée, interdite et maintenue durant des décennies sous respiration artificielle. Ses ex-collègues ont troqué leur silence contre des postes de responsabilité, des privilèges et des biens. Quelques-uns, siégeant à la tanière des berbères de service (IRCAM) et dans différentes administrations de la monarchie marocaine, ont même mené une campagne pour le salir. Ils ne cessent de répéter que « Hebaz souffrait de la démence ! ».

La seule personne qui s’est battue pour la vérité vit, pour sa part, à Ouarzazat dans un dénuement total. Il s’appelle Abdellatif, éternelle ombre de Boujemâa et son meilleur ami. Il avait vu ses ravisseurs. Il est le témoin principal dans cette affaire. Depuis 1983, ce diplômé en sciences politiques et en journalisme refuse de plier au silence. Il est traqué, menacé et condamné à l’errance.

Interdit d’exercer toute fonction publique pour abandon d’un poste qu’il n’a jamais occupé, Abdellatif reste fidèle à la mémoire de Boujemâa qui l’a marqué à jamais. Il est toujours en chômage. Ceux qui l’emploient sont menacés de toute part.

A. Azergui

« Fugues marocaines » ou l’Atlas souillé

La chaîne franco-allemande Arte a diffusé récemment un film allemand, réalisé par Caroline Link et intitulé « Fugues marocaines » (titre original : Exit Marrakech).
La fiction raconte l’histoire de Ben, un adolescent allemand de 17 ans qui, pendant les vacances scolaires, s’envole à Marrakech pour retrouver son père Heinrich, metteur en scène de théâtre nombriliste. Les deux hommes sont presque des étrangers l’un pour l’autre. A Marrakech, le jeune homme rencontre Karima, une très jeune prostituée dont il tombe amoureux, et décide de la suivre dans son village reculé de l’Atlas. Abandonné par la prostituée à Tinghir, après un périple à travers l’Atlas, le jeune homme s’aventure dans le Tafilalt. Heinrich s’inquiète pour son fils et prend la route pour le retrouver enfin à Merzouga. Fugues

Si l’histoire du film semble banale, les idées qu’elle véhicule ne sont pas innocentes. Mal rythmé, le film qui dépeint caricaturalement un pays rongé par la prostitution et la corruption, occulte magistralement l’identité profonde du pays. On ne voit que la version carte postale, mais peinte à outrance d’arabisme. Tout est fait pour montrer que le pays est arabe. Le spectateur est placé d’emblée dans un Atlas où des femmes en costumes et en tatouages amazighs s‘expriment en arabe. A Tinghir, la réalisatrice ne filme que les ruelles d’Aqeddar, le célèbre quartier des prostituées. Ces dernières ainsi que tous les jeunes guides touristiques de Tinghir ne parlent également que l’arabe. L’un d’entre eux a même poussé un peu plus le bouchon en traduisant en anglais, au jeune Ben, les paroles de l’appel à la prière. Bref, on se croirait dans un quartier du Caire ou de Damas et non à Tinghir, au cœur de l’Atlas amazigh. Tamazight a été écartée de ce film. Seule subsiste la toponymie pour prouver que le pays est amazigh.

Le film, qui a reçu l’Oscar du meilleur film étranger (Nowhere in Africa, en 2003), exprime un souhait profond de certains politiques occidentaux. Celui de voir l’Afrique du nord arabisée et islamisée. Dans ce film, on voit Tamazgha occidentale, surtout l’Atlas, le symbole de l’amazighité et de la résistance du peuple amazigh à travers les siècles, souillé par l’arabité, l’islam et la prostitution. C’est l’Atlas comme souhaitait le voir la réalisatrice, ou comme elle l’imaginait qu’on découvre, pas comme il est dans la réalité, c’est à dire vivant et amazigh.
L’Atlas et l’amazighité ne sont pour certains cinéastes, auteurs ou journalistes occidentaux, qu’une source d’inspiration folklorique. Il est, pour eux, hors de question de présenter l’amazighité comme une culture vivante.

Le film montre ces « fugues occidentales » d’une façon très claire. Il faut dire qu’il a au moins ce mérite.

A. Azergui

Lorsque la monarchie alaouite devient un modèle pour des berbères !

Le 28 octobre 2015, Ferhat Mehenni a rendu publique une déclaration pour adresser, « au nom de la Kabylie, ses remerciements au Royaume du Maroc, à son peuple et à leur tête Sa Majesté le Roi Mohammed VI », pour une prétendue déclaration faite par un diplomate marocain aux Nations unies, à New-York, au sujet de la Kabylie. Laquelle déclaration est, selon Ferhat Mehenni,  « courageuse et pleine de sagesse et de lucidité ». Il ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction quant à cette initiative marocaine et affirme que « la solidarité que vient de témoigner le Maroc à l’égard du peuple kabyle est d’une grande profondeur et d’un poids historique inégalable pour l’avenir de la Kabylie ». Il appelle aussi les gouvernements de tous les pays à prendre exemple sur « la démarche marocaine » d’autant plus que des kabyles se prépareraient pour déposer, dans moins d’un an, une demande à l’ONU pour revendiquer l’autodétermination de la Kabylie !

MLe « modèle » marocain

Cette déclaration Ferhat Mehenni intervient en réaction à la dénonciation par Abderrazzak Laassel, le représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, des « violations des droits du peuple kabyle et les campagnes de harcèlement contre ses leaders ». Le responsable marocain avait également exprimé son soutien au « droit du peuple kabyle à disposer de lui-même ».
Ce n’est pas la première fois que Ferhat Mehenni prend le Maroc pour « modèle ». En octobre dernier, lors de son déplacement à New-York pour assister à la levée du drapeau kabyle près du siège des Nations unies, il a encensé « le modèle marocain » expliquant que le Maroc est le seul pays dans la région à avoir reconnu officiellement Tamazight. Pour Lyazid Abid, le soutien du Maroc à la cause kabyle débouchera certainement sur la reconnaissance d’autres pays. Il considère cette « reconnaissance », qui vient à point nommé, comme une victoire pour tous les pays amazighs et pas seulement pour les Kabyles. Monsieur Abid semble complètement ignorer les pays amazighs colonisés par la monarchie alaouite !

Pour rappel, lors de la quatorzième session du Conseil des droits de l’Homme en 2010, le représentant du Maroc avait déjà évoqué les violations des droits humains en Kabylie par le régime algérien.

Résumons brièvement cette situation absurde : d’un côté, on a une monarchie arabo-islamiste, hostile à tout ce qui est amazigh et où des militants amazighs purgent encore de lourdes peines de prison, qui fait semblant de soutenir les droits d’un peuple amazigh qui subit la domination d’un autre Etat arabo-islamiste. De l’autre, des Kabyles en exil, qui pensent avoir été reconnus officiellement car une monarchie peu recommandable, célèbre par sa violation des droits humains, les « défend » devant l’ONU.

M1
Une « alliance » bâtarde.

Au lieu de se démarquer de la monarchie marocaine après le coup d’éclat de son représentant à l’ONU, certains Kabyles l’ont auréolée, et ont même fait d’elle un exemple à suivre. Un « modèle ». Ivres de leur « victoire », ils ont vite oublié que le vrai visage de la monarchie alaouite est hideux. Ils ont oublié que d’autres Amazighs sont toujours colonisés dans leur chair, qu’ils souffrent sous le joug d’une monarchie arabo-islamiste qui a écrasé et pillé leurs terres. Ces Kabyles feignent d’ignorer la lutte amère des habitants amazighs d’Imider contre un holding royal depuis bientôt quatre ans. Naïfs (?), ils ont oublié les détenus politiques amazighs incarcérés à Ouarzazat, à Imtghren et à Meknès. Ils oublient les terres des Imazighen spoliées, ou encore le Rif. Ces Kabyles, éblouis par ce « modèle marocain », ont effacé d’un revers de main les souffrances de tous ces Imazighen. Ce qui importait à leurs yeux, c’est qu’un diplomate rusé, représentant cette monarchie, parle de droit de la Kabylie à l’autodétermination pour damer le pion aux généraux d’Alger, les principaux bailleurs de fond et les parrains d’une république arabo-islamiste installée sur des terres amazighes (RASD). Cette « reconnaissance », qui n’en est pas une a, semble-t-il, fait oublier tous les crimes de la monarchie à l’égard des Imazighen. Ces Kabyles amis de la monarchie alaouite semblent même les légitimer. Cette nouvelle « alliance » entre des Kabyles et la monarchie marocaine est « bâtarde ». Il est tout simplement contre-nature.

Coup de com., rien de plus !

M2Ces Kabyles qui se sont précipités à faire les louanges de la monarchie marocaines ont en réalité victimes d’une opération de communication bien ficelée, menée par des professionnels qui ont utilisé des éléments de langage chers à certains milieux kabyles pour les titiller et les pousser dans les bras de la monarchie. Ce coup réussi orchestré par le Maroc intervient quelques semaines seulement avant les grandes festivités lancées par l’Etat marocain à l’occasion du quarantième anniversaire de « la marche verte ». D’ailleurs, le monarque marocain s’est attaqué le 7 novembre, dans un discours à cette occasion, à l’Etat algérien qui soutient le droit à l’autodétermination des Sahraouis.
Dans le conflit larvé entre les Etats marocain et algérien depuis quarante ans à propos du Sahara Occidental, tous les coups diplomatiques sont permis. La monarchie marocaine et ses services doivent se régaler de voir des Kabyles les applaudir et les donner comme « modèle ». Ils auront ainsi réussi à instrumentaliser  la région de Tamazgha qui demeure l’exemple pour tous les Amazighs.

Les différents voyages de Ferhat Mehenni au pays de Mohamed VI, certaines de ses fréquentations et les différents hommages rendus à Mohammed VI et la monarchie ne sont pas passés inaperçus, et nombreux sont les militants de Tamazgha occidentale qui ne l’ont pas du tout apprécié.

Azawad, cette piqûre de rappel.

M3Depuis plusieurs années, la monarchie marocaine qui tente de s’immiscer dans les affaires de plusieurs Etats africains voisins, dont le Mali, l’Algérie et la Libye, a utilisé l’amazighité pour arriver à ses buts. On se rappelle tous de cette « audience » accordée à Marrakech par le monarque marocain, le 31 janvier 2014, à Bilal Ag Cherif, secrétaire général du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et Moussa Ag Attaher, porte-parole de ce même mouvement.
On se rappelle tous de l’image de Bilal Ag Cherif en train d’accomplir la prière à droite de Mohamed 6, alors que Moussa Ag Attaher, qui avait tenu d’ailleurs à baiser la main du monarque alaouite, était coincé entre le ministre des affaires étrangères et le chef de la DGED (Direction générale des études et de la documentation), le service de renseignement et de contre-espionnage de l’Etat marocain.

Aujourd’hui, l’Azawad est dans une grave crise et se trouve dans une impasse, une situation provoquée notamment par l’interventionnisme marocain et algérien. En effet, un mouvement souverainiste, amazigh dont les forces armées ont pu libérer l’ensemble du territoire de l’Azawad se retrouvé réduit au silence, son projet remis en cause et ses bases effritées. Aujourd’hui, nombre des dirigeants du MNLA ont été corrompus et forcés à se taire.

La Kabylie, et à travers elle tous les Amazighs, doit tirer des leçons de l’expérience de l’Azawad. Le Salut de la Kabylie ne saura venir d’un régime anti-amazigh comme la monarchie marocaine. Le « modèle » marocain, chanté par certains Kabyles, sera fatal pour la Kabylie.

A. Azergui

But who are we kidding ?

The mud is not yet dry, the wound opened by the floods in the aching hearts of the inhabitants of many places in the Souss has not yet finished to heal and the Moroccan monarchy already shows its true face, that so many Amazigh people still refuse to see. Seems that the self-hatred has taken over. Mohamed VI has announced a three-day national mourning after the death of Saudi dictator.

A victim of the flood devoured by dogs

A victim of the flood devoured by dogs

But who exactly we make fun of?
In late November, more than forty people have been killed in floods in southern Western Tamazgha. The victims and their families have been treated as outcasts, abandoned to their fate. The dead bodies thrown as rubbish on the garbage trucks, some have been abandoned and devoured by wild animals. While an entire region has suffered a martyrdom, the monarchy, detached from the reality of the country, sent two airplanes loaded with aid, including food and medicine, to Liberia.
No national mourning was declared after these tragic events. No assistance has been provided to the victims, left to die in the total indifference. Dead or alive, those are worth nothing, not a tear or a simple glance.

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Why declare a national mourning after the death of Saudi dictator? What binds the people of Western Tamazgha (Morocco) to the Saudis, these exporters of barbaric Wahhabism, a country in which the most basic human rights are violated, in which the women are treated as objects and which it also prevents driving a car or to go out unaccompanied?
If Mohammed VI wants to declare the national mourning for the death of his Wahhabi « boyfriend », would do better to decree it within the walls of his palace. Impose it to the entire population is an insult to the victims of the floods and to all citizens affected that still asking for help that will never come.

A. Azergui

Thanks Rita for translating

MAROC : Saïd Awragh libéré !

Bonne nouvelle. Saïd Awragh, militant de la cause amazighe, arrêté depuis début octobre 2014 à l’aéroport de Casablanca, à son retour des Etats-Unis, a été relaxé le 26 novembre pour absence de preuve, après deux mois d’incarcération.

Pour rappel, ce militant avait été déféré jeudi 13 novembre 2014 devant le tribunal d’Imtghren (Errachidia). On lui reprochait d’avoir participé aux altercations sanglantes survenues le 5 mai 2011 entre étudiants amazighs et autres étudiants acquis à l’idéologie arabiste à l’université d’Imtghren.

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KABYLES : j’irai cracher sur vos tombes !

KaVous avez deux choix : Soit continuer à vous soumettre aux arabo-musulmans en épousant leur dernière créature apparue sous la forme des « soldats du Califat » et j’irai cracher sur vos tombes, je maudirais vos ancêtres jusqu’à la première génération, je souillerai aussi votre soumission au 1er Novembre 1954 qui a créé ces monstres ; soit vous vous relevez enfin et renouez avec la grandeur d’une Dihya en dénonçant ces traitres qui ont fait prisonnier un cousin en souffrance, cousin parce que le français descend du latin que parlait vos ancêtres, Augustin, Apulée, ils l’avaient même embelli alors que vous n’avez fait que l’appauvrir en adoptant la langue et la religion de l’ennemi qu’il a imposé par le cimeterre (l’animisme, le judaïsme et le christianisme n’ont été imposé par personne, Rome était païenne jusqu’au 4ème siècle).herve-gourdel Si vous choisissez la première solution, si vous choisissez de persister dans la honte et la perfidie, si vous choisissez de vous soumettre à nouveau cela prouvera bien que vous n’êtes rien d’autre que des paillassons, des m….s, du chiendent, incapables dans ce cas de comprendre que vous avez été trompés, que vous vous trompez, volontairement, ce qui est pis bien sûr, alors que l’islam n’a rien à voir avec Jésus comme ces chiens le prétendent, que leur croyance ce n’est rien d’autre qu’un paganisme odieux, vulgaire, haineux, malgré quelques odes (mais quel peuple n’en a pas ?) qui ose se réclamer outre Jésus de Moïse, Abraham alors qu’il n’en est que le parasite diabolique, malin, oui, évidemment, très politique, sûr, capable d’allier des matériaux opposés, de séduire, oui, comme l’était Belzébuth, ou alors Baal, qui a pu faire des choses, certes, mais vos ancêtres ont fait mille fois mieux, alors que l’islam n’est qu’une déviation du judaïsme et du christianisme, un leurre soumettant l’humain qui a été fait libre (Gen, II, 19). Cet islam est une herbe folle qu’il faut arracher jusqu’à la racine si l’on ne veut pas seulement en « couper le gazon ». Puis il faut labourer, écraser, écrabouiller, talon à la tête et touiller, touiller pour supprimer les  scorpions qui restent.v
Où sont « les » Kabyles prétendus « Amazigh » ? Les RCD les FFS, où sont-ils ? Où sont tous ceux qui se sont couchés devant Ben Bella et Boumedienne en 1954 et en 1963 ?… Vous qui laissez les zombis venus du 7ème siècle envahir jusqu’à l’Université de Tizi Ouzou qui porte le nom de Mouloud Mammeri, ce qui est non seulement une honte mais une infamie, où êtes-vous ? Allez-vous bon sang ! prendre la route ouverte par les Kurdes, ou allez-vous continuer à baisser la tête, toute juste à être coupée lorsqu’elle ne servira à rien. Kabyles, vous êtes à vomir. Je me vomis donc moi-même puisque je le suis, une énième fois, la première fois quand Aït Hmed a rendu les armes (et j’aurais dû aller le lui dire un jour à St Denis lorsqu’il a osé faire lever la salle pour célébrer ce jour maudit de 1954 qui a été le début du « djihad » comme l’a bien montré le film de Jean-Pierre Lledo), une seconde fois quand ce fut des journalistes dits « algériens » qui furent à la base de la tuerie du commandant Massoud. Ce dernier crime, je crois a été le début du commencement d’un profond rejet de cette arabétisation qui vous éteint, vous êtes sortis de l’Histoire mais vous tentez de vous y maintenir en zombies, partez ! ou alors levez-vous et battez-vous repentez-vous tels ces bataillons perdus du Seigneur des Anneaux qui se rachetèrent et ainsi purent récupérer leurs âmes. Mais avez-vous encore une âme ?…

Par : Lucien SA Oulahbib

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ANALYSE : La haine de soi amazigh

Comment un peuple qui se veut «libre» continue de penser comme un esclave, comme un «soumis» ? Pourquoi Les « Imazighens » se convertissent sans sourciller aux religions et aux idéologies les plus destructrices et les plus néfastes au détriment de leur liberté et de leur propre existence ? D’où vient cette tendance suicidaire des Berbères ? Hassan Benhakeia, enseignant à l’université de Nador dans le Rif (Nord du Maroc) nous livre une analyse poignante. A lire absolument.haine_de_soi_01

Faut-il vraiment défendre l’Amazigh qui ne se lasse pas de s’acculturer et de s’aliéner? Quels sont les indices discriminants qui font qu’il pourrait se voir inférieur, et par conséquent se «mépriser»? Comment se plaît-il dans la reconstitution de son être collectif? Ces questions paraissent vaniteuses, j’en suis conscient, mais combien importantes pour «se faire une vision de soi». Se référer à soi, insister sur le droit à être, parler de sa culture comme une totalité… De telles idées dérangent: personne n’ose les traiter, soit par désir de demeurer «objectif» dans son discours sur l’amazighité, soit par honte de se confesser, de se voir élément futile d’un tel patrimoine qui ne se réalise point «civilisation»…

Nonobstant, il y a des Imazighen qui se «remotivent» d’enthousiasme à l’idée de se prononcer sur l’importance de la culture propre:

– «Nous ne défendons pas les Imazighen, mais tamazight, notre culture, notre histoire, notre langue, notre identité…»

Comment peut-on séparer le citoyen de la culture de la Cité? Une telle position suffit-elle vraiment à s’assurer une place dans le village universel où tout un chacun s’agrippe aux siens et tient un discours naturel sur la défense de sa culture? C’est la haine de soi qui pourrait expliquer l’absence de cette défense! L’on se déteste alors à merveille afin d’atténuer le rejet de l’Autre, afin d’amoindrir le péché d’ «être dans le monde». Depuis le vieux saint Augustin, en quête de soi, l’Amazigh pécheur ne cesse de se convertir pour plaire et s’assimiler aux Autres. Ses Confessions sont une condamnation du propre souillé, et une consécration de la religion auguste de Rome. Cette pérégrination dans l’amour de l’autre «culture», se confondant avec la haine de soi, se multiplie à l’infini dans l’Histoire. De nos jours, l’on excelle incessamment dans l’application de la formule de l’autodétestation: «Amedyaz n dcar war issfuruj!» (Le poète de la tribu ne divertit pas les siens), ce refus du semblable se fait également aux niveaux socio-politiques.

Source de l’aliénation et de l’acculturation, cette haine de soi est probablement née avec la création «culturelle» du même Amazigh. Est-elle un repli qui se fait de plus en plus important? L’autodétestation commence par le nom, le prénom, le noyau… Par conséquent, l’origine est non seulement reniée, mais reformulée; le changement de nom s’avère nécessaire pour ne pas être reconnu comme «barbare», et le prénom récrit en syllabes autres, sonnant différemment. A Melilla par exemple, la gestion de l’être autochtone est complexe: l’on se trouve partagé entre plusieurs tendances et identités, en dehors de toute définition territoriale: le Rif. Ainsi les patronymes «rifains» sonnent-ils comme une suite vide de Mokhatar Mokhatar Mokhatar… La mémoire est bafouée, heureusement non repérée! La langue rifaine reniée… La honte de s’exprimer en public est le summum de ce refus à être réellement dans le monde. Là, et dans tant de lieux nord-africains… Altérité louée, identité abhorrée. Et à la foi d’identifier tout un chacun. «Musulmanes» remplace amplement «Iqel3iyyen». En outre, combien l’on se sent susceptible avec le moyen qu’on utilise pour parler, certes on en a été fait avec pour dire le monde, depuis le premier souffle «raisonné», et le renier serait renier le contact à l’expression de son monde. Ainsi l’effacement devient-il le résultat de la haine collective de soi.

A titre d’anecdote, Auguste Mouliéras nous raconte dans Le Maroc inconnu différentes mésaventures de schrifes «arabes» qui, une fois attrapés par des brigands rifains, commencent à s’exprimer en tamazight au premier coup de la matraque… Ces seigneurs se reconnaissaient dans l’altérité, et c’est la violence qui les ravise d’une recherche de survie «instantanée»…

Au lieu d’engendrer la reconnaissance symbolique ou bien de la compassion auprès de l’Autre, cette haine de soi engendre chez ce même Autre un regard folklorique «méprisant»: elle assigne l’identité à l’effacement ou à l’assimilation. Depuis le portrait standard d’Hérodote de l’Amazigh «premier» jusqu’au dernier texte d’anthropologie, le schéma de l’amazighité se fait uniforme, redondant, voire statique. Se voulant totalité «folklorisante», il se constitue doublement: à partir d’une allergie vis-à-vis du propre, et à partir d’un asservissement symbolique, digne d’un «mercenaire» vis-à-vis de l’étranger.

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Depuis plusieurs siècles, au Maghreb, la question «who is who?», en plus de déplacée, apparaît une entreprise dangereuse: elle engendre la haine de sa propre image. Personne n’ose en parler, moins encore y apporter une réponse politique. Il revient curieusement aux auteurs étrangers d’y répondre: les Imazighen sont des Yéménites, les Imazighen sont des Européens, les Imazighen sont d’une île «disparue», etc… De tels propos montrent le mépris ou la méprise de l’Autre: l’ici est haï… Si l’identification se fait ambigüité, la définition du propre nord-africain se fait indéfinition. Le portrait «unique» de l’Amazigh est négatif au regard des deux pôles (Occident, Orient). Une fois assumés ces préjugés, les nord-africains pouvaient reproduire non seulement cet autoportrait esquissé par l’Autre, mais aussi des identifications mues par la haine de la terre qui les a vus naître…

haine_de_soi_02Alors, par quoi sommes-nous ce que nous sommes? Par la peau, par le faciès, par la stature qui ne sont en fin de compte que d’autres préjugés… Par le pouvoir politique, l’amazigh apparaît comme cet esclave qui n’a pas le choix: il est mal aimé et il le sait «objectivement», il ne peut, par réaction, que se mépriser soi-même. Par la langue qui est une expression d’identification, et qui meut incessamment, se multipliant variantes, espace corrodé par tant d’emprunts? Par la terre qui est identification effective des Marocains, Algériens, Tunisiens et Libyens comme Imazighen dans leur diversité d’expression…? Justement par la terre, cet espace d’être collectif dans l’histoire, mais où la haine de soi se fait combat fratricide entre ces contrées, des guerres «collectives» infinies.

Par là, la haine de soi est le résultat d’une inconscience «spatiale», de l’état réel de ne pas sentir avec orgueil ses pas sur un sol qui nous investit d’une identité – semblable à toutes les autres.

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Au Maghreb, l’on préfère, en général, la confusion à la cohérence, la diversification à la reconnaissance, le vague au rationnel, le sophistiqué au défini… quand il est question de l’identité propre. Ainsi le banal et l’opaque l’emportent-ils bien sur le transparent, le naturel, et la question qui se pose: Pourquoi une telle tendance vicieuse à ne pas se définir? L’on prépare une nouvelle Constitution pour revoir  l’identité après un demi-siècle d’acculturation! La télévision amazighe se fait folklorique, danse banale autour d’un être futile, dès sa première émission, reproduisant cette haine d’être dans le monde. L’école approfondit la perte de soi: les manuels de l’amazigh sont là sans jamais y être, véhiculant une langue aberrante en plus d’une culture «indéfinie». Généralement, l’allergie au propre devient incommensurable vu la prédominance de la haine de soi, et sa réalisation dans les institutions et les établissements…

L’obsession inutile de tout nord-africain qui décide au sein d’une institution est de fureter de l’autre côté.

-«Que dira l’Autre à mon propos? Que pensera l’Autre de moi? Que fera l’Autre pour moi?»

Penser à l’Autre toujours positivement (signifiant un secours pour le moi), jamais négativement (signifiant une autodestruction du moi)… «L’Amazigh tue l’Amazigh dans l’Amazigh!» doit être une phrase courante. Et cette autre sentence se trouve collée à tant de bouches «Nous, les Arabes», et «L’Amazigh haït l’Amazigh dans l’Amazigh et par l’Amazigh!» doit être aussi une phrase vraie. Pourquoi une telle haine totale? Est-ce l’annonce d’une mort inéluctable? Comment peut-on être ce qu’on est réellement? Faut-il alors se réconcilier avec l’Histoire, et se débarrasser de la haine de son Histoire? Oui. Faut-il pardonner aux traîtres du propre leurs péchés? Oui. Et si l’histoire témoigne toujours de traîtres ou de pauvres aliénés qui récidivent dans la haine de soi, faut-il pardonner? Non. Là, il s’agit d’une autre histoire, celle des péchés éternels. Une autre histoire commence, toujours la même! Longue, interminable. Une relecture ou une autocritique s’avèrent indispensables. Pourtant, peut-on imaginer un intellectuel, un vrai détenteur de décision expliciter son mea culpa envers tamazight dans ce Maghreb dit solennellement «arabe»?

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Certes, le réel culturel maghrébin est riche dans sa nature homogène, mais saccagé, corrompu et circoncis dans ses manifestations en élaguant cyniquement l’héritage amazigh pour le réduire à l’absence / effacement obligatoire dans les institutions. Au Maroc, aucune relecture «officielle» de la culture propre n’a été faite de ses longs siècles d’existence, aucune autocritique des partis ou des institutions. La haine de soi millénaire y est pour quelque chose. Lorsqu’on parle quand même histoire, l’on préfère s’atteler à ce que disent les Autres, ceux qui ne sont pas «Nous», ce moi collectif, et l’on satisfait de quelques siècles «démagogiques». Autres veut dire l’absence ou la négation de l’Amazigh, de l’amazighité – cet ensemble de traits spécifiques et définitoires qui provient de l’espace nord-africain. Par exemple, tamazight la «fitna» est vue comme le fruit d’un dahir (français signé par le sultan des marocains!) rédigé en 1930! Inutile de dire que la revendication amazighe n’a pas de cordon ombilical lié à ce «dahir» du vingtième siècle qui entend ensevelir l’héritage marocain et le remplacer par autre chose… Par la réception de ce dahir, l’on met les Imazighen dans la case de peuple «absurde»… A partir de cette date commencent les rouages «arabistes» contre les rouages impérialistes qui mènent ensemble vers l’extinction culturelle et symbolique de cette culture autochtone. Où est l’amazigh dans tout ça? Le grand coupable car victime et mesquin, mais nourrissant la haine de soi. En outre, l’idéologique «sauvage», «noir» et destructeur, se nourrissant du regard «folklorique», explique cet effacement / substitution. Chose dangereuse: il se divise en mouvement national, partis, institutions etc… De nos longs jours d’indépendance, le rejet institutionnel de l’amazighité ne crée point une solidarité collective. La haine de soi en est pour quelque chose dans le rejet sauvage, et l’effritement progressif de l’amazighité, localisée dans les espaces du «siba».

Les Maghrébins, pragmatiques et arrivistes, se détestent infiniment quand ils se voient natifs d’une terre difforme qui les fait, d’un espace indéfini qui les constitue, et ils s’imaginent sur d’autres lieux et contrées, autrement pour mener une autre Histoire. Ils font adhérer le pays à des regroupements lointains par l’espace et l’idéal. Ils détestent le sol qui les accueille.

D’autre part, l’hostilité du propre se manifeste dans l’incapacité à créer un organe politique qui défend les intérêts et les valeurs des Imazighen. Ce comportement pathologique, propre aux cultures autochtones marginalisées dans leurs rapports avec les cultures impérialistes, s’avère une réconciliation d’autodestruction.

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C’est vrai, l’Autre existe dans le Moi. Il lui assure de l’équilibre, la vie même, au cas où les deux parties entretiennent une dialectique saine et harmonieuse. L’altérité tue les cultures marginalisées. Cette haine est investie violence quand elle est utilisée dans d’autres corps… Pour les Autres, «amazigh» est non seulement nommé comme «populaire», mais casé dans la partie «haïe» de l’identité nationale. Prêcher contre l’Amazigh devient un acte suprême. Tamazight n’est pas une culture populaire, c’est plutôt une Culture comme toutes les autres, spécifique dans ses formes et plurielle dans ses significations…

Pour les autres, toujours, tamazight est une question à haïr. Elle n’est pas une question infiniment posée de l’Histoire, mais une aberration. Si elle l’était, une réponse suffit pour la résoudre, la mettre à sa place propre: elle est la Totalité. Sa réalité est précise: totalité avec différentes expressions. Par voie de conséquence, les dévalorisations «écrites» ou bien «instituées» sont fréquentes quand il est question de l’identité amazighe, et cette haine se trouve alors «établie». Il faut avoir une autre production «instituée» appropriée dans des établissements «propres» pour surmonter un tel complexe d’être soi-même.

Enfin, intérioriser le rejet de l’Autre est difficile à maîtriser si l’on vit dans un espace complètement «étranger». Vision autocritique, pas de regard folklorisant, est nécessaire pour surmonter cette haine de soi «institutionnalisée». Tout ce que l’Amazigh porte comme ethnicité n’est pas susceptible de lui signifier une stigmatisation identitaire. Peut-être cette haine, bizarrement, est-elle l’assurance d’une survie à venir. Et explique, sans doute, la marginalisation «consacrée». La thérapie est alors nécessaire pour cette société qui ne veut point se reconnaître en tant que telle.

Hassan Benhakeia

Source : Tawiza n° 170 – Juin 2011. L’article a été publié avec l’accord de l’auteur et de Tawiza.

Les photos illustrant cet articles sont tirées de ce site.

Tamazight langue officielle, un mensonge politique !

La monarchie marocaine a fait de Tamazight une langue officielle depuis 2011. A force de répéter ce mensonge politique, la plupart des Imazighen ont fini par le croire par naïveté ou faire semblant d’y croire par intérêt. Certains, parmi les plus zélés, se sont même transformés en véritables chiens de garde de la nouvelle politique berbère de la monarchie initiée par la création de l’Ircam, entraînant avec eux des artistes, des acteurs associatifs et des militants locaux et parfois même venus d’autres régions de l’Afrique du nord. Ces derniers sont appelés en renfort pour chanter les louanges de la monarchie qui a « sauvé » les Berbères et redonné vie à la graphie Tifinagh. Le dernier exemple de cette servitude volontaire à laquelle s’adonne certains Amazighs est la commémoration de « troisième anniversaire de la constitutionnalisation de l’amazigh » par une association dite amazighe à Tiznit.
tiznitL’article 5, un écran de fumée

Le fameux article 5 de la constitution marocaines reconnaît Tamazight comme langue officielle en usant d’une véritable gymnastique sémantique qui l’a vidé de tout son sens. Si on analyse cet article, on se rend compte que cette langue aura toujours une place secondaire au sein d’un Etat qui se veut d’abord arabo-musulman. Cet article dit : « L’arabe demeure la langue officielle de l’Etat. L’Etat œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle. »

Comme on vient de le voir, l’arabe demeure la langue officielle. De ce fait, elle sera protégée et développée. Son utilisation sera promue. L’amazigh, constitue une langue officielle de l’Etat, mais (faites attention) en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. On remarque ce qui suit :

1- Les deux langues officielles sont séparées et traitées dans des paragraphes distincts. L’arabe d’abord et l’amazigh par la suite. Ce qui laisse entendre une relation hiérarchique entre les deux langues et une différence aussi entre ceux qui les pratiquent, étant le lien étroit entre langue et identité.
2- L’amazigh ne remet pas en cause la prééminence de l’arabe. Il apparaît comme un « rajout » à une donnée fondamentale : « l’arabe est la langue officielle de l’Etat« .
3- La langue amazighe est « une langue officielle » en tant que « patrimoine commun à tous les Marocains« . Cette notion de « patrimoine commun » pose aussi problème. Son but étant de tuer la communauté amazighe, de dissoudre le peuple amazigh dans l’arabité. Les Berbères ont le droit, en tant que patrimoine, à cette langue, mais pas en tant que communauté ou en tant que peuple. A travers cette notion, l’Etat tend à exclure toute reconnaissance des droits des minorités ou de communautés linguistiques ou territoriales, ou même de droits linguistiques des individus. Tamazight n’est pas la propriété des Amazighs qui n’ont aucun droit particulier sur leur propre langue, mais un patrimoine commun à la « nation marocaine ». Celle-ci qui se veut « unie » refuse ainsi de reconnaître ses composantes ethnolinguistiques. Reconnaître une spécificité linguistique à certaines régions par exemple mène à ancrer dans le droit une distinction berbérophones/arabophones, ce qui portera ainsi atteinte à l’unité linguistique et culturelle de « la nation ». Les implications politico-juridiques d’une telle reconnaissance sont considérables. Derrière cette approche se profile à l’évidence le « spectre de la sécession berbère » enraciné dans l’univers idéologico-politique des pays de l’Afrique du nord depuis les années 1930 avec le prétendu « dahir berbère » ou encore « la crise berbériste » au sein du mouvement nationaliste algérien des années 40.
4- Le Royaume du Maroc (…) réaffirme ce qui suit et s’y engage : « Approfondir le sens d’appartenance à la Oumma (nation, ndlr) arabo-islamique, et renforcer les liens de fraternité et de solidarité avec ses peuples frères« . Et puis un autre paragraphe dans le préambule : « Le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ». En parlant des « dimensions de l’identité marocaine« , on remarque une absence totale de chronologie, sachant que l’amazighité est l’élément premier. Elle est le fondement même de l’identité nord-africaine, pas uniquement une composante. Cette définition réductrice relègue aussi aux oubliettes nos origines africaines.
5- Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue.
Ici on introduit une conditionnalité avec tous les aléas politiques qui peuvent l’accompagner et aussi une réserve à priori quant aux champs d’application de cette officialité. Cette loi pourrait réduire à néant le principe affirmé. On ignore quand-est-ce-que cette loi organique verra le jour. On l’attend toujours, presque trois ans après la constitutionnalisation.
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Légère différences…
Qu’est-ce-que cet article 5 de la constitution marocaine apporte de nouveau et de particulier par rapport à ce qui existe dans d’autres Etats d’Afrique du nord ? Dans la constitution algérienne, on peut lire dans l’article 3 : « L’Arabe est la langue nationale et officielle« . Art 3 bis : « Tamazight est également langue nationale. L’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire nationale « .
Pour sa part, la constitution tunisienne promulguée le 17 janvier 2014 est très claire. Dès son premier article, elle affirme ceci : « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime. Il n’est pas permis d’amender cet article« .Concernant la notion du « patrimoine commun », ce même principe est également exprimé dans la constitution algérienne (article 3 bis) : « Il est la langue de tous les Algériens« .
Un article intéressant figure aussi dans le préambule de la constitution algérienne : « L’Algérie est terre d’islam, partie intégrante du Grand Maghreb arabe, terre arabe, pays méditerranéen et africain… »
On remarque que le socle idéologique des trois Etats est le même : l’arabo-islamisme, une idéologie toxique et génocidaire.

Exploitation politique.

Le seul à tirer profit de ce mensonge de la constitutionnalisation est l’Etat marocain, et ce n’est surtout pas l’Amazighité. Cette reconnaissance tronquée est bénéfique à plus d’un titre à la monarchie qui en tire profit pour redorer son blason et ancrer sa légitimité. Elle se présente désormais comme une force favorable à l’amazighité, un bouclier protégeant les Imazighen face à des formations politiques arabo-islamistes hostiles à tout ce qui est amazigh. Cette reconnaissance, pour rappel, a été exigée par Mohamed VI alors que ces mêmes formations s’opposaient à toute reconnaissance. Certaines associations et acteurs du Mouvement amazigh ont mordu à l’hameçon. Ils ont applaudi et tiré aussi profit de la situation par ce qu’ils avaient été largement récompensés.
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Depuis cette « constitutionalisation », Rabat est devenue la destination des tous les « berbéristes » de l’Afrique du nord et même de la diaspora. On y vient pour se « ressourcer », visiter les nouveaux locaux de l’Ircam et faire des emplettes en livres en Tifinagh édités par l’Ircam et que ce dernier offre gracieusement, faute de pouvoir les vendre. La monarchie tend même à vendre son modèle de gestion de la question amazighe à d’autres pays comme la Libye. On a vu les Libyens adopter précipitamment Tifinagh-Ircam sans qu’aucun débat ne soit provoqué localement pour décider de la graphie à choisir. Cette graphie, imposée politiquement par Mohamed VI lui-même, est légitimée par sa reconnaissance officielle. Profitant de cette « ouverture sur l’amazighité », Rabat se permet même d’intervenir dans des dossiers touchant en premier lieu Imazighen, comme on l’a vu avec le MNLA, et à donner des leçons à d’autres Etats.

Sur terrain, rien de nouveau !

La constitutionnalisation et la communication déployée depuis trois ans par l’Etat à travers ses médias, l’Ircam et les associations qui lui sont affiliées et subventionnées ont apporté leurs fruits. Le message est simple : « Tamazight est officielle grâce au roi ». Elle est enseignée. Imazighen ont une télévision. Des masters ont été ouverts dans les universités. La culture amazighe est reconnue. Bref : Tout va bien. buxus1

Mais sur le terrain, tout cela n’est que mensonge. Tamazight n’est pas officielle. Aucune loi réglementaire définissant « le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue » n’a vu le jour jusqu’à maintenant. La situation de l’enseignement de cette langue est catastrophique. Il est en déclin. Tamazight n’est que folklore à la télé. Elle peine à trouver son chemin dans les médias, les administrations publiques et les tribunaux. Des prénoms amazighs sont toujours interdits. Les Imazighen souffrent de l’apartheid dans leur pays. Ils sont colonisés. Leurs terres sont volés et distribuées aux commis de l’Etat. Et ce n’est pas la constitutionnalisation de leur langue, ni sa reconnaissance officielle, ni l’Ircam qui les libérera de cette situation. Le mal est plus profond. son remède doit être radical.Ircam

A. Azergui