Yidir Zekkouri : « L’emprunt est un facteur d’appauvrissement de la langue amazighe »

« Lexique du corps humain et du mouvement, Introduction au lexique sportif» est le titre d’un nouveau dictionnaire amazigh publié par Yidir Zekkouri, professeur d’éducation physique et chercheur.

Avec ce lexique en quatre langues (Français-anglais-Amazigh-Arabe), Yidir a relevé un défi crucial, celui de doter la langue amazigh d’un dictionnaire spécialisé dans le domaine sportif en général, du corps humain et du mouvement en particulier.

Ce dictionnaire d’une grande précision, s’adresse aussi à l’ensemble des personnes pratiquant la danse, la musculation, la gymnastique et la psychomotricité. Il vient combler une lacune dont souffre le domaine lexical amazigh.

Nous avons rencontré l’auteur qui a répondu à nos questions :

Pourquoi un lexique du corps humain et du mouvement ?

En effet, exerçant le métier d’enseignant d’éducation physique et sportive (EPS) à des élèves en majorité amazighophones, l’idée de travailler sur un lexique sportif m’a longtemps apparue d’une utilité pédagogique et pratique. Etant amené par conséquence à l’utilisation de la langue amazighe avec mes élèves lors des séances d’enseignement et d’apprentissage en EPS. Ayant le souci pédagogique d’une meilleure transmission, j’ai pu constater que l’usage en classe, de la langue maternelle de mes élèves, donne à mes enseignements une évidente efficacité pour l’acquisition facilitée de nouvelles attitudes favorables à leur apprentissage rapide et constant notamment dans la maitrise des techniques et de gestes nouveaux et complexes.

L’usage de leur langue maternelle, en la valorisant ainsi à leurs yeux, attire très particulièrement l’attention de mes élèves en éveillant de même leur intérêt aux contenus des activités qui leur sont proposées. Cependant, beaucoup de difficultés limitent ma capacité de m’exprimer exclusivement en amazigh faute de synonymes aux termes français que je maitrise, du fait de ma formation entièrement en français.

Dans la perspective de combler ce manque ressenti ; J’ai du entreprendre ce travail qui consiste en une collecte de termes amazighes pour donner à chaque terme ou verbe utilisé en éducation physique et sportive en particulier et en sport en général son équivalent amazighe.

Conscient de l’absence presque totale de travaux de recherche dans ce domaine, je ne pouvais donc ignorer que l’élaboration d’un lexique sportif en langue amazighe nécessite encore des années et beaucoup plus d’efforts s’il avait fallu rendre compte de tout le lexique sportif en cette langue. Pour cela j’ai envisagé ce projet en trois phases :

– lexique du corps humain et du mouvement

– lexique sportif général

– lexique spécialisé pour chaque activité physique et sportive

Le premier choix ; lexique du corps humain et du mouvement constitue une introduction nécessaire et incontournable pour un lexique sportif amazigh. Il est indispensable à toutes techniques corporelles car l’appareil locomoteur est la base de tout enseignement lié à l’activité physique. Ajoutant à cela le rôle primordial et la place de plus en plus importante du corps humain dans notre société moderne ; le besoin grandissant de la pratique des différentes activités physiques et sportives. La place qu’occupe le sport devenu phénomène social par excellence et le soin grandissant que les individus portent à l’organisme en terme de santé, d’esthétique , d’entretien ou de prévention de maladie et ou d’accidents donnent son intérêt à un lexique en amazigh dans la mesure ou il permettrait de développer la langue en elle-même en améliorant chez les locuteurs la connaissance de son propre corps et l’apprentissage de techniques et d’attitudes éducatives en EPS dans leur langue maternelle.

En outre, les verbes d’actions, utilisés dans le domaine sportif donnent à ce lexique un complément nécessaire à sa cohérence.

Quelles sont les difficultés rencontrées lors de la réalisation de ce travail ?

Malgré l’absence constatée de dictionnaires et de lexiques spécialisés en langue amazighe, on note l’existence de certains travaux «généralistes» rassemblant un nombre important de termes originaux spécifiques au domaine de l’anatomie humaine et du sport. Le manque des moyens m’a empêché de consulter certains.

Sur le terrain, j’ai été confronté à plusieurs problèmes. Je n’ai pas pu se déplacer dans d’autres zones auprès des personnes plus âgées surtout les bergers, les bouchers, et les guérisseurs (Ijebbaren). Ces catégories sont liées au domaine de l’anatomie à cause de la nature de leurs activités.

Concernant le choix des termes, comment vous avez procédé ? 

Il est difficile, pour cela j’ai essayé de donner les différentes traductions pour chaque terme et chaque expression de ce lexique une fois qu’il y en a plusieurs qui présentent un intérêt selon les parlées et les dictionnaires que j’ai pu consulter, ces derniers relèvent dans la majorité du domaine dialectale, et cela afin de laisser une liberté de choix aux lecteurs, spécialistes et chercheurs de trancher pour certains empruntés surtout de l’arabe ! Je les conservés à cause de leurs intégration et leur usage très large. A ce point, je crois qu’il est temps de se débarrasser de ces empruntes ! Surtout lorsqu’on dispose du terme propre dans la langue amazighe. Car dans ce cas l’emprunt n’est plus un facteur d’enrichissement de la langue, mais au contraire, il sera un facteur d’appauvrissement, puisque ces emprunts sont censés remplacer des termes déjà disponibles ou à créer dans la langue, notamment lorsque il s’agit des documents et livres destinés à l’enseignement et l’apprentissage à titre exemple les dictionnaires ou les mots détiennent leurs existence « légale » aux yeux des locuteurs.

Dans le but de faciliter la prononciation j’ai tenté de créer certains termes que j’ai signalé, on se basant sur les procédures de création des néologismes attestés en linguistique amazighe notamment la composition.

J’espère que ce travail suscitera des critiques et des propositions afin qu’il soit amélioré et complété.

Entretien réalisé par : A. Azergui

Analyse : « Le roman maghrébin en berbère »

Voici en PDF une étude sur le roman berbère dans les pays de l’Afrique du Nord (Kabylie et Tamazgha Occidentale). Elle a été publiée par Mohand Akli Salhi et Nabila Sadi dans « Contemporary French and Francophone Studies« . Ils y parlent bien sûr de mes romans.

LIEN :

Le Roman Maghrebin En Berb re

Affaire Boujemâa Hebaz : Crime d’Etat et silence complice …

Boujemâa Hebaz a été kidnappé le 21 avril 1981,  il y a 35 ans. Sa famille porte toujours son deuil. Le sort de ce docteur en linguistique et militant de la cause berbère, demeure toujours inextricable. Ses ex-amis observent un silence de morts. Revenons sur cette affaire qui a tout d’un crime d’Etat.

Habaz-b-6fe9eNé en 1943 au village de Boutazolt (Ouarzazat) au Sud-Est du Maroc, Boujemâa Hebaz a été enlevé dans un appartement au quartier de l’Agdal au cœur de Rabat. Selon des témoignages recueillis à Rabat et auprès de plusieurs de ses « amis », sa thèse, soutenue en 1979 à l’université René Descartes (Paris V) et qui portait sur la langue amazighe, aurait dérangé des sécuritaires occupant de hauts lieux dans l’appareil de l’Etat marocain. Quelques-uns y campent toujours. Il a été radié de ses fonctions d’enseignant de linguistique générale à la Faculté des lettres de Rabat par Azzeddine Iraqi, ministre de l’éducation nationale de l’époque (ministre du parti de l’Istiqlal, un parti arabo-baâthiste, anti amazigh). Sa thèse de doctorat avait été perçue comme étant une atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat.

Le sort de Hebaz avait été scellé dans les locaux des services secrets qui le surveillaient en France. Il sera encouragé à regagner son pays par un membre de sa famille, agent des services qui avait pour mission d’infiltrer les milieux estudiantins marocains en France et de traquer les étudiants les plus actifs.

Début juillet 1981, trois mois après son enlèvement, Boujemâa a été amené à l’hôpital Avicenne de Rabat dans un état déplorable. Un infirmier, exerçant à l’époque dans cet hôpital et ayant gardé l’anonymat, nous a affirmé l’avoir reconnu. Il a, lui même, administré des soins médicaux à son ancien ami. Son témoignage est accablant : « Boujemâa a été sauvagement torturé et certains de ses os cassés. C’était affreux ! ». Depuis, c’est un silence radio qui prévaut sur ce crime. L’affaire Hebaz a été étouffée médiatiquement et politiquement. Aucune organisation politique marocaine, même celles des »droits humains », n’a pu adopter l’affaire de Boujemâa Hebaz, ni défendre son dossier, même si différents rapports d’Amnesty International parlent de son cas. La cause : leur racisme notoire et primitif et leur peur de faire de lui une icône du combat pour l’identité berbère au Maroc. Même ses ex-« amis de lutte » observent un silence on ne peut plus complice.

Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz

Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz

Membre fondateur de la première « association berbère » (!) au Maroc (AMREC) en 1967, ce jeune happé à la fleur de l’âge a été un militant fervent et révolutionnaire. Ses idées avant-gardistes dérangeaient ses amis, berbères de service (ils le sont toujours). Boujemâa s’est senti même trahi par eux. Il l’a exprimé à maintes reprises dans des discussions qu’il a eues avec ses amis intimes. Hebaz a consacré sa courte existence pour essayer de donner vie à une belle langue mal aimée, interdite et maintenue durant des décennies sous respiration artificielle. Ses ex-collègues ont troqué leur silence contre des postes de responsabilité, des privilèges et des biens. Quelques-uns, siégeant à la tanière des berbères de service (IRCAM) et dans différentes administrations de la monarchie marocaine, ont même mené une campagne pour le salir. Ils ne cessent de répéter que « Hebaz souffrait de la démence ! ».

La seule personne qui s’est battue pour la vérité vit, pour sa part, à Ouarzazat dans un dénuement total. Il s’appelle Abdellatif, éternelle ombre de Boujemâa et son meilleur ami. Il avait vu ses ravisseurs. Il est le témoin principal dans cette affaire. Depuis 1983, ce diplômé en sciences politiques et en journalisme refuse de plier au silence. Il est traqué, menacé et condamné à l’errance.

Interdit d’exercer toute fonction publique pour abandon d’un poste qu’il n’a jamais occupé, Abdellatif reste fidèle à la mémoire de Boujemâa qui l’a marqué à jamais. Il est toujours en chômage. Ceux qui l’emploient sont menacés de toute part.

A. Azergui

Atbir n usammer, hommage à Nbark Oularbi

Nba

Hey toi ! Écoute moi
Et vas dire à Ait ma
Que le rebelle ne meurt jamais
Il est de tout les combats
Son chant insuffle la vie
Jusqu’au fin fond des rivières et des puits
Réveillant grands et petits
Il prend les vents ascendants
Et va au delà de la vie car
Utbir ne meurt jamais
Il vit dans le coeur de ses amis
Il chante à non plus finir
Repris en choeur à l’infini
Dans la vallée et sur les monts
Tout le monde reconnaît ce son magique
Celui de la vérité vraie car
Liberté ne meurt jamais
Elle est la conscience ancrée
Sur chaque sillon
Chaque rocher
Pour rappeler au monde entier
Qu’Amazigh ne meurt jamais
Non jamais
Azul NBA

Par : Amina Amharech*

Amina Amharech est poétesse. « Tarwa n wassif » (les enfants de la rivière) est son premier recueil.

Amina

« Fugues marocaines » ou l’Atlas souillé

La chaîne franco-allemande Arte a diffusé récemment un film allemand, réalisé par Caroline Link et intitulé « Fugues marocaines » (titre original : Exit Marrakech).
La fiction raconte l’histoire de Ben, un adolescent allemand de 17 ans qui, pendant les vacances scolaires, s’envole à Marrakech pour retrouver son père Heinrich, metteur en scène de théâtre nombriliste. Les deux hommes sont presque des étrangers l’un pour l’autre. A Marrakech, le jeune homme rencontre Karima, une très jeune prostituée dont il tombe amoureux, et décide de la suivre dans son village reculé de l’Atlas. Abandonné par la prostituée à Tinghir, après un périple à travers l’Atlas, le jeune homme s’aventure dans le Tafilalt. Heinrich s’inquiète pour son fils et prend la route pour le retrouver enfin à Merzouga. Fugues

Si l’histoire du film semble banale, les idées qu’elle véhicule ne sont pas innocentes. Mal rythmé, le film qui dépeint caricaturalement un pays rongé par la prostitution et la corruption, occulte magistralement l’identité profonde du pays. On ne voit que la version carte postale, mais peinte à outrance d’arabisme. Tout est fait pour montrer que le pays est arabe. Le spectateur est placé d’emblée dans un Atlas où des femmes en costumes et en tatouages amazighs s‘expriment en arabe. A Tinghir, la réalisatrice ne filme que les ruelles d’Aqeddar, le célèbre quartier des prostituées. Ces dernières ainsi que tous les jeunes guides touristiques de Tinghir ne parlent également que l’arabe. L’un d’entre eux a même poussé un peu plus le bouchon en traduisant en anglais, au jeune Ben, les paroles de l’appel à la prière. Bref, on se croirait dans un quartier du Caire ou de Damas et non à Tinghir, au cœur de l’Atlas amazigh. Tamazight a été écartée de ce film. Seule subsiste la toponymie pour prouver que le pays est amazigh.

Le film, qui a reçu l’Oscar du meilleur film étranger (Nowhere in Africa, en 2003), exprime un souhait profond de certains politiques occidentaux. Celui de voir l’Afrique du nord arabisée et islamisée. Dans ce film, on voit Tamazgha occidentale, surtout l’Atlas, le symbole de l’amazighité et de la résistance du peuple amazigh à travers les siècles, souillé par l’arabité, l’islam et la prostitution. C’est l’Atlas comme souhaitait le voir la réalisatrice, ou comme elle l’imaginait qu’on découvre, pas comme il est dans la réalité, c’est à dire vivant et amazigh.
L’Atlas et l’amazighité ne sont pour certains cinéastes, auteurs ou journalistes occidentaux, qu’une source d’inspiration folklorique. Il est, pour eux, hors de question de présenter l’amazighité comme une culture vivante.

Le film montre ces « fugues occidentales » d’une façon très claire. Il faut dire qu’il a au moins ce mérite.

A. Azergui

Lorsque la monarchie alaouite devient un modèle pour des berbères !

Le 28 octobre 2015, Ferhat Mehenni a rendu publique une déclaration pour adresser, « au nom de la Kabylie, ses remerciements au Royaume du Maroc, à son peuple et à leur tête Sa Majesté le Roi Mohammed VI », pour une prétendue déclaration faite par un diplomate marocain aux Nations unies, à New-York, au sujet de la Kabylie. Laquelle déclaration est, selon Ferhat Mehenni,  « courageuse et pleine de sagesse et de lucidité ». Il ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction quant à cette initiative marocaine et affirme que « la solidarité que vient de témoigner le Maroc à l’égard du peuple kabyle est d’une grande profondeur et d’un poids historique inégalable pour l’avenir de la Kabylie ». Il appelle aussi les gouvernements de tous les pays à prendre exemple sur « la démarche marocaine » d’autant plus que des kabyles se prépareraient pour déposer, dans moins d’un an, une demande à l’ONU pour revendiquer l’autodétermination de la Kabylie !

MLe « modèle » marocain

Cette déclaration Ferhat Mehenni intervient en réaction à la dénonciation par Abderrazzak Laassel, le représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, des « violations des droits du peuple kabyle et les campagnes de harcèlement contre ses leaders ». Le responsable marocain avait également exprimé son soutien au « droit du peuple kabyle à disposer de lui-même ».
Ce n’est pas la première fois que Ferhat Mehenni prend le Maroc pour « modèle ». En octobre dernier, lors de son déplacement à New-York pour assister à la levée du drapeau kabyle près du siège des Nations unies, il a encensé « le modèle marocain » expliquant que le Maroc est le seul pays dans la région à avoir reconnu officiellement Tamazight. Pour Lyazid Abid, le soutien du Maroc à la cause kabyle débouchera certainement sur la reconnaissance d’autres pays. Il considère cette « reconnaissance », qui vient à point nommé, comme une victoire pour tous les pays amazighs et pas seulement pour les Kabyles. Monsieur Abid semble complètement ignorer les pays amazighs colonisés par la monarchie alaouite !

Pour rappel, lors de la quatorzième session du Conseil des droits de l’Homme en 2010, le représentant du Maroc avait déjà évoqué les violations des droits humains en Kabylie par le régime algérien.

Résumons brièvement cette situation absurde : d’un côté, on a une monarchie arabo-islamiste, hostile à tout ce qui est amazigh et où des militants amazighs purgent encore de lourdes peines de prison, qui fait semblant de soutenir les droits d’un peuple amazigh qui subit la domination d’un autre Etat arabo-islamiste. De l’autre, des Kabyles en exil, qui pensent avoir été reconnus officiellement car une monarchie peu recommandable, célèbre par sa violation des droits humains, les « défend » devant l’ONU.

M1
Une « alliance » bâtarde.

Au lieu de se démarquer de la monarchie marocaine après le coup d’éclat de son représentant à l’ONU, certains Kabyles l’ont auréolée, et ont même fait d’elle un exemple à suivre. Un « modèle ». Ivres de leur « victoire », ils ont vite oublié que le vrai visage de la monarchie alaouite est hideux. Ils ont oublié que d’autres Amazighs sont toujours colonisés dans leur chair, qu’ils souffrent sous le joug d’une monarchie arabo-islamiste qui a écrasé et pillé leurs terres. Ces Kabyles feignent d’ignorer la lutte amère des habitants amazighs d’Imider contre un holding royal depuis bientôt quatre ans. Naïfs (?), ils ont oublié les détenus politiques amazighs incarcérés à Ouarzazat, à Imtghren et à Meknès. Ils oublient les terres des Imazighen spoliées, ou encore le Rif. Ces Kabyles, éblouis par ce « modèle marocain », ont effacé d’un revers de main les souffrances de tous ces Imazighen. Ce qui importait à leurs yeux, c’est qu’un diplomate rusé, représentant cette monarchie, parle de droit de la Kabylie à l’autodétermination pour damer le pion aux généraux d’Alger, les principaux bailleurs de fond et les parrains d’une république arabo-islamiste installée sur des terres amazighes (RASD). Cette « reconnaissance », qui n’en est pas une a, semble-t-il, fait oublier tous les crimes de la monarchie à l’égard des Imazighen. Ces Kabyles amis de la monarchie alaouite semblent même les légitimer. Cette nouvelle « alliance » entre des Kabyles et la monarchie marocaine est « bâtarde ». Il est tout simplement contre-nature.

Coup de com., rien de plus !

M2Ces Kabyles qui se sont précipités à faire les louanges de la monarchie marocaines ont en réalité victimes d’une opération de communication bien ficelée, menée par des professionnels qui ont utilisé des éléments de langage chers à certains milieux kabyles pour les titiller et les pousser dans les bras de la monarchie. Ce coup réussi orchestré par le Maroc intervient quelques semaines seulement avant les grandes festivités lancées par l’Etat marocain à l’occasion du quarantième anniversaire de « la marche verte ». D’ailleurs, le monarque marocain s’est attaqué le 7 novembre, dans un discours à cette occasion, à l’Etat algérien qui soutient le droit à l’autodétermination des Sahraouis.
Dans le conflit larvé entre les Etats marocain et algérien depuis quarante ans à propos du Sahara Occidental, tous les coups diplomatiques sont permis. La monarchie marocaine et ses services doivent se régaler de voir des Kabyles les applaudir et les donner comme « modèle ». Ils auront ainsi réussi à instrumentaliser  la région de Tamazgha qui demeure l’exemple pour tous les Amazighs.

Les différents voyages de Ferhat Mehenni au pays de Mohamed VI, certaines de ses fréquentations et les différents hommages rendus à Mohammed VI et la monarchie ne sont pas passés inaperçus, et nombreux sont les militants de Tamazgha occidentale qui ne l’ont pas du tout apprécié.

Azawad, cette piqûre de rappel.

M3Depuis plusieurs années, la monarchie marocaine qui tente de s’immiscer dans les affaires de plusieurs Etats africains voisins, dont le Mali, l’Algérie et la Libye, a utilisé l’amazighité pour arriver à ses buts. On se rappelle tous de cette « audience » accordée à Marrakech par le monarque marocain, le 31 janvier 2014, à Bilal Ag Cherif, secrétaire général du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et Moussa Ag Attaher, porte-parole de ce même mouvement.
On se rappelle tous de l’image de Bilal Ag Cherif en train d’accomplir la prière à droite de Mohamed 6, alors que Moussa Ag Attaher, qui avait tenu d’ailleurs à baiser la main du monarque alaouite, était coincé entre le ministre des affaires étrangères et le chef de la DGED (Direction générale des études et de la documentation), le service de renseignement et de contre-espionnage de l’Etat marocain.

Aujourd’hui, l’Azawad est dans une grave crise et se trouve dans une impasse, une situation provoquée notamment par l’interventionnisme marocain et algérien. En effet, un mouvement souverainiste, amazigh dont les forces armées ont pu libérer l’ensemble du territoire de l’Azawad se retrouvé réduit au silence, son projet remis en cause et ses bases effritées. Aujourd’hui, nombre des dirigeants du MNLA ont été corrompus et forcés à se taire.

La Kabylie, et à travers elle tous les Amazighs, doit tirer des leçons de l’expérience de l’Azawad. Le Salut de la Kabylie ne saura venir d’un régime anti-amazigh comme la monarchie marocaine. Le « modèle » marocain, chanté par certains Kabyles, sera fatal pour la Kabylie.

A. Azergui

PRÉNOMS AMAZIGHS : L’insoutenable absurdité marocaine !

Une Commission dite de « la justice et des droits de l’homme » qui refuse obstinément de mettre un terme à une discrimination. C’est le nouvel exploit que vient de réaliser le parlement de la monarchie marocaine le 29 janvier dernier en refusant d’autoriser les prénoms amazighs. Pour lui, c’est très normal.  alph

Une loi discriminatoire :

Revenant un peu en arrière. Le 28 janvier 2003, le groupe parlementaire de l’USFP (Union socialiste des forces populaires) a déposé à la Chambre des représentants, une proposition de loi relative au régime de l’état civil. Elle concerne l’amendement de deux articles de la loi jugés « discriminatoires ».  L’un de ces deux articles (21) prévoit ce qui suit :  « Le prénom choisi par la personne faisant la déclaration de naissance en vue de l’inscription sur les registres de l’état civil doit présenter un caractère marocain». Ce texte est toutefois flou et laisse aux officiers d’état civil le champ libre aux interprétations. Certains refusent d’enregistrer des prénoms amazighs, prétextant qu’ils ne sont pas marocains. Et c’est encore une fois discriminatoire et anticonstitutionnel.

Le parti du chef du gouvernement marocain, (PJD, islamiste) avait réagi à cette proposition, affirmant qu’il la rejette et qu’elle est « sans aucun fondement légal ». De son côté, le ministre de l’intérieur, Mohamed Hassad avait jugé dépassé l’amendement de la loi autorisant les prénoms amazighs. Il avait déclaré que les officiers de l’Etat civil enregistrent les prénoms amazighs sans aucune discrimination.

Des prénoms amazighs « contraires à l’islam »

Tout laissait présager un refus d’autorisation des prénoms amazighs par le parlement. C’est ce qui s’était passé le 29 janvier dernier. Le ministre marocain de l’intérieur a affirmé, juste après ce refus, dans des déclarations à des médias marocains, qu’il n’existe aucune loi qui interdit les prénoms amazighs et que ces derniers sont autorisés. Si le ministre de l’intérieur a choisi la langue du bois, le député islamiste Aziz Kermat est plus clair. Il reconnaît qu’il existe une interdiction. « L’interdiction de certains prénoms amazighs est justifié par leur contradiction avec l’islam », a-t-il déclaré, ajoutant que « certains prénoms amazighs faisant allusion à d’anciennes divinités ou à charge symbolique religieuse sont interdits.»

Le cas Ayyur :

Imider-Ce refus intervient alors que ce qui convient d’appeler « l’affaire Ayyur » a éclaté au grand jour. Cette affaire à elle seule résume l’absurdité marocaine.

Ayyur est né le 17 novembre 2004 à Boulmane dans le Moyen. L’officier de l’état civil l’inscrit sur les registres de l’Etat civil. Jusqu’ici tout va bien, mais un beau jour de 2014, l’enfant se retrouve dépossédé officiellement de son prénom. Il a été effacé tout simplement et de nouveaux actes de naissance sont délivrés à la famille, avec à la place du prénom, un matricule. L’enfant n’a plus d’existence.

Le cas d’Ayyur n’est autre que l’arbre qui cache la forêt. Au « plus beau pays au monde », plusieurs enfants sont toujours privés de porter des prénoms amazighs. C’est une réalité que le ministre marocain de l’intérieur connaît. Ces derniers peuvent être refusés pour n’importe quelle raison et par n’importe quel officier de l’Etat civil zélé ou amazighophobe, sans craindre de représailles ou de poursuites judiciaires. Des familles craignant des représailles des autorités évitent de donner des prénoms amazighs à leurs rejetons ou choisissent d’abandonner après un premier refus. D’autres sont obligées de batailler, de porter l’affaire devant des tribunaux pour avoir ce droit. Plus absurde encore, ce cas d’un amazigh originaire d’Alnif (province de Tinghir) qui a choisi de donner le prénom « Yidir » à son fils et avait cru que ce prénom avait été enregistré. Ce n’est qu’une fois l’enfant scolarisé que le père découvre que son fils s’appelle officiellement « Youssef.» L’officier de l’état civil avait tout simplement usé de son autorité face à un père ne parlant par l’arabe pour décider à sa place.

Les autorités marocaines ont annoncé à plusieurs reprises que les prénoms amazighs sont autorisés, mais en réalité, l’interdiction est la règle. L’amazighophobie a la peau très dure. Elle continuera tant que le peuple amazigh refuse de prendre son destin en main

A. Azergui

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