Assassinat d’un militant du Mouvement amazigh à Marrakech : Barbarie, mensonges et manipulations

Le 23 janvier 2016, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis acquis aux thèses du Polisario, armés de sabres et de haches ont attaqué cinq étudiants, militants du Mouvement amazigh, à l’entrée de la faculté des lettres de Marrakech, leur provoquant de graves blessures. Parmi les blessés figurent Omar Khaleq, âgé de 26 ans. Cet étudiant originaire d’Ikniwen, un village situé dans la province de Tinghir, a reçu plusieurs coups donnés par des haches et des sabres. Omar qui a obtenu sa licence en histoire à l’issue de l’année universitaire 2014-2015 à l’université Cadi Ayad et poursuivait cette année ses études de master au sein de cette même université, a succombé à ses blessures le 28 janvier 2016.

La victime a été inhumée le 29 janvier dans son village natal. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à ses funérailles.

Barbarie

revendication de l'assassinat
Revendication de l’assassinat

Les assaillants, cagoulés, s’étaient acharnés sur Omar Khaleq, alias « Izem ». Un coup de sabre a transpercé sa cage thoracique et endommagé ses poumons. Sa boite crânienne et l’un de ses bras ont été également fracturés. L’attaque visait à donner la mort.

Juste après ce crime, les assaillants ont revendiqué fièrement leur acte sur la page Facebook des « étudiants sahraouis à Marrakech ». La rhétorique utilisée dans ce message est guerrière. Le message parle de quatre blessés et d’un cinquième laissé pour mort – allusion faite à Omar Khaleq – et aussi de « violence révolutionnaire » dont il faudra user contre le Mouvement amazigh.

L’attaque a été préméditée et soigneusement préparée. Les étudiants qui y sont impliqués seraient venus spécialement d’Agadir pour l’accomplir.

Mensonges et désinformation

La plupart des médias marocains ont relié cette information depuis le jour de l’attaque en évoquant des affrontements entre étudiants sahraouis et autres membres du Mouvement amazigh universitaire à Marrakech, sans donner plus de détails. Ces médias tentaient de brouiller les pistes parce qu’il n y’avait pas, en réalité, d’affrontements directs entre les deux parties. Le but de ces médias étant de décrédibiliser le Mouvement amazigh et le taxer de violent, alors qu’il est le seul à avoir proposé à toutes les formations politiques au sein de l’université une charte appelant au rejet de la violence.

Les assaillants avaient attaqué des étudiants qui venaient de sortir de leurs examens. Il n’y avait donc pas d’affrontements.

Le deuxième mensonge est propagé par le ministère de l’enseignement supérieur de l’Etat marocain. Dans un communiqué non daté diffusé sur sa page Facebook, il affirme que Omar Khaleq n’était pas inscrit à l’université et n’était pas étudiant, alors qu’un communiqué de l’université de Marrakech, où la victime poursuivait ses études, confirme que l’étudiant est bien inscrit à l’université. Dans ce même communiqué, le ministère menace les étudiants impliqués dans des violences d’exclusion et de privation de bourses.

Cette thèse officielle a été également propagée par des médias marocains. Certains sont même allés trop loin. Pour eux, la victime, Omar Khaleq, travaille dans une entreprise de sécurité et n’était pas étudiant.

Manipulation

Jeudi, le jour de la mort de Omar Khaleq, la deuxième chaîne de télévision marocaine 2M a diffusé un reportage sur l’assassinat. La chaîne a manipulé les faits présentant la victime en premier lieu comme « défenseur de la marocanité du Sahara » et par la suite comme un « grand défenseur de la cause amazighe ». La chaîne a diffusé une série de témoignages d’étudiants pour approuver sa thèse. 2M a ainsi utilisé le meurtre pour manipuler l’opinion. En axant sur le Polisario, la chaîne tend à faire oublier aux téléspectateurs que la victime est d’abord un militant du Mouvement amazigh et s’il a été tué c’est par ce qu’il défend avec acharnement son amazighité et non la « marocanité du Sahara ». Sinon, pourquoi la chaîne a oublié les quatre autres militants également visés par les assaillants. Pourquoi 2M ne leur a pas donné la parole puisqu’ils sont hospitalisés et blessés parce qu’ils défendent la prétendue « cause nationale » du Sahara.

Les raisons de l’attaque

D’après des étudiants membres du Mouvement amazigh contactés sur place, les raisons de l’attaque sont claires. Quelques jours avant ce meurtre, le Mouvement amazigh a animé une activité à la cité universitaire de Marrakech pour exiger que des étudiants originaires de provinces lointaines et pauvres puissent bénéficier d’aides similaires à celles dont profitent les étudiants originaires du Sahara occidental. Ces derniers ont le droit de se déplacer par train ou pas bus gratuitement, bénéficient de bourses, d’aides financières et d’un droit d’inscription au master et au doctorat sans subir d’examens. Ces avantages ont été mis en place par la monarchie pour corrompre les habitants de ces régions et les amener à défendre les thèses marocaines sur la Sahara occidental.
La plupart des membres du Mouvement amazigh à Marrakech sont originaires de la région de Dra-Tafilalet. Ils exigent de bénéficier, eux aussi, de droits comme les avantages sur les tarifs des transports et l’accès aux cités universitaires, ce que les autorités leur refusent parce qu’ils ne sont pas « sahraouis ».

Le communiqué honteux du ministère
Le communiqué du ministère

Pour rappel, le mouvement estudiantin amazigh organise chaque année des manifestations à Tinghir pour exiger plus de bourses et d’aides aux étudiants.

Pressions

Juste après la mort de Omar Khaleq, les autorités ont exercé des pressions sur sa famille pour l’enterrer la nuit-même au le lendemain au lever du jour. Le but étant d’empêcher que des milliers de personnes prennent part à ses funérailles. Malgré ces pressions, des milliers de militants sont arrivés à Ikniwen le vendredi matin pour assister à l’enterrement. Le même jour, des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes de la région et dans plusieurs universités. Des appels à manifester devant le parlement marocain à Rabat ont été lancés.

Ces pressions sont courantes. Après la mort de Mbark Oularbi, leader du groupe Saghru Band, les autorités d’Imtghren avaient également exercé des pressions similaires sur sa famille, empêchant des dizaines de personnes venues de loin d’assister à son enterrement.

« Justice »

D’après des médias marocains, au moins onze personnes, tous des étudiants sahraouis, ont été arrêtées et poursuivies pour meurtre avec préméditation. Le tribunal de Marrakech a refusé de les poursuivre en état de liberté vu la gravité des faits qui leur sont reprochés. Ceci dit, e Mouvement amazigh doit être très vigilant et ne pas faire confiance aux tribunaux marocains. Il ne doit pas avoir la mémoire courte. On se rappelle tous comment les autorités marocaines ont manipulé, en 2007, des étudiants arabistes, allant jusqu’à leur verser de l’argent, pour attaquer des étudiants amazighs dans plusieurs universités, notamment à Imtghren et à Meknès, et comment plusieurs dizaines de militants amazighs avaient été blessés grièvement, arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prisons. Suite à de faux témoignages et à des preuves fabriquées de toutes pièces, deux de ces militants Mustapha Ousaya et Hamid Ouadouch, croupissent toujours dans la prison de Toulal à Meknès pour des meurtres qu’ils n’ont jamais commis.

Le tribunal de Marrakech pourra libérer les criminels qui ont tué Omar Khaleq dès que l’agitation et la colère provoquées par cet assassinat s’estompe, ou encore les condamner à des peines très légères et symboliques. Tout est possible dans la monarchie de Mohammed VI où l’injustice est monnaie courante.

Etrange coïncidence

Alors que des étudiants arabistes attaquent des étudiants amazighs à Marrakech, l’administration de la prison de Toulal à Meknès informe Mustapha Ousaya qu’il a été gracié et qu’il sera libéré le 20 mai prochain, alors que son codétenu, Hamid Ouadouch, n’a pas bénéficié de cette mesure. Les deux détenus, qui étaient condamnées en 2007 à dix ans de prison chacun, convaincus de leur innocence, avaient toujours refusé de solliciter la grâce royale.

Vigilance

Il n’est pas exclu que la police de la monarchie procède à l’arrestation de militants amazighs suite au meurtre de Omar Khaleq. Le Mouvement amazigh doit redoubler de vigilance et tirer les leçons des précédentes attaques menées contre ses membres. Il est également temps que le Mouvement amazigh universitaire unisse ses forces, se structure et s’organise pour faire face aux forces ennemies qui aspirent à le provoquer afin de l’attirer vers la violence.

A. Azergui

L’art, une nécessité vitale*

Par :  Muhend Saïdi Amezian

A chaque époque sont art, son esthétique. L’art est création. L’œuvre naît, grâce à des codes, des signes et des symboles propres à l’artiste, à son milieu et à son temps. Dans l’œuvre, le contenu est lié à la forme, l’expression à la beauté, la synthèse à l’émotion. L’œuvre créée n’est qu’un anneau au milieu de toute une chaine que constitue la production de l’artiste. C’est une recherche progressive, laborieuse et sincère, d’où l’engagement de cet artiste. La marginalité pousse l’artiste à se vider dans son œuvre. Celle-ci est un moyen de communication. Elle loge le message mystérieusement caché par l’artiste.

Feu Muhend lors d'un atelier à Imtghren (Errachidia)
Feu Muhend lors d’un atelier à Imtghren (Errachidia)

L’art pousse au dialogue avec l’œuvre, avec l’artiste, avec soi-même. C’est une communication ouverte, aux multiples sens, universelle. C’est au public de faire le premier pas. L’artiste et le public auront accompli leur mission humaine avant que l’histoire ne s’y mêle. C’est là où réside enfin la nécessité de l’art !

Les artistes n’ont plus confiance dans les apparences. Ils suppriment la forme limitée de peur qu’elle puisse leur cacher l’essentiel.

Plusieurs événements survenus à Tamazgha, notamment en Kabylie, ont affecté mon art. Parmi ces événements figurent en premier plan l’assassinat de Matoub Lounès, les événements du Printemps Noir, l’assassinat de Massinissa GUERMAH par les gendarmes. Depuis, mes tableaux sont comme remplis d’horreur, de tachisme. J’y ai même utilisé mon propre sang. Ces tableaux ressemblent plus au « délire d’un névrosé.» Il faut dire que ces évènements dramatiques m’ont choqué. Ils m’ont marqué douloureusement.

ircamL’art de la forme et le contenu

Je suis un enfant de mon époque. J’ai vécu, avec toutes mes forces, plusieurs changements (politiques, philosophiques et artistiques). Ca m’a permis d’avoir une vision profonde pleine d’imagination, d’intelligence et de perception. Mon art est influencé par ces changements. Je n’arrête pas de regarder ce qui se passe autour de moi, de travailler. Je combine l’écriture (graphique) et la peinture. Pendant des nuits entières, j’ai écrit, j’ai collé, j’ai peint les images et les caractères, afin de présenter mes idées sous la forme la plus heureuse et de la façon la plus agréable à l’œil. Je suis en même temps artiste peintre calligraphe plasticien sculpteur et modéliste.

Rejet des institutions

Car1L’art amazigh est toujours en confrontation avec l’«art» officiel dominant. Le véritable art n’est pas celui d’une élite enfermée sur elle-même. Il est excentrique et concentrique en même temps. Dialectique, il entre dans la dualité du statique-mouvant.

J’aime choquer parce que le choc irrite le spectateur, tout en le ramenant à l’analyse de soi-même. Je rejette les institutions. Je refuse les instituts, les salons et les médias officiels. Je suis conscient que, à cause de mes positions, mon art ne circule que par de modestes moyens dans mon propre pays. Je refuse de me soumettre devant l’imposture de la monarchie vis à vis de l’art amazigh, depuis des années, l’acculturation progressive, le déracinement ainsi que l’arabisation de la population amazighe. Les artistes amazighs doivent réagir, refuser la soumission, car notre art est noble, sincère et à la fois intellectuel et populaire.

Toute mon œuvre, à savoir les affiches politiques et artistiques, les peintures murales, les caricatures, les toiles, les panneaux, les banderoles, les graffitis, les produits artisanaux …etc, a été réalisée avec la participation de militants amazighs  loin du financement de l’Etat.

L’art est provocation :

buxus1Je suis provocateur, je l’assume. Mes expositions ne sont que des manifestations protestataires contre l’arabisation forcée et imposée. Quand les formes ne sont pas capables d’agresser la société qui les reçoit, de la déranger, de l’inciter à la réflexion, de lui dévoiler son propre problème, quand elles ne sont pas en rupture, il n’y a pas d’art. Je ne me rappelle plus qui a dit cela, mais c’est aussi ma vision de l’art.

J’ai dessiné des caricatures contre la falsification de l’Histoire, pour le rejet de l’arabo-islamisme. Je refuse l’Ircam, qui essaie de créer de faux artistes qu’il jette de côté comme des mouchoirs, une fois utilisés, des artistes programmés à tel point qu’il leur est impossible de créer, mais seulement de propager les idées de soumission. Ces « artistes » sont en train de créer une fausse culture qui sert en premier lieu le régime arabo-islamiste en place. L’artiste doit être un agitateur d’idées, pas un esclave qui vend son âme à un régime.

Mon art est engagé. Je le consacre à la défense de la cause de mon peuple. Il s’inscrit dans le cadre de la lutte culturelle et politique que mon peuple mène pour son émancipation.

buxusJe me rappelle encore du choc qui a bouleversé la population à Imtghren lorsque plusieurs centaines d’affiches reproduisant un de mes tableaux sont accrochées aux murs de la ville (Tableau 1). Je n’arrive toujours pas à oublier les réactions des militants lors de l’exposition de plusieurs de mes tableaux lors des années 2000 et 2001. Les tableaux « Tudert n Imazighen tulid s idamen» (Tableau 2) ainsi qu’une autre ardoise sur la quelle j’ai écrit l’alphabet Tifinagh (Tableau 3). Cette œuvre est un choc visuel et une prise de position contre l’arabisation et l’islamisation. Je suis conscient que sans choc, il ne peut y avoir d’art. Si une forme d’art n’est pas capable de dérouter le spectateur, et ne bouleverse pas sa façon de penser, ce n’est pas une forme artistique pour aujourd’hui. Avant ça et précisément le 26 juin 1998, juste après l’assassinat du grand chanteur berbère Matoub Lounès, j’ai fait de mon propre corps un matériau pour la création de l’œuvre que j’ai intitulée : «Le sang qu’a versé Matoub n’aura pas coulé pour rien. » (Tableau 4)  J’ai mélangé un peu de mon sang avec de la peinture rouge pour écrire sur le tableau le nom ‘‘MATUB’’.

Ce tableau à lui seul résume ma conception de l’art. Celui-ci est un combat. Je l’assume pleinement. Et je ne m’arrêterai jamais. ..

Par : Muhend Saïdi Amezyan. (VOIR NOTRE DOSSIER)

Midelt/Imtghren 2011/2012 

Tableau1
Tableau 1
Tableau2
Tableau 2
Tableau3
Tableau 3
Tabelau4
Tableau 4

* Cet article est le fruit d’une collaboration qui a duré plusieurs mois entre moi et Feu Muhend qui était et restera pour toujours un ami et un frère. Le défunt voulait absolument que je l’aide à écrire un article sur sa vision de l’art, ce que j’ai accepté volontiers. Cette collaboration a été malheureusement interrompue par son accident de moto (deux fractures au tibia) et par sa maladie par la suite. L’idée était de travailler sur un livre d’entretien. J’ai changé le titre de l’article et ajouté des sous-titres pour aérer le texte. Feu Muhend avait intitulé cet article « Et la création continue ».

 A. Azergui

DOSSIER : Disparition de Muhend Saïdi Amezian, un an déjà !

Il y’a un an (21 décembre 2013), disparaissait Muhend Saidi Amezyan, un artiste peintre, caricaturiste et calligraphe très engagé dans la défense de l’identité amazighe. Né à Midelt dans le Moyen Atlas, en 1964, cet artiste avait succombé à un cancer.

Feu Muhend lors d'un atelier à Imtghren (Errachidia)
Feu Muhend lors d’un atelier à Imtghren (Errachidia)

Muhend a été de tous les combats du Mouvement amazigh. Il avait animé des ateliers dans presque toutes les facultés du pays et dans diverses associations amazighes aussi. Il a dessiné, peint et caricaturé en toute liberté. Ses œuvres dérangeaient par leur franchise, leur force. Il aimait provoquer et choquer. Il n’a jamais baissé l’échine ni capitulé devant les pressions multiples qu’il avait subies de la part des autorités, notamment à Imtghren où il enseignait les arts plastiques.

Muhend était un artiste, un vrai. Il créait comme il respirait. Il a toujours mis son art au service de l’amazighité.

Dans ce dossier que nous lui consacrons, nous publions un article inédit de Muhend, fruit d’une coordination qui a duré plusieurs mois avant qu’elle ne soit interrompue par sa maladie. Nous le publions pour vous montrer une nouvelle facette de cet artiste aux multiples talents. Il y explique sa vision de l’art.

Nous publions aussi des témoignages de certains de ses amis en Tamazight et en Français.

POUR LIRE NOTRE DOSSIER :

A. Azergui

MAROC : Saïd Awragh libéré !

Bonne nouvelle. Saïd Awragh, militant de la cause amazighe, arrêté depuis début octobre 2014 à l’aéroport de Casablanca, à son retour des Etats-Unis, a été relaxé le 26 novembre pour absence de preuve, après deux mois d’incarcération.

Pour rappel, ce militant avait été déféré jeudi 13 novembre 2014 devant le tribunal d’Imtghren (Errachidia). On lui reprochait d’avoir participé aux altercations sanglantes survenues le 5 mai 2011 entre étudiants amazighs et autres étudiants acquis à l’idéologie arabiste à l’université d’Imtghren.

Awragh-dbebc

MAROC : Arrestation d’un militant amazigh !

Saïd Awragh, militant de la cause amazighe, a été arrêté depuis début octobre 2014 à l’aéroport de Casablanca, à son retour des Etats-Unis. Il sera déféré jeudi 13 novembre 2014 devant le tribunal d’Imtghren (Errachidia). On lui reproche d’avoir participé aux altercations sanglantes survenues le 5 mai 2011 entre étudiants amazighs et autres étudiants acquis à l’idéologie arabiste à l’université d’Imtghren. Pour rappel, ce jour-là, les membres d’une horde criminelle composée de plus de vingt-cinq individus, munis d’armes blanches, ont fait irruption dans la cafétéria de la faculté et se sont attaqués à deux militants, Anouar Oumri et Aziz Sabir. Les deux étudiants qui appartiennent au Mouvement amazigh, ont été grièvement blessés.Awragh-dbebcSaïd Awragh, ex-étudiant dans cette même faculté, était aux Etats-Unis au moment de ces évènements. Il n’y avait donc pas participé.

A Imtghren, où il a été incarcéré, le procureur de la monarchie a décidé de le libérer provisoirement. Quelques jours après, il a été à nouveau arrêté chez lui et incarcéré à la prison de Touchka.

Comment expliquer cet acharnement des autorités contre Saïd Awragh ? D’après l’Association amazighe Tiddukla à Washington, dont ce militant est membre, c’est à cause de son activisme en faveur de l’amazighité aux Etats-Unis qu’il a été arrêté à son retour au pays.

A. Azergui

Tagrawla : le cri de la révolte

La colonisation est totale. La libération devra également être totale », tranche Ouaqqa. Pour se libérer du joug arabo-islamiste, une solution s’impose : la révolution (Tagrawla). C’est pourquoi justement il a enfourché sa guitare pour rendre hommage aux détenus politiques de la cause amazighe et appeler à la révolte et au refus de toute soumission. Le résultat : un opus d’une grande qualité intitulé : « Inekraf » (les détenus). Le CD sorti récemment au sud-est du Maroc est révolutionnaire.

Tagrawla lors d’un concert à Imilchil

Le groupe Tagrawla est créé par Ouaqqa, originaire de Msemrir, un village de montagne situé dans la région de Boumalen n Dadès. Âgé de 26 ans, il est étudiant à Agadir et milite depuis plusieurs années pour la défense de l’identité amazighe. En mars 2007, il a été sauvagement agressé à Agadir par des étudiants arabistes qui soutenaient la police dans la traque et la répression des militants amazighs. Grièvement blessé, il avait perdu trois dents. « Nous avons passé des moments très durs. J’ai été pris, avec plusieurs dizaines de militants, entre l’enclume de la violence des étudiants arabistes et le marteau de la répression policière. Nous étions recherchés et obligés de vivre clandestinement. »

Cette année là avait marquée toutes les mémoires. Dans les universités d’Agadir, Marrakech, Meknès, Taza et Imtghren, une véritable chasse aux militants amazighs a été orchestrée par la police. Plusieurs centaines de militants avaient été arrêtés. Plus de dix d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de 5 à 10 ans. D’autres avaient subi des tortures et des insultes racistes et dégradantes dans les commissariats de la police.

Cette répression policière a marqué Ouaqqa qui a décidé d’œuvrer pour éveiller les consciences et inciter les Amazighs à revendiquer leurs droits politiques. Il participe depuis 2007 à plusieurs concerts à travers toute la région du Sud-est et dans les universités.

Lors d’un concert à Dadès

Dans Imeṭṭawen (larmes), la première chanson de ce CD, Tagrwala décrit la situation actuelle des Imazighen :

                                                             « Awa wiyha, awa wiyha

                                                                  Hat nẓuẓḍ add naki

Awed allaγ ikka-t waṭṭan

                                                              Ula adif ammas n iγsan. »  

                                                                Malheur à nous

Nous refusons de se soulever Nos cerveaux sont affectés La moelle de nos os, aussi.
Tagrawla montre du doigt l’école marocaine, cette machine idéologique qui fabrique des islamistes et des kamikazes potentiels.

« Kkiγ likul ar i-sseγran
Af ad-asen geγ ayedda ran
Lesɣ timelsa n Pakistan
Geɣ aɛrab aǧeɣ aleḥyan,
Tiwetmin lsan-t igwiḍan,
Icirran ttun mayd gan. »
 

A l’école, ils m’apprenaient des mensonges

Pour faire de moi ce qu’ils voulaient

J’ai mis des habits d’islamistes pakistanais

Je suis devenu arabe et laissé pousser une barbe

Les femmes se cachent sous des tentes

Les enfants ont oublié leur identité.

Et puis un appel à la révolte et au soulèvement. Un « cri » qu’on entendra dans presque toutes les six chansons de l’album.

« Tanekra Tanekra
Nra tilelli. »

Réveillez-vous, réveillez-vous

Nous voulons la liberté.

Dans la chanson (Ay ameẓẓan, ay axatar), il plonge le couteau dans la plaie toujours ouverte de la domination arabe :

« Ku yan tella γurs tlelli
Afella n tmurt n Tmzaγa
Ar ass lliγ g d-ikjem Σuqba
Asin-d ssif gen-d akabar
Ar kkaten ad i-xwun adγar
Ayenna aγ-gan ur t-ttuγ aha »

On vivait libres

Sur la terre de Tamazgha

Jusqu’au jour ou Oqba a soulevé son armée

Pour nous conquérir

Et nous voler nos terres

Je n’oublierai jamais les crimes commis par les Arabes.

Et puis propose une solution :

« Nekra-t, udu neswiyha
Ad nali aγulid amm dadda.
« 

Cessons de nous apitoyer sur notre sort

Prenons les armes, suivons l’exemple de nos grands-parents.

Dans la chanson « Inekraf », il rend hommage à Hamid Ouadouch et Mustapha Ousaya qui croupissent dans la prison de Meknès depuis 2007 suite à un procès injuste.

« Kkan afus g ibniqen γef uzref n Imaziγen »Ils souffrent dans les prisons pour que le peuple amazigh retrouve ses droits.

Dans une autre chanson (nγan-aγ waɛraben), il s’attaque aux berbères de service :

« Awi nγan-aγ waɛraben, tɛawn-asen marikan
Tekka-sen Fransa tasga d ibrebriyen aγ-izzenzan.
« 

Aidés par l’Amérique, les Arabes nous dominent

Ils sont aussi soutenus par la France et les Berbères de service.

Et décrit la situation déplorable des Imazighen dans tout le monde amazigh :

« Atwargi ar t-neqqan g tnezruft d umaγa
Aqbayli urta lulin, inγa-ten Butefliqa
Ameɛḍur Lqeddafi iḥemmeẓ aytma g Nefusa
Nekwni neqqim g Merruk kud nessaγ ar nezzenza. »

Les Touaregs sont massacrés dans le désert
Le Kabyle peine à s’affirmer sous le joug de Bouteflika
En Libye, Khadafi, le fou, a tué mes frères de Nefusa
Alors qu’au Maroc, les Berbères de service nous ont vendus.

Mais la résistance s’organise. L’espoir surgit :

« Amaziγ irura afus inna-as nella nella
Waxxa awen ikka tasga wakal ula igenna. »

Le peuple amazigh résiste et compte exister

Nul ne pourra le soumettre.

Même registre dans la dernière chanson de l’album « Izgaren » :

« Reẓ-at aγ imawen
Kref-at-aγ ifassen
Nesγuy ad nini
Tella γuri tlelli
Ul d unelli. »

Même si vous bâillonnez nos bouches

Attachez nos mains

Nous crierons pour dire

Que nous sommes libres

Et que nous avons des cœurs (pour aimer) et des cerveaux (pour réfléchir).

Tagrawla chante des textes écrits par ses trois membres. Elle continue de prendre part à différents concerts.

A. Azergui