Muhand Saidi : L’art est liberté et n’agit que dans la liberté

 J’avais consacré, en 2005, cet article publié sur le site de Tamazgha à Muhand Saïdi. Muhand est un artiste engagé. Il est aussi caricaturiste et sculpteur. Si je décide de le republier sept ans après, c’est pour rendre hommage à ce militant infatigable, qui se bat aujourd’hui, non contre les démons de l’arabo-islamisme, mais contre la maladie. Une pensée à cet artiste qui n’a jamais baissé les bras. Je lui souhaite un bon rétablissement. 

Caricature publiée juste après la création de l’IRCAM

A 41 ans, Muhand Saïdi, artiste-peintre, sculpteur, calligraphe et caricaturiste, crée comme il respire. Homme libre, il a fait de son art un moyen de lutte pour l’amazighité et contre l’arabo-islamisme.

« J’habite dans mon atelier », nous lance Muhand comme pour s’excuser du désordre, son éternel sourire d’enfant timide aux lèvres. Il nous installe dans sa cuisine, faute de place dans le salon jonché de livres, de revues, de tableaux de peinture, de calligraphies et de toiles encore inachevées.

Des portraits de Lounès Matoub et des objets d’art ornent les murs de sa minuscule maison à Imtghren. C’est ici que cet enseignant de l’éducation plastique au collège passe des nuits entières à dessiner, à crayonner, à peindre, à écrire et à décortiquer les secrets d’un alphabet venu des fonds des âges : le Tifinagh.

Après des années de persévérance, de voyages et de recherches, cet infatigable enfant d’Aït Tidjit a réussi à faire de l’alphabet amazigh un outil extraordinaire d’expression des espoirs et des déceptions de tout un peuple.

Regard évasif, Muhand évoque ses débuts. « Ma passion pour le dessin a commencé alors que j’étais encore tout petit. Face au refus de ma famille, j’ai exercé « clandestinement » avec la complicité de mes amis de classe. Ils me cachaient les dessins en contrepartie de crayons de couleur que je leur offrais ».

Et Tifinagh ? « Mon vrai engagement a commencé au lycée en 1987 avec le premier contact effectif et affectif avec la graphie amazighe« . Mais, note Muhand, « ce n’est que plus tard que j’ai pensé à politiser mon art pour qu’il soit au service de la cause du peuple berbère. Mon engagement m’a poussé à développer plusieurs autres techniques d’expression, notamment la caricature pour évoquer les problèmes politiques dont souffrent ma langue, ma culture et mon peuple sur leur propre terre, Tamazgha« .

Bouleversement.

Depuis déjà des années, Muhand n’a de cesse de développer une expression multiforme et polyvalente. Il tente avec succès de mettre en synergie des expressions et des techniques diverses.

Fort de son attachement viscéral aux valeurs ancestrales et à la cause de son peuple, il a réussi à construire un style unique qui lui est propre et à se distinguer dans les milieux artistiques amazighs. Sa distinction, son audace et ses idées dérangent et choquent parfois son entourage.

En juin 1998, le jour même de l’assassinat de Lounès Matoub, il peint avec son sang mélangé avec de la peinture un tableau à la mémoire du poète au sang trahi (voir tableau « le sang de Lounès… »). Muhand avait utilisé son corps comme matériau pour la création de l’une des plus singulières de ses œuvres. La suite n’est que lutte acharnée contre la falsification de l’Histoire, l’arabisation forcée, le mensonge, la lâcheté et la servitude des Berbères de service. Sa caricature très controversée « Imazighen répondent à l’IRCAM«  parue sur Tamazgha.fr suscite toujours la polémique. Ses nombreux détracteurs, choqués, lui reprochent sa « cruauté ». D’autres lui témoignent son courage extraordinaire.

« Sans choc, nous confie l’artiste, il ne peut y avoir d’art. Il faut que l’œuvre soit capable de dérouter le spectateur et de bouleverser sa façon de penser et de concevoir le monde. Le choc éveille ».

L’art, une manière d’être

L’art, explique-t-il, est un dialogue avant tout. Il est liberté et n’agit que dans la liberté ». Pour lui, « Liberté veut dire surtout prise de conscience. En prenant conscience de son rôle en tant qu’artiste créateur, ce dernier met en valeur l’art, la culture et la civilisation ancienne et contemporaine de son peuple. Cette mise en valeur englobe essentiellement la recherche, l’étude et l’analyse etc. »

Artiste subversif ? « Non ! L’art est une nécessité publique, un bien commun nécessaire à l’être humain qui doit être intégré dans les cursus scolaires afin de permettre aux enfants de s’épanouir et de s’exprimer en toute liberté ».

« Loin de la subversion, l’art, poursuit-il, est une manière d’être et d’être libre. Etre artiste, c’est être le témoin de sa propre vie, de son temps et de son appartenance socio-culturelle ».
« L’acte créateur est pour moi un événement, un acte conscient et une quête permanente des racines », dit-il.
« Je ne crée pas dans la souffrance mais dans le questionnement. L’art c’est l’harmonie et le rythme de ma vie. Il est lié à moi ».

Jaloux de sa liberté, Muhand est catégorique : « J’aime bien rester indépendant du pouvoir et des circuits officiels qui abrutissent l’artiste. L’artiste créateur engagé, surtout amazigh, est condamné à être en lien permanent et direct avec la société, à créer, à changer et à approfondir perpétuellement ses recherches ». L’officialisation de l’art l’assassine.

                        Par : A. Azergui

******Quelques œuvres de Muhand  : Tudert n Imaziγen tuli s idammenTraces

Traces

MZΓ dder d amaziγ

Alphabet Tifinagh

POINT DE VUE : Tamazight langue officielle, et après ?

Il y’a juste un an, Tamazight a été consacrée langue officielle dans la nouvelle constitution marocaine, approuvée par référundum avec un score brejnévien de 97,58 pc. Certains milieux, notamment parmi les berbères de service, avaient qualifié cette constitutionnalisation, voulue par le roi, de «révolution blanche», d’autres de «séisme politique». Un an après, à part quelques avancées minimes et sans grand intérêt, la situation de la langue amazighe n’a pas changé. La monarchie œuvre toujours et sans relâche à travers ses relais à pervertir le combat pour l’amazighité et à corrompre les élites amazighes. Elle y parvient.

L’enseignement de la langue amazighe piétine toujours

L’article 5, une poudre aux yeux :

La monarchie, d’essence arabo-islamique et même divine, a minutieusement tout préparé. Si on analyse l’article 5 de la constitution qui consacre désormais l’Amazigh comme langue officielle, on se rend compte que cette langue aura toujours une place secondaire dans un pays qui se veut arabo-musulman. La constitutionnalisation permettra certes à la langue amazighe de survivre linguistiquement. Mais, politiquement, rien ne changera. Examinons le fameux article 5:

L’arabe demeure la langue officielle de l’Etat. L’Etat œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception.

Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle.

Comme on vient de le lire, l’arabe DEMEURE LA langue officielle. De ce fait, elle sera protégée et développée. Son utilisation sera promue. L’amazigh, constitue une langue officielle de l’Etat, mais (faites attention), en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. On remarque ce qui suit :

1- Les deux langues officielles sont séparées et traitées dans des paragraphes distincts. L’arabe d’abord et l’amazigh par la suite. Ce qui laisse entendre une relation hiérarchique entre les deux langues et une différence aussi entre ceux qui les pratiquent étant le lien étroit entre langue et identité. Je rappelle que la langue amazighe est parlée par plus de 75 pc de la population selon un document officiel publié sur le site du Gouvernement marocain maroc.ma(1). Sur ce même document, on peut lire que les arabophones ne représentent que 25 pc.

2- La langue amazighe est « une langue officielle» en tant que « patrimoine commun à tous les Marocains.» Cette notion de «patrimoine commun» pose aussi un problème. Son but étant de tuer la communauté amazighe, de dissoudre le peuple amazighe dans l’arabité. La monarchie est en train de nous dire qu’il n’y a pas de peuple amazighe et qu’il n’y a que des «sujets de SM d’origine amazighe», mais pas d’Amazigh tout court. Les Berbères ont le droit, en tant que patrimoine à cette langue, mais en tant que communauté, non.

Alors qu’aucune allusion n’a été faite à la notion de «patrimoine commun » lorsqu’on parle de l’arabe. Pour la monarchie, nous sommes arabes. Point, c’est tout. D’ailleurs, dans le préambule de cette même constitution, elle nous rappelle ce qui suit :

Le Royaume du Maroc (…) réaffirme ce qui suit et s’y engage : 

– Approfondir le sens d’appartenance à la Oumma (nation ndlr) arabo-islamique, et renforcer les liens de fraternité et de solidarité avec ses peuples frères. Voilà, tout est dit.

 Et puis un autre paragraphe dans le préambule :

Le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen.

En parlant des «dimensions de l’identité marocaine», on remarque une absence totale de chronologie, sachant que l’amazighité est l’élément premier. Elle est le fondement même de l’identité marocaine, pas uniquement une composante. Cette définition réductrice relègue aussi aux oubliettes nos origines africaines.

3- Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue

 On n’ignore quand est ce que cette loi organique verra le jour, est ce qu’elle prendra en compte tous les acquis accumulés jusqu’ici dans les domaines de l’enseignement, des libertés, de la graphie (je rappelle que l’actuel chef du gouvernement marocain avait annoncé son rejet de toute notation du berbère en graphie tifinagh, plaidant pour la graphie dite «arabe»). Et comme les législateurs ont 19 lois organiques de ce type à préparer, le berbère risque d’attendre encore plusieurs années.

La nouvelle politique berbère de la monarchie :

L’article 5 n’est qu’une poudre aux yeux, comme l’était l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), créé une dizaine d’années auparavant par le roi du Maroc. Toutes ces mesures font partie de ce qu’on peut appeler désormais : «la nouvelle politique berbère de la monarchie marocaine» inaugurée par la création de l’Ircam le 17 octobre 2001. Son but : dépolitiser le combat amazigh, le vider de son contenu politique qui dérange énormément le régime tout en lui donnant à travers l’Ircam et les associations qui lui sont liées un contenu «culturaliste» dans lequel les revendications amazighes portent sur la langue, la culture, la poésie, les contes, la chanson et le folklore, mais jamais sur le pouvoir politique qui continue à se revendiquer arabe sur une terre historiquement et sociologiquement amazighe.  La monarchie semble nous dire : «Vous Berbères, faites de la culture, laissez la politique aux Arabes».

Violences, mépris et discriminations :

Malgré la constitutionnalisation et cette «reconnaissance» tant chantée par les officiels et certains berbères de service, les Amazighs font toujours face à des discriminations et à la violence réelle et symbolique de l’Etat, quand à l’utilisation de leur langue. Je rappelle à tous ceux qui affirment que le combat amazigh est clos après « la constitutionnalisation» qu’ils se trompent lourdement et que le combat ne fait que commencer. Les Imazighen ne revendiquent pas uniquement la constitutionnalisation de leur langue (et surtout pas sous la forme de l’article 5), mais aussi des emplois, des droits, des infrastructures de base. Ils veulent vivre dans la dignité et dans une société démocratique, laïque et débarrassée de l’arbitraire. Mais, le régime semble tout faire pour les en empêcher.

– Deux détenus politiques amazighs Mustapha Ousaya et Hamid Ouadouch croupissent toujours dans la prison de Toulal à Meknès. Ils sont condamnés en 2007 à une peine de dix ans de prison ferme chacun. Deux autres ont été arrêtés récemment pour avoir pris part à des manifestations organisées par le mouvement amazigh pour revendiquer des emplois, des infrastructures de base, comme les routes et l’eau potable. L’année dernière, le roi du Maroc a gracié plusieurs dizaines d’islamistes radicaux, dont certains étaient condamnés à des peines de trente ans de prison ferme après les attentats de Casablanca. Ces militants, condamnés pour servir d’exemple, ont été exclus.

– A Imiter, des habitants organisent un sit-in depuis août dernier contre l’exploitation de leurs ressources hydrauliques par la Société métallurgique d’Imiter (SMI), propriété du roi du Maroc. Ils revendiquent aussi des emplois. Ces populations vivent dans la misère totale alors que sous les terres de leur région se trouve l’un des plus gros gisement d’argent en Afrique. En décembre dernier, un militant amazigh Mustapha Ouchtobane a été arrêté et condamné à quatre ans de prison ferme pour avoir soutenu les habitants et impliqué dans leur combat pour la dignité.

– Les prénoms amazighs sont toujours interdits. Le ministère marocain de l’intérieur a mis en place une liste des prénoms interdits, essentiellement amazighs dont : Tara, Mazilia, Sifaw, Tin-Ass, Dihia et autres.

–  La langue amazighe a été interdite au parlement, après une intervention de la députée Fatima Tabaâmrant (photo) en langue amazighe le 30 avril dernier. Le motif de l’interdiction : l’absence des traducteurs. Je rappelle que des partis politiques comme le PJD et l’istiqlal, résolument anti-amazighs et racistes, sont contre toute utilisation de l’amazigh au parlement.

– Il est toujours interdit aux Amazighs de fonder des partis politiques. Le PDAM a été dissous par les autorités juste après sa création. La loi interdit la création de partis sur des bases raciales, religieuses ou linguistiques. Tous les partis politiques marocains sont fondés sur l’arabité et l’islam. Ils sont donc illégaux.

– L’enseignement de l’amazigh, qui a commencé en 2003, piétine toujours à cause de résistances politiques. Selon des chiffres officiels difficiles à vérifier, l’amazigh est enseigné dans quelque 4 000 établissements primaires. Il bénéficie seulement à 545 000 élèves, soit 15 pc d’élèves en neuf ans. Des départements de langue et de culture amazighes ont été également ouverts dans les universités d’Oujda, Fès, Agadir, Tétouan.

Souveraineté :

En officialisant la langue amazighe (de cette façon) et en l’introduisant dans l’enseignement et dans les médias (à travers la piètre Tamazight TV), le pouvoir marocain traite les Imazighens comme une «minorité» qui revendique la reconnaissance de droits spécifiques.

Il est temps que le peuple amazigh revendique sa souveraineté sur sa propre terre. Le recouvrement de la souveraineté amazighe est inséparable du recouvrement de l’identité amazighe de l’Etat marocain qui se considère comme arabo-musulman. La souveraineté : Voilà exactement sur quoi doivent porter les revendications amazighes pour mettre en échec la politique anti-berbère de la monarchie.

Notes :

* Le texte de mon intervention (enrichi) lors d’une conférence organisée samedi 30 juin à Viviez Decazeville (Occitanie) dans le cadre de la 10ème fête des langues.

1- Texte en arabe, dont voici la traduction de la partie qui évoque le pourcentage des Amazighs : « Les Marocains, Arabes et Amazighes, se distinguent par la langue qu’ils utilisent pour communiquer entre eux : l’arabe ou l’amazigh. Selon des sources officielles, les Arabes constituent 25 pc de l’ensemble de la population alors que les Amazighs constituent la majorité restante. »

Axel Azergui

Critique : « Cicatrices » de Dda Azaykou

Le 10 septembre 2004 disparaissait Ali Azayku, l’un des pionniers du mouvement amazigh au Maroc. Historien et poète moderne, Azayku a été, dans les années 1980, le premier détenu politique de la cause amazighe. Le poète Hha Oudadès nous livre ci-après une critique de l’un de ses recueils de poésie intitulé : « Izmulen » (Cicatrices). Une critique à lire absolument.

 

Je vais parler quelque peu –en fait, si peu, vu sa richesse- du recueil de poésie, en Tamazight, ‘Izmulen’ de Dda Azayku (Imprimerie Annajah Al Jadida, Casablanca, 1995). Les traductions sont de moi-même. J’ai essayé de rester la plus fidèle possible non seulement au fond mais aussi à la forme. Il ne faut donc pas s’attendre à un effet poétique particulier.

Les poètes, d’une façon générale, riment à propos de leurs joies, souffrances, blessures et cicatrices, etc. Mais Azayku n’a cure des siennes. Ce sont celles de tout un peuple –son peuple- qu’il porte dans son esprit et même dans son corps. Nous allons voir, à travers quelques poèmes, comment il s’efface pour faire place à ce qui est collectif.

Je commence par le poème ‘Akkweffay ne Immi’ (Le lait de Maman= Le lait maternel). De 1982, il est écrit en prison. En effet, Dda Azayku y a été jeté –une année ferme- pour avoir publié un article, qui fait aujourd’hui école, où il demandait que l’histoire du Maroc soit correctement réécrite. C’est donc de derrière les murs qu’il s’adresse à sa propre mère –notre mère Tamazight à tous- afin de la rassurer quant au mobile de son arrestation. Il confirme ce qu’elle sait bien : Son fils ne peut être, son fils n’est pas un voleur.

 Au nom de Dieu, Ô Maman,

A quelqu’un qui te rapporte

Que ton fils est arrêté,

Ne pleure point et rétorque :

Je sais que voleur il n’est pas.

         Le poète nous parle par la bouche de sa mère (Notre mère Tamazight). C’est ainsi qu’il nous offre des vers parmi les plus beaux qu’il nous ait laissés. La Maman est honorée, la langue qu’elle nous apprend est grandie. En fait les deux sont poétiquement identifiées. Et l’Amour Maternel qui est le souffle à la base du miracle porte tendrement le poème. C’est un cas où la traduction ne peut atteindre l’aspect envoûtant de l’original. J’espère que le lecteur, en considérant ensemble tous les éléments, pourra sentir le frémissement des tréfonds dont émane le poème.

C’est Tamazight qui l’éleva

Sur les genoux de sa mère.

Du nouveau-né,

Orna-t-elle les paupières.

C’est elle qu’en vers il parla,

Lorsque son cœur ils incendièrent.

Il la parla,

Aux fleurs écloses dans les yeux de sa mère.

            La frange (Tawenza) est le titre d’un poème. Ce symbole de beauté, comme le sont l’œil et les lèvres, prend ici un tout autre sens. Le poète commence à nous bercer de belle manière, en une cinquantaine de vers répartis en deux sections. Puis au début de la troisième  nous assène que Tawenza n’est autre que Tamazirt (Le pays, La patrie) et notre Tifinagh (L’alphabet amazigh). Ainsi le poète chante l’amour de la mère, du pays, du peuple. Et ceci de manière profonde et sublime. Voici la première partie de la section IV. Il y est demandé à la frange d’étaler tous ses charmes cachés. L’auteur nous présente alors un archétype de beauté  dont les atours n’ont nullement souffert de l’insulte du temps.

 

Frange, nous te mettrons les fibules,

En tes mains.

Découvre ta poitrine,

Que l’admire chacun.

Qu’on sache que n’est pas sèche

La source à laquelle moi je m’abreuve.

Qu’ils admirent ta beauté

Cachée par l’habit que tu portes.

Ta chevelure m’en vais-je défaire,

Trop longtemps ramassée.

Portée par le vent,

Elle te fera bouquet dans les cieux.

Qu’ils sachent que tu n’as pas perdu de cheveu

Et que du temps il n’a souffert.


Puis il est déclaré qu’il est temps d’offrir une grande fête à Tawenza car ses enfants sont en prison en son nom. Mais laissons parler le poète.

 Faisons pour toi, Tawenza,

Fête aujourd’hui ;

Tes enfants sont emprisonnés en ton nom.

………………………………

Est pour eux, le froid des grottes

Où ils sont,

Au cœur, de la chaleur ;

Quant à moi, c’est ton amour que j’ai trouvé.

Les murs,

Malgré ceux-là qui point ne nous aiment,

Ne m’ont guère privé de rencontrer l’espoir ;

Cheminerons ensemble.

………………………………………

Des années que nous a prises,

Celui dont il est dit

Qu’il veut nous arrêter

Ou, en notre cœur, tuer le flambeau.

Belle est la maison des prisonniers,

 Tant que c’est la voie

 Des Amazighs.

S’ils s’ébrouaient, la nuit, n’y passeraient.

Si nombreux, plus ne la craindraient.

Les autres ne trouveront

Quoi faire, que les portes ouvrir.

Nous sortirons,

Enseignerons Tamazight,

A tous ceux qui le désirent.

            Dans ‘Arougi’ (Le rebelle ; on dit aussi ‘Aghewwagh’), écrit en France en 1980, c’est l’appel à l’éveil. La solution est en nous. Il y a encore un rebelle qui se bat. Il est à part mais en nous il demeure. Ecarté car il a dit NON. Refusant d’être esclave, il éclate et devient flambeau.Juste quelques vers

 Nous avons combattu

Afin qu’ils deviennent des rois,

Nous autres en poussière tombons.

……………

A feu les enclos

……………

            Le message de ‘Adrar ne tudert’ (Le mont de la vie) est livré dans les premiers vers.

 Mont de la vie, je suis.

Elle me boude

Et s’en va ;

Donne aux autres des fleurs.

Sans racines,

A mon ombre

Elles poussent ;

S’abreuvent à mon eau.

Emigrant je suis.

……………………

Si abondante la semence,

Arrachons les sans racines, jetons ;

Pousseront celles qui d’elles sont pourvues.

……………………………

‘Tikessad’ (Les peurs ; en fait la peur) est une mise au point après l’année d’emprisonnement. Y est abordé la question du ‘Pourquoi moi ?’. Le poète rejette le fait d’être juste un jouet dans un destin qui l’écrase.

 Il est écrit que ton chemin soit de peine,

Ce que moi je récuse.

Dieu tu le veux,

Moi je refuse.

…………………..

C’est ainsi que Dieu décide des étoiles.

D’admirer, nous est donné.

C’est ce que Dieu de moi fait,

Me brûle le tison.

 

Un thème récurrent chez  Dda Azayku, et qui est également traité par tous les poètes amazighs, est celui du terroir, du bien-être et du mal-être selon qu’on se sente plus ou moins bien chez soi. Ici, il est abordé à travers l’algue verte (‘Adal’)

 

L’algue verte lâche ses racines,

Encore nomade ;

Migrante, en sa propre terre.

Là où elle trouve vie

Elle s’agrippe en pleurant.

 

Le fleuve (‘Asif’) est en fait ici celui de l’histoire. Il est fait allusion aux moments où nous sommes emportés et malmenés, ayant apparemment perdu tout contrôle de la situation. Mais le poète est pleinement conscient des événements. Il est plus fort que ce fleuve et se rit de l’illusion de celui-ci de pouvoir l’emporter.

 

Le fleuve de charrier,

Ensemble, il ramène

Des racines arrachées,

Des roches et de  notre terre.

Le fleuve point ne considère ;

Il malmène, en passant,

C’est moi-même malmené.

Plus grand que ce fleuve, je suis.

Mais il croit m’emporter ;

Il croit ce qu’il désire.

Je sais qu’il ne peut déborder.

 

‘Hammounamir’ est un conte bien connu. Il y est question d’anges visiteurs et d’ascension du héros vers les cieux. Le poète le reprend avec une interprétation nouvelle. Il y introduit l’écriture amazighe, probablement suggérée par le hanna sur les  mains de Hammounamir. Après un rappel imagé de certains faits du conte, la malice, du taleb, est dévoilée.

Le taleb ne veut pas que tu passes le chemin

De Tifinagh ; ce n’est pas le sien.

Ce serait sa mort, ce faisant.

Ce qu’il n’est pas,  t’a fait croire ;

Il t’a fait perdre la voie.

……………………..

 

C’est notre lettre que tu portais.

………………………………………..

Aleph  nous tomba dessus.

…………………………………….

Les autres, leur venue, ont annoncé,

Si jamais notre union.

‘Immi de Baba’ (Maman et Papa) nous rapporte les valeurs que les parents désirent et essayent d’inculquer à leurs enfants. Le poète, chanceux, commence par retrouver la chaleur de l’amour maternel tel qu’il était enfant. Ici la poésie et la simplicité font un ménage admirable. Il ne dit pas ‘Le sein maternel’ comme un adulte. Il use du terme ‘Tibbichet’ (On dit aussi ‘Tabbouchet’) qui coule dans sa bouche et des yeux qui sont les supports de son cœur. Et de l’amour qui sur lui se déverse. Le père prend le relais, en ami. Il incite au travail. Il conseille de ne pas viser  le soleil ni la lune et de puiser la lumière seulement des étoiles. Si le cœur est trop chaud et fort il faut alors se rafraîchir en admirant les monts. Trop de  peur est une honte et l’on devient une proie. Ne pas non plus convoiter et rechigner à l’effort. La mère revient pour le dernier mot. Elle confirme les conseils du père mais relève l’oubli de  l’amour sans lequel aucune convivialité n’est possible dans les relations humaines.

‘Ahiyyad’ est l’illustration de la petite marge que se laisse le poète et le penseur qu’est Dda Azayku. Lui qui dépeint, en poésie, la peine de son peuple et qui décortique celle-ci à coup de concepts et d’arguments d’histoire se laisse ici s’épancher, se bercer, rêvasser, …. Je rapporte seulement ce qui a relation avec le temps. Il s’exprime, entre autres, sur la vie qui s’écoule et dont il faut saisir chaque instant.

 Mieux vaut être un troubadour

Et vivre du jour le présent ;

Ne point chercher   lendemain

Avant que le jour ne se lève.

……………………………..

En petit nombre les jours ;

Celui qui s’écoule est, pour toi, sans retour

C’est l’humain qui fait de sa vie ce qu’elle est. Le moment est tel que lui-même le conçoit.

 Mieux vaut être un troubadour ;

Ne pas faire aux jours la cour.

Tel que ou tel quel,

Le sien toujours le même ;

Le prévoit tel qu’il le veut.

………………………..

Même la peine,

Une vie, pour qui sait y voir cela.

Le dernier poème, de 1991, est intitulé ‘Izmulen’ comme tout le recueil. A ma connaissance, à moins d’inédits, c’est aussi le dernier de Dda Azayku. Il est long et fourmillent d’expressions et d’images saisissantes. C’est an quelque sorte un testament où sont abordées toute la peine et tous les espoirs.

Cela commence par l’aigle, le symbole de majesté, qui ne craint pas les hauteurs, quitte ses cimes  et s’envole vers les cieux. Mais ce n’est pas dans la joie. Il déverse sa tristesse en pleurs ! Il vise les étoiles, la lune et le soleil. Et le poète de nous rassurer par sa conviction

 Que ne peut-on trouver sur la terre,

Tant que c’est dans notre cœur.

Ensuite ce sont les cicatrices qui meurtrissent le cœur et qui vont jusqu’à y  tuer, lui-même, le cœur. Celui-ci ne trouve plus, par ailleurs, à se délivrer ni par larme, ni par sentiment. Puis c’est une vingtaine de vers poignants sur une situation catastrophique. On y rencontre un écrit qui n’est pas une fleur. Il pousse sur la terre et s’y développe. Il attache le temps et les jours pour qu’ils n’avancent plus. Les briques en oublient l’eau. Les charrues se brisent sur les sillons.

Les graines en main,

Ensemencer, nous ne savons plus.

Plus rien ne pousse.

…………………………..

Nous trouvâmes des gens, ayant pris notre temps ;

Le cœur, en ont jeté

 

Cependant

L’espoir du soleil se lève ;

M’embarquer avec lui, j’ai choisi.

Longuement le poète traite de la fratrie. Est remise en question la vielle attitude de considérer qu’un mauvais frère est toujours utile face à un mauvais jour

 C’est la fratrie qui porte l’un des siens,

Lorsqu’il est agressé ;

Qui l’aide lorsque malade il est.

………………….

Et encore la note d’espoir

Que ne peut-on trouver dans le soleil,

Un jour où il fait beau.

Mais aussi

La fratrie qui massacre l’un des siens,

Se met dans son cortège funèbre,

Avec les bâtards danse sur sa tombe,

Au cœur, mal nous fait ;

Où est-elle ! Si mensonge elle raconte,

Qu’on la jette.

 

Ou encore cette douloureuse dépossession de son chez soi

 

C’est au milieu de cicatrices que nous marchons,

Vous et moi-même.

Tant de notre héritage suspendu,

Ne nous est pas parvenu.

Nos pas sur les chemins,

Chez nous occupé par les autres.

Nous y sommes et tournons autour.

Le nôtre, ne l’avons pas ;

C’est comme cela.

 

Le calvaire dure depuis longtemps. Mais le poète refuse le fait.

 

Cicatrice héritée du foie

Des nôtres ancêtres.

A la naissance, nous bûmes la vie,

Aux poitrines déjà brûlées.

La cicatrice de la vie nous meurtrit ;

Son offrande nous sommes.

…………………………………..

Ce qu’il y’a, y est ; quant à moi,

Je refuse cela.

 

Le destin de l’aigle amazigh n’est pas brillant.

 

C’est au milieu de cicatrices que naît l’aigle

De chez nous.

…………………………………….

S’envolant, il est par le mensonge happé.

Blessé dans son cœur,

Il retombe, sur la terre, devient poulet ;

Les cieux oubliant,

L’or de mains sales le pourchassant.

Ce sont cicatrices qui nettoient l’or,

Une fois, de crasse, couvert.

Ce sont les cicatrices, Ô mon cœur,

Qui nous ont égarés,

Sur des pierres plates d’eaux de mirage.

Nous y tombons et sommes ensevelis.

En cris, nous faisons appel,

A untel non encore né ;

Sauf l’éternel,

Grand Dieu,

Qui veut que nous sachions

Que loin du chemin amazigh, nous sommes

Dès le moment de naître.

 

Et cette sublimation des cicatrices qui deviennent des informations dont il faut tirer bonne leçon. Mais c’est un écrit dont il faut d’abord trouver la clé.

 

     Des données, les cicatrices ;

Celles égarées ;

C’est de l’écrit.

Le script

N’a point livré

Ce qu’est le remède de l’écriture

Des gens ayant vécu.

Veux-tu te souvenir,

Oublier,

Ou bien, chez vous exterminer ?

Moi, je ne veux point oublier ;

Chez nous, seulement j’ai retrouvé.

 

Et Dda Azayku, le patient, qui répétait sans cesse qu’il fallait raisonner en termes d’histoire, de siècles, et que les changements, certes  inéluctables, seraient longs à venir, exprime ici sa lassitude quant à certains esprits totalement imperméables.

 La cicatrice est un signe

De notre rêve ;

Il y’en a moult.

Je ne veux plus encore rêver

En place de notre bourricot.

Le chemin, tu lui désignes

Et il s’en détourne.

‘Le poulet, vers le septième ciel,

ne peut s’envoler’

 ‘Ce ne sont pas plumes qui manquent,

C’est par peur dans son cœur’.

 

La fin du poème annonce l’éternité de notre cœur. C’est une plaie vivante qui produit continuellement des cicatrices.

 Les cicatrices,

Si des vagues elles te créaient ;

Celles du cœur,

Car celles de notre mer

Elles ne naîtront jamais ;

Bloquées par la falaise,

Moissonnées par le sable.

Notre cœur, tel notre terre,

En bloc cicatrice.

Jamais ne périra ;

Il enfantera

Cicatrices et cicatrices.

En début de conclusion, il convient de rappeler que c’est le deuxième recueil de ce poète, l’un des pionniers modernes de la cause amazighe. Le premier intitulé ‘Timitar’ (Les signes) est de 1988. Il mérite évidemment une présentation détaillée. Mais à quand une critique littéraire de la production en Tamazight ? Elle est trop proche de nos véritables problèmes pour intéresser les mercenaires de la plume qui font feu de tout mauvais bois afin d’enfumer et d’embrouiller les lecteurs à volonté.

J’ai choisi de ne pas faire de commentaires sur quelques poèmes de ce recueil. Ce sont ‘Taslitt’, ‘Atri ne Wul’, ‘Iloullouyen’, ‘Asouf’, ‘Ur Attarakh’, ‘Tafala’ et ‘Tayrinu’. Pour certains, j’ai peut être raté le message essentiel et je ne veux pas faire dire à l’auteur ce qui ne l’aurait même pas effleuré. Pour d’autres, ils concernent des expériences  propres au poète. Il nous a quitté et ne peut donc plus donner des précisions, procéder à des corrections ou s’expliquer si besoin était. Je considère donc que c’est un domaine où la spéculation n’est pas du tout permise.

Il est à relever que le poète ne s’adresse ici qu’aux siens ou à ceux qui sont supposé l’être. Et cela est tout à fait remarquable. Car le problème est en nous. Il n’est plus temps de mettre notre souffrance et nos déboires sur le compte d’autrui.

Que reste-t-il après une blessure. Une cicatrice bien sûr. Mais ici il s’agit d’un pluriel ‘Les cicatrices’. Et surtout, elles ne concernent pas le membre d’un corps ou seulement une personne. Elles sont collectives. Elles concernent tout un peuple. De plus, elles traversent des générations et elles sont profondes. Mais le génie du poète –quelle sagesse !- en fait une source d’inspiration. Et ne faut-il pas comprendre, par la toute dernière strophe, que les cicatrices demeurent en fait des blessures vivaces qui ne s’apaiseront et disparaîtront qu’avec la renaissance de l’être Amazigh ?

A la fin de cette présentation, je ne peux que me souvenir avec un mélange de tendresse, de tristesse et de gravité de la lecture de poésie organisé par le Centre Tarik Ben Ziad en 2001. Se sont produit plusieurs poètes, du sud, du nord et du centre du Maroc. Mais Dda Azayku, qui était souffrant, a retenu la plus grande attention. Les auditeurs l’écoutaient dans un silence tout d’intérêt et de respect. Ils essayaient, en plus d’apprécier la forme poétique, de capter les messages émis d’une voix affaiblie par la maladie. Ce ne fut pas facile pour Dda Azayku d’aller jusqu’au bout de sa lecture. Quel bel effort en hommage à l’auditoire et à Tamazight !

Notes : 

  1. ‘Timitar’, Imprimerie Okad, Rabat, 1989.
  2. ‘Izmulen’, Imprimerie Annajah Aljadida, Casablanca, 1995.
  3. Les deux recueils ‘Timitar’ et ‘Izmulen’ ont été publiés à compte d’auteur.
  4. Lors du concours national ‘Le prix du livre marocain’ de l’année 1996, le recueil ‘Izmulen’ devait, selon le jury et à l’unamité, obtenir le premier prix. Mais la politique arabo-raciste, anti-amazighe, en a décidé autrement. Elle a tout simplement  dépossédé Dda Azayku de son prix au profit d’une production  en arabe ! Une responsable au ministère de la culture –l’organisateur du concours- se serait immiscée dans les compétences du jury en déclarant que se serait du racisme si on gratifiait  une ‘œuvre’ en Tamazight.

5. La lecture de poésie a eu lieu à Dar Lamrini (Ancienne Médina, Rabat).

Hha Oudades (Tamesna) 

Critique : Le silence et la parole chez A. Haddachi

Cela fait quelques mois que je lis, compulse et relis « Memmis n Ifesti d Awal » , de A. Haddachi, afin de livrer mes impressions sur cette œuvre. L’auteur m’a laissé entendre qu’il serait curieux de savoir ce que j’en pensais. A chaque fois je découvre quelque chose de nouveau. Si je me laissais aller, je n’en finirais pas d’ajouter des remarques et commentaires. J’ai donc décidé de m’arrêter, tout en sachant qu’il y a encore beaucoup à faire. J’ai dû même laissé de côté des remarques non développées. Disons d’abord qu’il est très difficile de classer ce livre dans un genre littéraire donné. On a l’impression qu’il court plusieurs lièvres à la fois. Et c’est naturel : Les Imazighen ont commencé à parler d’eux-mêmes et en Tamazight ; il n’est donc pas étonnant qu’ils veuillent tout dire à la fois. Cependant, ce pourrait être, sous forme de dialogues, un essai qui ne dit pas son nom. Je propose d’en traduire le titre par « La parole, c’est l’enfant du silence » ou « La parole émane du silence ». Encore faut-il savoir de quel silence il s’agit. L’auteur parle en passant du silence de la mort, de celui d’avant et d’après la parole, de celui qui consiste à taire quelque chose et même d’un silence qu’on peut étrangler de ses propres mains (Tzêlgem ifesti s ifassen nnun ; p. 168). Toutefois, il me semble que la leçon est, peut être, qu’il faut un temps de réflexion (profonde) avant de parler. Mais il y a aussi que la parole, en Tamazight, peut signifier la brouille, la bagarre, etc. .

S’agissant du style, le lecteur non averti pourrait croire que Haddachi veut impressionner par un vocabulaire recherché. D’abord, ce même lecteur n’aurait, sans doute, jamais eu cette idée à propos d’un écrit en français ou en arabe par exemple. Il aurait eu, naturellement, recours à un dictionnaire ! Ensuite, il est vrai qu’un certain vocabulaire est méconnu par beaucoup de locuteurs de notre langue. Mais il faut aussi rappeler que Haddachi est l’auteur d’un dictionnaire de Tamazight. Encore faut-il préciser qu’il affirme que, pour tout ce qui concerne la vie courante, on n’a absolument pas besoin de néologisme ni d’emprunts. Il y a aussi que l’auteur est poète. Dans sa prose, il garde la tendance à faire de belles phrases et à user de jeux de mots. De plus, il renforce cet aspect en émaillant son texte de proverbes, d’expressions consacrées, de réparties reconnues, d’izlan (distiques amazighs), etc. . Il donne l’impression de vouloir, à bout de souffle, livrer tous les aspects, de la sagesse amazighe, dont il a connaissance.

A signaler aussi une idée de l’auteur. Je ne sais pas si elle est nouvelle mais je la trouve intéressante. Le premier qui prend la parole est anonyme. Trois points de suspension le signalent et tiennent lieu de nom. Est-ce à dire qu’il s’agit d’une discussion perpétuelle à laquelle l’auteur prend part, à un moment donné, par l’entremise de différents personnages ? Ceci semble justifié par le fait que le dernier interlocuteur est également anonyme et aussi désigné par trois points.

A noter aussi que certains personnages sont présents du début jusqu’à la fin à savoir Acal, Aseklu et Iselli. Ils représentent, en quelque sorte, la permanence. Alors que d’autres apparaissent au cours d’un chapitre ou deux puis disparaissent ; il en est ainsi de Aghyul, Agdid, Anzare, Asif, etc. . Ils correspondent aux phénomènes passagers. Acal a toutes les réponses. Il est celui qui semble porter le fardeau le plus lourd. En fait, il ne s’agit même pas d’un fardeau. Il dit simplement les choses comme elles sont. Mais il ne parle jamais beaucoup. Il en a vu d’autres. C’est en maître qu’il participe au débat, rappelant telle chose, clarifiant telle autre ou indiquant même le devenir soit clairement soit par allusion. Il a toujours le dernier mot. Aseklu est d’une grande sagesse. C’est lui qui comprend le mieux Acal et parfois même l’anticipe. C’est comme si chez la sagesse aquise et qui aussi dénote la conceptualisation alors que chez Acal c’est la connaissance innée et éternelle. Le discours de Acal est noble, sans dérision, ni agressivité, ni longueur. Alors que Aseklu tente des explications. Les assertions du premier sont toujours d’un niveau plus élevé ; elles sont plus profondes que toutes celles qui les précèdent et qui, elles-mêmes, sont déjà très bonnes. A ce propos, Acal n’ouvre jamais le débat.

L’analyse littéraire, dont je ne possède d’ailleurs pas les instruments, n’a même pas été entamée dans ce qui précède. Je vais maintenant indiquer quelques messages qu’il m’a semblé reconnaître dans cet essai ; tâche à la portée de n’importe lecteur.

Commençons par ce qui concerne le silence. Il apparaît dans le titre. Il est semé, à tout va,  à travers les pages. La courte introduction, de l’auteur, en p. 8, est révélatrice. J’en comprends que tout est noté par écrit. Je dis donc qu’il sera ressortis le jour du jugement ; sur terre et non dans l’au-delà. Que l’adversaire ou l’ennemi ne croit pas avoir, en face de lui, des moutons. Le silence ne signifie pas l’acceptation et encore moins la résignation. Peut être que les assertions de Insi, Iselli et Aseklu, à la fin de la page 119,  ainsi que de Insi au début de la page 120 vont-elles dans ce sens. Elles ne parlent pas d’elles-mêmes. Haddachi est-il trop pusillanime ? On peut le penser. En tout cas on peut en comprendre que Ifesti c’est l’Amazigh et que le réveil viendra de la femme ; sa mère.

Le message majeur concerne évidemment l’authenticité (l’amazighité). Elle est bien assise sur l’histoire et la tradition mais elle n’est pas du tout archaïque, ni figée, ni refermée sur elle-même. Elle ouverte sur le monde. Il n’est pas seulement question des sentences de nos imgharen, des poèmes de nos imedyazen ou des histoires de nos grand-mères. Il est aussi fait référence à Socrate, à la Californie, à Pavlov, à Seattle (comme chef indien), Tom et Jerry, etc. . L’authenticité est soulevée, en particulier par une courte phrase, de Aseklu : Ar nettettu allig nettu mayd nems (p. 107) c’est à dire « Nous nous sommes mis à oublier au point d’oublier qui nous sommes ». Et à propos de la Californie, elle souvent citée et à chaque fois dans un but précis. Il y’en a qui y voit le paradis rêvé sans penser jamais y arriver. Il y’en a qui savent comment faire : Ils envoient leurs femmes y accoucher afin que leurs enfants (et peut-être eux-mêmes) bénéficient de la nationalité américaine. Mais l’auteur, fils du terroir, nous fait dire (p. 168) par un personnage anonyme –un quelconque Marocain qui se sent bien Marocain- que cette Californie pourrait, elle,  venir à nous, en silence, si on le voulait.

Chez les Imazighen, le changement et l’évolution sont tout naturels ; à l’image, probablement, des phénomènes naturels. L’immobilisme n’est pas de mise. La supériorité ne peut durer. Dès la page 10, Acal nous assène « Ghas addja tt ard t i tawy ». C’est l’expression, répandue chez Imazighen, de la conviction atavique et profonde en le changement des temps. Et c’est bien Acal, l’éternel, qui l’énonce. Mais on retrouve aussi cet état d’esprit dans l’intervention de Iselli au début de la page 123.

L’écrit et son importance ne pouvaient être passés sous silence. Il y en a même qui vont jusqu’à considérer comme négligeables des peuples sans écrit. Par la voix d’Islli (p. 116), après une intervention d’Insi (p. 115), l’auteur nous rappelle  qu’il y a une autre écriture indélébile -avec laquelle on vient au monde- à savoir la mémoire historique qui retient sous forme de tatouages douloureux toutes les maltraitances subies. Et celle-là ne contient pas du tout de mensonge. Quant à l’autre, Insi, dans une longue intervention (pp. 153-154) attire notre attention sur le fait qu’elle peut dire vrai comme elle peut dire faux.

Un fait, à première vue, étonnant est que Haddachi utilise, comme c’était courant au Maroc, le mot Uday (Tudayt au féminin) pour désigner un peureux (se). Il l’utilise bien dans ce sens et à plusieurs reprises. Ceci m’a d’abord intrigué. Il se trouve que ce vocable renvoie aussi à la malice ou à l’ingéniosité. Il peut désigner quelqu’un qui arrive à se sortir de -ou à démêler des- situations apparemment inextricables ; et, dans ce sens, celui qui connaît des choses obscures. Par ailleurs, il y a un autre surnom, de la vipère et qui utilisé par l’auteur ; c’est Âetti Sefiyya. Alors, pourquoi Uday et Tudayt ? Je pense que ce n’est ni une maladresse, ni une inattention. D’après moi Haddachi s’est voulu provocateur afin d’inviter certains lecteurs à extirper les derniers relents d’un mépris grossier du juif ; au cas où il y’en aurait encore.

Toutes les spécificités de la culture amazighe sont importantes à relever. Mais il y’en a une qui m’est vraiment chère. En page 49, Iselli a juré pour soutenir une affirmation. Il à noter –et c’est le cas dans la tradition amazighe- qu’il ne mêle pas Dieu à ses affaires quotidiennes. Il ne jure pas, non plus, par un Sidi ou un Moulay. Il jure sur l’honneur. En cas de mensonge, son serment (son témoignage) ne serait plus valable. C’est un indice, parmi d’autres, de la responsabilité entière encas d’engagement.

Une question et une brève réponse de Iselli, en page 57, méritent également attention. Il y est dit que l’homme sort (du ventre) de la femme. Ce n’est donc pas la femme qui sort d’une côte d’Adam, comme le veut le mythe.

 Au début de cette conclusion, je tiens à relever un fait curieux. Tous les personnages, sauf un, sont masculins ! Misogyne ? Haddachi est invité à s’expliquer. Seule la vipère est de sexe féminin. Bien sûr, il est question de la femme ; mais si peu. Et même si, à aucun moment, elle n’est diminuée -bien au contraire- l’on peut, tout de même, regretter son absence ; sous forme de Tamazirt, par exemple. Et elle en aurait à dire. Elle en gros sur le cœur. A ce propos, Acal ne peut être considéré comme bisexuel. C’est, bien sûr, la terre nourricière. Mais la maternité, chez Imazighen, se situe du côté de Tamazirt –ou Tamurt- qui englobe Acal et aussi tous les aspects ethnologiques. On ne dit pas Memmis n Acal mais Memmis n Tamazirt. Avis à Haddachi ; un autre chapitre est-il ouvert ?

Le dernier paragraphe, de la page 68, peut être considéré comme une conclusion momentanée d’un dialogue qui doit continuer. A ce propos, et pour chatouiller l’enseignant puis l’inspecteur de mathématiques qu’a été Haddachi, où sont les trois points de suspension qui l’attente de cette continuité ? Dans ce paragraphe, le locuteur appelle à s’en tenir au silence qui est le nôtre. Il ne s’agit pas de garder le silence. L’auteur ne dit pas « Ayd igan winnex ». Il dit « Nna igan winnex ». Il serait donc question d’ un silence positif. Du moins, me plait-il de le penser. L’expression « Da issidir ar ittidir » -il fait vivre et il vit- ne va-t-elle pas dans ce sens ? Et puis encore « Ur sar inni ad ifest ifesti » c’est à dire « Le silence ne se taira jamais » ! Je comprends donc que la parole éclairée prend ses racines dans le silence.

Une curiosité de cet essai est que c’est en page 64 que l’auteur, me semble-t-il, nous dit que le silence doit prendre fin. Il fait dire par Acal que celui dont le silence n’engendre pas la parole est en dehors d’e la vie ; il n’en fait plus partie. Il met aussi, dans la bouche de l’arbre, un distique, du poète vivant Lesieur, à savoir que celui qui parle (ou qui réagit) vaut mieux que celui qui baisse son capuchon ; et qui donc se tait.

Enfin, en ces temps d’idéologies et d’extrémismes, je choisis de clore mes remarques et commentaires par un proverbe, rapporté par Insi à la fin de la page 109, à savoir : Si le manche était intelligent, il n’armerait pas la hache contre sa mère et sa fratrie.

 Hha Oudades

CRITIQUE : Les signes d’Azaykou

Le 10 septembre 2004 disparaissait Ali Azayku, l’un des pionniers du mouvement amazigh au Maroc. Historien et poète moderne, Azayku a été, dans les années 80, le premier détenu politique de la cause amazighe. Le poète Hha Oudadès nous livre ci-après une critique de l’un de ses recueils de poésie intitulé : « Timitar » (signes).

 Introduction. Dda Azayku est parti trop tôt, à 63 ans. Il est sorti malade (hépatite C), après une année de prison ferme. Il avait osé, en tant qu’historien averti et en tant qu’Amazigh éveillé, réclamer une réécriture correcte de l’histoire du Maroc. Toutefois, il nous a laissé, en plus de ses travaux sur l’histoire, deux recueils de poésie en Tamazight : Izmulen[1] (Les Cicatrices) de 1995 et Timitar[2] (Les Signes) de 1989. Tamatart (sing. du pl. Timitar), c’est n’importe quel signe de reconnaissance (Parole, objet, geste, rappel d’un fait précis, …). J’avais déjà tenté une lecture du premier recueil[3]. Je vais ici en proposer une  du deuxième. A ce propos, j’ai eu la chance d’avoir des occasions d’entendre le poète lui-même déclamer ses propres vers. Il se prêtait simplement à cet exercice quand on lui le demandait, entre amis, et qu’on lui sortait son recueil. Il n’aimait pas se poser en vedette. J’ai également eu le privilège de lire, en sa présence, certains de ses poèmes et de bénéficier de ses explications et/ou éclaircissements.

Timitar est, à ma connaissance, le premier recueil moderne clairement militant, en faveur de Tamazight. Il est bien mûri, profond et d’une finesse exceptionnelle. Il s’étale de 1967 (Amarg, p. 77) à 1980 (Astara, p.96 ; Ijddigen iqqoren, p. 115 ; …). C’est donc une production sur  14 ans. De plus, ces années font toutes partie de la période de plomb au Maroc.

Le recueil est sans introduction, sans préface. Ce qui en tient lieu, c’est une dédicace, poétique elle-même, qui porte des messages très forts. Là voici

Dédicace.

‘Cette gerbe de fleurs, je l’ai rêvée pour Maman qui n’a point tué, en moi, le flambeau de Tamazight même s’il la tuée elle-même, elle est encore vivante.

Je l’ai rêvée pour les muets qui m’ont donné la parole en des temps sourds .. Ils  m’ont dit Ensemence la graine .. de la parole [La Langue].’

Timitar. C’est le titre du recueil. Mais les signes de quoi ? Le mot apparaît en page 39, dans le poème Takwetbit (La Koutoubia).

Takwetbit biddent          Debout est la Koutoubia

Ara x takka timitar         Aussi, nous donnant des signes

N willi zrinin.                 Des anciens disparus.

Le poète parle à Takwetbit et en parle. Il L’imagine pleine de lumière, la tête dans le ciel, telle la fumée mais brisant le soc du temps et scrutant, de haut, l’atmosphère. Il rappelle  la grandeur de ses bâtisseurs.

Les tombeurs d’obstacles

Nés dans les monts

Entre les mains, le flambeau

Clair le chemin, aussi bien l’esprit

Le cœur plein de verve

Puis, il plaint l’état piteux du symbole.

Telle qu’elle, lasse est Takwetbit

……………………………………

Le pied de souillure couvert

………………………………

Comme si non issue

De cette terre sa racine.

Désire, pour de vrai, être couverte

Par le temps de ses propres ténèbres

Comme jadis, ses bâtisseurs, il ensevelît

Qui allèrent sous terre.

Il apprend à la tour que seules les étoiles maintenant la connaissent elle et ses sœurs [à Rabat, à Séville]. Puis

Quant à ceux-là qui t’entourent

Ô, rien ils ne valent.

Il l’implore alors de rester debout et que son cœur ne soit pas chagriné. Puis

La racine du passé est encore, en nous, vivante,

Certes, celui qui vit

Encore parler, il pourra

Même si les autres désirent

Que l’oublie la parole.

Il la prend comme témoin de son discours, déclare que c’est sa hauteur qui sema ces pensées dans son cœur et qu’elle est la semence et la pluie avec des araires dans les mains. Il finit par

S’il y a sillon

Les charrues, ensemble, le labourent

Je te prie Takwetbit, debout, reste

Et sur nous, soit témoin.

Je tiens aussi à remettre en question la dénomination Koutoubia. L’idée reçue renvoie au fait qu’on aurait eu l’habitude de vendre des livres au pied de cette tour. Je propose une autre version. Il n’est pas déraisonnable de penser qu’il s’agirait de Tagweddimt (devenu Tagwedmit), féminin de Agweddim. Ce dernier vocable désignant n’importe quelle tour ou poste élevé) de guet. Il y en a encore d’innombrables dans le Sud-Est marocain. Par ailleurs, cela n’est-il pas compatible avec le nom Amur-Akkuc (La terre de dieu) du lieu-dit Marrakech où se trouve justement Tagwedmit? Aurait-on oublié que Yousef Ou Tachfin ne parlait que Tamazight ?

De g à d : Les poètes Feu Azayku, H. Oudades, A. Khadaoui, Dr Oudades et Feu Abehri à Aghbala.

Awal. Les poèmes ne sont pas donnés dans un ordre chronologique. Il semble que l’auteur ait opté pour un autre critère, à savoir d’alterner les thèmes et les messages. En tout cas, le premier poème Awal (La langue) est de 1978. C’est donner la note et le ton de tout le recueil. C’est l’identité qui est ainsi, dès le début, annoncée. Vu son importance, nous le donnons dans son intégralité. Signalons que la traduction, ainsi que toutes celles de cette lecture, sont de moi-même.

Awal (La langue).

Est Amazighe, Ma langue,

Personne ne la connaît ;

En elle, elle porte tant,

Qui peut-il à elle se mesurer ?

C’est moi qui, suspendu, je suis toujours;

Notre langue suspendue,

Les cordes au coup,

Ma langue-organe à peine vivante

Ne fait que parler,

Parmi les sourds, non lassée.

La parole assoiffée, sûrement,

En finir des grandes soifs.

Est Amazighe, Ma langue,

Personne qui en veut.

De qui, c’est un rêve, dit-il ;

S’en va, nous délaisse.

En outre, assène-t-il :

Jamais, le jour, elle ne verra.

De qui dit

Votre langue, de beaucoup se souvient.

Les gens ne veulent point

Malades être, autant que vous  l’êtes.

Est Amazighe, Ma langue ;

Encore, elle brisera

Le temps du silence ;

Attisera le foyer dans les cœurs ;

Qu’astres ils deviendront,

Se rejoindront

Dans nos cieux.

Le jardin secret du poète. Azayku le militant amazigh, l’historien fin et méticuleux, est aussi un être humain. Il est porté par l’Amour. Nous en viendrons à l’amour maternel, à la compassion pour les moins nantis ; ce qui n’est autre que  l’amour du prochain. Mais il y a aussi l’amour non partagé avec les autres, l’amour qu’on éprouve pour un être en particulier, qui ne s’explique pas et demeure en général dans le jardin secret –et bien clos- de chacun. Le poète nous en ouvre la porte et laisse libre cours à ses sentiments.

Ghassad ma yufa

(Aujourd’hui, qu’a-t-il trouvé ?)

Aujourd’hui, qu’a-t-il trouvé ?

N’est pas tels les autres jours !

Sont-ce les terres qui,

Sous les cieux, ne sont plus?

Sont-ce les eaux où sont mortes les vagues ?

Est-ce toi le vent

Qui, plus, ne ressens

Que nostalgies ?

Souffrance, sans toi, mon œil,

Ma Kheddouj, à moi,

Ne perçoit que la nuit.

De mon cœur, tant est tranché.

Cet amour auquel je pense ;

Je sais, c’est mon remède,

Mais je ne le vois pas.

Lointain, même auprès de moi.

Est-il, votre cœur,

Tout de pierre fait, Mon cher;

Ne t’ai-je point retourné ?

Te voyant, j’ai goûté

De la vie, la douceur.

Centaine, sans toi, j’en ai vu.

A toi, nulle autre pareille.

Kheddouj, la beauté que tu portes

Qu’une seule fois ne put naître.

Sont-ce des yeux de gazelles,

Des crinières d’étalons,

Sont-ce des fleurs écloses

Dans un visage de lune

Est-ce la royale gelée, coulant

Entre de telles dents.

Le canon de beauté, Ô Kheddouj, sans toi,

Dans les cieux, existe-t-il vraiment ?

Je ne pense pas cela.

Janbiyyi (Genvillier). En 1969, étudiant de 3ième cycle à Paris, le poète réalise les conditions pénibles de nos travailleurs immigrés. L’idée qu’il s’en fait est loin de la fausse image idyllique qui régnait dans l’esprit de tout un chacun. Il compatit et nous offre un poème poignant que voici :

Genvillier, de brume couverte ;

Qu’y couvre-t-elle ?

De la bravoure,

De la misère

Et de la peine dans les cœurs.

Les enfants de mon pays, en elle,

Non habitués ;

Par le soleil enfantés,

A la brume, non accoutumés.

L’amour du terroir,

Les siens,

Des immigrés, en ont fait …

Les jours, ils font périr,

Des années ;

Le jour tant attendu,

N’est point arrivé.

Secoue la brume, Genvillier;

Le soleil, le voici.

Laisse tomber le stress;

Entre tes mains, tiens la liesse,

Parmi nos jours, n’est pas lointain

Le grand jour.

L’amour maternel.  Ce sentiment est merveilleusement exprimé dans la dédicace. Il  apparaît ensuite clairement dans trois poèmes : Immi (Maman), p. 30 ; Immi dax (Encore Maman), p. 80 ; Immi de Baba (Maman et Papa), p. 43. Mais plus encore, le mot Immi (Maman) est  repris dans d’autres poèmes ; le recueil en est ainsi émaillé. La mère apparaît comme la source, le cours porteur et aussi le lac, ou la mer paisible, dont la largesse et la tranquillité nous reposent. On peut lui parler, se confier , sans risque de mésentente. On est même presque sûr d’être compris et reçu à bras ouverts. A signaler aussi le poème Akkweffay ne Immi (Le lait de Maman), p. 61 du recueil Izmulen. Quelques vers magnifiques en seront donnés et commentés dans la conclusion. Dans les deux recueils, l’amour maternel est  le substratum de l’équilibre et de  la stabilité. C’est l’essence de la patience et de l’espoir. Et c’est aussi le catalyseur de l’action et de l’effort.

Dans Immi (p. 30), le poète donne à la mère –notre mère- le rôle qui lui sied. C’est l’origine de la vie et du beau. Elle se sacrifie entièrement pour que perdure la continuité et la beauté. C’est aussi le symbole, par excellence, de la générosité sans attente de retour.

Maman, toi le jardin

Où nos fleurs sont écloses

Celles par  les nôtres plantées

Laissées, de terre, non sorties

La clôture, tu en es

Gardienne ; que pied ne piétine.

De tes larmes, tu puises de l’eau

Afin qu’elles ne périssent.

………………………………

Maman, tendre tu es

J’ai pris, n’oublie pas,

De tes fleurs la vie

……………………

Peu j’en ai pris

A l’océan, me suis servis

Tinmel nnex (Notre tinmel, p. 53). Le mot Immi est invoqué cinq fois dans ce  poème. Il est écrit à Rabat, en 1977. Mais on comprend, qu’en fait, il a été conçu alors que l’auteur avait à séjourner à l’étranger, car on y trouve le mot Agwemmedê (de  l’autre côté ; de la mer). Il est donc sur les bancs de l’école française proprement dite, après avoir fréquenté l’école marocaine officielle. Il se pose alors le problème de la véritable école, de la sienne. Lui vient alors à l’esprit Tinmel, la mosquée école, et son rôle crucial dans l’histoire du Maroc. Non satisfait, il se tourne vers sa mère, comme refuge et, respectueusement, lui soumet ses questionnements et sa conclusion. Il déclare qu’il est la mosquée de sa mère ( !), déserté par l’étudiant ; qu’il ne peut partir et délaisser la mosquée de sa  mère ; qu’il ne peut se prendre des ailes et oublier la terre. Il pose ensuite le problème capital

D’où nous sommes, nous ne savons

Ne savons que nous avons quitté

Notre terre, prise par les autres

Autour d’elle, nous tournons.

Et puis, c’est le retour aux sources qui sont les seules à lever l’ambiguïté sur tous les maux dont nous souffrons.

Maman, je désire la mosquée

De ceux-là qui m’ont enfanté.

C’est elle qui dira ce qui nous entrave et nous délaisse

C’est elle qui indiquera

Notre Tinmel

Notre joie.

 Ainsi, le problème de la Tinmel moderne est bel et bien posé.

La lassitude. Bien sûr,le recueil est plein de mots, d’adjectifs, qui indiquent nettement la situation pour le  moins inconfortable du poète et de son peuple. C’est le cas de ‘Sécheresse’, ‘Larmes’, ‘Grande Soif’, ‘Ténèbres’, etc. Il y a en fait des vers, parfois même des poèmes entiers, chargés d’une souffrance et d’une tristesse accablantes. Cela peut même aller jusqu’au découragement. Certaines chutes sont sans appel. Eh oui, on peut bien comprendre que le grand Azayku puisse lui aussi avoir ses moments de lassitude. En effet, nous sommes entourés de qui se dit arabiste, islamiste, progressiste, etc. Le qualificatif commun pouvant être ‘ignorantiste’. C’est l’ignorance et la fuite de la réalité qui font que certains –malheureusement trop nombreux- se complaisent dans des discours creux qu’ils rabâchent à tout vent.

Dans Imula (p. 25), est exprimée la malédiction des cieux qui n’arrosent plus la terre.

La terre, jamais plus, ne sera gorgée d’eau

Les cieux nous délaissent.

Dans Una ne  Irafan (p. 46), l’auteur donne une  image poignante de la paralysie intellectuelle qui fait suite à des dialogues de sourds-muets.

La question du muet

Captée par le sourd

L’esprit s’arrête

Suspendu

Aux racines de la soif …

Tanekra (p. 47) véhicule un sentiment d’échec qui peut conduire au désespoir. L’attente de jours meilleurs semble illusoire, au point que le poète reconnaît l’usure et exprime clairement sa fatigue.

Les lumières que je recherche

Absorbées par les ténèbres

Les maux en mon cœur

Ont sectionné, de  mon cœur, les racines

Le sang des autres

En nous, l’audace, a tué.

………………………….

Sèche la moelle, des mauvais jours,

A mâté les poitrines

…………………………

Fatigué, je suis d’attendre

…………………………..

Oublié par la montagne,

L’honneur, des vagues, n’y fait plus.

 

Igwlifen (p. 50) de 1975, comme le poème précédent, porte également le message de déception et de fatigue. Le dernier vers en est ‘Je suis las’. En voici d’autres. Les premiers dénoncent le manque de combativité, ou en quelque sorte la démission.

Les troupes fuient les maisons

S’engagent dans les forêts

Dans les bois demeurent

………………………………

Ont émigré, les sourds

Je suis las.

Nous nous contenterons de ces exemples. Il y’en a d’autres. Nous ferons de même avec l’espoir, dans ce qui suit.

L’espoir. L’on peut dire qu le recueil n’est pas gai. Cependant, malgré le constat sans appel sur l’état piteux du peuple amazigh, le poète nous surprend souvent par son espoir en de meilleurs lendemains. Comme premiers exemples, nous avons les chutes des poèmes Awal et Genvillier qui ont été intégralement donnés dans ce qui précède.

Dans Tagouri (L’appel, p. 16), l’auteur déplore la surdité des auditeurs mais en arrive, à la fin, à la conviction que l’appel fera l’union. Il y’en aura même ceux que l’on n’aurait pas attendus. Il est également annoncé que le moment de la marche en avant est bien arrivé. Les quatre derniers vers de Imula sont aussi significatifs. D’abord

Qu’ai-je à ne pouvoir assurer,

Quand je parle, mes propos.

Puis

Moissonnons, prenons de notre champ

Depuis tant, n’avons labouré … .

Le poème Immi (p. 30), qui suit Imula, est du même mois (Juin) de 1976. En fait, il est écrit juste un jour après. La fin du deuxième poème est tout à fait la réalisation du souhait émis à la fin du premier. On peut très bien mettre les vers qui suivent  à la suite des deux précédents.

Notre semence, à nouveau poussera

Vers elle, l’eau, dirigeons

Plus jamais, ne séchera.

De plus, la réalisation du souhait se fait dans de bonnes conditions -sous la bénédiction maternelle- puisqu’en est la pluie.

Ô Maman, les avons toutes labourées

Nos terres

Avons fait, selon tes désirs.

Et voici, sur nous, de la pluie.

La langue amazighe. Dda Azayku a fait revivre beaucoup de mots qu’on avait tendance à utiliser de moins en moins ou à carrément oublier. Et le fait que ce soit par la poésie permet de les retenir plus facilement. En effet, ils ne sont pas isolés. Mieux, ils sont dans un contexte qui leur donne plus de force. Ils sont enrobés dans des  images, des  métaphores et/ou dans des chutes  percutantes. Je donne ci-après des mots qui ont retenu mon attention. Ils ne pourraient, peut être, que donner une idée de ma propre ignorance de Tamazight. En tout cas, il y a, à la fin de chacun des recueils, une liste de mots dont l’auteur a donné les équivalents en arabe.

Adghar (Place, Lieu) : Vocable bien connu au Maroc central ; Dda Azayku l’a adopté, en remplacement de Amkan et Lmoudaâ, en usage dans Le Sous et région. Ifezê : rumination ; De Fezzê (Mâcher). Assergem  (honte); de Rgem (insulter) ; Andaru : Lieu de couvage, Nid ; De Anda (Où) et Arew (Enfanter). Wazzê (Particulier, singulier). Arugi (Rebèle) : De Ar (Jusqu’à) et Agwey (Refuser). Tarragt (Dédicace) : C’est l’ensemble des cadeaux offerts à la mariée. Taddanga (Une vague) : Dite aussi Taneggiyt, dans le Sud-Est ; certainement en relation avec le verbe Ngey (Inonder). Hêrboub : Peureux. Aghad (Brasier): On dit Irrig dans le Sud-Est ; en relation avec Tirregin (braises). Tiggas (Coups): On dit Titiwin (de Wwet ; frapper) dans le Sud-Est. Igum : Il est suffisant.

Conclusion. Dda Azayku nous a laissé une poésie inspirée, bien travaillée et qui plus est à message. Les thèmes principaux en sont l’identité amazighe –dont, en particulier, la langue est mise en exergue-, l’amour maternel qui nous sauve de la déchéance, la souffrance durable des nôtres –surtout ceux de condition modeste-, etc.

Dda Azayku a fourni un effort considérable au niveau de la langue. Il en est devenu un fin connaisseur. Bien sûr, c’est un Aboudrar (Montagnard). Il est donc parti avec un avantage, de pureté de la langue, qui et celui des Montagnards. Mais quel bel effort quand même ! Il a été l’un des pionniers, sinon le premier, à ne faire aucune distinction entre les différents parlers (ou dialectes) de la langue Amazighe. A titre d’exemple, c’est lui qui m’a appris que ‘Vérité’ se dit ‘Tidet’, et ce dans le parler du centre qui est justement ma langue maternelle. Evidement, il utilisait le vocabulaire amazigh de quelque bord que ce soit. Comme je persistais à m’adresser à lui dans la parler du Sud (Sous et région) que je maîtrise bien, il finit par me dire ‘Parle comme chez vous ; je comprends bien’

La poésie de Dda Azayku est riche, fine, fluide et laisse toujours un impact indélébile sur tout lecteur attentif.

Dans Akkweffay ne Immi (Le lait de Maman, du deuxième recueil Izmulen), c’est l’hommage à la mère qui est identifiée à Tamazight (l’amazighité). En fait, ce n’est pas seulement un hommage au sens classique, quelle que soit sa grandeur et sa sincérité. C’est la sublimation d’un état d’âme – l’état d’âme étant déjà sublime- qui  naturellement  relie tout être humain à la maternité, à sa mère ; à notre mère. C’est le sentiment profond qui, consciemment ou inconsciemment, gère, dicte, induit, les actions de tout amazigh tant qu’il vit et assume son amazighité. Voici quelques vers de ce poème. Ils ont déjà été donnés dans la lecture d’Izmulen.

 

C’est Tamazight qui l’éleva

Sur les genoux de sa mère.

Du nouveau-né,

Orna-t-elle les paupières.

C’est elle qu’en rime il parla,

Lorsque son cœur ils incendièrent.

Il la parla,

Aux fleurs écloses dans les yeux de sa mère.

Salut Dda Azayku.

Par : Hha Oudades

[1] Imprimerie Annajah Al Jadida, Casablanca, 1995.

[2] Manchourat Okad, Rabat, 1989.

[3] Tawiza et Francopolis ?

Thidrin…..Raconte-moi le Rif !

« Thidrin » (épi de blé ou de maïs en langue amazighe) est parmi les groupes engagés de musique amazighe que j’apprécie beaucoup. Je souhaite partager avec vous cet article que j’ai consacré à ce groupe en août 2005 et publié sur le site de Tamazgha. Je rappelle que ce groupe a sorti, il y a quelques années son deuxième CD « Biya.

« Thidrin » est l’icône d’un Rif opprimé dans le sang et qui refuse de plier au joug et à l’arbitraire. Trente ans après une existence presque « clandestine », ce groupe de musique berbère renoue avec la scène et accouche, dans la douleur de l’exil, de son premier opus : « Muh’and Ameqran ».

Rifuznik

« Thidrin » est une légende. Un tatouage indélébile. Le Rif conté dans la douleur, dans les larmes. Il est l’histoire fantastique d’un groupe de jeunes militants de la première heure déterminés à défendre une grande cause : l’amazighité. Le moyen : des guitares, des rythmes anciens rénovés, des voix chaudes et des poèmes audacieux, crus et provocateurs.

Animé par le désir de s’affirmer, le groupe « Thidrin » se lance à la recherche de soi-même, du passé spolié et de l’identité tatouée par des siècles de mépris. Durant trois décennies, plus de 20 cassettes de ce groupe légendaire ont circulé sous le manteau. Les membres de « Thidrin« , sages révoltés dans un Rif rebelle, ont toujours vécu avec le spectre de la prison qui planait sur eux. La chanson était pour ces épris de liberté et de justice, le seul moyen d’expression sur la situation du Rif à une époque marquée par la répression. Avec les incontournables Twattun (« les oubliés »), Walid Mimoun et tant d’autres groupes et chanteurs, « Thidrin » dénonce, revendique et lutte pour la dignité bafouée. Déterminés, ils chantent la résistance, la terre, l’oppression subie par le Rif et la liberté d’un peuple otage sur sa propre terre. « Qui peut vous oublier, vous qui êtes morts par les balles du makhzen ? », « jusqu’où ? », « Tamazight« , « Tilelli », « Abrid inu », « A degm fsigh d ametta » …, sont autant de poèmes chantés résumant l’histoire de ce groupe révolutionnaire étroitement liée à celle de la terre qui les a vu naître : Le Rif.

Hassan, le père spirituel

H. Thirdin est une légende vivante, ici dans un concert à Tanger en 2005

Le fondateur du groupe, Hassan Thidrin à 50 ans. Svelte, vêtu de noir, la figure charismatique de la chanson amazighe engagée dégage une énergie sans égale. Affaibli par la maladie, ce sage Rifuznik, fin connaisseur du Rif et des maux qui le rangent, raconte l’histoire du groupe, entouré de Mhend Abttoy et Jamal Paco, deux jeunes membres de « Thidrin » exilés en Hollande. Voix basse et amère, il me chuchote : « Interdits de studio, nous chantons l’identité berbère, l’émancipation de la femme, le désespoir d’une jeunesse étouffée et privée de son identité et la douleur de l’exil et de l’éloignement ». « Nos cassettes circulaient de main en main et atteignaient les villages les plus reculés du Rif« . « Netγennij, ad’ar di barr’a, ad’ar di rh’abs (on chantait, un pied sur scène, un autre en prison) », me dis ce grand amoureux de la culture amazighe. Des thèmes qui, selon Paco, étaient vus comme « subversifs » à l’époque. « Il était difficile durant les années 70 et 80 de se dire Amazigh, de chanter dans cette belle langue interdite et d’enregistrer dans des studios des chansons en tamazight avec une pareille thématique ». Thidrin l’a assumé. Il l’assume toujours.

Izuran (racines)

Conscients de leur identité et déterminés à lutter pour le recouvrement des droits du peuple berbère, les membres du groupe ont parcouru les montagnes du Rif pour collecter des poèmes anciens et des proverbes. Leur œuvre est le fruit d’un travail de longue haleine, de recherche lexicale et musicale inspirée d’anciens rythmes amazighs mais résolument inscrite dans la modernité. Selon Hassan, « Thidrin » incarne l’espoir et la continuité d’une identité qui émerge après un mépris qui a duré depuis plus de 2.000 ans. Le groupe est à l’image d’un épi de blé qui servira de semences. Thidrin s’est distingué durant des décennies par son style original et spécifique qui marie les anciens rythmes amazighs et la World Music.

L’exil

Après la révolte du Rif de 1984 et la répression qui s’est abattue sur la région, le groupe, menacé, se déracine et s’exile en Hollande. Hassan, quant à lui, choisit de rester dans le Rif. Déchiré par l’exil et par une immigration très difficile à vivre, le groupe entame l’enregistrement de son premier CD « Muh’and Ameqran » ; un hommage à Abdelkrim, un héros du Rif. Un véritable hymne à la liberté. Le travail durera deux longues années dans des conditions difficiles. « D’énormes sacrifices ont été consentis par tous les membres du groupe. On travaillait sans cesse, délaissant nos familles », me confie Mhend Abttoy, également poète et artiste-peintre. Ironie du sort : l’enregistrement terminé, sortis du studio à 2h00 du matin, un grand camion percute la voiture qui transportait tous les membres du groupe et a failli tous les tuer, raconte Mhend ému.

Bon Vent mes amis.

A. Azergui

ROMAN AMAZIGH : Sortie en France de «Iγed n tlelli»

Iγed n tlelli (Les cendres de la liberté) est un nouveau roman en langue amazighe publié par les Editions berbères à Paris. L’auteur, Lhoussain Azergui, y revisite la légende d’Oumakhdach (1889-1936), un résistant hors pair qui a mené, tout seul, une véritable guerre contre l’armée française et ses supplétifs dans la région du Sud-est du Maroc.

Humilié par le chef d’un chantier de construction d’une route, Oumakhdach, qui s’était illustré lors de la bataille de Baddou en 1933, a décidé de reprendre les armes en 1934. Il mena sa propre guerre contre l’occupation et sema la peur dans les rangs de l’armée française avant d’être trahi et tué. Le cadavre d’Oumakhdach a été par la suite brûlé par les autorités coloniales.

Le livre rend hommage à tous les résistants amazighs ainsi qu’aux habitants de toute la région du sud-est du Maroc, meurtrie dans sa chair par la pénétration française et sauvagement opprimée par l’Etat-nation arabo-islamiste, héritier des colons. Il ne se passe aucune décennie depuis 1956 sans qu’un événement sanglant ne survienne dans cette région, laquelle s’étend d’Imtghren jusqu’à Ouarzazat en passant par Goulmima, Aghbalu n Kerdous, Tinjedad, Tinghir, Boumalen n Dades, Alnif, Tighremt n Imgun et autres villes et villages.

Le livre fustige également les collaborateurs, dont la plupart étaient des futurs cadres du parti de l’Istiqlal, lesquels ont soutenu sans réserve l’armée française dans sa guerre de «pacification » visant à écraser le peuple amazigh et à le dominer. Il explique comment ces traîtres ont comploté afin de dominer le Maroc «indépendant » en usant notamment de la religion.

Iγed n tlelli, 140 pages, Editions Berbères, Paris.

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Hommage rendu à Zayd u Hmad Oumakhdach par le groupe Imal: