Itri

Innesrurem-d yiḍ amm ka n wuccen
Isars anucucen-nnes ẓẓaynin ɣef waman.
Inurez ad isew g teɣbalut n tallest, amm ku tameddit.
Mhaqqyen waman
Rgagen. Rekkiẓen
Ugin
Nnemrurin.
« Is isul usidd n tafuyt add yuɣul ? »
Tseqsa teɣbalut tallest.
« Amm ku yass seg mayed illa wakal tili tafuyt», inna-as yiḍ.
Tmessus tallest iẓelgen asidd ilqaqen itleqqafen iman ɣef iqaccwen n idurar. Ur tri ad tt-tfel ad iddu. Izeggwaɣ amm unzi.
Iɣwma yigenna irwasen asif n idammen.
Ur yukiz yiḍ.
Ira ad ires ɣef wakal. Iṛmi seg uganni.
« Rẓem-as ad iddu. Aǧǧ-i ad suɣ seg waman-nnem, add suggzeɣ anuddem d usgunfu ɣef wallen n imdanen i-ithaggwamen. »
Terẓem tallest i yan ifizer n tafuyt isellawen, tḍer-d tallest ɣef udrar.
Ammi isrey useṭṭa. Ansa iffeɣ usidd, ikcem-t yiḍ. Iẓleg-t ger iɣallen-nnes dusnin.
Iswa yiḍ seg waman rekkiẓnin n teɣbalut. Yukey d usennan n tmektit ittemra g ugerḍ-nnes. Yakez is d-tlula kra n titrit.
Yannay-tt tulid seg tmurt. Isella awed i kra n uẓawan ifessusen ar isawal ɣef imezwura d wumyin-nnsen. Iwet awed aḍu n uqbu itɣusen g walmessi.
Iksi Yiḍ titrit irɣan isettmer-tt g yigenna.
« Dɣikk, ilaq ad as-nefk isem », ayd inna.
Ur as-d-testin tallest. Tefsey. Terwas akeffus iɣwman akal d yigenna. Xseyn akw yitran af ad aǧǧin itri amaynu ad issadd i wulawen ẓẓaynin, kternin s imeṭṭawen d ungaẓ. Idmaren n imdanen tezdeɣ-ten tmettant. Da tettrun s ifesti.
Seg wakal, nnan :
« Ilula-d yitri meqquren ! »
Irnu yitri g usaddi, allig d-tuley tifawt. Innesrurem yiḍ, ineqqeṛ iceḍran-nnes seg unuddem d seg ukeffus n tallest, iffeɣ nnig tmurt.

«Ur ǧǧin anniɣ kra n yitri irwasen wa. Ad tt-fleɣ ad iseflilley g yigenna, iseflilley g wulawen n imdanen timiḍa d tmiḍa n iseggwasen ɣwezzifnin », ayd inna yiḍ.

Ar iswingim yiḍ, inna-as : « Uress mayed igan isem-nnes ? »
« Yidir ! Ur ttettu isem-ddeɣ !», ayd as-inna waqqay n tallest tama n umeẓẓuɣ.

Yidir. Ad yidir.



A. Azergi




Le Rif entre en désobéissance

Le Rif a besoin de liberté après un demi siècles de souffrance, de répression et de marginalisation. Ses enfants le savent et le font savoir. Ils sont conscients qu’ils ne peuvent pas être libres alors qu’ils sont sous la botte de la monarchie alaouite qui a jeté dans ses geôles les meilleurs parmi ses enfants. Alors, ils s’en prennent aux symboles de la monarchie installée par la France sur les territoires historiques de la République du Rif (1921-1926). Entrés en désobéissance, ils boycottent les banques marocaines les poussant à fermer leurs portes au nord du pays et en Europe. Ils demandent à être déchus de la nationalité marocaine qui ne les protège pas. Ils plaident aussi leur cause auprès des instances internationales et des gouvernements de pays européens.

Tensions entre le Maroc et les Pays Bas à cause du Rif

Alors que la France observe un silence terrible sur ce qui se passe dans le Rif, les Pays Bas choisissent d’interpeller les autorités marocaines sur le sort des prisonniers politiques rifains, surtout de ceux qui portent sa nationalité. Ce pays ne cesse de critiquer la violation flagrante des droits humains dans le Rif. Les relations entre les deux pays sont très tendues depuis le déclenchement de la révolte rifaine. A cause du Rif, rien ne va plus entre les deux pays.

Jeudi 5 décembre, l’ambassadeur de la monarchie marocaine aux Pays-Bas, Abdelwahab El Bellouki, a annulé une réunion avec la secrétaire d’Etat des Pays-Bas à la Justice et la Sécurité, Ankie Broekers-Knol, qui voulait discuter avec l’ambassadeur la question du rapatriement des ressortissants rifains dont les demandes d’asile aux Pays-Bas ont été rejetées. La monarchie marocaine ne souhaite pas récupérer ces ressortissants qui ont fui le Rif à cause de la répression politique. Des sources ont déclaré au radiodiffuseur NOS que le Maroc voulait étendre l’agenda à d’autres questions, telles que l’emploi et un traité commercial, mais que la ministre s’y opposait.

Le 21 novembre, un media hollandais a rapporté que la ministre Ankie Broekers-Knol n’est pas la bienvenue à Rabat. La ministre a révélé que le refus « lui a été communiqué par voie diplomatique« , reconnaissant que « les contacts avec le Maroc sont problématiques » depuis quelques années.

La monarchie marocaine n’apprécie point les prises de position du chef de la diplomatie des Pays-Bas soutenant ouvertement le mouvement de contestation dans le Rif. Le ministre marocain des affaires étrangère avait exprimé son « rejet catégorique des propos, des actions et des interférences des Pays-Bas au sujet des événements dans le Rif » lors de la réunion tenue le 28 septembre 2018 à New York avec son homologue néerlandais. Par ailleurs, la contestation au Rif a été à l’origine de la convocation, à deux reprises en juin et septembre 2018, de l’ambassadeur des Pays-Bas à Rabat.

Rappelons que des dizaines de militants de la cause rifaine qui craignent d’être arrêtés ont demandé l’asile politique aux Pays-Bas et en Espagne.

Le fardeau de la nationalité marocaine

C’est dans le sillage de ces tensions diplomatiques que douze militants berbères originaires du Rif, résidant aux Pays-Bas et ayant acquis nationalité néerlandaise, ont rendu public récemment un manifeste, daté du 23 septembre, par lequel ils expriment leur souhait de pouvoir se débarrasser de la nationalité marocaine. Dans ce document envoyé aux groupes parlementaires néerlandais, ils accusent le Maroc de tenter de les recruter et de les corrompre.

Dans ce manifeste, les douze signataires expliquent que « depuis les années 1970, le Maroc a créé toute une gamme d’institutions gouvernementales pour espionner, intimider, séduire, recruter et corrompre les Marocains aux Pays-Bas« . Ils affirment que « la nationalité marocaine signifie une vie de peur, d’incertitude, de méfiance« . Les auteurs indiquent aussi qu’ils ne peuvent pas s’exprimer sur la situation au Maroc étant « étroitement surveillés par les services de renseignements marocains« .

Muhand Abttoy, l’un des signataires de ce document a déclaré à notre site que le but de ce document est de dire à la monarchie marocaine qu’ils « refusent d’être considérés comme ses sujets et qu’ils sont des hommes libres. »

Rabat fait tout pour empêcher les Européens nés de parents marocains de s’intégrer dans leurs pays d’accueil qu’ils ont adoptés. Rabat ne cesse d’envoyer des imams et des instituteurs (notamment de langue arabe) pour surveiller et surtout espionner ces citoyens qui ont choisi d’être européens. Le Maroc ne cesse, par exemple, de financer des mosquées et de diffuser le malékisme en Europe. Le malékisme est l’un des quatre rites juridico-religieux de l’islam orthodoxe. Il est aussi néfaste et dangereux que le wahabisme. Pourtant, le Maroc présente ce rite extrémiste et radical comme « modéré » et de nature à empêcher la « radicalisation » des jeunes dont les parents sont originaires du Maroc. En les islamisant, le Maroc s’assure leur contrôle et leur soumission au « commandeur des croyants » [1]. Ceci les éloigne des valeurs démocratiques et les place à la marge des sociétés occidentales. Cette ingérence marocaine est très néfaste dans le sens qu’elle corrompe tous les efforts entrepris pour intégrer ces populations.

Le 24 août 2019, Nasser Zefzafi, leader du mouvement de contestation rifain, a demandé à être déchu de sa nationalité marocaine au même titre que cinq autres militants détenus : Nabil Ahamjik, Ouassim El Boustati, Samir Ighid, Mohamed El Haki et Zakaria Adechour. C’est à travers un live Facebook, massivement relayé sur les réseaux sociaux, que l’annonce avait été faite.

D’après Ahmed Zefzafi, père de Nasser, qui a lu le communiqué attribuée à son fils, les six hommes ont adressé leur demande au ministre de la justice et au procureur général du roi près la Cour de cassation, pour dénoncer « l’instrumentalisation de la justice« , qui a selon eux « rejeté les preuves de leur innocence« . Ils expliquent avoir subi des tortures pendant leurs interrogatoires. Une décision qu’ils justifient par la tournure qu’a pris « leur cause et leur situation qui s’inscrit dans le prolongement de la relation historique qu’entretient l’État marocain avec la région du Rif, basée sur l’exclusion, la répression, le mépris, et toutes les formes de persécution politique, culturelle, sociale, économique et psychologique« . Les signataires appellent « la communauté internationale, ses instances et ses institutions » pour « assurer le suivi de leur dossier à partir de la date de parution de ce document« .

Drapeau alaouite brûlé à Paris

Le 26 octobre 2019, le drapeau marocain a été incendié et piétiné lors d’un rassemblement organisé à Paris par des indépendantistes rifains en hommage à Mohcine Fikri, assassiné de manière barbare en 2016 à Biya, dans le Rif. Il a été broyé dans un camion-benne. Les manifestants ont réclamé l’indépendance du Rif du colonialisme alaouite, brandissant des drapeaux de la République du Rif, fondée par Mohamed ben Abdelkrim el-Khattabi dans les années 1920 contre l’occupation espagnole.

L’atteinte à la bannière de la monarchie marocaine a suscité l’indignation des medias officiels, des parlementaires et d’officiels. Mercredi 30 octobre, l’ambassade du Maroc à Bruxelles a organisé, à travers ses relais, une manifestation pour dénoncer « l’acte de certains séparatistes rifains« . Des centaines de sujets du monarque ont pris part à cette manifestation. Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (dont les membres sont désignés par Mohamed VI) a réagi dans un communiqué publié sur son site officiel, condamnant un acte « puéril » et « lâche ». Ces instances, pour rappel, avaient observé un silence de mort alors que la répression des manifestants rifains battait son plein. Elles étaient favorables aux actions de la monarchie contre le Rif.
Le Code pénal marocain punit de six mois jusqu’à trois ans de prison et de 10 000 à 100 000 dirhams d’amende « l’outrage à l’emblème et aux symboles du royaume« . Un emblème qui est en réalité une pure création française. Le drapeau dit « marocain » a été créé par le dahir du 17 novembre 1915. Ce texte précise qu’ »en raison des progrès réalisés par notre empire chérifien, en considération du renom éclatant qu’il s’est acquis et eu égard à la nécessité de lui constituer un emblème qui le distingue des autres nations, le drapeau adopté par nos ancêtres pouvant être confondu avec d’autres pavillons, en particulier avec ceux qui sont utilisés comme signaux de la marine« , il a été décidé de « distinguer notre drapeau en l’ornant au centre du sceau de Salomon à cinq branches de couleur verte« . Le dahir a été signé par le ministre plénipotentiaire, Délégué à la résidence générale de France à Rabat, Saint-Aulaire.
La propagande officielle nous apprenait, alors qu’on était écoliers, que la couleur rouge symbolisait le sang versé pour l’indépendance et que les cinq branches de l’étoile et leur couleur verte renvoient aux cinq piliers de l’islam. Mensonge. Brûler et piétiner un mensonge, n’est-il pas une forme de résistance face à l’aliénation et au mépris et le début d’une libération ?

Par ailleurs, le drapeau de la République du Rif, décidé par les Rifains eux même, est plus authentique que celui de la monarchie marocaine bâti sur un gros mensonge.

Le fossé s’élargit davantage entre le Rif et la monarchie.

Le rejet de la nationalité marocaine est la conséquence directe de la répression policière, culturelle, sociale, économique, politique et judiciaire qui s’est abattue sur le Rif au cours des trois dernières années. Cette répression a élargi davantage le fossé qui séparait déjà cette région frondeuse des autorités de Rabat depuis les tueries de 1958 perpétrées par l’armée marocaine dans le Rif. Plusieurs régions dans le Rif sont toujours classées zones militaires. Les forces vives de cette région sont obligées de fuir le pays pour l’Europe pour chercher asile et protection. D’autres mènent toujours une vie clandestine. Dans les geôles de la monarchie marocaine à Fès et à Casablanca, les leaders du mouvement rifain subissent des tortures inimaginables. D’un autre âge. Il leur est même interdit de parler rifain avec les membres de leurs familles.

Depuis le 1er novembre, trois détenus incarcérés à Fès sont entrés dans une grève de la faim pour dénoncer les tortures et les comportements dégradants qu’ils subissent.
N’est-il pas alors logique et naturel que ces rifains persécutés partout rejettent la nationalité de la monarchie marocaine ?

Aksil Azergui

 

Traduction d’un chant berbère sur Zaïd Ou Hmad daté de 1936

Service des Affaires Indigènes
Région de Marrakech
Cercle de Dadès-Todgha
Bureau de Msermrir.

Traduction d’un chant berbère sur Zaïd Ou Hmad
Chant composé par le cheikh Ahmed Ou Bassou des Aït Hadidou d’Anefgou en avril 1936 à l’Outerbat.

Réunissez-vous pour une fête et préparez le couscous de la noce
Il nous est parti un homme qui s’en est allé dans la montagne
Il reste sur les sommets les plus élevés et tue des gens.
Lorsqu’il tue un homme les parents de la victime s’adressent aux parents du meurtrier
Les chefs maghzen sont plus fort que nous et font ce qu’ils veulent
Ils nous ont démoli Tiourtatine, Touracht
Ils n’ont même pas laissé des abris pour les pauvres
Tous les jours des gens sont emprisonnés
Tous les jours nous avons quelqu’ennui nouveau
Les Aït Atta ont fait au bandit une grotte
Comme pour la vache à laquelle on donne de l’herbe
Les Aït Atta recueillent le lait et à nous reviennent les cornes qui nous frappent.
Mohaddach est allé causer au haqem et à dit ce qu’il a voulu
Il a creusé une mine de feu en dessous des Aït Yafelman
Mais lorsqu’il l’a allumée la flamme est revenue sur lui
Et l’a confondu en faisant apparaître la vérité.
Notables si vous pouvez vous réunir, réunissez-vous
Pour faire payer aux Aït Atta tout le mal qu’ils nous ont fait.
Asseyez-vous, nous allons causer avec les Aït Atta
Et leur faire rendre tout ce que nous avons versé.
O Houqqam, faites nous la justice de dieu,
Ou bien laissez-nous libres de régler notre différend par les armes.
Nous sommes maintenant ennemis
Et nous nous rencontrerons sur nos chevaux
Nous nous battrons même avec des pioches
Jusqu’à ce que nous soyons tous blessés et impuissants come des moutons.
Entre nous et nos ennemis aucun arrangement n’est possible.
Si les Aït Atta nous vainquent nous leur donnerons le Ferkla
Mais si nous sommes les plus forts ils nous rendront tout ce que nous avons payé.
Tous étaient au courant des exploits de celui qui a tué des hommes
Et a tué des gens sur les pistes
Et personne n’osait aller couper du bois en montagne
Il était comme un lion, personne ne pouvait l’approcher
Contre toute vraisemblance vous avez feint de l’ignorer
Comme si vous vouliez dissimuler le bled Ignaouen qui est chez vous.
Les Ignaouen ont mangé la cervelle et nous ont laissé les cornes.
Dieu lui, l’a vu, mais il lui a caché le visage
Il voulait le garder jusqu’au jour du jugement dernier pour le présenter au monde
Les accusations sont dangereuses comme le feu sur la montagne.
S’il n’avait pas été découvert nous serions restés comme des enfants.
Des « sebenias » auraient recouvert nos têtes
Tandis que les Aït Atta seraient restés sur des couches moelleuses.
Une fiancée a donné du « jaoui » et du « beghour » à Mohadach
Et est restée sur la couche d’un Aït Atta.
Les Aït Atta qui prennent les premiers la parole pour mentir
Déclarent que cet homme n’est par des leurs mais des nôtres
Qu’il ne leur est rien et que pour ses forfaits il faut s’en prendre à sa tribu
Il est vrai qu’il est des nôtres mais il a pris son vol et nous a échappé
Qui peut attraper le chacal de la montagne ?
Les Aït Atta savaient très bien où il se tenait
Ils l’ont laissé pour qu’il te tue, o Haqem
Les Aït Yafelman ne l’ont pas vu
Mais nos ennemis nous ont accusés,
Pour reprendre Amezgar dans le Ghéris.
Un officier avait épousé deux femmes
Mais la femme Aït Atta ne pouvait supporter celle des Aït Yafelman
Et tous les jours il la frappait
Celle des Aït Atta avait de beaux vêtements de soie et des bracelets
Celle des Aït Yafelman ne possédait qu’une natte.
Un capitaine ventait la femme des Aït Atta
Mais le maghzen a su trouver la vérité
Je n’ai plus rien à dire, tout est maintenant terminé.

Fait à Msemrir le 30 novembre 1936

Le texte en PDF :

Tamedyazt-PDF-1

Le Rif face à l’arbitraire de la monarchie marocaine

Le Rif fait toujours face à l’arbitraire de la monarchie marocaine. Une répression sourde et impitoyable s’abat en permanence sur cette région soumise à un terrible embargo. Plusieurs événements survenus ces dernières semaines montrent que le climat d’insurrection et de colère dans le Rif est loin de s’estomper. Bien qu’il n’y ait plus de manifestations de rue, les arrestations se multiplient, parfois à cause de simples commentaires sur les réseaux sociaux. Les journalistes étrangers sont également interdits de se rendre dans cette région. Depuis le déclenchement des manifestations dans le Rif, plus de 1500 personnes ont été arrêtées.

Arrêtés pour de simples posts sur Facebook

Lundi 3 juin, le tribunal de première instance de Biya (Hoceïma) a condamné Hassan Benchaïb, originaire d’Aït Bouayach, à une peine de deux ans et demi de prison ferme. Ce militant a été arrêté le 25 mai à son domicile pour avoir publié des informations sur le mouvement de protestation dans le Rif sur Facebook. Il a été poursuivi pour avoir porté « atteinte à l’intégrité territoriale du royaume, pour incitation à la rébellion, menace de crime, incitation à commettre des crimes, pour insultes aux forces de sécurité et appel à participer à une manifestation non autorisée ».

Ce militant est le frère du prisonnier politique Bachir Benchaïb qui purge une peine de douze ans d’emprisonnement pour avoir pris part à des manifestations organisées à Aït Bouayach.

Plusieurs militants du mouvement rifain ont été arrêtés ces dernières semaines et condamnés à des peines de prison. Ce même lundi (3 juin), l’activiste rifain Rachid Chabni a été condamné en appel à deux ans de prison, dont un an ferme et un autre avec sursis, pour ses publications sur Facebook et sa participation à la manifestation de Rabat dimanche 21 avril 2019, organisée pour dénoncer le verdict en appel à l’encontre des militants rifains.

Des enfants arrêtés à Biya

Toujours à Biya, six élèves ont été arrêtés par la gendarmerie pour avoir décroché, le 17 mai, le drapeau marocain d’une école de la commune rurale d’Issaguen et l’avoir remplacé par un drapeau amazigh, a rapporté le site Hoceimacity. Agés de 8 à 11 ans, ces élèves scandaient des slogans du mouvement rifain alors qu’ils décrochaient le drapeau alaouite. La bannière est restée sur le mât pendant quatre jours, jusqu’à ce que la gendarmerie de la région en soit informée.

Deux enseignants et le directeur de l’école ont été convoqués par la gendarmerie. Ils comparaîtront dans les prochains jours devant un tribunal marocain. Les autorités leur reprochent de ne pas avoir dénoncé ce « crime ».

Le code pénal marocain punit, dans ses articles 267-1 à 267-4, quiconque porte atteinte notamment au drapeau alaouite. Une peine de prison allant de six mois à cinq ans et une amende allant jusqu’à 100 000 dirhams sont notamment prévues.

Ces élèves risquent d’être condamnés à de lourdes peines de prison. Pour rappel, plusieurs enfants ont écopé de lourdes peines juste pour avoir pris part à des manifestations.
Mohamed Bouhennouch était âgé de 15 ans au moment de son arrestation. Il a été condamné à 15 ans de prison ferme pour « atteinte à la sécurité de l’État. »

Dans une deuxième école de Biya, les parents de plusieurs élèves ont été convoqués par le directeur d’une école. Les élèves avaient entonné « Vive le Rif » lorsque l’hymne national alaouite était joué.

Des militants forcés de s’exiler.

Le 25 avril 2019, Nawal Benaïssa, persécutée pour son implication très active dans le mouvement rifain, a fui le pays, avec son fils de quatre ans, à travers la ville de Ceuta (sous administration espagnole). Elle a demandé l’asile politique aux Pays-Bas.

La militante faisait l’objet d’un mandat d’arrêt en 2017. Elle avait décidé de se livrer à la police. En février 2018, elle a été condamnée à une peine de dix mois de prison avec sursis et à une amende de 500 dirhams pour « participation à une manifestation non autorisée, insulte à agents de la force publique, et incitation à commettre des infractions pénales ». Un verdict a été confirmé en appel le 17 janvier 2019.

Le 12 avril, cette activiste, mère de quatre enfants, a été interdite de quitter le pays par voie aérienne, alors qu’elle comptait se rendre aux Pays-Bas pour prendre part à une conférence. « Quand je suis arrivé au commissariat de police de l’aéroport de Nador ce matin, ils m’ont dit que mon passeport avait été annulé par le ministère de l’Intérieur et que je ne pouvais pas voyager » avait-elle déclaré le 12 avril à l’agence de presse espagnole EFE.

Nawal Benaïssa a affirmé avoir pris cette décision de quitter le pays car elle ne pouvait plus faire face aux intimidations quotidiennes et aux menaces qu’elle reçoit avec ses enfants. Avec Silya Ziani, Nawal Benaïssa, 37 ans, est l’une des figures féminines du Mouvement rifain.

La militante n’est pas la première à avoir demandé l’asile politique dans des pays européens. Abdessadek El Bouchtaoui, avocat, a obtenu l’asile aux Pays-Bas. Achraf Idrissi, 23 ans, qui était sous mandat d’arrêt, a obtenu l’asile en Belgique. Plusieurs autres militants ont fait des demandes d’asile en Espagne. Certains, toujours recherchés sont entrés dans la clandestinité.

Plusieurs vidéos montrant des militants du mouvement rifain fuir le Rif pour rallier les côtes européennes sur des embarcations de fortune ont été diffusés sur les réseaux sociaux.

Il semblerait même que les forces de police de la monarchie marocaine font tout pour forcer les jeunes rifains à fuir leur région afin de la priver de toutes ses forces vives.

Pour rappel, les tribunaux marocains ont confirmé, le 6 avril dernier en appel, les peines de prison allant jusqu’à vingt ans pour les meneurs du mouvement, dont Nasser Zefzazi. Ce dernier a avait été jugé en appel aux côtés de 41 autres accusés.

A. Azergui.

LIBYE : une milice salafiste pro-Haftar menace les Berbères d’extermination.

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Le jeudi 4 avril, l’Armée nationale libyenne (ANL), appelée également « Armée arabe libyenne », du maréchal Haftar, qui contrôle l’est du pays, a annoncé le lancement d’une opération pour « libérer Tripoli » contrôlée par le Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale. Dans un message vidéo, Khalifa Haftar a appelé les habitants de Tripoli à « déposer les armes et à lever le drapeau blanc ». Le Premier ministre Fayez el-Sarraj (gouvernement de Tripoli) a donné l’ordre de mettre les troupes en état opérationnel pour protéger les civils.

Les madkhalistes menacent les Berbères

Dimanche 31 mars, le cheikh Madkhaliste Ahmed Boudouira, alias « Abu Aissa Al-Marjaoui », a menacé les Berbères Libyens d’extermination. Il a expliqué que « la libération » de la zone Ouest qui échappe au contrôle du gouvernement de Haftar doit commencer par la soumission des Berbères ibadites qu’il considère comme des « mécréants ». Pour lui, il est légitime de les exterminer.
Les « madkhalistes », du nom du cheikh saoudien Rabee al-Madkhali, est un courant salafiste qui prône « l’obéissance absolue au gouverneur », quel qu’il soit. La milice, pro-Haftar, est hostile à tous les mouvements de l’islam politique, comme les Frères musulmans, et à ceux du djihadisme, type Etat Islamique et Al-Qaïda, même s’ils sont proches de ces organisations terroristes sur le plan idéologique. Pour cette milice la démocratie est perçue comme la substitution de la souveraineté de Dieu par la souveraineté du peuple.
Les positionnements de la milice ont fait d’elle une alliée du maréchal Haftar, soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et, plus discrètement, l’Arabie saoudite. En 2016, Rabee al-Madkhali avait émis un avis religieux (fatwa) encourageant ses partisans à rejoindre les rangs de Khalifa Haftar.
Au cours des dernières années, la milice sévit en Libye. Amnesty international révèle que ces milices ont brûlé des livres et enlevé des étudiants membres d’une association universitaire qui avaient organisé une action pour le Jour de la terre sur leur campus à Benghazi. En novembre 2017, ils ont fermé un festival de bande-dessinée à Tripoli et accusé les organisateurs d’exploiter « la faiblesse de la foi et la fascination pour les cultures étrangères ».

Ces menaces ont poussé les Berbères Libyens à rejoindre le front pour défendre Tripoli.

Le Haut conseil des Amazighs de Libye (HCAL) rejette la violence

Dans un communiqué daté du dimanche 7 avril 2019, le HCAL a réagi à la guerre que mène Haftar contre Tripoli. Il affirme son rejet de toute tentative de coup d’Etat militaire contre l’Etat civil en Libye, expliquant que cette guerre menace la sécurité et la stabilité de la Libye.
Le conseil dénonce l’impuissance et le silence de la Mission d’assistance des Nations Unies en Libye (MANUL). Il appelle les Libyens à renoncer à la violence.

A. Azergui

Monarchie marocaine : le viol, une arme de répression !

Nous avons eu, par le passé et à plusieurs reprises, à dénoncer le mépris érigé en véritable politique d’État par la monarchie marocaine. En effet, les services marocains ont recours à tous les moyens possibles et imaginables pour soumettre les militants du Mouvement rifain incarcérés, et le viol en fait partie. Ce dernier est fréquemment utilisé comme une arme d’humiliation.

M6

Lundi 9 avril 2018, lors de son procès devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, le leader du mouvement rifain, Nasser Zefzafi, 39 ans, a déclaré avoir été forcé par la police à dire « vive le roi ». Mais face à son refus, il a été violé. Zefzafi a dévoilé au juge que les agents qui l’interrogeaient avaient inséré leurs doigts puis un bâton dans son postérieur. L’un des avocats a déclaré à la presse que ces agents ont commencé à faire des youyous après que le sang ait coulé de son fessier. Il a également été « violenté en le frappant à la tête avec un objet métallique »

Tous les détenus avaient déclaré avoir été soumis à une torture systématique et méthodique. Zefzafi, poursuivi notamment pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’État », a déclaré également avoir reçu « des menaces de viol visant sa mère » !
Un deuxième cas de viol a été rapporté par un détenu mineur arrêté pour avoir manifesté pacifiquement. Aymane B., âgé de seulement 16 ans a déclaré au juge lors de son procès à Imzouren ceci : « Ils m’ont violé. Ils m’ont dit de choisir entre un viol avec une bouteille et un viol collectif. Ils m’ont ligoté et introduit leurs doigts dans mon postérieur avant de me torturer et de me violer collectivement. »

Les cas de détenus rifains ayant subi des viols sont nombreux. Ils témoignent de la violation systémique des droits humains, du mépris des détenus et de l’atteinte à et de l’atteinte à leur dignité dans les postes de police et les prisons marocaines. Le but de ces viols est d’humilier ces détenus accusés d’être des « séparatistes » hostiles à la monarchie.

C’est par ce que les droits fondamentaux de ces détenus sont violés et qu’un blocus est imposé au Rif, surtout à Biya, qu’une délégation parlementaire européenne, en déplacement dans le pays depuis lundi 9 avril pour assister à l’ouverture du procès de Nasser Zefzafi, a été interdite de se rendre dans le Rif où elle comptait rencontrer les familles des détenus. Cette délégation est composée de deux parlementaires du parti néerlandais PVDA (Parti travailliste), Kati Piri et Lilianne Ploumen. Elle a souhaité évoquer la situation du Rif avec les « responsables » marocains, mais avait été obligée de « rompre prématurément sa visite de travail (…), parce qu’elle n’a pas reçu l’autorisation des autorités locales pour visiter Al Hoceima« , écrit l’eurodéputée Kati Piri sur sa page Facebook.
« A Rabat, nous avons discuté avec des membres du parlement marocain, le ministre de la justice et le procureur général. Les autorités marocaines nous ont fait savoir plus tard, que nous ne sommes pas les bienvenues dans le Rif« , a-t-elle ajouté.

Rappelons que plus de 700 manifestants ont été arrêtés lors de larges opérations de police dans le Rif suite aux manifestations pacifiques organisées dans cette région. La plupart des manifestants déférés devant les tribunaux ont affirmé avoir été torturés.

A. Azergui

« Dites à tout le monde que nous tenons à vivre libres ! »

Vous avez certainement déjà écouté cette belle et célèbre chanson « Inasen i midden neccin nxes ad nili» (Dites à tout le monde que nous tenons à vivre libres) chantée par le groupe Thidrin. Mais en connaissez-vous l’auteur ?

Il s’appelle Abdesslam Achahbar. Né le 2 décembre 1960 à Biya (Al Houceima) dans le Rif (Nord du Maroc), ce poète et  chanteur considéré comme l’un des plus doués de sa génération est porté disparu le 15 mai 1992 dans les eaux de la Méditerranée.

Il tentait avec 23 autres personnes de rejoindre clandestinement l’Espagne à bord d’une embarcation de fortune, lorsque leur bateau à chaviré en plein mer. 20 personnes sont disparues à jamais, dont Abdesslam. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Seuls quatre ont survécu à ce drame.

Cette chanson, très connue et grâce à laquelle je l’ai découvert personnellement après une rencontre avec le frère de l’artiste à Tanger (Abdelfattah Achahbar, guitariste aussi), figure dans un album qui comprend sept autres belles chansons de Feu Abdesslam.

Vingt-cinq ans après sa disparition tragique, les chants de ce jeune talent de Biya, qui s’est senti poussé à fuir la misère et l’oppression subies par le Rif, résonnent de plus en plus sur sa terre.  La chanson « Inasen i midden neccin nxes ad nili» a été reprise par plusieurs chanteurs amazighes du Rif et même de Tafilalet.

Un groupe amazigh de Hip Hop aux Pays-Bas a également repris l’une de ses célèbres chansons « Fouad Iwaddar » (Fouad s’est noyé !). Le poème raconte l’histoire d’un jeune qui a choisi d’immigrer clandestinement et qui meurt noyé dans la mer. Etrange histoire. Abdesslam trouvera le même sort que le personnage de sa chanson quelques années plus tard.

Des dizaines d’autres poèmes écrits et chantés par Abdesslam existent. Son frère pense les éditer. Abdesslam, mort à la fleur de l’âge, demeure l’un des grands poètes qui ont marqué leur temps. Sa poésie, puisée des souffrances du Rif et de la lutte des Imazighen pour la dignité, est d’une force extraordinaire.

Ce jeune, qui aspirait à une vie digne, mérite qu’on lui rende hommage en publiant notamment ses textes. Pour que Abdesslam, qui a tant rêvé de voir son peuple vivre libre, puisse exister au moins dans la mémoire de notre peuple qu’il a tant aimé, œuvrons pour que sa poésie soit éditée.

Abdesslam, repose en paix. On existera !

Traduction/adaptation de la chanson. Toute remarque ou proposition est bienvenue. Le but étant d’améliorer les traductions. Merci :

Dis à tout le monde que nous tenons à vivre libres.

Surtout, ne t’ennuie pas,

Continue de marcher fièrement

Tête levée.

Dis leur que nous tenons à vivre libres.

Je suis passé devant les marabouts

Ils m’ont questionné sur les raisons

Qui rendent les Imazighen si résignés.

Dis à tout le monde que nous tenons à vivre libres.

L’orage a éclaté,

La pluie est tombée, semant le bonheur

L’agriculteur et le marin

Danseront dans les champs.

Dis à tout le monde que nous tenons à vivre libres.

Nous sommes des Imazighens,

Nous vivrons libres.

Nous resterons debout,

Nous marcherons, avec détermination.

Dis à tout le monde que nous tenons à vivre libres.

Le coquelicot dansera,

Résistera à l’amertume,

On écrira dans notre langue,

Comme on le faisait autrefois.

Dis leur que nous tenons à vivre libres.

A. Azergui

 

Brandissant le drapeau de la liberté …

« Timeẓriwt » est une nouvelle chanson de Ayyur, chanteur et poète #amazigh, qui traite du soulèvement des #Berbères du #Rif. Adaptation libre des paroles :

Il est des hommes dépouillés de tout honneur,

Incapables de se révolter

Serviles à souhait.

Même lorsqu’éclate le tonnerre de la liberté,

Ils se réfugient dans le silence,

Paralysés, ils ont peur de déplaire.

Invertébrés, leur emblème est le drapeau de Lyautey,

Le rouge est la couleur de leur propre sang versé,

Le vert, celle de leurs assassins.

Incapables de se soulever,

Méconnaissant leur histoire,

De la bassesse, ils ont fait une religion.

M6

Ouvrez les yeux !

Dans le Rif, Biya est emprisonnée, opprimée.

Le drapeau des hommes libres y flotte,

Brandissant ce drapeau de la liberté

Soutenons Zefzafi et les Rifains méprisés.

Les geôles ne nous font plus peur,

Telle une montagne, notre courage s’est redressé,

Toutes nos craintes ont désormais disparu !

Unissons-nous, poussons ensemble notre cri de colère,

Armons-nous pour en finir avec cette vie d’esclaves.

Imazighen, vous aviez pris les armes contre les Français,

Espérant libérer votre pays,

Mais, un régime arabe, héritier des colons,

A souillé votre rêve,

Plus de droits, plus de libertés.

Dra

Muselés, celui qui parle disparaît dans les geôles.

Nous réclamons seulement des hôpitaux,

Une vie digne, en paix,

Mais, ce régime œuvre pour nous faire disparaître.

Nos cris se perdent dans la nuit,

Ce pouvoir, sourd de naissance,

Nous force à survivre dans l’obscurité.

Izem a été trahi,

Iyda, morte d’oubli,

Et Nbark Oualarbi, qui l’avait tué ?

Nos femmes meurent en couche,

Nos enfants sont tués par l’oubli,

Et tout le Tafilalt-Dra dort sur ses deux oreilles.

Dites-moi comment ne pas se révolter

Contre ce régime dévoré par la corruption.

Assez de paroles, l’amazighité est action,

Son chemin est lumineux comme une étoile.

Je m’adresse aux pseudos militants

Qui gueulent en arabe,

Oubliant jusqu’à la langue de leurs propres mères,

Croyant que leur avenir sera radieux,

Ils font épanouir la langue des autres,

Méprisant et tuant la leur.

à ceux qui se croient militants,

Arabisant tout sur leur passage,

Vous avez vendu votre honneur,

Vous n’êtes plus mes frères !

dr

 Texte en Tamazight : Ayyur

Adaptation : A. Azergui

Rif : La panne des élites poussera-t-elle M6 à intervenir ?

En passant

La répression systématique et féroce qui s’abat sur le Rif est le symptôme d’un complexe de la monarchie. Ce complexe a un nom : le Rif, une région qui a toujours refusé de se soumettre au palais et aux sultans alaouites depuis la fin du 19ème siècle, avant les guerres coloniales. Le Rif souffre aussi d’un traumatisme : La monarchie marocaine. Celle-ci est responsable directement de la mort de dizaines de milliers de Berbères du Rif (et d’ailleurs). Entre la monarchie et le Rif se trouve un fossé, une rivière du sang. Réconcilier les deux parties est une mission impossible. C’est ce qui explique la complexité de la situation actuelle. Autre problème qui empêche la communication : la panne des élites.


Les protestataires ne veulent écouter ni politiques, ni ministres, ni parlementaires, ni hauts fonctionnaires, ni intellectuels dépêchés sur place à partir de Rabat. Tous manquent, à leurs yeux, de crédibilité. Ils sont non seulement corrompus, mais inefficaces. Leur parole ne vaut pas un clou. Leurs voix ne portent pas loin et sont discrédités à cause de leur passivité et leur servilité maladive à la monarchie.

Depuis des décennies, la monarchie alaouite a vampirisé les élites politiques, artistiques, intellectuelles et religieuses en les domestiquant grâce à un système efficace de corruption. La monarchie récupère tous ceux qui bougent, peu importe leurs sensibilités politiques tant qu’ils sont serviles et qu’ils acceptent de servir les desseins de la monarchie. Des artistes jusqu’aux terroristes accusés d’implication dans les attaques kamikazes de Casablanca, en passant par les écrivains, les cinéastes, les activistes de la « société civile », la monarchie ratisse très large. Depuis le début des manifestations dans le Rif, nombre de ces « artistes », intellectuels et autres présidents d’associations des droits humains ou d’organisations internationales (mêmes amazighes) entrés en « dissidence contrôlée » se sont exprimés « par devoir » contre « la Fitna » dans le Rif. Ils n’avaient pas besoin de penser. Il leur suffisait de répéter la version officielle et de la promouvoir.
Cette « élite-kleenex » qui vit dans les grandes agglomérations est coupée de son milieu naturel. Elle est prête à tout faire pour plaire au palais et à ses relais, à diffuser la propagande officielle, à dénigrer les opposants et à justifier la répression qu’ils subissent. Les recrues, venant de différents horizons, font partie d’une réserve constamment renouvelée par ce qu’elle n’est utilisée qu’une seule fois. Elle finit au rebut et perd toute sa crédibilité vu sa proximité même momentanée avec le régime. La monarchie est corruption. C’est la règle. La chasse aux nouveaux « talents » est perpétuelle pour combler le vide. Des élites sont ainsi captées, vidées de leur sens. Leurs œuvres récupérées et utilisées à la gloire du régime.
C’est justement à cause de cette mécanique infernale mise en place que les protestataires du Rif (et les citoyens par extension) ne font pas confiance aux partis politiques, aux « élus », aux conseillers et autres hauts fonctionnaires. Ils savent qu’ils n’ont aucune autorité, qu’ils sont là juste pour le décor.
M6
Reste Mohamed VI en personne. Que peut faire au juste un roi qui refuse de parler directement à ses « sujets » sauf à travers d’interminables discours en arabe classique ? Que peut faire un roi qui refuse, par mépris, tout comme son père Hassan II, d’accorder une interview à un média local ? La réponse est simple : Il se sert des médias et des chefs d’Etat étrangers pour communiquer avec ses « fidèles sujets ». Le mercredi 14 juin, c’est Emmanuel Macron, le président français, qui se prend pour le porte-parole de Mohammed VI. Il nous apprend que Mohammed VI est « préoccupé » par la situation dans le Rif. « Il ne m’appartient pas de juger d’un sujet politique intérieure, mais le roi considère comme légitime qu’il y ait des manifestations, qui sont prévues dans le droit constitutionnel », a-t-il poursuivi. « Il souhaite apaiser la situation en répondant aux prémices de ces mouvements et en apportant une considération à cette région », a ajouté M. Macron.

Si Mohammed VI est vraiment « préoccupé » et qu’il « considère comme légitime qu’il y ait des manifestations, qui sont prévues dans le droit constitutionnel », alors qu’attend-il pour intervenir, alors que ses services mènent une véritable purge dans le Rif ? Attend-il un nouveau bain de sang dans cette région ?Ceci dit, il reste à savoir si le Rif écoutera ce qu’il a à dire, sachant qu’il ne parle même pas la langue de ses « chers sujets » !

Faudrait-il rappeler que les services de répression de cette même monarchie ont interdit aux familles des détenus de s’exprimer en langue berbère dans les parloirs ?.

A. Azergui