MAROC : Halte à la construction des mosquées !

Nous avons eu déjà à évoquer, sur ce site-même, les enfants morts de froid dans plusieurs villages reculés de l’Atlas, notamment à Anefgou et à Imilchil. Les autorités marocaines ont réagi à ces drames en intervenant dans ces régions, mais non pas pour les équiper en routes et en infrastructures sanitaires, routières et autres pour permettre aux habitants de mener une vie digne, mais… pour leur construire des mosquées. Oui ! Des mosquées !

Mosquée construite à Imilchil
La mosquée construite à Imilchil a coûté 9 millions de dirhams ! (Photo : Mounir Kejji)

Il paraît qu’au pays du « commandeur des croyants », le souci de l’au-delà prime sur celui du confort des habitants d’ici bas. Chaque fois que des enfants crèvent de froid et de misère dans les villages de l’Atlas, que des habitants manifestent pour revendiquer des droits, des routes, des infrastructures de base, les autorités leur construisent des mosquées. De « belles » et grandes mosquées pour corrompre leurs âmes meurtries par la dictature et le besoin, et leur permettre de fuir la misère provoquée ici bas par des décennies de pillage des richesses du pays par la monarchie. Le contraste est saisissant entre « l’anarchitecture » de ces mosquées avec leurs énormes minarets, modernes et intimidants et les modestes maisons des villages qui ne comptent aucune infrastructure digne de ce nom. mosquéeUne mosquée ? Quoi de plus efficace pour manipuler les habitants désœuvrés et les emmener à se réfugier dans l’opium d’Arabie ? La mosquée n’est pas uniquement un édifice « religieux », mais un instrument idéologique, une tribune très efficace pour distiller le poison de l’arabo-islamisme et de l’arabisation. Une mosquée est un avant-poste de l’intégrisme religieux, de l’obscurantisme et de la colonisation arabo-islamiste. C’est un danger mortel pour l’identité amazighe. La construction des mosquées semble être une réponse presque « naturelle », adoptée par les autorités, face à tous les problèmes auxquels sont confrontées les populations.

MOSKHassan II avait déjà racketté honteusement ses « sujets » pour s’offrir une énorme mosquée à Casablanca, alors que le peuple crève et subit le sous-développement. Il a réussi à endormir ses « fidèles sujets » en leur expliquant que leur misère est une fatalité, une volonté divine (et royale par extension). Plusieurs milliers de mosquées ont été construites ces deux dernières décennies dans les villages amazighs. Les naufragés de la vie n’ont que deux solutions : quitter la région pour aller grossir les bidonvilles du nord ou se réfugier dans une mosquée, « accepter son sort » et « rendre grâce à dieu » qu’un monarque a pensé leur « offrir de ses propres deniers » : un échappatoire réconfortant.
mosquée
Le peuple n’a pas besoin de mosquées. Il a besoin de routes, d’écoles, de médiathèques, de cinémas, d’universités, de conservatoires et d’entreprises. Il est temps de dire : Non aux mosquées.

A. Azergui

La question amazighe au Maroc ou le retour au point zéro

Le 23 Septembre 2014 restera dans la mémoire des Imazighen comme le clairon qui a sonné la fin d’une illusion, celle de la volonté de la caste au pouvoir à résoudre la question amazighe conformément aux revendications légitimes du Mouvement Amazigh, entendues par le Roi depuis le discours d’Ajdir en 2001.alphDans un lieu déjà hautement symbolique de la discrimination et du racisme arabo-islamiste de la caste dominante à l’égard de l’amazighité, en l’occurrence les locaux de l’agence MAP, le Ministre de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle, un technocrate qui n’a pas l’habitude des mensonges et de l’hypocrisie des politiciens, affirme officiellement lors d’une conférence de presse consacrée à la rentrée scolaire que :

C’est la douche froide pour celles et ceux qui croyaient encore la veille, que la question amazighe, dans au moins son volet scolaire, connaissait le chemin d’une solution consensuelle qui met le pays à l’abri de l’insécurité civile que connaît le « monde arabe ». Que signifie une telle affirmation venant d’un ministre qui a la charge d’appliquer la politique éducative du Gouvernement, dans un secteur clé qui conditionne toute volonté politique de changement des mentalités et des comportements des futurs citoyens à l’égard du constituant fondamental de l’identité du Maroc ?

La vérité est que la majorité des composantes du Mouvement Amazigh et des observateurs avaient déjà compris depuis des années que la caste au pouvoir n’avait aucune volonté politique d’aller de l’avant sur la voie tracée par le discours d’Ajdir en 2001. Ce constat avait déjà conduit sept membres du Conseil d’Administration de l’IRCAM(l’Institut Royal de la Culture Amazghe) à démissionner pour protester contre le blocage de toutes les décisions du Conseil qui visaient à traduire dans les faits, les décisions du Roi. En effet, la fronde contre ces décisions s’était exprimée publiquement et à plusieurs reprises au sein même des caciques du palais royal et de la classe politique : Mrini, Abbas Elfassi, Benkirane en tête. Cette fronde s’était encore exprimée sans voile lors du débat sur le projet de la constitution en 2011. Pour rappel, dans son discours de Mars, juste quelques mois avant le référendum constitutionnel, le Roi avait parlé de l’amazighité comme « socle de l’identité marocaine, et de deux langues officielles pour l’Etat : les langues amazighe et arabe ».buxus

Tollé et levée de boucliers contre une éventuelle égalité devant la loi suprême du pays entre « chalha » et la langue arabe: l’Istiqlal et le PJD, la quatrième colonne du baâthisme arabe et de l’islamisme qatari et saoudien montent au créneau et, en trois jours seulement, ils torpillent les travaux de la Commission Manouni, imposent une constitution baclée qui fait du Maroc un pays avec une identité bâtarde, sous prétexte de la diversité culturelle. Ainsi, l’identité amazighe du Maroc est noyée dans les apports idéologiques exogènes insignifiants, au détriment des données réelles, géographiques, historiques et anthropologiques du Nord de l’Afrique. Les ennemis de l’amazighité, à défaut d’interdire l’officialisation de la langue amazighe, soumettent alors cette dernière à des conditions qui annulent dans les faits tous les droits que confère l’officialisation constitutionnelle à toute langue de part le monde.

Autrement dit, la langue amazighe sans les lois organiques n’est pas officielle. C’est ce que vient de rappeler le Ministre de l’Education à tout le monde, et on devrait le remercier pour cette clarification au lieu de le blâmer. En effet, on ne peut pas enseigner comme il se doit une langue sans statut juridique. Et la langue amazighe n’a pas encore de statut juridique. Elle ne peut donc être enseignée qu’à titre expérimental et non à titre d’une langue obligatoire, avec son propre budget, ses programmes, le statut officiel de ses enseignants et inspecteurs…

Oui, on devrait remercier ce ministre pour sa franchise et sa sincérité, car tout changement commence par des mots, mais des mots qui sonnent la vérité. Et cette vérité, elle s’adresse d’abord au Mouvement Amazigh. Elle interpelle les dirigeants de ces centaines d’associations et ces milliers de militants qui pullulent sur les réseaux sociaux… mais qui continuent encore à croire que les mots suffisent à changer la réalité, à subir la malédiction séculaire des imazighen : les divisions pour diverses raisons mesquines, à continuer le combat en l’absence d’une stratégie et d’une organisation politique qui imposerait l’amazighité comme un projet de société démocratique et réellement citoyen, en opposition au projet apartheidiste arabo-islamiste qui prépare le terrain depuis des décennies déjà, à un Etat daîchien sur la terre des imazighen.

Mais imazighen méritent-ils encore de se nommer « les hommes libres » ? La balle est depuis longtemps dans le camp du Mouvement Amazigh. Il ne peut pas attendre que les ennemis de l’amazighité, omniprésents dans tous les rouages des institutions de l’Etat, fassent aboutir la revendication amazighe à sa place.

Par : Ali Khadaoui

ANALYSE : La haine de soi amazigh

Comment un peuple qui se veut «libre» continue de penser comme un esclave, comme un «soumis» ? Pourquoi Les « Imazighens » se convertissent sans sourciller aux religions et aux idéologies les plus destructrices et les plus néfastes au détriment de leur liberté et de leur propre existence ? D’où vient cette tendance suicidaire des Berbères ? Hassan Benhakeia, enseignant à l’université de Nador dans le Rif (Nord du Maroc) nous livre une analyse poignante. A lire absolument.haine_de_soi_01

Faut-il vraiment défendre l’Amazigh qui ne se lasse pas de s’acculturer et de s’aliéner? Quels sont les indices discriminants qui font qu’il pourrait se voir inférieur, et par conséquent se «mépriser»? Comment se plaît-il dans la reconstitution de son être collectif? Ces questions paraissent vaniteuses, j’en suis conscient, mais combien importantes pour «se faire une vision de soi». Se référer à soi, insister sur le droit à être, parler de sa culture comme une totalité… De telles idées dérangent: personne n’ose les traiter, soit par désir de demeurer «objectif» dans son discours sur l’amazighité, soit par honte de se confesser, de se voir élément futile d’un tel patrimoine qui ne se réalise point «civilisation»…

Nonobstant, il y a des Imazighen qui se «remotivent» d’enthousiasme à l’idée de se prononcer sur l’importance de la culture propre:

– «Nous ne défendons pas les Imazighen, mais tamazight, notre culture, notre histoire, notre langue, notre identité…»

Comment peut-on séparer le citoyen de la culture de la Cité? Une telle position suffit-elle vraiment à s’assurer une place dans le village universel où tout un chacun s’agrippe aux siens et tient un discours naturel sur la défense de sa culture? C’est la haine de soi qui pourrait expliquer l’absence de cette défense! L’on se déteste alors à merveille afin d’atténuer le rejet de l’Autre, afin d’amoindrir le péché d’ «être dans le monde». Depuis le vieux saint Augustin, en quête de soi, l’Amazigh pécheur ne cesse de se convertir pour plaire et s’assimiler aux Autres. Ses Confessions sont une condamnation du propre souillé, et une consécration de la religion auguste de Rome. Cette pérégrination dans l’amour de l’autre «culture», se confondant avec la haine de soi, se multiplie à l’infini dans l’Histoire. De nos jours, l’on excelle incessamment dans l’application de la formule de l’autodétestation: «Amedyaz n dcar war issfuruj!» (Le poète de la tribu ne divertit pas les siens), ce refus du semblable se fait également aux niveaux socio-politiques.

Source de l’aliénation et de l’acculturation, cette haine de soi est probablement née avec la création «culturelle» du même Amazigh. Est-elle un repli qui se fait de plus en plus important? L’autodétestation commence par le nom, le prénom, le noyau… Par conséquent, l’origine est non seulement reniée, mais reformulée; le changement de nom s’avère nécessaire pour ne pas être reconnu comme «barbare», et le prénom récrit en syllabes autres, sonnant différemment. A Melilla par exemple, la gestion de l’être autochtone est complexe: l’on se trouve partagé entre plusieurs tendances et identités, en dehors de toute définition territoriale: le Rif. Ainsi les patronymes «rifains» sonnent-ils comme une suite vide de Mokhatar Mokhatar Mokhatar… La mémoire est bafouée, heureusement non repérée! La langue rifaine reniée… La honte de s’exprimer en public est le summum de ce refus à être réellement dans le monde. Là, et dans tant de lieux nord-africains… Altérité louée, identité abhorrée. Et à la foi d’identifier tout un chacun. «Musulmanes» remplace amplement «Iqel3iyyen». En outre, combien l’on se sent susceptible avec le moyen qu’on utilise pour parler, certes on en a été fait avec pour dire le monde, depuis le premier souffle «raisonné», et le renier serait renier le contact à l’expression de son monde. Ainsi l’effacement devient-il le résultat de la haine collective de soi.

A titre d’anecdote, Auguste Mouliéras nous raconte dans Le Maroc inconnu différentes mésaventures de schrifes «arabes» qui, une fois attrapés par des brigands rifains, commencent à s’exprimer en tamazight au premier coup de la matraque… Ces seigneurs se reconnaissaient dans l’altérité, et c’est la violence qui les ravise d’une recherche de survie «instantanée»…

Au lieu d’engendrer la reconnaissance symbolique ou bien de la compassion auprès de l’Autre, cette haine de soi engendre chez ce même Autre un regard folklorique «méprisant»: elle assigne l’identité à l’effacement ou à l’assimilation. Depuis le portrait standard d’Hérodote de l’Amazigh «premier» jusqu’au dernier texte d’anthropologie, le schéma de l’amazighité se fait uniforme, redondant, voire statique. Se voulant totalité «folklorisante», il se constitue doublement: à partir d’une allergie vis-à-vis du propre, et à partir d’un asservissement symbolique, digne d’un «mercenaire» vis-à-vis de l’étranger.

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Depuis plusieurs siècles, au Maghreb, la question «who is who?», en plus de déplacée, apparaît une entreprise dangereuse: elle engendre la haine de sa propre image. Personne n’ose en parler, moins encore y apporter une réponse politique. Il revient curieusement aux auteurs étrangers d’y répondre: les Imazighen sont des Yéménites, les Imazighen sont des Européens, les Imazighen sont d’une île «disparue», etc… De tels propos montrent le mépris ou la méprise de l’Autre: l’ici est haï… Si l’identification se fait ambigüité, la définition du propre nord-africain se fait indéfinition. Le portrait «unique» de l’Amazigh est négatif au regard des deux pôles (Occident, Orient). Une fois assumés ces préjugés, les nord-africains pouvaient reproduire non seulement cet autoportrait esquissé par l’Autre, mais aussi des identifications mues par la haine de la terre qui les a vus naître…

haine_de_soi_02Alors, par quoi sommes-nous ce que nous sommes? Par la peau, par le faciès, par la stature qui ne sont en fin de compte que d’autres préjugés… Par le pouvoir politique, l’amazigh apparaît comme cet esclave qui n’a pas le choix: il est mal aimé et il le sait «objectivement», il ne peut, par réaction, que se mépriser soi-même. Par la langue qui est une expression d’identification, et qui meut incessamment, se multipliant variantes, espace corrodé par tant d’emprunts? Par la terre qui est identification effective des Marocains, Algériens, Tunisiens et Libyens comme Imazighen dans leur diversité d’expression…? Justement par la terre, cet espace d’être collectif dans l’histoire, mais où la haine de soi se fait combat fratricide entre ces contrées, des guerres «collectives» infinies.

Par là, la haine de soi est le résultat d’une inconscience «spatiale», de l’état réel de ne pas sentir avec orgueil ses pas sur un sol qui nous investit d’une identité – semblable à toutes les autres.

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Au Maghreb, l’on préfère, en général, la confusion à la cohérence, la diversification à la reconnaissance, le vague au rationnel, le sophistiqué au défini… quand il est question de l’identité propre. Ainsi le banal et l’opaque l’emportent-ils bien sur le transparent, le naturel, et la question qui se pose: Pourquoi une telle tendance vicieuse à ne pas se définir? L’on prépare une nouvelle Constitution pour revoir  l’identité après un demi-siècle d’acculturation! La télévision amazighe se fait folklorique, danse banale autour d’un être futile, dès sa première émission, reproduisant cette haine d’être dans le monde. L’école approfondit la perte de soi: les manuels de l’amazigh sont là sans jamais y être, véhiculant une langue aberrante en plus d’une culture «indéfinie». Généralement, l’allergie au propre devient incommensurable vu la prédominance de la haine de soi, et sa réalisation dans les institutions et les établissements…

L’obsession inutile de tout nord-africain qui décide au sein d’une institution est de fureter de l’autre côté.

-«Que dira l’Autre à mon propos? Que pensera l’Autre de moi? Que fera l’Autre pour moi?»

Penser à l’Autre toujours positivement (signifiant un secours pour le moi), jamais négativement (signifiant une autodestruction du moi)… «L’Amazigh tue l’Amazigh dans l’Amazigh!» doit être une phrase courante. Et cette autre sentence se trouve collée à tant de bouches «Nous, les Arabes», et «L’Amazigh haït l’Amazigh dans l’Amazigh et par l’Amazigh!» doit être aussi une phrase vraie. Pourquoi une telle haine totale? Est-ce l’annonce d’une mort inéluctable? Comment peut-on être ce qu’on est réellement? Faut-il alors se réconcilier avec l’Histoire, et se débarrasser de la haine de son Histoire? Oui. Faut-il pardonner aux traîtres du propre leurs péchés? Oui. Et si l’histoire témoigne toujours de traîtres ou de pauvres aliénés qui récidivent dans la haine de soi, faut-il pardonner? Non. Là, il s’agit d’une autre histoire, celle des péchés éternels. Une autre histoire commence, toujours la même! Longue, interminable. Une relecture ou une autocritique s’avèrent indispensables. Pourtant, peut-on imaginer un intellectuel, un vrai détenteur de décision expliciter son mea culpa envers tamazight dans ce Maghreb dit solennellement «arabe»?

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Certes, le réel culturel maghrébin est riche dans sa nature homogène, mais saccagé, corrompu et circoncis dans ses manifestations en élaguant cyniquement l’héritage amazigh pour le réduire à l’absence / effacement obligatoire dans les institutions. Au Maroc, aucune relecture «officielle» de la culture propre n’a été faite de ses longs siècles d’existence, aucune autocritique des partis ou des institutions. La haine de soi millénaire y est pour quelque chose. Lorsqu’on parle quand même histoire, l’on préfère s’atteler à ce que disent les Autres, ceux qui ne sont pas «Nous», ce moi collectif, et l’on satisfait de quelques siècles «démagogiques». Autres veut dire l’absence ou la négation de l’Amazigh, de l’amazighité – cet ensemble de traits spécifiques et définitoires qui provient de l’espace nord-africain. Par exemple, tamazight la «fitna» est vue comme le fruit d’un dahir (français signé par le sultan des marocains!) rédigé en 1930! Inutile de dire que la revendication amazighe n’a pas de cordon ombilical lié à ce «dahir» du vingtième siècle qui entend ensevelir l’héritage marocain et le remplacer par autre chose… Par la réception de ce dahir, l’on met les Imazighen dans la case de peuple «absurde»… A partir de cette date commencent les rouages «arabistes» contre les rouages impérialistes qui mènent ensemble vers l’extinction culturelle et symbolique de cette culture autochtone. Où est l’amazigh dans tout ça? Le grand coupable car victime et mesquin, mais nourrissant la haine de soi. En outre, l’idéologique «sauvage», «noir» et destructeur, se nourrissant du regard «folklorique», explique cet effacement / substitution. Chose dangereuse: il se divise en mouvement national, partis, institutions etc… De nos longs jours d’indépendance, le rejet institutionnel de l’amazighité ne crée point une solidarité collective. La haine de soi en est pour quelque chose dans le rejet sauvage, et l’effritement progressif de l’amazighité, localisée dans les espaces du «siba».

Les Maghrébins, pragmatiques et arrivistes, se détestent infiniment quand ils se voient natifs d’une terre difforme qui les fait, d’un espace indéfini qui les constitue, et ils s’imaginent sur d’autres lieux et contrées, autrement pour mener une autre Histoire. Ils font adhérer le pays à des regroupements lointains par l’espace et l’idéal. Ils détestent le sol qui les accueille.

D’autre part, l’hostilité du propre se manifeste dans l’incapacité à créer un organe politique qui défend les intérêts et les valeurs des Imazighen. Ce comportement pathologique, propre aux cultures autochtones marginalisées dans leurs rapports avec les cultures impérialistes, s’avère une réconciliation d’autodestruction.

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C’est vrai, l’Autre existe dans le Moi. Il lui assure de l’équilibre, la vie même, au cas où les deux parties entretiennent une dialectique saine et harmonieuse. L’altérité tue les cultures marginalisées. Cette haine est investie violence quand elle est utilisée dans d’autres corps… Pour les Autres, «amazigh» est non seulement nommé comme «populaire», mais casé dans la partie «haïe» de l’identité nationale. Prêcher contre l’Amazigh devient un acte suprême. Tamazight n’est pas une culture populaire, c’est plutôt une Culture comme toutes les autres, spécifique dans ses formes et plurielle dans ses significations…

Pour les autres, toujours, tamazight est une question à haïr. Elle n’est pas une question infiniment posée de l’Histoire, mais une aberration. Si elle l’était, une réponse suffit pour la résoudre, la mettre à sa place propre: elle est la Totalité. Sa réalité est précise: totalité avec différentes expressions. Par voie de conséquence, les dévalorisations «écrites» ou bien «instituées» sont fréquentes quand il est question de l’identité amazighe, et cette haine se trouve alors «établie». Il faut avoir une autre production «instituée» appropriée dans des établissements «propres» pour surmonter un tel complexe d’être soi-même.

Enfin, intérioriser le rejet de l’Autre est difficile à maîtriser si l’on vit dans un espace complètement «étranger». Vision autocritique, pas de regard folklorisant, est nécessaire pour surmonter cette haine de soi «institutionnalisée». Tout ce que l’Amazigh porte comme ethnicité n’est pas susceptible de lui signifier une stigmatisation identitaire. Peut-être cette haine, bizarrement, est-elle l’assurance d’une survie à venir. Et explique, sans doute, la marginalisation «consacrée». La thérapie est alors nécessaire pour cette société qui ne veut point se reconnaître en tant que telle.

Hassan Benhakeia

Source : Tawiza n° 170 – Juin 2011. L’article a été publié avec l’accord de l’auteur et de Tawiza.

Les photos illustrant cet articles sont tirées de ce site.

Critique : Le silence et la parole chez A. Haddachi

Cela fait quelques mois que je lis, compulse et relis « Memmis n Ifesti d Awal » , de A. Haddachi, afin de livrer mes impressions sur cette œuvre. L’auteur m’a laissé entendre qu’il serait curieux de savoir ce que j’en pensais. A chaque fois je découvre quelque chose de nouveau. Si je me laissais aller, je n’en finirais pas d’ajouter des remarques et commentaires. J’ai donc décidé de m’arrêter, tout en sachant qu’il y a encore beaucoup à faire. J’ai dû même laissé de côté des remarques non développées. Disons d’abord qu’il est très difficile de classer ce livre dans un genre littéraire donné. On a l’impression qu’il court plusieurs lièvres à la fois. Et c’est naturel : Les Imazighen ont commencé à parler d’eux-mêmes et en Tamazight ; il n’est donc pas étonnant qu’ils veuillent tout dire à la fois. Cependant, ce pourrait être, sous forme de dialogues, un essai qui ne dit pas son nom. Je propose d’en traduire le titre par « La parole, c’est l’enfant du silence » ou « La parole émane du silence ». Encore faut-il savoir de quel silence il s’agit. L’auteur parle en passant du silence de la mort, de celui d’avant et d’après la parole, de celui qui consiste à taire quelque chose et même d’un silence qu’on peut étrangler de ses propres mains (Tzêlgem ifesti s ifassen nnun ; p. 168). Toutefois, il me semble que la leçon est, peut être, qu’il faut un temps de réflexion (profonde) avant de parler. Mais il y a aussi que la parole, en Tamazight, peut signifier la brouille, la bagarre, etc. .

S’agissant du style, le lecteur non averti pourrait croire que Haddachi veut impressionner par un vocabulaire recherché. D’abord, ce même lecteur n’aurait, sans doute, jamais eu cette idée à propos d’un écrit en français ou en arabe par exemple. Il aurait eu, naturellement, recours à un dictionnaire ! Ensuite, il est vrai qu’un certain vocabulaire est méconnu par beaucoup de locuteurs de notre langue. Mais il faut aussi rappeler que Haddachi est l’auteur d’un dictionnaire de Tamazight. Encore faut-il préciser qu’il affirme que, pour tout ce qui concerne la vie courante, on n’a absolument pas besoin de néologisme ni d’emprunts. Il y a aussi que l’auteur est poète. Dans sa prose, il garde la tendance à faire de belles phrases et à user de jeux de mots. De plus, il renforce cet aspect en émaillant son texte de proverbes, d’expressions consacrées, de réparties reconnues, d’izlan (distiques amazighs), etc. . Il donne l’impression de vouloir, à bout de souffle, livrer tous les aspects, de la sagesse amazighe, dont il a connaissance.

A signaler aussi une idée de l’auteur. Je ne sais pas si elle est nouvelle mais je la trouve intéressante. Le premier qui prend la parole est anonyme. Trois points de suspension le signalent et tiennent lieu de nom. Est-ce à dire qu’il s’agit d’une discussion perpétuelle à laquelle l’auteur prend part, à un moment donné, par l’entremise de différents personnages ? Ceci semble justifié par le fait que le dernier interlocuteur est également anonyme et aussi désigné par trois points.

A noter aussi que certains personnages sont présents du début jusqu’à la fin à savoir Acal, Aseklu et Iselli. Ils représentent, en quelque sorte, la permanence. Alors que d’autres apparaissent au cours d’un chapitre ou deux puis disparaissent ; il en est ainsi de Aghyul, Agdid, Anzare, Asif, etc. . Ils correspondent aux phénomènes passagers. Acal a toutes les réponses. Il est celui qui semble porter le fardeau le plus lourd. En fait, il ne s’agit même pas d’un fardeau. Il dit simplement les choses comme elles sont. Mais il ne parle jamais beaucoup. Il en a vu d’autres. C’est en maître qu’il participe au débat, rappelant telle chose, clarifiant telle autre ou indiquant même le devenir soit clairement soit par allusion. Il a toujours le dernier mot. Aseklu est d’une grande sagesse. C’est lui qui comprend le mieux Acal et parfois même l’anticipe. C’est comme si chez la sagesse aquise et qui aussi dénote la conceptualisation alors que chez Acal c’est la connaissance innée et éternelle. Le discours de Acal est noble, sans dérision, ni agressivité, ni longueur. Alors que Aseklu tente des explications. Les assertions du premier sont toujours d’un niveau plus élevé ; elles sont plus profondes que toutes celles qui les précèdent et qui, elles-mêmes, sont déjà très bonnes. A ce propos, Acal n’ouvre jamais le débat.

L’analyse littéraire, dont je ne possède d’ailleurs pas les instruments, n’a même pas été entamée dans ce qui précède. Je vais maintenant indiquer quelques messages qu’il m’a semblé reconnaître dans cet essai ; tâche à la portée de n’importe lecteur.

Commençons par ce qui concerne le silence. Il apparaît dans le titre. Il est semé, à tout va,  à travers les pages. La courte introduction, de l’auteur, en p. 8, est révélatrice. J’en comprends que tout est noté par écrit. Je dis donc qu’il sera ressortis le jour du jugement ; sur terre et non dans l’au-delà. Que l’adversaire ou l’ennemi ne croit pas avoir, en face de lui, des moutons. Le silence ne signifie pas l’acceptation et encore moins la résignation. Peut être que les assertions de Insi, Iselli et Aseklu, à la fin de la page 119,  ainsi que de Insi au début de la page 120 vont-elles dans ce sens. Elles ne parlent pas d’elles-mêmes. Haddachi est-il trop pusillanime ? On peut le penser. En tout cas on peut en comprendre que Ifesti c’est l’Amazigh et que le réveil viendra de la femme ; sa mère.

Le message majeur concerne évidemment l’authenticité (l’amazighité). Elle est bien assise sur l’histoire et la tradition mais elle n’est pas du tout archaïque, ni figée, ni refermée sur elle-même. Elle ouverte sur le monde. Il n’est pas seulement question des sentences de nos imgharen, des poèmes de nos imedyazen ou des histoires de nos grand-mères. Il est aussi fait référence à Socrate, à la Californie, à Pavlov, à Seattle (comme chef indien), Tom et Jerry, etc. . L’authenticité est soulevée, en particulier par une courte phrase, de Aseklu : Ar nettettu allig nettu mayd nems (p. 107) c’est à dire « Nous nous sommes mis à oublier au point d’oublier qui nous sommes ». Et à propos de la Californie, elle souvent citée et à chaque fois dans un but précis. Il y’en a qui y voit le paradis rêvé sans penser jamais y arriver. Il y’en a qui savent comment faire : Ils envoient leurs femmes y accoucher afin que leurs enfants (et peut-être eux-mêmes) bénéficient de la nationalité américaine. Mais l’auteur, fils du terroir, nous fait dire (p. 168) par un personnage anonyme –un quelconque Marocain qui se sent bien Marocain- que cette Californie pourrait, elle,  venir à nous, en silence, si on le voulait.

Chez les Imazighen, le changement et l’évolution sont tout naturels ; à l’image, probablement, des phénomènes naturels. L’immobilisme n’est pas de mise. La supériorité ne peut durer. Dès la page 10, Acal nous assène « Ghas addja tt ard t i tawy ». C’est l’expression, répandue chez Imazighen, de la conviction atavique et profonde en le changement des temps. Et c’est bien Acal, l’éternel, qui l’énonce. Mais on retrouve aussi cet état d’esprit dans l’intervention de Iselli au début de la page 123.

L’écrit et son importance ne pouvaient être passés sous silence. Il y en a même qui vont jusqu’à considérer comme négligeables des peuples sans écrit. Par la voix d’Islli (p. 116), après une intervention d’Insi (p. 115), l’auteur nous rappelle  qu’il y a une autre écriture indélébile -avec laquelle on vient au monde- à savoir la mémoire historique qui retient sous forme de tatouages douloureux toutes les maltraitances subies. Et celle-là ne contient pas du tout de mensonge. Quant à l’autre, Insi, dans une longue intervention (pp. 153-154) attire notre attention sur le fait qu’elle peut dire vrai comme elle peut dire faux.

Un fait, à première vue, étonnant est que Haddachi utilise, comme c’était courant au Maroc, le mot Uday (Tudayt au féminin) pour désigner un peureux (se). Il l’utilise bien dans ce sens et à plusieurs reprises. Ceci m’a d’abord intrigué. Il se trouve que ce vocable renvoie aussi à la malice ou à l’ingéniosité. Il peut désigner quelqu’un qui arrive à se sortir de -ou à démêler des- situations apparemment inextricables ; et, dans ce sens, celui qui connaît des choses obscures. Par ailleurs, il y a un autre surnom, de la vipère et qui utilisé par l’auteur ; c’est Âetti Sefiyya. Alors, pourquoi Uday et Tudayt ? Je pense que ce n’est ni une maladresse, ni une inattention. D’après moi Haddachi s’est voulu provocateur afin d’inviter certains lecteurs à extirper les derniers relents d’un mépris grossier du juif ; au cas où il y’en aurait encore.

Toutes les spécificités de la culture amazighe sont importantes à relever. Mais il y’en a une qui m’est vraiment chère. En page 49, Iselli a juré pour soutenir une affirmation. Il à noter –et c’est le cas dans la tradition amazighe- qu’il ne mêle pas Dieu à ses affaires quotidiennes. Il ne jure pas, non plus, par un Sidi ou un Moulay. Il jure sur l’honneur. En cas de mensonge, son serment (son témoignage) ne serait plus valable. C’est un indice, parmi d’autres, de la responsabilité entière encas d’engagement.

Une question et une brève réponse de Iselli, en page 57, méritent également attention. Il y est dit que l’homme sort (du ventre) de la femme. Ce n’est donc pas la femme qui sort d’une côte d’Adam, comme le veut le mythe.

 Au début de cette conclusion, je tiens à relever un fait curieux. Tous les personnages, sauf un, sont masculins ! Misogyne ? Haddachi est invité à s’expliquer. Seule la vipère est de sexe féminin. Bien sûr, il est question de la femme ; mais si peu. Et même si, à aucun moment, elle n’est diminuée -bien au contraire- l’on peut, tout de même, regretter son absence ; sous forme de Tamazirt, par exemple. Et elle en aurait à dire. Elle en gros sur le cœur. A ce propos, Acal ne peut être considéré comme bisexuel. C’est, bien sûr, la terre nourricière. Mais la maternité, chez Imazighen, se situe du côté de Tamazirt –ou Tamurt- qui englobe Acal et aussi tous les aspects ethnologiques. On ne dit pas Memmis n Acal mais Memmis n Tamazirt. Avis à Haddachi ; un autre chapitre est-il ouvert ?

Le dernier paragraphe, de la page 68, peut être considéré comme une conclusion momentanée d’un dialogue qui doit continuer. A ce propos, et pour chatouiller l’enseignant puis l’inspecteur de mathématiques qu’a été Haddachi, où sont les trois points de suspension qui l’attente de cette continuité ? Dans ce paragraphe, le locuteur appelle à s’en tenir au silence qui est le nôtre. Il ne s’agit pas de garder le silence. L’auteur ne dit pas « Ayd igan winnex ». Il dit « Nna igan winnex ». Il serait donc question d’ un silence positif. Du moins, me plait-il de le penser. L’expression « Da issidir ar ittidir » -il fait vivre et il vit- ne va-t-elle pas dans ce sens ? Et puis encore « Ur sar inni ad ifest ifesti » c’est à dire « Le silence ne se taira jamais » ! Je comprends donc que la parole éclairée prend ses racines dans le silence.

Une curiosité de cet essai est que c’est en page 64 que l’auteur, me semble-t-il, nous dit que le silence doit prendre fin. Il fait dire par Acal que celui dont le silence n’engendre pas la parole est en dehors d’e la vie ; il n’en fait plus partie. Il met aussi, dans la bouche de l’arbre, un distique, du poète vivant Lesieur, à savoir que celui qui parle (ou qui réagit) vaut mieux que celui qui baisse son capuchon ; et qui donc se tait.

Enfin, en ces temps d’idéologies et d’extrémismes, je choisis de clore mes remarques et commentaires par un proverbe, rapporté par Insi à la fin de la page 109, à savoir : Si le manche était intelligent, il n’armerait pas la hache contre sa mère et sa fratrie.

 Hha Oudades

A propos de «Etre ou ne plus être» de Feu Moha Abehri

Moha Abehri, né à Ait Ouachbab dans le Moyen Atlas en 1950, est un écrivain et journaliste amazigh d’expression française. Il est l’auteur de «Etre ou ne plus être, séquences de vies de petites gens exilées dans leur peau », un essai romancé qui a soulevé et soulève toujours toutes les interrogations sur le destin du peuple amazighe.

Moha Abehri est mort en 2003. Il avait choisi Azagharfal à Aghbala comme dernière résidence avant sa disparition. Le Docteur Ahmed Oudadess, l’un de ses amis les plus proches, qui savait l’écrivain condamné, l’avait recueilli chez lui, l’avait soigné pendant plus d’une année. La présence d’Abehri dans le village ne pouvait pas passer inaperçue, écrit Ali Khadaoui, l’un de ses amis, dans un bref article publié quelques temps après sa mort. Très vite, Azagharfal est devenu un haut lieu de pèlerinage où se rencontrent les artistes, les écrivains, les militants amazighs amis de Abehri.

Moha Abehri à dos d’âne

Pour rendre hommage à cet auteur très singulier et original, nous vous proposons une critique de son livre écrite par le poète Hha Oudades.

« ETRE OU NE PLUS ETRE » DE MOHA ABEHRI

(Et Biqcha devint Nanna Bi)

Disons, pour commencer, que le livre est extrêmement riche. En faire le tour reviendra à des critiques plus avertis et disposant du temps nécessaire. Quant à moi, je veux seulement livrer mes impressions, après une première lecture, d’une oeuvre bien de chez nous. Elle parle des marocains (les imazighen) tels que j’en ai connus et tels que j’en côtoie.

L’éditeur annonce un essai romancé. Il s’agit certes d’un roman. Mais, dans un essai, une part, au moins petite, doit être faite aux idées de l’auteur. Il y a évidemment l’idée de nous présenter l’ouvrage de cette manière. Mais l’auteur ne s’immisce pas dans la vie des personnages et encore moins dans leurs idées ; à moins que celles-ci ne s’imbriquent si bien avec les siennes. Mais alors , quel hommage rendu aux petites gens ! Les commentaires de l’auteur ne sont jamais longs. Ce ne sont pas non plus des dictats d’un philosophe voulant assener sa vérité. Ils viennent à point nommé, après une scène ou un événement, juste pour exprimer, d’une manière parlante et concise, la leçon que les personnages avaient eux-mêmes déjà parfaitement comprise. Ainsi, Abehri ne se pose ni en intellectuel, ni en éducateur. Tout au plus, est-il un porte-parole averti d’un peuple qui tient, de plus en plus, à se faire entendre. L’auteur fait partie de ce peuple dont il nous décrit certains avatars. Mais, de par sa formation, il peut se détacher, de temps en temps, et observer d’un œil perspicace. Puis, il fait encore mieux ; il sait nous en parler, et aux autres, d’une manière qui, normalement, ne devrait pas les laisser indifférents.

Le style est simple et limpide. L’auteur ne tient pas à montrer qu’il est bien un écrivain. Pas de formules alambiquées ; pas de fioritures. C’est le texte, dans son ensemble, qui vous parle et qui vous saisit. Il ne se veut pas, non plus, intentionnellement naïf. Non, rien de tout cela. C’est que Abehri, en tant qu’être humain, a horreur de la complexité pour la complicité ou de la naïveté pour la naïveté. Il rejette ce qui est artificiel. Il a écrit ce roman, seulement, en restant lui-même. La répétition, chez lui, n’est pas voulue techniquement. Elle n’est pas, du tout, agaçante. C’est qu’elle est naturelle dans le contexte ; elle fait partie de la vie. Il en est, de même, du détail. L’auteur s’avère être un orfèvre minutieux. Mais ce n’est pas le rapport d’une enquête. Il n’ y a pas, non plus, d’ajout recherché. C’est le vécu qui est décrit tel qu’il est.

De g à d : Les poètes Feu Azayku, H. Oudades, A. Khadaoui, Dr Oudades et Feu Abehri à Aghbala.

La vie de tout un chacun, quel qu’il soit, est forcément composée de séquences et ne peut être que telle ; aucune vie n’est un continuum parfaitement agencé, bien huilé et prévu d’avance. Donc, « les séquences de vie », c’est le lot de tout le monde. Par ailleurs, que serait la vie sans les petites gens ? Mais, que les petites gens soient exilées dans leur peau, c’est là, en fait le propos de l’auteur. Et je suppose que, consciemment ou non, c’est sa source d’inspiration. C’est une expression plus que parlante ; c’est la trouvaille de l’auteur. Je prétends même que l’exil dans sa peau est un sentiment que doit avoir connu tout amazigh qui porte son amazighité dans son cœur , qu’il fasse partie des petites gens ou des grandes gens . Certainement, les premières connaissent, en plus, l’exil au pays des misères et au pays du mépris explicite, etc. Quand on est exilé de partout où la dignité peut, un tant soit peu, s’exprimer, il ne reste qu’un seul pays d’accueil qu’on ne choisit pas , et d’où l’on ne peut ,en aucun cas , être refoulé ; c’est sa propre peau. Mais voilà, dans ce pays (en fait, cette peau), qui est bien à soi, on n’obéit à aucun maître ; on suit ses propres lois. C’est là l’explication de propos et de comportements qui pourraient, pour différentes raisons, choquer certains lecteurs. C’est ainsi que Biqcha est sure de son droit de disposer de son corps comme elle l’entend pourvu qu’elle ne fasse de mal à personne.

L’ignorance est fustigée. Non pas l’ignorance des choses de la vie , mais celle de la magouille dans laquelle excellent ceux qui savent lire les livres de religion et/ou de politique. L’auteur va même jusqu’à donner tort au père de Biqcha qui est parti, en la laissant, parce qu’il ne savait pas. Et c’est parce qu’il est parti, pour l’honneur et la patrie (Tamaziret), que sa fille a été livrée aux affres du bordel du colonisateur et puis à celui, encore plus grand, de l’Istiqlal.

L’exploitation de l’humain par l’humain est partout présente dans le texte ; parfois explicite et parfois en filigrane. Ainsi, lors de cette soirée de « noces », l’officiante, qui connaît très bien son métier, en arrive à la prise en charge de la mariée par son époux ; celui-ci doit pourvoir aux besoins par la sueur de son front. Mais les voix qui la reprennent ne la suivent pas ; elles chantent autre chose car un « cherif » ne vit pas de son travail.

Le sexe est, évidemment, présent ; l’héroïne principale n’est-elle pas une ancienne prostituée et qui, plus est, a même fait le bordel ? Mais il importe de bien noter que le sexe fait, ici, l’objet d’un traitement spécifique. Nous sommes loin de certains écrivains qui en usent afin d’allécher des lecteurs ; il y en a même qui en font leur appât principal. Ainsi, Abehri n’étale pas, avec force détails, une scène de coït entre Biqcha et Heddou Oumazine. Il va même jusqu’à nous apprendre que celle-ci ne veut pas se mettre nue devant celui-ci ; et quelle résistance quand il veut seulement voir ses seins ! De même, quand Oult Aamran se baigne, à l’air libre, c’est la beauté qui est saluée ; et le spectateur, c’est une jeune fille qui est placée là pour apprendre. Il ne vient pas à l’esprit d’Abehri de mettre en scène une horde de mâles qui, tout en se rinçant l’œil, échangeraient des propos grivois sur ce corps superbe ; en décrivant, sans décence, ce qu’ils voudraient en faire. Cela ne fait pas partie de la tradition amazighe. Et l’auteur en a tenu compte ; non pas de manière consciente mais, tout simplement, parce qu’elle fait partie de lui-même.

Certains lecteurs pourraient trouver sous la plume d’Abehri de l’agressivité envers les marocains qui se considèrent comme arabes ou comme nobles (chorfas). L’auteur ne se veut pas violent. Le connaissant, il ne peut, absolument, pas l’être. C’est la vérité qu’il tente avec beaucoup de patience de nous faire saisir, qui est violente et agressive ; parce qu’elle est, à la fois, insupportable et vraie. Ceux qui croient que l’auteur, jouant de situations, profite de l’occasion pour émettre son point de vue sur l’arabité ou sur la religion se trompent lourdement. Ils méconnaissent les petites gens amazighes et mésestiment la complexité de leurs pensées, leur capacité de conception et leur sens de la liberté. Par exemple, Dieu, tel qu’ils le conçoivent, est très proche ; et ils peuvent lui parler directement sans des clercs intermédiaires. Ce n’est pas un Dieu tyran ; c’est un Dieu clément et compréhensif. Quant à la liberté, elle ne peut être mieux rendue que par l’expression « personne n’impose rien à personne » qui apparaît plusieurs fois dans le texte. La religiosité et la liberté conduisent à la responsabilité. En effet, malgré les aléas, la dureté de la vie, l’impuissance, … les personnes assument et s’assument. Ils ne rejettent rien de leur vie. Rien à voir avec des repentis, des convertis tardifs qui désavouent leur jeunesse, qui s’érigent en gendarmes et empoisonnent la vie des êtres humains. Les personnages centraux, d’Abehri, racontent leur vie telle qu’elle s’est passée  sans l’enjoliver, sans la regretter.

Qu’en est-il de la langue tamazight, dans l’essai romancé « Etre ou ne plus être » ?

Je veux, d’abord, intervenir sur deux points. Le premier concerne le titre originel à savoir « Tadjalt ». Le lecteur peut croire qu’il est synonyme de «prostituée ». Or, il n’en est rien. Je me souviens que, dans mon enfance, on proposait, sans gêne, à quelqu’un qui voulait se marier une « tadjalt » parfaitement respectable. Et l’on disait, dans mon entourage, « Tadgalet ». Maintenant, je crois que le sens propre du mot (que je vais proposer) lèvera toute ambiguïté. En effet, on reconnaît le verbe « Addej » c’est à dire « Laisser ». Ainsi, il s’agit de la femme laissée par son mari ; que ce soit par décès ou par divorce. Le deuxième point concerne « Tamawayet ». Abehri en parle comme étant un chant. Cela ne m’a pas satisfait. « Tamawayet » est une expression vocale tout à fait particulière ; et qui, plus est, spécifique au monde amazigh. Dans tous les chants qu’il m’a été donné d’entendre, je n’ai jamais reconnu quelque chose de ressemblant. Appelons là donc « Tamawayet » et qu’elle s’appelle ainsi à travers le monde. Ce n’est pas seulement un chant ou une chanson. C’est une expression profonde de l’âme amazighe ; et elle mériterait, à elle seule, une attention toute particulière.

En ce qui concerne tout le roman, notre langue n’y est pas envahissante. Ce sont des émaillements qui embellissent le texte et recréent phonétiquement une situation ou expriment, en quelques mots, ce qui aurait demandé, en français, une circonlocution ou même plus. Ainsi, en est-il de «Addej, tin Heddou » ou « Laisse, celle de Heddou », littéralement, en français. Alors que ceux qui parlent bien tamazight ont certainement dû entendre Biqcha prononcer, avec l’intonation qu’il faut : « Addej, tin Haddo » , trois mots qui renvoient à un chapitre, à un livre , qui renvoient à toute une vie.

Comme début de conclusion, je veux dire un mot sur la préface. J’en ai rarement vu une qui colle si bien à l’œuvre , qui soit si fidèle. Le préfacier, consciencieux, a dû commencer à lire avec une extrême application. Mais étant lui-même amazigh, il a dû vite être subjugué et replongé dans son enfance et son adolescence avant de retrouver son état d’adulte malmené. Il s’est si bien exprimé car il s’agit, sans doute, d’une œuvre qu’il aurait voulu, lui-même avoir écrite , comme moi-même et comme, je le suppose, tout lecteur amazigh conscient de son amazighité. C’est ainsi qu’avec « Etre ou ne plus être » nous nous retrouvons avec un joyau et un mini-joyau , une œuvre et une petite œuvre.

J’ai été l’un de ceux, certainement nombreux, qui avaient demandé à Abehri d’écrire un livre. Les vicissitudes de la vie l’ont amené à nous faire languir. Nous n’avons rien perdu à attendre. Et je dis que celui qui nous a offert un tel essai peut s’accorder un repos mérité avant de récidiver. Le livre est là. J’espère qu’il sera suivi de beaucoup d’autres. C’est la vie de tout un peuple que l’auteur nous livre. Il veut que nous la vivions (ou la revivions) ; que nous la sentions. Pour ma part, il a parfaitement réussi. J’ai, tout le long du livre, été présent sur la scène. C’est beaucoup plus que d’avoir l’impression de suivre un film sur un écran plat — ce qui arrive, bien sûr, avec des auteurs de talent. Trois fois seulement, j’ai eu cette impression de faire partie du scénario. Ce fut avec « Le fils du pauvre » de M. Feraoun, « Les coquelicots de l’oriental » de B. Oussaid et « La légende d’Agounchich » de M. Khaïr Eddine ».

Quand vous lisez le roman, ceux qui connaissent l’auteur –et j’ai l’honneur d’en faire partie– sentent bien que c’est le charmant Moha qui leur parle, naturellement, à tout moment et en tout lieu , calme, généreux, ayant tout son temps comme si l’interlocuteur était le seul ou le tout premier. C’est la force tranquille de notre ami qui se retrouve, évidemment, dans son livre. En effet, le titre de l’oeuvre n’est pas usurpé. On peut même dire, et ce n’est pas seulement un jeu de mots, qu’il aurait pu, très bien s’intituler « Vivre ou ne plus vivre », « Exister ou ne plus exister », « Etre ou ne plus vivre » ou encore « Vivre ou ne plus être ». Car, ici, c’est de la vie véritable qu’il s’agit ; ce n’est pas de la fiction.

Pour finir, on ne peut se retenir de renommer Biqcha et Heddou. Deux personnes qui, dans leur dénuement, sont, non seulement capables d’avoir de nobles sentiments ( ce qui est somme toute naturel) mais capables d’accéder à de grandes idées , lesquelles sont au delà des prétentions de petits intellos. Et quel amour ! Ces deux vieux que leurs os ne portent plus et qui se donnent des nouvelles par des messagers bienveillants  et qui se rendent visite en pensée. Et que dire d’une société où une ancienne prostituée, par la force de son destin, peut accéder au statut, universellement respectueux, de grand-mère (Nanna). C’est ainsi que, chez nous, Biqcha devint Nanna Bi.

Moha ABEHRIEtre ou ne plus être : Séquences de vie de petites gens exilés dans leur peau. Centre Tarik Ibn Zyad, Rabat, 2002. 312 p.

Hha Oudades

Yeschou ou la magie de Tifinagh

Il s’appelle Lahbib Fouad. Ses amis l’appellent affectueusement Hbi Yeschou. Il est né en 1955 à Tinejdad dans la province d’Imtghren, au sud-Est du Maroc. Yeschou est artiste-peintre, calligraphe, nouvelliste, poète et auteur.

Yeschou lors d’une exposition organisée récemment à Barcelone (Catalogne)

Il est connu pour être le traducteur en langue amazighe du célèbre conte de Saint-Exupéry « Le Petit Prince« , l’un des livres les plus vendus au monde, ainsi que de « Rebelle » de Matoub Lounès. Yeschou est aussi lauréat de plusieurs prix internationaux de création littéraire.

Il a exposé ses travaux dans plusieurs pays à travers le monde, dont l’Espagne, les Pays Bas, les Etats-Unis et le Canada.  Dans ses œuvres, Yeschou ne cesse d’explorer la magie de la graphie amazighe authentique, le Tifinagh, en s’inspirant, entre autres, des gravures rupestres, de l’architecture amazighe et des tatouages.

Je rappelle, au passage que plusieurs supports rocheux portant des gravures en tifinagh à Oukaïmeden (Haut Atlas de Marrakech) ont été malheureusement détruits ces dernières années, semble-t-il par des chercheurs de trésors. Cette région compte plus de 1 000 gravures rupestres. Il est urgent de les protéger.

Quelques calligraphies fournies par l’artiste. Pour voir plus, cliquez ici.

Lhoussain Azergui

Tagrawla : le cri de la révolte

La colonisation est totale. La libération devra également être totale », tranche Ouaqqa. Pour se libérer du joug arabo-islamiste, une solution s’impose : la révolution (Tagrawla). C’est pourquoi justement il a enfourché sa guitare pour rendre hommage aux détenus politiques de la cause amazighe et appeler à la révolte et au refus de toute soumission. Le résultat : un opus d’une grande qualité intitulé : « Inekraf » (les détenus). Le CD sorti récemment au sud-est du Maroc est révolutionnaire.

Tagrawla lors d’un concert à Imilchil

Le groupe Tagrawla est créé par Ouaqqa, originaire de Msemrir, un village de montagne situé dans la région de Boumalen n Dadès. Âgé de 26 ans, il est étudiant à Agadir et milite depuis plusieurs années pour la défense de l’identité amazighe. En mars 2007, il a été sauvagement agressé à Agadir par des étudiants arabistes qui soutenaient la police dans la traque et la répression des militants amazighs. Grièvement blessé, il avait perdu trois dents. « Nous avons passé des moments très durs. J’ai été pris, avec plusieurs dizaines de militants, entre l’enclume de la violence des étudiants arabistes et le marteau de la répression policière. Nous étions recherchés et obligés de vivre clandestinement. »

Cette année là avait marquée toutes les mémoires. Dans les universités d’Agadir, Marrakech, Meknès, Taza et Imtghren, une véritable chasse aux militants amazighs a été orchestrée par la police. Plusieurs centaines de militants avaient été arrêtés. Plus de dix d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de 5 à 10 ans. D’autres avaient subi des tortures et des insultes racistes et dégradantes dans les commissariats de la police.

Cette répression policière a marqué Ouaqqa qui a décidé d’œuvrer pour éveiller les consciences et inciter les Amazighs à revendiquer leurs droits politiques. Il participe depuis 2007 à plusieurs concerts à travers toute la région du Sud-est et dans les universités.

Lors d’un concert à Dadès

Dans Imeṭṭawen (larmes), la première chanson de ce CD, Tagrwala décrit la situation actuelle des Imazighen :

                                                             « Awa wiyha, awa wiyha

                                                                  Hat nẓuẓḍ add naki

Awed allaγ ikka-t waṭṭan

                                                              Ula adif ammas n iγsan. »  

                                                                Malheur à nous

Nous refusons de se soulever Nos cerveaux sont affectés La moelle de nos os, aussi.
Tagrawla montre du doigt l’école marocaine, cette machine idéologique qui fabrique des islamistes et des kamikazes potentiels.

« Kkiγ likul ar i-sseγran
Af ad-asen geγ ayedda ran
Lesɣ timelsa n Pakistan
Geɣ aɛrab aǧeɣ aleḥyan,
Tiwetmin lsan-t igwiḍan,
Icirran ttun mayd gan. »
 

A l’école, ils m’apprenaient des mensonges

Pour faire de moi ce qu’ils voulaient

J’ai mis des habits d’islamistes pakistanais

Je suis devenu arabe et laissé pousser une barbe

Les femmes se cachent sous des tentes

Les enfants ont oublié leur identité.

Et puis un appel à la révolte et au soulèvement. Un « cri » qu’on entendra dans presque toutes les six chansons de l’album.

« Tanekra Tanekra
Nra tilelli. »

Réveillez-vous, réveillez-vous

Nous voulons la liberté.

Dans la chanson (Ay ameẓẓan, ay axatar), il plonge le couteau dans la plaie toujours ouverte de la domination arabe :

« Ku yan tella γurs tlelli
Afella n tmurt n Tmzaγa
Ar ass lliγ g d-ikjem Σuqba
Asin-d ssif gen-d akabar
Ar kkaten ad i-xwun adγar
Ayenna aγ-gan ur t-ttuγ aha »

On vivait libres

Sur la terre de Tamazgha

Jusqu’au jour ou Oqba a soulevé son armée

Pour nous conquérir

Et nous voler nos terres

Je n’oublierai jamais les crimes commis par les Arabes.

Et puis propose une solution :

« Nekra-t, udu neswiyha
Ad nali aγulid amm dadda.
« 

Cessons de nous apitoyer sur notre sort

Prenons les armes, suivons l’exemple de nos grands-parents.

Dans la chanson « Inekraf », il rend hommage à Hamid Ouadouch et Mustapha Ousaya qui croupissent dans la prison de Meknès depuis 2007 suite à un procès injuste.

« Kkan afus g ibniqen γef uzref n Imaziγen »Ils souffrent dans les prisons pour que le peuple amazigh retrouve ses droits.

Dans une autre chanson (nγan-aγ waɛraben), il s’attaque aux berbères de service :

« Awi nγan-aγ waɛraben, tɛawn-asen marikan
Tekka-sen Fransa tasga d ibrebriyen aγ-izzenzan.
« 

Aidés par l’Amérique, les Arabes nous dominent

Ils sont aussi soutenus par la France et les Berbères de service.

Et décrit la situation déplorable des Imazighen dans tout le monde amazigh :

« Atwargi ar t-neqqan g tnezruft d umaγa
Aqbayli urta lulin, inγa-ten Butefliqa
Ameɛḍur Lqeddafi iḥemmeẓ aytma g Nefusa
Nekwni neqqim g Merruk kud nessaγ ar nezzenza. »

Les Touaregs sont massacrés dans le désert
Le Kabyle peine à s’affirmer sous le joug de Bouteflika
En Libye, Khadafi, le fou, a tué mes frères de Nefusa
Alors qu’au Maroc, les Berbères de service nous ont vendus.

Mais la résistance s’organise. L’espoir surgit :

« Amaziγ irura afus inna-as nella nella
Waxxa awen ikka tasga wakal ula igenna. »

Le peuple amazigh résiste et compte exister

Nul ne pourra le soumettre.

Même registre dans la dernière chanson de l’album « Izgaren » :

« Reẓ-at aγ imawen
Kref-at-aγ ifassen
Nesγuy ad nini
Tella γuri tlelli
Ul d unelli. »

Même si vous bâillonnez nos bouches

Attachez nos mains

Nous crierons pour dire

Que nous sommes libres

Et que nous avons des cœurs (pour aimer) et des cerveaux (pour réfléchir).

Tagrawla chante des textes écrits par ses trois membres. Elle continue de prendre part à différents concerts.

A. Azergui