VIDEO : « Aɣerrabu », un poème de Sifaw chanté par Ali AFDIS



Aɣerrabu

Γri aɣerrabu
Xseɣ ad ruleɣ
Aliy-d a yaḍu ad kmeɣ ilel
Tuden-id teqqa
Xseɣ ad tt-sefḍeɣ
Iles-inu irwel
Yuggwad s bugel
Yuweḍ-id wawal
Itcur s ukwerfa
Uci-id tallumt
Sẓlitted aẓẓal
Iṭṭef-iyi fiɣer
Xseɣ ad tt-nɣeɣ
Fki-id tagelzimt
Rni-id aɣil
Xseɣ ad afgeɣ
Uci-id ifriwen ad awḍeɣ itran
d mammu tin yugal
Sserɣi-id taftilt
Xseɣ ad nḍeɣ
Deffer Bunadem
Di ammas n azal
Ufiɣ asefru n Si Muḥend U Mḥend
Qneɣ-t di tzibba
Udfeɣ sis ilel
Dsiɣ si ufiɣ ilel d jidi
Seqqdeɣ tiwdi seḍseɣ adfel
Xseɣ ad afgeɣ
Fki-id isufag
Add awiɣ itran ad rẓun bugel.

Saɛid Sifaw

TRADUCTION  :

J’ai un bateau
J’ai envie de m’enfuir
Que le vent se lève pour que je puisse naviguer
La poussière m’enterre
J’ai envie de la chasser
Ma langue m’a trahi
Elle a choisi le silence par peur d’être muselée
J’ai entendu des paroles
Pleines d’ivraie
Passez-moi un tamis
Pour les éclaircir.
Un serpent m’a attrapé
J’ai envie de le tuer
Donnez-moi une hache
Et aidez-moi à en finir.
Je veux voler
Donnez-moi des ailes pour que j’atteigne les étoiles,
Et celui qui les a placés dans le ciel.
Allumez-moi une lampe
Aujourd’hui, j’ai envie de marcher
Au milieu des gens en plein jour.
J’ai trouvé un poème de Si Muhend U-Mhend,
Je l’ai enroulé dans une cotte de maille
Et pénétré en mer.
J’ai senti la joie lorsque j’ai vu la mer et la terre
J’ai abandonné ma peur et fait rire la neige
Aujourd’hui je m’envolerai
Donnez-moi des ailes
Pour cueillir des étoiles
Qui briseront nos chaînes.
Je veux m’envoler,
Donnez moi des ailes !

Traduction : Aksil AZERGUI

Dania Ben Sassi, l’hirondelle du printemps amazigh libyen

Inconnue, il y a seulement quelques mois, la chanteuse amazighe libyenne Dania Ben Sassi est devenue l’icône du printemps amazigh libyen.

Dania Ben Sassi

Il faut dire que la chute du régime tristement célèbre de Kadhafi et le vent de liberté qui a soufflé sur le pays a permis une renaissance extraordinaire de la culture amazighe, totalement interdite sous Kadhafi. Le fou de Tripoli qui considérait cette langue comme «un poison», avait pendu publiquement et tué des dizaines de militants de la cause berbère. Plusieurs milliers d’autres ont été poussés à l’exil.

Quelques mois avant le déclenchement de la guerre qui allait ébranler ses fondements, le régime mafieux de Kadhafi a arrêté et condamné le chanteur amazigh engagé Abdullah Ashini à cinq ans d’emprisonnement. Le seul crime de cet artiste est d’avoir participé au festival de la chanson amazighe de Las Palmas aux Iles Canaries … il y a deux ans.

Avant sa condamnation, l’artiste a été privé de son passeport et empêché de participer au festival amazigh méditerranéen à Tanger au nord du Maroc.

Il a été aussi interdit d’enregistrer ses albums en Libye, au motif qu’il chante dans une autre langue que l’arabe.

Face à la répression du régime, les auteurs et les chanteurs amazighs libyens ont investi la toile pour faire connaître leur combat. C’est ainsi que des amazighes des différents pays de l’Afrique du nord et de la diaspora ont découvert entre autres les belles chansons d’Ashini et la voix révoltée de Dania. Mais que sait-on au juste à propos de Dania Ben Sassi ? Peu de choses. On sait qu’elle est étudiante en économie et qu’elle est originaire des Ait Willul (région de Zouara).

On sait également que l’artiste est née à Belgrade en Serbie d’un père amazigh libyen et d’une mère serbe. La chanson qui l’a fait connaître est intitulée « Itri nnegh » (notre étoile). Ecrite par son père, elle est un hommage aux révolutionnaires amazighs de Libye et un appel à la résistance face à la tyrannie.

Axel  Azergui