La colère des Rifains donne des sueurs froides à la monarchie

Il semble qu’un vent de panique s’est emparé de la monarchie et de ses services. Pour réduire au silence les manifestations organisées quotidiennement dans les villes du Rif, elle a mis ses pions en ordre de bataille, actionné sa machine de propagande et usé de plusieurs artifices. Mais, sa communication infantilisante semble produire l’effet inverse. Elle est inaudible. Les manifestations contre l’arbitraire et le mépris se propagent dans tout le pays et se radicalisent. La peur semble changer de camp.

Les récentes manifestations pacifiques déclenchées dans plusieurs villes à Tamazgha occidentale suite au meurtre barbare de Mohsin Fikri, survenu le vendredi 29 octobre dernier à Biya (Houceima) inquiètent sérieusement la monarchie marocaine. Elles lui donnent des sueurs froides. Faute de pouvoir répondre aux revendications des manifestants, le Palais utilise ses pions, ses robots sur Twitter et ses relais pour crier au « complot », manipuler et désinformer. Pour la monarchie, le fait de manifester pour exiger la vérité sur le meurtre de Mohcin Fikri est « sédition » et « rébellion ».

Premier signe de panique. Juste après le drame et les premiers rassemblements de colère, trois ministres marocains se sont rendus à Biya pour rencontrer la famille du défunt, dans le but d’apaiser les tensions et promettre « l’ouverture d’une enquête ». Le gouvernement a oublié que le drame dépasse largement la famille du défunt. Il est le résultat de l’arbitraire de la monarchie et de ses relais. Le drame a choqué au-delà du Rif, ce qui explique la persistance des manifestations. Juste après, le chef du gouvernement marocain, l’islamiste Abdelilah Benkirane, a appelé les membres de son parti à rester en retrait et les « Marocains » à ne pas manifester, assurant que « les manifestations ne servent à rien. L’article 29 de la constitution marocaine autorise pourtant les manifestations publiques. Si le troupeau fidèle à Benkirane a choisi de ne pas manifester par lâcheté, les Imazighen continuent de le faire.

Le 1er novembre, la députée Khadija Ziyani de l’Union constitutionnelle, réagissant à une photographie montrant des manifestants arborer un drapeau espagnol à Biya, a traité sur Facebook les manifestants rifains de « racailles ». « Hassan II avait raison quand il avait taxé de ‘racailles’ les manifestants du nord (en 1984) », a-t-elle écrit. Sauf que la photographie a été retouchée grossièrement par Photoshop et le drapeau amazigh remplacé par un drapeau espagnol. Les propos de cette députée, ont suscité l’indignation générale. Elle sera exclue de son parti quelques jours après. De son côté, évoquant l’assassinat de Mohcine Fikri, le ministre marocain de l’intérieur s’est engagé à « punir les responsables de ce drame », estimant que « personne n’avait le droit de le punir ainsi » et qu’on « ne peut pas accepter que des responsables agissent dans la précipitation, sous la colère, ou dans des conditions qui ne respectent pas le droit des gens ». Le ministre a affirmé que les conclusions de l’enquête devraient être publiées assez vite, « c’est une question de jours », ajoutant que « L’État ne peut pas être considéré comme directement responsable de ce décès, mais l’État a la responsabilité d’établir les fautes et de sanctionner leurs auteurs ».


Sauf que l’Etat marocain, celui dont parle le ministre, est complice de tous les crimes commis contre les Rifains depuis 1956. Comment alors croire les promesses d’un tel Etat lorsque toutes les enquêtes promises depuis plusieurs années sur différents scandales et meurtres impliquant les autorités n’ont jamais abouti. Même les prêcheurs saoudiens haineux se sont mêlés de cette affaire. Abdul Rahman Ibn Abdul Aziz as-Sudais, l’imam en chef de la grande mosquée de la Mecque, a appelé les Marocains à ne pas manifester dans la rue et à ne pas céder à la « sédition » provoquée, selon lui, par les ennemis. Cette intervention est la preuve que la panique est générale. Les manifestations inquiètent même les wahhabites saoudiens. Autre signe de panique, l’activation par la monarchie d’une centaine de comptes automatiques sur Twitter pour relayer la propagande royale et les thèses officielles dans le but de faire face à la colère exprimée sur les réseaux sociaux. Ces « bots » qui ont fait leur apparition sur Twitter après le scandale de Daniel Gate (affaire d’un pédophile espagnol gracié par Mohamed VI) répètent des messages précis. Deux thèmes reviennent dans ces tweets, l’ouverture d’une enquête et la mise en garde contre la « sédition ».

Cette offensive n’a pas seulement touché Twitter, mais également l’application WhatsApp. Des centaines de personnes ont reçu des messages anonymes les appelant à ne pas participer aux manifestations, mettant en comparaison la stabilité du Maroc avec les chaos syrien et libyen. Cette idée a également trouvé son écho dans certains journaux makhzéniens largement subventionnés par la monarchie. Ces journaux accusent certaines parties, dont le Polisario et l’Algérie, d’être à l’origine de la mobilisation dans l’objectif de « déstabiliser le pays ».

Tous ces agissements hasardeux prouvent que la monarchie est sérieusement inquiétée par les manifestations pacifiques qui touchent plusieurs villes. Sa communication ne passe plus. Elle est inaudible et dépassée. Le mouvement amazigh, celui qui a choisi de manifester, de contester et de crier sa colère, a choisi d’investir la rue pour revendiquer ses droits.

Si la monarchie continue à paniquer elle n’hésitera pas à provoquer un nouveau bain du sang dans le Rif et ailleurs. La répression est son ADN. La vigilance doit être de mise.
Pour le moment, la monarchie fait la sourde oreille aux revendications des manifestants. Un fossé sépare les aspirations des Rifains et ceux de la monarchie depuis 1956 et risque de s’élargir davantage en cas de répression. Le monarque marocain qui s’est adressé « à son cher peuple » lundi 8 novembre depuis Dakar (à l’occasion du quarantième anniversaire de la Marche verte) a choisi le silence. Il n’a fait aucune allusion aux manifestations de colère qui prennent de l’ampleur.

A. Azergui

 

Lorsque la monarchie alaouite devient un modèle pour des berbères !

Le 28 octobre 2015, Ferhat Mehenni a rendu publique une déclaration pour adresser, « au nom de la Kabylie, ses remerciements au Royaume du Maroc, à son peuple et à leur tête Sa Majesté le Roi Mohammed VI », pour une prétendue déclaration faite par un diplomate marocain aux Nations unies, à New-York, au sujet de la Kabylie. Laquelle déclaration est, selon Ferhat Mehenni,  « courageuse et pleine de sagesse et de lucidité ». Il ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction quant à cette initiative marocaine et affirme que « la solidarité que vient de témoigner le Maroc à l’égard du peuple kabyle est d’une grande profondeur et d’un poids historique inégalable pour l’avenir de la Kabylie ». Il appelle aussi les gouvernements de tous les pays à prendre exemple sur « la démarche marocaine » d’autant plus que des kabyles se prépareraient pour déposer, dans moins d’un an, une demande à l’ONU pour revendiquer l’autodétermination de la Kabylie !

MLe « modèle » marocain

Cette déclaration Ferhat Mehenni intervient en réaction à la dénonciation par Abderrazzak Laassel, le représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, des « violations des droits du peuple kabyle et les campagnes de harcèlement contre ses leaders ». Le responsable marocain avait également exprimé son soutien au « droit du peuple kabyle à disposer de lui-même ».
Ce n’est pas la première fois que Ferhat Mehenni prend le Maroc pour « modèle ». En octobre dernier, lors de son déplacement à New-York pour assister à la levée du drapeau kabyle près du siège des Nations unies, il a encensé « le modèle marocain » expliquant que le Maroc est le seul pays dans la région à avoir reconnu officiellement Tamazight. Pour Lyazid Abid, le soutien du Maroc à la cause kabyle débouchera certainement sur la reconnaissance d’autres pays. Il considère cette « reconnaissance », qui vient à point nommé, comme une victoire pour tous les pays amazighs et pas seulement pour les Kabyles. Monsieur Abid semble complètement ignorer les pays amazighs colonisés par la monarchie alaouite !

Pour rappel, lors de la quatorzième session du Conseil des droits de l’Homme en 2010, le représentant du Maroc avait déjà évoqué les violations des droits humains en Kabylie par le régime algérien.

Résumons brièvement cette situation absurde : d’un côté, on a une monarchie arabo-islamiste, hostile à tout ce qui est amazigh et où des militants amazighs purgent encore de lourdes peines de prison, qui fait semblant de soutenir les droits d’un peuple amazigh qui subit la domination d’un autre Etat arabo-islamiste. De l’autre, des Kabyles en exil, qui pensent avoir été reconnus officiellement car une monarchie peu recommandable, célèbre par sa violation des droits humains, les « défend » devant l’ONU.

M1
Une « alliance » bâtarde.

Au lieu de se démarquer de la monarchie marocaine après le coup d’éclat de son représentant à l’ONU, certains Kabyles l’ont auréolée, et ont même fait d’elle un exemple à suivre. Un « modèle ». Ivres de leur « victoire », ils ont vite oublié que le vrai visage de la monarchie alaouite est hideux. Ils ont oublié que d’autres Amazighs sont toujours colonisés dans leur chair, qu’ils souffrent sous le joug d’une monarchie arabo-islamiste qui a écrasé et pillé leurs terres. Ces Kabyles feignent d’ignorer la lutte amère des habitants amazighs d’Imider contre un holding royal depuis bientôt quatre ans. Naïfs (?), ils ont oublié les détenus politiques amazighs incarcérés à Ouarzazat, à Imtghren et à Meknès. Ils oublient les terres des Imazighen spoliées, ou encore le Rif. Ces Kabyles, éblouis par ce « modèle marocain », ont effacé d’un revers de main les souffrances de tous ces Imazighen. Ce qui importait à leurs yeux, c’est qu’un diplomate rusé, représentant cette monarchie, parle de droit de la Kabylie à l’autodétermination pour damer le pion aux généraux d’Alger, les principaux bailleurs de fond et les parrains d’une république arabo-islamiste installée sur des terres amazighes (RASD). Cette « reconnaissance », qui n’en est pas une a, semble-t-il, fait oublier tous les crimes de la monarchie à l’égard des Imazighen. Ces Kabyles amis de la monarchie alaouite semblent même les légitimer. Cette nouvelle « alliance » entre des Kabyles et la monarchie marocaine est « bâtarde ». Il est tout simplement contre-nature.

Coup de com., rien de plus !

M2Ces Kabyles qui se sont précipités à faire les louanges de la monarchie marocaines ont en réalité victimes d’une opération de communication bien ficelée, menée par des professionnels qui ont utilisé des éléments de langage chers à certains milieux kabyles pour les titiller et les pousser dans les bras de la monarchie. Ce coup réussi orchestré par le Maroc intervient quelques semaines seulement avant les grandes festivités lancées par l’Etat marocain à l’occasion du quarantième anniversaire de « la marche verte ». D’ailleurs, le monarque marocain s’est attaqué le 7 novembre, dans un discours à cette occasion, à l’Etat algérien qui soutient le droit à l’autodétermination des Sahraouis.
Dans le conflit larvé entre les Etats marocain et algérien depuis quarante ans à propos du Sahara Occidental, tous les coups diplomatiques sont permis. La monarchie marocaine et ses services doivent se régaler de voir des Kabyles les applaudir et les donner comme « modèle ». Ils auront ainsi réussi à instrumentaliser  la région de Tamazgha qui demeure l’exemple pour tous les Amazighs.

Les différents voyages de Ferhat Mehenni au pays de Mohamed VI, certaines de ses fréquentations et les différents hommages rendus à Mohammed VI et la monarchie ne sont pas passés inaperçus, et nombreux sont les militants de Tamazgha occidentale qui ne l’ont pas du tout apprécié.

Azawad, cette piqûre de rappel.

M3Depuis plusieurs années, la monarchie marocaine qui tente de s’immiscer dans les affaires de plusieurs Etats africains voisins, dont le Mali, l’Algérie et la Libye, a utilisé l’amazighité pour arriver à ses buts. On se rappelle tous de cette « audience » accordée à Marrakech par le monarque marocain, le 31 janvier 2014, à Bilal Ag Cherif, secrétaire général du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et Moussa Ag Attaher, porte-parole de ce même mouvement.
On se rappelle tous de l’image de Bilal Ag Cherif en train d’accomplir la prière à droite de Mohamed 6, alors que Moussa Ag Attaher, qui avait tenu d’ailleurs à baiser la main du monarque alaouite, était coincé entre le ministre des affaires étrangères et le chef de la DGED (Direction générale des études et de la documentation), le service de renseignement et de contre-espionnage de l’Etat marocain.

Aujourd’hui, l’Azawad est dans une grave crise et se trouve dans une impasse, une situation provoquée notamment par l’interventionnisme marocain et algérien. En effet, un mouvement souverainiste, amazigh dont les forces armées ont pu libérer l’ensemble du territoire de l’Azawad se retrouvé réduit au silence, son projet remis en cause et ses bases effritées. Aujourd’hui, nombre des dirigeants du MNLA ont été corrompus et forcés à se taire.

La Kabylie, et à travers elle tous les Amazighs, doit tirer des leçons de l’expérience de l’Azawad. Le Salut de la Kabylie ne saura venir d’un régime anti-amazigh comme la monarchie marocaine. Le « modèle » marocain, chanté par certains Kabyles, sera fatal pour la Kabylie.

A. Azergui

But who are we kidding ?

The mud is not yet dry, the wound opened by the floods in the aching hearts of the inhabitants of many places in the Souss has not yet finished to heal and the Moroccan monarchy already shows its true face, that so many Amazigh people still refuse to see. Seems that the self-hatred has taken over. Mohamed VI has announced a three-day national mourning after the death of Saudi dictator.

A victim of the flood devoured by dogs
A victim of the flood devoured by dogs

But who exactly we make fun of?
In late November, more than forty people have been killed in floods in southern Western Tamazgha. The victims and their families have been treated as outcasts, abandoned to their fate. The dead bodies thrown as rubbish on the garbage trucks, some have been abandoned and devoured by wild animals. While an entire region has suffered a martyrdom, the monarchy, detached from the reality of the country, sent two airplanes loaded with aid, including food and medicine, to Liberia.
No national mourning was declared after these tragic events. No assistance has been provided to the victims, left to die in the total indifference. Dead or alive, those are worth nothing, not a tear or a simple glance.

sud3
Why declare a national mourning after the death of Saudi dictator? What binds the people of Western Tamazgha (Morocco) to the Saudis, these exporters of barbaric Wahhabism, a country in which the most basic human rights are violated, in which the women are treated as objects and which it also prevents driving a car or to go out unaccompanied?
If Mohammed VI wants to declare the national mourning for the death of his Wahhabi « boyfriend », would do better to decree it within the walls of his palace. Impose it to the entire population is an insult to the victims of the floods and to all citizens affected that still asking for help that will never come.

A. Azergui

Thanks Rita for translating

MAROC : Halte à la construction des mosquées !

Nous avons eu déjà à évoquer, sur ce site-même, les enfants morts de froid dans plusieurs villages reculés de l’Atlas, notamment à Anefgou et à Imilchil. Les autorités marocaines ont réagi à ces drames en intervenant dans ces régions, mais non pas pour les équiper en routes et en infrastructures sanitaires, routières et autres pour permettre aux habitants de mener une vie digne, mais… pour leur construire des mosquées. Oui ! Des mosquées !

Mosquée construite à Imilchil
La mosquée construite à Imilchil a coûté 9 millions de dirhams ! (Photo : Mounir Kejji)

Il paraît qu’au pays du « commandeur des croyants », le souci de l’au-delà prime sur celui du confort des habitants d’ici bas. Chaque fois que des enfants crèvent de froid et de misère dans les villages de l’Atlas, que des habitants manifestent pour revendiquer des droits, des routes, des infrastructures de base, les autorités leur construisent des mosquées. De « belles » et grandes mosquées pour corrompre leurs âmes meurtries par la dictature et le besoin, et leur permettre de fuir la misère provoquée ici bas par des décennies de pillage des richesses du pays par la monarchie. Le contraste est saisissant entre « l’anarchitecture » de ces mosquées avec leurs énormes minarets, modernes et intimidants et les modestes maisons des villages qui ne comptent aucune infrastructure digne de ce nom. mosquéeUne mosquée ? Quoi de plus efficace pour manipuler les habitants désœuvrés et les emmener à se réfugier dans l’opium d’Arabie ? La mosquée n’est pas uniquement un édifice « religieux », mais un instrument idéologique, une tribune très efficace pour distiller le poison de l’arabo-islamisme et de l’arabisation. Une mosquée est un avant-poste de l’intégrisme religieux, de l’obscurantisme et de la colonisation arabo-islamiste. C’est un danger mortel pour l’identité amazighe. La construction des mosquées semble être une réponse presque « naturelle », adoptée par les autorités, face à tous les problèmes auxquels sont confrontées les populations.

MOSKHassan II avait déjà racketté honteusement ses « sujets » pour s’offrir une énorme mosquée à Casablanca, alors que le peuple crève et subit le sous-développement. Il a réussi à endormir ses « fidèles sujets » en leur expliquant que leur misère est une fatalité, une volonté divine (et royale par extension). Plusieurs milliers de mosquées ont été construites ces deux dernières décennies dans les villages amazighs. Les naufragés de la vie n’ont que deux solutions : quitter la région pour aller grossir les bidonvilles du nord ou se réfugier dans une mosquée, « accepter son sort » et « rendre grâce à dieu » qu’un monarque a pensé leur « offrir de ses propres deniers » : un échappatoire réconfortant.
mosquée
Le peuple n’a pas besoin de mosquées. Il a besoin de routes, d’écoles, de médiathèques, de cinémas, d’universités, de conservatoires et d’entreprises. Il est temps de dire : Non aux mosquées.

A. Azergui

Les sept plaies d’Imider …

Il y a trois ans, sur le sommet du mont d’Alebban, à deux kilomètres d’Imider, une localité située à quelque 200 km au nord-est d’Ouarzazat, des habitants en colère ont entamé un sit-in pour protester contre l’exploitation d’une mine d’argent sur leurs terres depuis 1969 par la Société métallurgique d’Imider (SMI). Imider-
Au cours de ces trois années, les habitants visés par une campagne de répression ont organisé des marches, des manifestations et ont bravé l’abus de pouvoir des autorités marocaines qui ont notamment procédé à des arrestations de militants et leur condamnation à des peines de prison. Trois ans de résistance à une puissante holding. Chacune des parties reste ferme sur ses positions. Les habitants sont toujours sur le mont d’Alebban. Aucun changement ne profile à l’horizon. La mine est toujours surexploitée. Elle provoque toujours la pollution de l’environnement immédiat des habitants au cyanure et au mercure, deux produits chimiques que la SMI utilise pour le traitement du minerai. Le débit d’eau dans les puits et dans les robinets des habitants, qui avait baissé de 60 % déclenchant le mouvement de colère, est toujours faible. Rien ou presque n’a changé.

drapeauImiderMais, qu’est ce qui empêche, plus exactement, ce conflit de trouver une issue ? Pourquoi la SMI n’accorde aucun crédit aux revendications des habitants ?

1- Une société puissante

La SMI est une filiale du groupe minier Managem géré par la Société nationale d’investissement (SNI), une propriété du chef de la monarchie marocaine. Cette entreprise a généré en 2010 un chiffre d’affaires de 74 millions d’euros, ce qui la place parmi les plus importantes mines d’argent en Afrique. Les habitants, eux, vivent à l’âge de pierre, dans l’indigence et la pauvreté. Ils n’ont ni routes, ni dispensaires, ni écoles, ni réseau Internet. L’hôpital le plus proche est situé à 200 km.
Le fait que cette entreprise appartienne au holding royal empêche sérieusement la résolution de ce problème. Contester l’entreprise revient à contester la mainmise du roi sur les richesses de cette région (mais aussi de tout le territoire que contrôle la monarchie). Soumis et serviles, les chefs des formations politiques, les parlementaires, les gouverneurs et autres corps de l’Etat n’auront jamais le courage de traiter ce problème dans le fond, au risque de s’attirer les foudres de palais royal. Qui peut obliger une entreprise appartenant au « roi des pauvres » de respecter des habitants démunis sans force et sans soutien ?

2- Une communication inaudible.

Côté communication, la SMI se permet de s’acheter des pages entières de journaux pour vanter ses « projets en faveur des habitants » de cette région. Récemment, en réaction à la publication d’un article sur Imider peu favorable à la monarchie et à l’entreprise dans le très influent New York Times, l’entreprise a répondu en publiant, à coup de plusieurs centaines de milliers d’euros, plusieurs publicités élogieuses de la SMI dans des médias marocains et français (Ici dans le quotidien gratuit Direct Matin, édition de Paris). Plusieurs journaux et sites marocains sont également passés à l’offensive pour redorer le blason de l’entreprise et démontrer son respect pour l’environnement. Les habitants désargentés sont indigents face à ces attaques visant à lesdiscréditer. Imidertexte3 – Une répression systématique.

ImiderdérAlors que l’entreprise communique à l’échelle internationale pour améliorer son image dégradée, les forces de la répression de la monarchie mènent une véritable campagne contre les habitants d’Imider. Depuis le début de ce sit-in, la répression semble être la seule réponse des autorités aux revendications des manifestants. En février 2012, Mustapha Ouchtobane, militant du Mouvement sur la voie de 96 a été condamné à une peine de quatre ans de prison ferme. Cinq mois après, cinq militants ont été arrêtés et déférés devant un tribunal. Moha Bennaser, Karim Lahcen, Faska Laadad, Taïeb Omar et Moha Ouljihad seront libérés quelques semaines plus tard. En 2013, plusieurs militants ont été agressés physiquement soit par la police, soit par des personnes connues pour leurs liens avec les autorités. Parmi les personnes visées H. Mounas (7 et 17 juillet), Hamid Berki (28 décembre) et Ichou Hamdan (30 décembre). Au cours de cette année, trois militants – Omar Moujane, Brahim Hamdaoui et Abdessamad Madriont – ont été arrêtés et agressés sauvagement. Ils viennent d’être condamnés à trois de prison ferme chacun. Au total, au moins trente militants ont été arrêtés depuis l’organisation de ce sit-in. Des arrestations massives ont été également opérées dans les rangs des habitants en 1996 et 1986. Une personne a été même tuée lors d’une intervention des forces auxiliaires pour disperser un sit-in organisé en 1996 dans cette même localité.Imidergrapf
4 – Absence d’une solidarité active.

Face à ces arrestations, intimidations et condamnations, peu d’associations de la société civile et d’ONG des droits humains semblent intéressées par ce qui se passe à Imider. Elles ferment les yeux parce que ce dossier ne les arrange pas. D’abord, le fait que l’entreprise appartienne au roi pose un sérieux problème. Le fait également que les victimes de cette entreprise soient berbères renforce plus le mépris affiché vis-à-vis des manifestants. Même dans la région, peu d’associations amazighes se sont mobilisés au profit des manifestants. Aucune association n’a appelé par exemple à manifester en leur faveur. Comme si ce qui se passe sur Alebban ne les intéresse pas. Certaines de ces mêmes associations ont choisi de se démarquer des habitants pour profiter des largesses des autorités et recevoir plus de fonds. Dans la diaspora, les habitants originaires d’Imider et de Tinghir semblent anesthésiés, inactifs et fatalistes. Aucune activité n’a été organisée dans leurs pays d’accueil pour protester contre ce qui se passe à Alebban, par crainte de représailles une fois de retour au pays.
ImiderDrapeau
5 – L’éloignement de Rabat.

L’éloignement d’Imider des centres de décision ainsi que son emplacement dans une région maudite par la monarchie, ont également contribué à la complication de la tâche des manifestants. Leur voix reste inaudible malgré plusieurs dizaines d’articles consacrés à leur cause, parus dans les médias internationaux. Ce silence n’est autre qu’une punition que le régime inflige à ces habitants qui ont refusé de plier au joug des autorités et de l’entreprise du roi des pauvres.

6 – Un régime sourd.

La monarchie marocaine est loin d’être une démocratie. Le peu de « droits » dont ses sujets bénéficient sont considérés comme des « cadeaux » offerts gracieusement par Mohammed VI. Les « sujets » n’ont qu’à applaudir et remercier le monarque de sa « haute sollicitude ». Il peut ainsi leur retirer les droits concédés à tout moment. C’est pour cette raison que la monarchie ne pourra jamais répondre favorablement aux revendications des habitants d’Imider. Méprisante et peu soucieuse des droits des « sujets », elle ne leur concédera rien. Elle ne supporte pas d’être contestée et dénoncée.

M67 – Une entreprise tranquille.

Compte tenu de la contestation qui ne perturbe pas sérieusement l’activité de l’entreprise qui continue de piller et d’assécher la région, et du fait que les manifestations ne se soient pas étendues aux villes voisines et que les marcheurs n’aient jamais bloqué une route ou porté préjudice à quoi que ce soit, la monarchie fera comme si de rien n’était. Les habitants qui ne représentent aucun danger, pourront camper sur le mont d’Alebban autant qu’ils le veulent, rien ne leur sera concédé, sinon des miettes. Seule la mise en péril de la productivité de l’entreprise et de son avenir poussera les autorités à agir. Ce qui se passe à Imider n’a rien d’un bras de fer entre habitants et une entreprise. L’action des manifestants est très faible et ne menace en rien la SMI.

Face au silence des autorités et à la répression policière, les manifestants devraient chercher de nouveaux moyens pour forcer les autorités à répondre à leurs revendications. Les habitants ne devront pas passer une quatrième année sur cette montagne dans des conditions extrêmes. Il est temps de forcer la main des autorités.

A. Azergui

Tamazight langue officielle, un mensonge politique !

La monarchie marocaine a fait de Tamazight une langue officielle depuis 2011. A force de répéter ce mensonge politique, la plupart des Imazighen ont fini par le croire par naïveté ou faire semblant d’y croire par intérêt. Certains, parmi les plus zélés, se sont même transformés en véritables chiens de garde de la nouvelle politique berbère de la monarchie initiée par la création de l’Ircam, entraînant avec eux des artistes, des acteurs associatifs et des militants locaux et parfois même venus d’autres régions de l’Afrique du nord. Ces derniers sont appelés en renfort pour chanter les louanges de la monarchie qui a « sauvé » les Berbères et redonné vie à la graphie Tifinagh. Le dernier exemple de cette servitude volontaire à laquelle s’adonne certains Amazighs est la commémoration de « troisième anniversaire de la constitutionnalisation de l’amazigh » par une association dite amazighe à Tiznit.
tiznitL’article 5, un écran de fumée

Le fameux article 5 de la constitution marocaines reconnaît Tamazight comme langue officielle en usant d’une véritable gymnastique sémantique qui l’a vidé de tout son sens. Si on analyse cet article, on se rend compte que cette langue aura toujours une place secondaire au sein d’un Etat qui se veut d’abord arabo-musulman. Cet article dit : « L’arabe demeure la langue officielle de l’Etat. L’Etat œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle. »

Comme on vient de le voir, l’arabe demeure la langue officielle. De ce fait, elle sera protégée et développée. Son utilisation sera promue. L’amazigh, constitue une langue officielle de l’Etat, mais (faites attention) en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. On remarque ce qui suit :

1- Les deux langues officielles sont séparées et traitées dans des paragraphes distincts. L’arabe d’abord et l’amazigh par la suite. Ce qui laisse entendre une relation hiérarchique entre les deux langues et une différence aussi entre ceux qui les pratiquent, étant le lien étroit entre langue et identité.
2- L’amazigh ne remet pas en cause la prééminence de l’arabe. Il apparaît comme un « rajout » à une donnée fondamentale : « l’arabe est la langue officielle de l’Etat« .
3- La langue amazighe est « une langue officielle » en tant que « patrimoine commun à tous les Marocains« . Cette notion de « patrimoine commun » pose aussi problème. Son but étant de tuer la communauté amazighe, de dissoudre le peuple amazigh dans l’arabité. Les Berbères ont le droit, en tant que patrimoine, à cette langue, mais pas en tant que communauté ou en tant que peuple. A travers cette notion, l’Etat tend à exclure toute reconnaissance des droits des minorités ou de communautés linguistiques ou territoriales, ou même de droits linguistiques des individus. Tamazight n’est pas la propriété des Amazighs qui n’ont aucun droit particulier sur leur propre langue, mais un patrimoine commun à la « nation marocaine ». Celle-ci qui se veut « unie » refuse ainsi de reconnaître ses composantes ethnolinguistiques. Reconnaître une spécificité linguistique à certaines régions par exemple mène à ancrer dans le droit une distinction berbérophones/arabophones, ce qui portera ainsi atteinte à l’unité linguistique et culturelle de « la nation ». Les implications politico-juridiques d’une telle reconnaissance sont considérables. Derrière cette approche se profile à l’évidence le « spectre de la sécession berbère » enraciné dans l’univers idéologico-politique des pays de l’Afrique du nord depuis les années 1930 avec le prétendu « dahir berbère » ou encore « la crise berbériste » au sein du mouvement nationaliste algérien des années 40.
4- Le Royaume du Maroc (…) réaffirme ce qui suit et s’y engage : « Approfondir le sens d’appartenance à la Oumma (nation, ndlr) arabo-islamique, et renforcer les liens de fraternité et de solidarité avec ses peuples frères« . Et puis un autre paragraphe dans le préambule : « Le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ». En parlant des « dimensions de l’identité marocaine« , on remarque une absence totale de chronologie, sachant que l’amazighité est l’élément premier. Elle est le fondement même de l’identité nord-africaine, pas uniquement une composante. Cette définition réductrice relègue aussi aux oubliettes nos origines africaines.
5- Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue.
Ici on introduit une conditionnalité avec tous les aléas politiques qui peuvent l’accompagner et aussi une réserve à priori quant aux champs d’application de cette officialité. Cette loi pourrait réduire à néant le principe affirmé. On ignore quand-est-ce-que cette loi organique verra le jour. On l’attend toujours, presque trois ans après la constitutionnalisation.
Car1
Légère différences…
Qu’est-ce-que cet article 5 de la constitution marocaine apporte de nouveau et de particulier par rapport à ce qui existe dans d’autres Etats d’Afrique du nord ? Dans la constitution algérienne, on peut lire dans l’article 3 : « L’Arabe est la langue nationale et officielle« . Art 3 bis : « Tamazight est également langue nationale. L’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire nationale « .
Pour sa part, la constitution tunisienne promulguée le 17 janvier 2014 est très claire. Dès son premier article, elle affirme ceci : « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime. Il n’est pas permis d’amender cet article« .Concernant la notion du « patrimoine commun », ce même principe est également exprimé dans la constitution algérienne (article 3 bis) : « Il est la langue de tous les Algériens« .
Un article intéressant figure aussi dans le préambule de la constitution algérienne : « L’Algérie est terre d’islam, partie intégrante du Grand Maghreb arabe, terre arabe, pays méditerranéen et africain… »
On remarque que le socle idéologique des trois Etats est le même : l’arabo-islamisme, une idéologie toxique et génocidaire.

Exploitation politique.

Le seul à tirer profit de ce mensonge de la constitutionnalisation est l’Etat marocain, et ce n’est surtout pas l’Amazighité. Cette reconnaissance tronquée est bénéfique à plus d’un titre à la monarchie qui en tire profit pour redorer son blason et ancrer sa légitimité. Elle se présente désormais comme une force favorable à l’amazighité, un bouclier protégeant les Imazighen face à des formations politiques arabo-islamistes hostiles à tout ce qui est amazigh. Cette reconnaissance, pour rappel, a été exigée par Mohamed VI alors que ces mêmes formations s’opposaient à toute reconnaissance. Certaines associations et acteurs du Mouvement amazigh ont mordu à l’hameçon. Ils ont applaudi et tiré aussi profit de la situation par ce qu’ils avaient été largement récompensés.
buxus
Depuis cette « constitutionalisation », Rabat est devenue la destination des tous les « berbéristes » de l’Afrique du nord et même de la diaspora. On y vient pour se « ressourcer », visiter les nouveaux locaux de l’Ircam et faire des emplettes en livres en Tifinagh édités par l’Ircam et que ce dernier offre gracieusement, faute de pouvoir les vendre. La monarchie tend même à vendre son modèle de gestion de la question amazighe à d’autres pays comme la Libye. On a vu les Libyens adopter précipitamment Tifinagh-Ircam sans qu’aucun débat ne soit provoqué localement pour décider de la graphie à choisir. Cette graphie, imposée politiquement par Mohamed VI lui-même, est légitimée par sa reconnaissance officielle. Profitant de cette « ouverture sur l’amazighité », Rabat se permet même d’intervenir dans des dossiers touchant en premier lieu Imazighen, comme on l’a vu avec le MNLA, et à donner des leçons à d’autres Etats.

Sur terrain, rien de nouveau !

La constitutionnalisation et la communication déployée depuis trois ans par l’Etat à travers ses médias, l’Ircam et les associations qui lui sont affiliées et subventionnées ont apporté leurs fruits. Le message est simple : « Tamazight est officielle grâce au roi ». Elle est enseignée. Imazighen ont une télévision. Des masters ont été ouverts dans les universités. La culture amazighe est reconnue. Bref : Tout va bien. buxus1

Mais sur le terrain, tout cela n’est que mensonge. Tamazight n’est pas officielle. Aucune loi réglementaire définissant « le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue » n’a vu le jour jusqu’à maintenant. La situation de l’enseignement de cette langue est catastrophique. Il est en déclin. Tamazight n’est que folklore à la télé. Elle peine à trouver son chemin dans les médias, les administrations publiques et les tribunaux. Des prénoms amazighs sont toujours interdits. Les Imazighen souffrent de l’apartheid dans leur pays. Ils sont colonisés. Leurs terres sont volés et distribuées aux commis de l’Etat. Et ce n’est pas la constitutionnalisation de leur langue, ni sa reconnaissance officielle, ni l’Ircam qui les libérera de cette situation. Le mal est plus profond. son remède doit être radical.Ircam

A. Azergui