Tamazight TV, une arme d’arabrutisation massive

Les médias audiovisuels du secteur public à Tamazgha Occidentale sont des vecteurs d’arabrutisation et d’islamisation. La chaîne appelée Tamazight TV  ne fait pas exception. Cette chaîne est un poison mortel, un outil d’arabisation massif des berbérophones.

Tous les programmes de cette chaîne sont sous-titrés en arabe classique, alors qu’aucune émission de toutes les chaînes publiques marocaines ne l’est en tamazight. Le sous-titrage en arabe est l’une des conditions stipulées dans les cahiers de charges imposés aux entreprises de production pour que leurs émissions soient diffusées.

Lorsqu’un film produit en dialectal marocain (darija) est doublé dans une variante de tamazight, celui-ci est sous-titré en arabe classique. Comble d’absurdité. Des cours d’arabe classique sont aussi proposés sur cette chaîne, alors qu’on en trouve rarement dans les programmes des autres chaînes publiques. Les émissions sur l’islam foisonnent égamement. Tamazight TV est en réalité un instrument de diffusion de la pensée arabo-islamique.

Les émissions sont d’une médiocrité repoussante, infantilisantes et véhiculant la pensée unique et le seul point de vue des autorités. La langue amazighe est traquée, combattue et minorisée même dans une chaîne dite « Tamazight ».

Tamazight TV n’a rien à envier à Tamazight TV4, diffusée par le régime militaire algérien. Le concept est le même. Le but est aussi d’aliéner et de dominer les Berbères pour mieux les arabiser et les islamiser.

Il faut dire, par ailleurs, aussi que la passivité des hommes d’affaires berbères est révoltante. Ils sont incapables d’investir dans des chaînes privées qui auront pour mission de porter la voix des Amazighs : est-ce par peur de représailles des autorités ou juste par lâcheté.

Tamazight TV n’est qu’un symptôme du cancer qui ronge le mouvement berbère. Après plus de quarante ans de combat identitaire, Imazighen de ce côté là de Tamazgha n’ont ni une télévision indépendante, ni un journal dans leur langue, ni une maison d’édition. L’Ircam et le palais corrompent tout ceux qui bougent, et les voix libres se font de plus en plus rares. Le mouvement amazigh, gangréné par la médiocrité, l’arabisme et l’islamisme, favorisés par les Amazighs eux-même, est devenu le pire ennemi des Imazighen. Le fossoyeur de leur identité.

Les « acquis » de ce mouvement au cours des dernières décennies se sont transformés en pièges qui se sont renfermés sur les Amazighs. Et pour échapper à ces pièges, il ne s’agit pas, comme le souhaitent certains berbères de service, de fonder un parti politique.

Imazighen ont besoin d’un mouvement indépendant, structuré et courageux politiquement. Il est plus que jamais temps.

A. Azergui

Lorsque les « acquis » deviennent des obstacles !

Depuis plusieurs années, le mouvement amazigh à Tamazgha occidentale (Maroc) a changé radicalement de visage. Il est méconnaissable, fragilisé et à la merci totale de la monarchie marocaine qui le manipule à outrance. Le spectacle qu’il offre est affligeant. La majorité des cadres associatifs qui faisaient sa fierté ont été essoufflés. La plupart des présidents des associations les plus actives ont fait le malheureux choix de la compromission et de la servilité depuis qu’ils ont baissé l’échine et embrassé la main du monarque marocain à Ajdir (Moyen Atlas) un certain 17 octobre 2001. Certaines associations et leurs responsables ont été largement récompensés pour leur collaboration. Il faut dire que la servilité est facile surtout lorsqu’elle est lucrative.

Saccage !

Avant d’arriver à ce stade, le régime a tout saccagé avec la complicité de ces mêmes collaborateurs. Le CNC (Conseil national de coordination), un cadre ambitieux qui regroupait des associations amazighes, s’est éteint. Le Congrès mondial amazigh a été détruit, infiltré de toutes parts par les services, réduit en petits groupes rivaux sans aucune influence : même l’infréquentable Kadhafi, le pire des ennemis des Imazighen s’était permis de le fouler de ses pieds en soudoyant gracieusement certains de ses cadres. Les présidents des débris du CMA s’affrontent toujours pour s’octroyer la légitimité de revendiquer ce qui reste de son cadavre. Triste sort pour une organisation internationale qui avait pour mission de défendre les intérêts de « la Nation amazighe ».

Des « élites » de la mouvance amazighe ont été recrutées et gracieusement rémunérées après la publication du fameux « manifeste amazigh » et confinées dans un institut, à statut consultatif rattaché au Palais, qui a contribué à saper le mouvement amazigh. Le « choix » suicidaire de la graphie Tifinagh-Ircam, imposé par le Palais, et la gestion de la question de l’enseignement de Tamazight, entre autres, sont révélateurs du caractère nocif de cette structure. Géré comme une vulgaire administration makhzénienne, cet institut assiste aux manœuvres destructrices de la monarchie.

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Le règne de la médiocrité

Depuis la création de l’Ircam, un malheur noir s’est abattu sur le Mouvement amazigh. La mauvaise herbe a foisonné partout. Les faux-culs, les artistes-mouchoirs, les arrivistes de tous poils, les « poètes » et « les écrivains » sans scrupules écument les festivals et les salons, organisés souvent par l’Ircam sous « le haut patronage du roi ». Partout ils crient « vie au roi » et autres débilités qu’on croyait enterrées à jamais. Ces « artistes » et « écrivains » de service passent à la télévision et sont souvent récompensés par des « prix » plus « politiques » que littéraires.

Une chape de médiocrité s’est aussi abattue sur la littérature amazighe, jeune et très fragile. I’Ircam publie tout et n’importe quoi dans le cadre d’une politique que ses patrons appellent « asgudi » (la quantité). Une politique facile à comprendre puisque ce procédé vise à affaiblir la nouvelle littérature amazighe pour empêcher le peuple amazigh de se doter d’un véritable outil de libération linguistique et politique par la suite. Le très peu de livres de qualité sont submergés par des centaines de textes sans aucune valeur littéraire, ni esthétique. Les exemples sont légion.

Autre manifestation du dérapage du « Mouvement amazigh » est la commémoration, le en grande pompe, de l’anniversaire du discours d’Ajdir qui scelle le pacte de servitude totale des Imazighen à la monarchie. Le Mouvement amazigh a choisi de capituler et faire allégeance à la monarchie au lieu de fêter des faits marquants de notre histoire politique, comme les arrestations de Tilelli (Tizi n Imnayen 1994), les batailles historiques (Dhar Oubarran, Saghru, Badou, Tazegzawt etc.) contre l’armée française et son allié chérifien.

Le mouvement estudiantin, quant à lui, reste le plus actif. Mais, privé d’une structuration solide, il est incapable de se développer. Il est aussi inefficace que la plupart des associations indépendantes qui résistent toujours, avec le peu de moyens dont elles disposent, aux politiques makhzeniennes.

Que reste-t-il de ce Mouvement amazigh qui se revendiquait laïque et indépendant ? Rien de plus qu’un ramassis de débris !

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Des « acquis » ? Tu parles !

Il est temps que le Mouvement amazigh indépendant se ressaisisse, se démarque des autorités et de tous les Berbères de service qui ont vendu leurs âmes à la monarchie alaouite. Il est aussi temps de se démarquer de tous les prétendus « acquis » du Mouvement amazigh. L’enseignement de l’amazigh, la graphie Tifinagh, Tamazight TV, entre autres, ne sont pas des « acquis », mais plutôt des freins empêchant l’épanouissement de l’amazighité. Tout ce qui a été fait pour l’amazighité de la part du pouvoir ne sert que ses propres intérêts, pas ceux de l’amazighité et des Imazighen. Ces prétendus « acquis » ne font qu’adoucir la domination qu’exerce la monarchie sur « ses » Berbères, à l’aide d’autres Berbères qui ont choisi d’être serviles.

Le salut de l’amazighité ne viendra ni de l’Ircam, ni de la monarchie marocaine hostile à tout ce qui est amazigh, ni de certains Berbères de service qui sont entrés en « dissidence contrôlée » pour amadouer la militance amazighe. Le salut viendra des Imazighen eux-mêmes qui ont choisi d’être libres et d’œuvrer pour leur souveraineté. Imazighen sont chez eux, sur leur propre terre. Et le pouvoir politique doit leur revenir. Il faut se battre pour construire une conscience nationale et enclencher un mouvement de libération de notre terre, la libération de Tamazgha de l’arabo-islamisme.

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Tous les « acquis » ne sont que manipulation.

A. Azergui

La question amazighe au Maroc ou le retour au point zéro

Le 23 Septembre 2014 restera dans la mémoire des Imazighen comme le clairon qui a sonné la fin d’une illusion, celle de la volonté de la caste au pouvoir à résoudre la question amazighe conformément aux revendications légitimes du Mouvement Amazigh, entendues par le Roi depuis le discours d’Ajdir en 2001.alphDans un lieu déjà hautement symbolique de la discrimination et du racisme arabo-islamiste de la caste dominante à l’égard de l’amazighité, en l’occurrence les locaux de l’agence MAP, le Ministre de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle, un technocrate qui n’a pas l’habitude des mensonges et de l’hypocrisie des politiciens, affirme officiellement lors d’une conférence de presse consacrée à la rentrée scolaire que :

C’est la douche froide pour celles et ceux qui croyaient encore la veille, que la question amazighe, dans au moins son volet scolaire, connaissait le chemin d’une solution consensuelle qui met le pays à l’abri de l’insécurité civile que connaît le « monde arabe ». Que signifie une telle affirmation venant d’un ministre qui a la charge d’appliquer la politique éducative du Gouvernement, dans un secteur clé qui conditionne toute volonté politique de changement des mentalités et des comportements des futurs citoyens à l’égard du constituant fondamental de l’identité du Maroc ?

La vérité est que la majorité des composantes du Mouvement Amazigh et des observateurs avaient déjà compris depuis des années que la caste au pouvoir n’avait aucune volonté politique d’aller de l’avant sur la voie tracée par le discours d’Ajdir en 2001. Ce constat avait déjà conduit sept membres du Conseil d’Administration de l’IRCAM(l’Institut Royal de la Culture Amazghe) à démissionner pour protester contre le blocage de toutes les décisions du Conseil qui visaient à traduire dans les faits, les décisions du Roi. En effet, la fronde contre ces décisions s’était exprimée publiquement et à plusieurs reprises au sein même des caciques du palais royal et de la classe politique : Mrini, Abbas Elfassi, Benkirane en tête. Cette fronde s’était encore exprimée sans voile lors du débat sur le projet de la constitution en 2011. Pour rappel, dans son discours de Mars, juste quelques mois avant le référendum constitutionnel, le Roi avait parlé de l’amazighité comme « socle de l’identité marocaine, et de deux langues officielles pour l’Etat : les langues amazighe et arabe ».buxus

Tollé et levée de boucliers contre une éventuelle égalité devant la loi suprême du pays entre « chalha » et la langue arabe: l’Istiqlal et le PJD, la quatrième colonne du baâthisme arabe et de l’islamisme qatari et saoudien montent au créneau et, en trois jours seulement, ils torpillent les travaux de la Commission Manouni, imposent une constitution baclée qui fait du Maroc un pays avec une identité bâtarde, sous prétexte de la diversité culturelle. Ainsi, l’identité amazighe du Maroc est noyée dans les apports idéologiques exogènes insignifiants, au détriment des données réelles, géographiques, historiques et anthropologiques du Nord de l’Afrique. Les ennemis de l’amazighité, à défaut d’interdire l’officialisation de la langue amazighe, soumettent alors cette dernière à des conditions qui annulent dans les faits tous les droits que confère l’officialisation constitutionnelle à toute langue de part le monde.

Autrement dit, la langue amazighe sans les lois organiques n’est pas officielle. C’est ce que vient de rappeler le Ministre de l’Education à tout le monde, et on devrait le remercier pour cette clarification au lieu de le blâmer. En effet, on ne peut pas enseigner comme il se doit une langue sans statut juridique. Et la langue amazighe n’a pas encore de statut juridique. Elle ne peut donc être enseignée qu’à titre expérimental et non à titre d’une langue obligatoire, avec son propre budget, ses programmes, le statut officiel de ses enseignants et inspecteurs…

Oui, on devrait remercier ce ministre pour sa franchise et sa sincérité, car tout changement commence par des mots, mais des mots qui sonnent la vérité. Et cette vérité, elle s’adresse d’abord au Mouvement Amazigh. Elle interpelle les dirigeants de ces centaines d’associations et ces milliers de militants qui pullulent sur les réseaux sociaux… mais qui continuent encore à croire que les mots suffisent à changer la réalité, à subir la malédiction séculaire des imazighen : les divisions pour diverses raisons mesquines, à continuer le combat en l’absence d’une stratégie et d’une organisation politique qui imposerait l’amazighité comme un projet de société démocratique et réellement citoyen, en opposition au projet apartheidiste arabo-islamiste qui prépare le terrain depuis des décennies déjà, à un Etat daîchien sur la terre des imazighen.

Mais imazighen méritent-ils encore de se nommer « les hommes libres » ? La balle est depuis longtemps dans le camp du Mouvement Amazigh. Il ne peut pas attendre que les ennemis de l’amazighité, omniprésents dans tous les rouages des institutions de l’Etat, fassent aboutir la revendication amazighe à sa place.

Par : Ali Khadaoui

Tamazight langue officielle, un mensonge politique !

La monarchie marocaine a fait de Tamazight une langue officielle depuis 2011. A force de répéter ce mensonge politique, la plupart des Imazighen ont fini par le croire par naïveté ou faire semblant d’y croire par intérêt. Certains, parmi les plus zélés, se sont même transformés en véritables chiens de garde de la nouvelle politique berbère de la monarchie initiée par la création de l’Ircam, entraînant avec eux des artistes, des acteurs associatifs et des militants locaux et parfois même venus d’autres régions de l’Afrique du nord. Ces derniers sont appelés en renfort pour chanter les louanges de la monarchie qui a « sauvé » les Berbères et redonné vie à la graphie Tifinagh. Le dernier exemple de cette servitude volontaire à laquelle s’adonne certains Amazighs est la commémoration de « troisième anniversaire de la constitutionnalisation de l’amazigh » par une association dite amazighe à Tiznit.
tiznitL’article 5, un écran de fumée

Le fameux article 5 de la constitution marocaines reconnaît Tamazight comme langue officielle en usant d’une véritable gymnastique sémantique qui l’a vidé de tout son sens. Si on analyse cet article, on se rend compte que cette langue aura toujours une place secondaire au sein d’un Etat qui se veut d’abord arabo-musulman. Cet article dit : « L’arabe demeure la langue officielle de l’Etat. L’Etat œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle. »

Comme on vient de le voir, l’arabe demeure la langue officielle. De ce fait, elle sera protégée et développée. Son utilisation sera promue. L’amazigh, constitue une langue officielle de l’Etat, mais (faites attention) en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. On remarque ce qui suit :

1- Les deux langues officielles sont séparées et traitées dans des paragraphes distincts. L’arabe d’abord et l’amazigh par la suite. Ce qui laisse entendre une relation hiérarchique entre les deux langues et une différence aussi entre ceux qui les pratiquent, étant le lien étroit entre langue et identité.
2- L’amazigh ne remet pas en cause la prééminence de l’arabe. Il apparaît comme un « rajout » à une donnée fondamentale : « l’arabe est la langue officielle de l’Etat« .
3- La langue amazighe est « une langue officielle » en tant que « patrimoine commun à tous les Marocains« . Cette notion de « patrimoine commun » pose aussi problème. Son but étant de tuer la communauté amazighe, de dissoudre le peuple amazigh dans l’arabité. Les Berbères ont le droit, en tant que patrimoine, à cette langue, mais pas en tant que communauté ou en tant que peuple. A travers cette notion, l’Etat tend à exclure toute reconnaissance des droits des minorités ou de communautés linguistiques ou territoriales, ou même de droits linguistiques des individus. Tamazight n’est pas la propriété des Amazighs qui n’ont aucun droit particulier sur leur propre langue, mais un patrimoine commun à la « nation marocaine ». Celle-ci qui se veut « unie » refuse ainsi de reconnaître ses composantes ethnolinguistiques. Reconnaître une spécificité linguistique à certaines régions par exemple mène à ancrer dans le droit une distinction berbérophones/arabophones, ce qui portera ainsi atteinte à l’unité linguistique et culturelle de « la nation ». Les implications politico-juridiques d’une telle reconnaissance sont considérables. Derrière cette approche se profile à l’évidence le « spectre de la sécession berbère » enraciné dans l’univers idéologico-politique des pays de l’Afrique du nord depuis les années 1930 avec le prétendu « dahir berbère » ou encore « la crise berbériste » au sein du mouvement nationaliste algérien des années 40.
4- Le Royaume du Maroc (…) réaffirme ce qui suit et s’y engage : « Approfondir le sens d’appartenance à la Oumma (nation, ndlr) arabo-islamique, et renforcer les liens de fraternité et de solidarité avec ses peuples frères« . Et puis un autre paragraphe dans le préambule : « Le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ». En parlant des « dimensions de l’identité marocaine« , on remarque une absence totale de chronologie, sachant que l’amazighité est l’élément premier. Elle est le fondement même de l’identité nord-africaine, pas uniquement une composante. Cette définition réductrice relègue aussi aux oubliettes nos origines africaines.
5- Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue.
Ici on introduit une conditionnalité avec tous les aléas politiques qui peuvent l’accompagner et aussi une réserve à priori quant aux champs d’application de cette officialité. Cette loi pourrait réduire à néant le principe affirmé. On ignore quand-est-ce-que cette loi organique verra le jour. On l’attend toujours, presque trois ans après la constitutionnalisation.
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Légère différences…
Qu’est-ce-que cet article 5 de la constitution marocaine apporte de nouveau et de particulier par rapport à ce qui existe dans d’autres Etats d’Afrique du nord ? Dans la constitution algérienne, on peut lire dans l’article 3 : « L’Arabe est la langue nationale et officielle« . Art 3 bis : « Tamazight est également langue nationale. L’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire nationale « .
Pour sa part, la constitution tunisienne promulguée le 17 janvier 2014 est très claire. Dès son premier article, elle affirme ceci : « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime. Il n’est pas permis d’amender cet article« .Concernant la notion du « patrimoine commun », ce même principe est également exprimé dans la constitution algérienne (article 3 bis) : « Il est la langue de tous les Algériens« .
Un article intéressant figure aussi dans le préambule de la constitution algérienne : « L’Algérie est terre d’islam, partie intégrante du Grand Maghreb arabe, terre arabe, pays méditerranéen et africain… »
On remarque que le socle idéologique des trois Etats est le même : l’arabo-islamisme, une idéologie toxique et génocidaire.

Exploitation politique.

Le seul à tirer profit de ce mensonge de la constitutionnalisation est l’Etat marocain, et ce n’est surtout pas l’Amazighité. Cette reconnaissance tronquée est bénéfique à plus d’un titre à la monarchie qui en tire profit pour redorer son blason et ancrer sa légitimité. Elle se présente désormais comme une force favorable à l’amazighité, un bouclier protégeant les Imazighen face à des formations politiques arabo-islamistes hostiles à tout ce qui est amazigh. Cette reconnaissance, pour rappel, a été exigée par Mohamed VI alors que ces mêmes formations s’opposaient à toute reconnaissance. Certaines associations et acteurs du Mouvement amazigh ont mordu à l’hameçon. Ils ont applaudi et tiré aussi profit de la situation par ce qu’ils avaient été largement récompensés.
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Depuis cette « constitutionalisation », Rabat est devenue la destination des tous les « berbéristes » de l’Afrique du nord et même de la diaspora. On y vient pour se « ressourcer », visiter les nouveaux locaux de l’Ircam et faire des emplettes en livres en Tifinagh édités par l’Ircam et que ce dernier offre gracieusement, faute de pouvoir les vendre. La monarchie tend même à vendre son modèle de gestion de la question amazighe à d’autres pays comme la Libye. On a vu les Libyens adopter précipitamment Tifinagh-Ircam sans qu’aucun débat ne soit provoqué localement pour décider de la graphie à choisir. Cette graphie, imposée politiquement par Mohamed VI lui-même, est légitimée par sa reconnaissance officielle. Profitant de cette « ouverture sur l’amazighité », Rabat se permet même d’intervenir dans des dossiers touchant en premier lieu Imazighen, comme on l’a vu avec le MNLA, et à donner des leçons à d’autres Etats.

Sur terrain, rien de nouveau !

La constitutionnalisation et la communication déployée depuis trois ans par l’Etat à travers ses médias, l’Ircam et les associations qui lui sont affiliées et subventionnées ont apporté leurs fruits. Le message est simple : « Tamazight est officielle grâce au roi ». Elle est enseignée. Imazighen ont une télévision. Des masters ont été ouverts dans les universités. La culture amazighe est reconnue. Bref : Tout va bien. buxus1

Mais sur le terrain, tout cela n’est que mensonge. Tamazight n’est pas officielle. Aucune loi réglementaire définissant « le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue » n’a vu le jour jusqu’à maintenant. La situation de l’enseignement de cette langue est catastrophique. Il est en déclin. Tamazight n’est que folklore à la télé. Elle peine à trouver son chemin dans les médias, les administrations publiques et les tribunaux. Des prénoms amazighs sont toujours interdits. Les Imazighen souffrent de l’apartheid dans leur pays. Ils sont colonisés. Leurs terres sont volés et distribuées aux commis de l’Etat. Et ce n’est pas la constitutionnalisation de leur langue, ni sa reconnaissance officielle, ni l’Ircam qui les libérera de cette situation. Le mal est plus profond. son remède doit être radical.Ircam

A. Azergui

Attention, recensement piégé !

Le formulaire de « recensement » de la population au Maroc est absurde. Ce document, digne d’un fichier de la Gestapo, nous renseigne sur les contradictions de l’Etat marocain, surtout lorsqu’il s’agit de l’amazighité. Nous allons nous limiter dans cet article à ce volet. Cela nous renseigne également sur les véritables intentions de la monarchie alaouite quant à son projet de « prise en charge de Tamazight ».

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Dialectes !

Dans le volet de la page 2 de ce document relatif aux « langues locales utilisées », le recensé aura le choix entre « le dialectal marocain, Tarifit, Tachelhiyt, Tamazight et Hassania ». Il est à remarquer d’emblée que l’arabe classique, la première langue officielle est absente. La raison est simple : c’est une langue morte que personne n’utilise dans sa vie quotidienne. Tamazight, la deuxième langue officielle du pays depuis 2011 est aussi absente. Celle-ci est présentée sous forme de parlers locaux tout comme la hassania parlée dans le Sahara occidental et la darija, un parler foncièrement amazigh, qui est un mélange de plusieurs langues dont tamazight, l’arabe, le français et l’espagnol.

Revenons à la réalité. Si personne ne parle l’arabe classique, ce que le gouvernement reconnaît implicitement à travers ce document, pourquoi cette langue étrangère et artificielle est-elle officielle ? Pourquoi l’utilise-t-on encore dans les médias et les administrations au détriment des vrais langues nationales, pratiquées parles populations ? Pourquoi maintenir ce cadavre en vie ? Pourquoi l’imposer aux populations ? Pourquoi continue-t-on de présenter tamazight, langue officielle dans la constitution marocaine, comme un ensemble de simples dialectes locaux ? Pourquoi l’hébreu et l’espagnole qui sont aussi pratiqués sont absents ? Pourquoi le français, la vraie langue officielle et officieuse de l’Etat marocain est absent ? Toutes ces langues ne font-elles pas aussi partie de notre patrimoine linguistique ?

Tifinagh, un piège !

Dans une deuxième rubrique consacrée toujours aux langues, on demande au recensés s’ils maîtrisent la lecture et l’écriture des graphies des langues « parlées et écrites ». Cette fois-ci, il lui est donné le choix entre l’arabe, tamazight, l’espagnol, le français et l’anglais. Mais sous le mot « amazigh » est noté « tifinagh ». Pourquoi le tifinagh ? Pourquoi a-t-on omis de mentionner les autres modes de notation de tamazight pourtant largement répandus, comme le latin ? Cette mention n’a rien d’innocent. D’abord, la graphie tifinagh a été officialisée il y a une dizaine d’années sous pression de la monarchie. L’enseignement de tamazight connait un certain recul et que ces pseudo tifinagh que l’Ircam (Institut royal de la culture amazighe) à créé sont loin de faire l’unanimité. La plupart des chercheurs de cet institut écrivent toujours en caractères latins ; ils sont sans doute conscients qu’ils ne seront jamais lus dans leur pseudo tifinagh. Les autorités marocaines pourraient, en se basant sur les résultats de ce recensement, imposer cette fois-ci l’utilisation de la graphie aramienne (dite arabe) pour la notation de tamazight. Cette revendication a émergé au cours des dernières années, notamment dans les milieux islamistes et panarabistes.

Tous fichés ?

Une autre question qui se pose, vu le nombre impressionnant d’informations qui seront collectées lors de ce « recensement », est, bien sûr, celle de la sécurité de ces données personnelles. L’Etat marocain ne dispose d’aucun organisme, à l’image de l’institution française CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), pour protéger ces données et y limiter l’accès. Les seuls vrais bénéficiaires de ce « recensement » sont les services de renseignement marocains. Toutes ces informations permettront ainsi à la monarchie de mieux connaitre et de mieux contrôler la population. C’est pour toutes ces raisons qu’il faut boycotter cette opération.

A. Azergui

Yeschou ou la magie de Tifinagh

Il s’appelle Lahbib Fouad. Ses amis l’appellent affectueusement Hbi Yeschou. Il est né en 1955 à Tinejdad dans la province d’Imtghren, au sud-Est du Maroc. Yeschou est artiste-peintre, calligraphe, nouvelliste, poète et auteur.

Yeschou lors d’une exposition organisée récemment à Barcelone (Catalogne)

Il est connu pour être le traducteur en langue amazighe du célèbre conte de Saint-Exupéry « Le Petit Prince« , l’un des livres les plus vendus au monde, ainsi que de « Rebelle » de Matoub Lounès. Yeschou est aussi lauréat de plusieurs prix internationaux de création littéraire.

Il a exposé ses travaux dans plusieurs pays à travers le monde, dont l’Espagne, les Pays Bas, les Etats-Unis et le Canada.  Dans ses œuvres, Yeschou ne cesse d’explorer la magie de la graphie amazighe authentique, le Tifinagh, en s’inspirant, entre autres, des gravures rupestres, de l’architecture amazighe et des tatouages.

Je rappelle, au passage que plusieurs supports rocheux portant des gravures en tifinagh à Oukaïmeden (Haut Atlas de Marrakech) ont été malheureusement détruits ces dernières années, semble-t-il par des chercheurs de trésors. Cette région compte plus de 1 000 gravures rupestres. Il est urgent de les protéger.

Quelques calligraphies fournies par l’artiste. Pour voir plus, cliquez ici.

Lhoussain Azergui