« IL EST DE NOTRE DEVOIR DE RÉSISTER ! »

Voici le texte intégral d’une interview inédite qui m’avait été accordée le 6 novembre 2007 par Feu M’bark Oulaarbi, le leader du groupe Saghru Band disparu en 2011. Je lui avais demandé de répondre à quelques questions alors que je préparais un article sur la nouvelle génération de chanteurs engagés dans le Tafilalt. L’article avait été publié début 2008 sur le site tamazgha.fr sous le titre « les passeurs de mémoire» Ce n’est que récemment que j’ai retrouvé le texte de cet interview et décidé de le rendre public pour vous faire découvrir une autre facette de cet artiste qui nous a quittés à le fleur de l’âge. Interview :

Nba
Nba

1- Qui est M’bark Oularbi ?

Je suis artiste. Je suis né et grandi à Mellab, un petit village au sud-est du Maroc. J’ai 25 ans, chômeur. Je suis licencié en droit public français (option : Relations internationales).

2- Parle-nous de ton parcours, depuis quand vous faites de la musique ?

Comme beaucoup de jeunes de mon village, j’ai commencé à jouer dès mon enfance sur un instrument que j’ai fabriqué moi-même avec une planche comme manche et un bidon (je me rappelle bien de ces bidons d’huile fournis à nos famille par des organisations internationales) et des cordes que je tirais des câbles du frein d’un vélo.

Dès mon enfance les rythmes traditionnels d’Ahidus m’ont profondément marqués (je joue également à Ahidous, c’était ma première source d’inspiration.)

A l’école je faisais déjà du théâtre et de la peinture ! Au collège j’ai concrétisé mon rêve avec tout ce besoin de révolte en moi ! Mon frère m’avait offert ma première et vraie guitare, c’était une guitare classique ! J’ai alors commencé à jouer, à composer, à chanter et à interpréter sans aucun respect des règles. Après, j’ai fait beaucoup d’efforts personnels pour apprendre un peu de solfège, de tablature et de lyrisme. J’ai chanté sur scène lors de toutes les soirées et cérémonies organisées au collège et au lycée. C’est au cours de cette même période que j’ai commencé à enregistrer mes essais avec mes amis chez nous à l’aide de la radio cassette de la maison. Ma famille a été toujours mon soutien et mon espoir. J’ai beaucoup de chance, car c’est trop difficile dans nos régions de faire accepter ça à nos familles (faire de la musique NDLR). A cette époque j’ai déjà été influencé par la chanson engagée. Je chantais Timès, Idir, Matoub et Aït Manguellat, Walid Mimoun, Khalid Izri. Ce sont ces chanteurs que j’écoutais souvent à la maison et à l’ex-association culturelle et sportive Amagha de mon village. J’ai aussi rencontré beaucoup d’artistes aux soirées des associations amazighes de sud-est comme Izri, Elwakili Hamid, Massinissa, Agizoul et Mallal.

La faculté c’est ma dernière étape de formation. Avec ses souffrances, ses larmes et ses sourires. Notre combat continue. Rien ne pourra me faire taire !

3- Parle nous de votre groupe « Saghru ».

Saghru est un groupe de musique, contestataire bien sûr, qui a beaucoup souffert et qui a choisi de défendre la cause amazighe à travers l’art et la musique.

Si la « politique » se manifeste dans chacun de nos choix personnels et crée, avec réussite, une éthique nous permettant de vivre ensemble, alors nous n’avons pas besoin de faire plus que de jouer notre musique. Mais, quand la politique devient une escroquerie permettant de manipuler les citoyens par des groupes avides qui s’octroient tous les privilèges, alors il est  notre devoir de résister et de réagir politiquement à travers toutes formes d’art.

Le nom du groupe est inspiré de Saghru, la bataille au cours de laquelle mes ancêtres ont donné beaucoup de leçons aux colonisateurs. Comme vous le savez aussi, cette montagne de Saghru est la plus massive dans toute l’Afrique du nord, elle a subi beaucoup de transformations pour devenir comme elle est actuellement. Le nom est symbolique en lui-même, historique et philosophique aussi.

Notre groupe est composé des jeunes artistes qui veulent vraiment travailler et donner quelques choses à Tamazight. Nous sommes cinq : Moi ; je fais la guitare, l’harmonica, je compose et je chante. Mon petit frère Khaled : guitare, chants. Najib : arrangeur et claviste. Yassine : Notre bassiste qui nous a quittés dernièrement pour aller en Allemagne dans le but de continuer ses études. Pour réaliser notre premier album, on a été soutenu par Rachid Fahim, Amnay en chorale et Itran Clan, un groupe de rap engagé qui vient d’être formé à Tinghir.

4- Quelles sont les thématiques de vos chansons ?

Le premier rôle de la musique est de développer l’esprit et le cœur et d’étaler au grand jour les possibilités d’obtenir des idées subtiles ou plus abouties sur tous les sujets. Le deuxième est de cicatriser, d’apaiser et d’encourager l’espoir.

Le troisième est de briser les idées cristallisées pour susciter la rébellion et pousser à se battre pour changer les choses.

Je dénonce dans mes chansons le mépris et la marginalisation dont on souffre. Je réclame notre identité et nos droits. Je chante aussi la révolte, l’amour, la paix, la quête de justice. Je me suis influencé par tant d’artistes dont Matoub, Brassens, Brel, Bob Dylan et Idir. J’aime aussi Oulahlou et sa façon d’exposer les choses. Un artiste qui dit la vérité comme Oulahlou peut changer les esprits et transformer la vie des gens comme peu de politiciens peuvent le faire. Nos efforts personnels sont peu de choses comparés aux siens mais nous avons un rôle à jouer pour rendre les « bâtards » honnêtes.

5- Êtes-vous aussi compositeur ?

Oui bien sûr, j’ai ma propre et forte poésie. Je chante aussi la poésie d’autres poètes parce que j’aime toujours partager mes passions et mes émotions et je laisse toujours la porte ouverte à tous les compositeurs à condition que leur poésie respecte mon style !

6- Avez-vous avez pris récemment part à des festivals ou à des soirées ?

Non je n’ai jamais assisté à un festival. Chez nous les festivals sont monopolisés par ce pouvoir qui a mis la main sur tout. Et bien sûr, avec mon discours c’est tout clair. Ils ne vont pas m’inviter pour les attaquer. Les responsables invitent toujours les traîtres pour mieux ancrer la folklorisation de Tamazight. Je parle des festivals organisés par cet Etat. Concernant les soirées, comme je l’ai déjà cité, j’ai assisté a plusieurs soirées organisées par des associations amazighes et par le mouvement amazigh au sein des facultés (à Mellab, Tinghir, Tizgi, Tizi n imnayen, Agadir, Meknès, Imtghren, Alnif, Taghezout, Boumal n dades.)

 
7- Comment vous évaluez la situation actuelle de la chanson amazighe au Sud-est ?

Évidemment, dans une société de « cons » comme la notre où tout doit être industrialisé, c’est difficile d’imaginer qu’il puisse y avoir une place pour une vraie musique. La musique est réduite à un rôle de symbole. Mais une musique pour la pensée, pour l’âme n’a pas de place dans notre société. Il y a donc une cohésion entre la politique des mensonges et la musique industrialisée, entre le matérialisme absolu et la surdité. Heureusement, que la conscience commence à se développer à travers les mouvements sociaux de contestation. Franchement je pense que ça ira mieux. Y’a de nouveaux jeunes artistes qui ont une forte volonté d’être. Il faut encourager les artistes amazighes, ne pas critiquer pour critiquer et éviter les insultes et les injures gratuites. Il faut mettre fin à cette trahison héritée de Boukhous (le roi berbère).

 8- pourquoi le choix de la guitare, un instrument peu utilisé dans la région ?

 
Je joue de la guitare depuis l’âge de 13 ans. Il m’arrive parfois de jouer à d’autres instruments et d’essayer d’autres styles, mais la guitare correspond à des sentiments profonds en moi, à un besoin de révolte, un besoin de tout remettre en cause.

9- Est ce que vous avez des projets de CD ?

Notre premier Album intitulé « Muha » sera prêt dans deux semaines.

10- Un dernier mot peut être ?


J’espère que ma musique pourra servir à réunir des âmes de tout horizon, de toute confession, et de toutes les couleurs. Mon message  est un message d’amour, de paix et de fraternité et mon rêve et de voir plus tard s’étendre la chanson amazighe engagée au sud-est et dans d’autres régions du pays. Merci à vous de m’avoir donné cette occasion pour s’exprimer.

Entretien réalisé par A. Azergui

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Affaire Boujemâa Hebaz : Crime d’Etat et silence complice …

Boujemâa Hebaz a été kidnappé le 21 avril 1981,  il y a 35 ans. Sa famille porte toujours son deuil. Le sort de ce docteur en linguistique et militant de la cause berbère, demeure toujours inextricable. Ses ex-amis observent un silence de morts. Revenons sur cette affaire qui a tout d’un crime d’Etat.

Habaz-b-6fe9eNé en 1943 au village de Boutazolt (Ouarzazat) au Sud-Est du Maroc, Boujemâa Hebaz a été enlevé dans un appartement au quartier de l’Agdal au cœur de Rabat. Selon des témoignages recueillis à Rabat et auprès de plusieurs de ses « amis », sa thèse, soutenue en 1979 à l’université René Descartes (Paris V) et qui portait sur la langue amazighe, aurait dérangé des sécuritaires occupant de hauts lieux dans l’appareil de l’Etat marocain. Quelques-uns y campent toujours. Il a été radié de ses fonctions d’enseignant de linguistique générale à la Faculté des lettres de Rabat par Azzeddine Iraqi, ministre de l’éducation nationale de l’époque (ministre du parti de l’Istiqlal, un parti arabo-baâthiste, anti amazigh). Sa thèse de doctorat avait été perçue comme étant une atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat.

Le sort de Hebaz avait été scellé dans les locaux des services secrets qui le surveillaient en France. Il sera encouragé à regagner son pays par un membre de sa famille, agent des services qui avait pour mission d’infiltrer les milieux estudiantins marocains en France et de traquer les étudiants les plus actifs.

Début juillet 1981, trois mois après son enlèvement, Boujemâa a été amené à l’hôpital Avicenne de Rabat dans un état déplorable. Un infirmier, exerçant à l’époque dans cet hôpital et ayant gardé l’anonymat, nous a affirmé l’avoir reconnu. Il a, lui même, administré des soins médicaux à son ancien ami. Son témoignage est accablant : « Boujemâa a été sauvagement torturé et certains de ses os cassés. C’était affreux ! ». Depuis, c’est un silence radio qui prévaut sur ce crime. L’affaire Hebaz a été étouffée médiatiquement et politiquement. Aucune organisation politique marocaine, même celles des »droits humains », n’a pu adopter l’affaire de Boujemâa Hebaz, ni défendre son dossier, même si différents rapports d’Amnesty International parlent de son cas. La cause : leur racisme notoire et primitif et leur peur de faire de lui une icône du combat pour l’identité berbère au Maroc. Même ses ex-« amis de lutte » observent un silence on ne peut plus complice.

Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz
Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz

Membre fondateur de la première « association berbère » (!) au Maroc (AMREC) en 1967, ce jeune happé à la fleur de l’âge a été un militant fervent et révolutionnaire. Ses idées avant-gardistes dérangeaient ses amis, berbères de service (ils le sont toujours). Boujemâa s’est senti même trahi par eux. Il l’a exprimé à maintes reprises dans des discussions qu’il a eues avec ses amis intimes. Hebaz a consacré sa courte existence pour essayer de donner vie à une belle langue mal aimée, interdite et maintenue durant des décennies sous respiration artificielle. Ses ex-collègues ont troqué leur silence contre des postes de responsabilité, des privilèges et des biens. Quelques-uns, siégeant à la tanière des berbères de service (IRCAM) et dans différentes administrations de la monarchie marocaine, ont même mené une campagne pour le salir. Ils ne cessent de répéter que « Hebaz souffrait de la démence ! ».

La seule personne qui s’est battue pour la vérité vit, pour sa part, à Ouarzazat dans un dénuement total. Il s’appelle Abdellatif, éternelle ombre de Boujemâa et son meilleur ami. Il avait vu ses ravisseurs. Il est le témoin principal dans cette affaire. Depuis 1983, ce diplômé en sciences politiques et en journalisme refuse de plier au silence. Il est traqué, menacé et condamné à l’errance.

Interdit d’exercer toute fonction publique pour abandon d’un poste qu’il n’a jamais occupé, Abdellatif reste fidèle à la mémoire de Boujemâa qui l’a marqué à jamais. Il est toujours en chômage. Ceux qui l’emploient sont menacés de toute part.

A. Azergui

IMIDER: Deux militants condamnés à 3 ans de prison ferme chacun

Nous avons appris de sources locales que Mustafa Faska et Omar Hourane, les deux militants du Mouvement sur la Voie de 96, arrêtés le samedi 26 décembre dernier par la gendarmerie à Tinghir, ont été condamnés, jeudi 29 janvier, par un tribunal d’Ouarzazat à une peine de trois ans de prison ferme chacun.drapeauImider

Pour rappel, Mustapha Ouchtoubane, un militant de cette même cause, arrêté en décembre 2011, purge une peine de quatre ans de prison.

Lu pour vous : Un article sur « Yennayer » tiré de « Encyclopédie Berbère »

A l’occasion de l’approche du nouvel an amazigh 2965, je vous souhaite une très bonne année (Aseggwas ameggaz). Si vous désirez apprendre plus sur Yennayer, lisez l’article de Nedjima Plantade en cliquant ici.

Ennayer est le nom du premier mois du calendrier Julien et dérive manifestement du Latin Ianuarius (Janvier). C’est aussi le nom que porte une fête célébrée dans toute l’Afrique du nord en relation avec le solstice d’hiver bien que généralement celui-ci soit assimilé à la fête de Mouloud Aïsa du 24 djambir (décembre) julien, correspondant au Noël chrétien. D’après E. Destaing, le Mouloud Aïsa qui était fêté huit jours avant Ennayer était connu dans l’Aurès sous le nom de Bou Ini, cette appellation serait, selon cet auteur, dérivée du latin Bonus Annus. J. Servier rejette cette interprétation, sans doute avec raison, mais l’explication qu’il propose est loin de donner satisfaction : il y voit une contraction de « Bu-Imnian » (le jour des piquets de tente), commémorant le geste de semi-nomades revenant de transhumance et inaugurant ainsi leur cycle sédentaire.

nouvelanEnnayer, qui est appelé aussi Haggus chez les Berbères du Maroc, est la Porte qui ouvre l’année, l’Ansara au solstice d’été est celle qui la ferme. Mais la fête principale est bien l’Ennayer qui dure, selon les régions, deux, trois ou quatre jours. Le dernier jour de l’année, la veille de l’Ennayer, est conçu comme un jour de deuil et la cuisine s’en ressent. Le plus souvent on se prive de couscous qui est remplacé par du berkoukes, boulettes de farine cuites dans un bouillon léger. Ailleurs on ne consomme que du lait ou des légumes secs cuits à l’eau ou encore des pédoncules d’arum, comme en Kabylie.

A quelques détails près, les rites de l’Ennayer sont les mêmes d’un bout à l’autre du Maghreb et, comme le constate J. Servier, ne présentent guère de différences entre les Arabophones et les Berbérophones. Toujours selon cet auteur, les rites de l’Ennayer peuvent être ramenés à quatre préoccupations dominantes : écarter la famine, présager les caractères de l’année à venir, consacrer le changement saisonnier de cycle et accueillir sur terre les Forces invisibles représentées par des personnages masqués. Donc l’Ennayer est marqué, en premier lieu, par la consommation d’un repas riche de bon augure et tous doivent sortir de table rassasiés afin que l’année soit prospère. Il n’est pas étonnant que pour ce repas on prépare des mets ou des friandises inhabituels, tels des gâteaux aux œufs (harira de Tlemcen), des crêpes et beignets de toutes sortes. Il est d’usage dans la plupart des villes et campagnes marocaines ou algérie nnes de manger à l’Ennayer le plat des « sept légumes » fait uniquement de plantes vertes. A peu près partout on sacrifie des poulets ou des chevreaux ou moutons. En Kabylie où l’Ennayer est moins fêtée que dans le reste de l’Algérie, on consomme ce jour là une tête de bœuf qui est auparavant brandie au-dessus du garçon né dans l’année, afin qu’il soit « une tête » dans le village. C’est ce jour-là aussi qu’est pratiquée sur ce garçon né dans l’année la première coupe de cheveux. En plusieurs régions éloignées les unes des autres (à Blida, chez les Beni Hawa à l’ouest de Ténès, chez les Beni Snous dans la région de Tlemcen) il est signalé, à l’occasion de l’Ennayer, la consommation de racines et du cœur de palmier-nain (voir Doum). On explique cette coutume par l’espoir que l’année soit verte comme les plantes consommées et comme les jonchées de palmes et autres plantes vertes sur les terrasses ou le sol des tentes.

Comme l’écrit joliment E. Destaing, tel vous trouve l’Ennayer, tel vous serez durant toute l’année. Il faut, ce jour-là, se montrer gai, aimable, généreux, riche et les personnes qui s’abordent échangent des souhaits. Les cultivateurs se renseignent sur le temps qu’il fera pendant les premiers mois de l’année en examinant les boulettes de berkoukes ou le sang des animaux sacrifiés. Dans le même espoir, les Kabyles allaient converser avec leurs bœufs et leurs chèvres.

Au cours de la fête de l’Ennayer, des masques divers interviennent, réclamant de l’argent ou des mets destinés à la célébration collective, ce sont « l’âne aux figues » à Nédroma, le Bu Bnani à Tlemcen, le Bu Reduan dans l’Ouest tunisien, ailleurs un chameau ou un lion mais le personnage le plus important est la Vieille de l’Ennayer.

La Vieille se présente comme une fée dont on menace les enfants qui ne mangent pas suffisamment le jour de la fête ; elle leur ouvrira le ventre et le bourrera de paille. On a soin de réserver, sous un plat une partie du dîner destinée à la vieille. Enfin de nombreuses légendes font intervenir ce personnage connu dans toutes les régions méditerranéennes, la Vieille intervient régulièrement dans les explications données sur l’emprunt des « jours manquants » de février.

Bibliographie :

Doutté E., Marrakech, Paris 1905.
Doutté E., Magie et religion en Afrique du Nord, Alger, 1909.
Destaing E., « L’Ennâyer chez les Beni Snouss », Revue africaine, t.49, 1905, p.51-70.
Destaing E., « Ennâyer », Encylopédie de l’Islam, t.I.
Laoust E., Mots et choses berbères, Paris, Chalamel, 1920.
Bourrilly J., Eléments d’ethnographie marocaine, Paris, Larose, 1932.
Benhadji Sarradj, « Fêtes d’Ennayer aux Beni Snous », IBLA, n°51, 1950, p.247-257.
Servier J., Traditions et civilisation berbères. Les portes de l’année, Edit. du Rocher, Monaco, 1985.

Extrait de :
Encyclopédie Berbère, XVII.
p. 2644.

Imider, where the streets have no name

In Imider the streets have no name, only the main road that runs through it has one. Rather, not a name: a number. It is the « number 10 », the road which leads this far from Ouarzazate until to Imider, until to Tinghir. The South-East, the « deep Morocco », as it is called, Amazigh land, where in the villages the streets have no name. The road n. 10, the one of the sit-in of 1996, the one where today the Imider’s people walk the peaceful protest marches, the one from which, turning when you see the white trail marks, is reached Albban, the mountain top heart of the Resistance of this place. The Movement on the Road ’96 is in permanent sit-in since more than three years there.drapeauImider

It’s a long journey from Marrakech, where there is the nearest airport, driving a small rented car because during the days of Eid al-Fitr the buses are stopped. An amazingh road through the Atlas mountains, the Tizi n’Tichka to more than 2,000 meters and then down into the valley. A long journey that seems short, because Imider is a place that I want to achieve by so much and the time flies, along with the bends and the little towns that I leave behind.

In Imider the streets have no name, but people that lives there yes: names, faces and identities. Similar stories and yet all different, migrations abroad in search of work, social exclusion and constant feeling of being considered the last of the last in a country, Morocco, which instead wants to show a glossy image of efficiency, democracy and modernity .

Stories about divided families, because here – in the South-East – the men are always had to go abroad to work and guarantee an income and a better life for those who remain at home. Stories about fathers who manage to see their children, if all goes well, maybe once a year. Stories about fathers who, sometimes, don’t come back: there are the women – the mothers – who deal with everything else.ImiderDrapeau

The streets have no name here in Imider, they are not paved, they are not safe. Children don’t have a place to play, I saw them on the road n. 10 with a ball, close to the cars whizzing away quickly. The Makhzen, the system, doesn’t invest one only dirham in places like this, and yet the nearby silver mine controlled by the SMI, owned by the Moroccan royal family, has an annual turnover of millions of euro. The history of anger and determination of the Movement on the Road ’96, that represents the Imider’s people, emerges here: the mine doesn’t produce wealth and jobs, only poverty, pollution and land desertification. Yes, because the mine also steals the water, it takes a lot to work the silver and precisely from the theft of water was born the protest: water is life, you can’t live without water, although here we are at the threshold of Sahara.

More than three years that the history of this place is crystallized in the need for acknowledgment of human and civil rights, three years of peaceful marches along the road n. 10, to shout in the ears of a careless and indifferent world what is happening here since a long time. More than three years of permanent sit-in, to oversee, in difficult and harsh conditions, the occupied top of Albban Mount, where Imider’s people has been forced to put the chains to the valves of the wells to regain possession of a common and basic good  much as the water.

Imider-

Where the streets have no name is hard even to give the trust, because too many times one has been tricked by false promises and coaxed with empty words that didn’t lead anywhere. It’s difficult for the Movement on the Road ’96 maintain an open, transparent and on par dialogue with the Makhzen and the mining company. The streets have no name here in Imider, but the young activists arrested and sentenced in these years they have it, all right: Mustapha Ouchtoubane, Hamid Berki, Omar Moujane, Brahim Hamdaoui, Abdessamad Madriont are just the latest in a long line. They are all very young, below 25-30 years old: their mothers often take the word in the Agraw, the popular assembly where everyone can express their opinion. Stories of anger against exclusion, patience and capacity to resist with stubborn determination to the pressures of the Makhzen and the mining company, to intimidation by the authorities and the police, to the beatings, the arbitrary arrests and farcical trials organized to condemn the activists. In Morocco, doesn’t exist the opinion crime, they are all petty criminals for the Makhzen: pilferers, small-time dealers, troublesome people who disturb the order and public tranquility.

And while I walk slowly through the streets with no name of Imider, trying to give a sense and a dimension to what I see, resound in my head the words of a poignant song of U2, that will remain in my mind the whole time I will remain here: « We’re beaten and blown by the wind – Trampled in dust – I’ll show you a place – High on a desert plain – where the streets have no name », we are beaten and blown by the wind – struggling in the dust – I’ll show you a place – on a desert plateau – where the streets have no name.

By : Rita Tatter Ricci

Imiderdér

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MY COUNTRY, I’VE THE NAUSEA!

At least thirty-six victims, five hundred houses destroyed, dozens of roads and bridges – recently built – gutted. And above all, a dull and black rage against the authorities. This is a result of the flooding caused by torrential rains that from two weeks they fall in several regions of southern ‪#‎Morocco‬. mortsThese floods have revealed the true face of the Moroccan State: horrible, miserable. Firstly because of the weakness of the infrastructure in the South and Southeast, and then for the impotence of his civil defense, military, institutions that don’t care about anyone or anything. Nothing was done to save men and women dragged off to death under the eyes of their powerless relatives. The various state services have shone everywhere by their absence, or almost. Normal! This part of the country is useless. Has no right. Neither highways nor railways, hospitals or universities or schools. The axis Casablanca-Tangier-Kenitra won all major development projects, while other areas are living in extreme poverty. The South has undergone the anger of the authorities and the whims of an inhospitable nature, while its mineral wealth is daily looted by unscrupulous companies. ‪#‎Imider‬ (Tinghir) is a witness.

A victim of the flood devoured by dogs
A victim of the flood devoured by dogs

Just seeing the pictures of dead bodies transported on tree branches and piled up later in the municipal rubbish trucks to realize that life is not worth anything in these regions. The living and the dead have no rights. We have seen men who have thrown themselves in full of the flood to save people, because they knew that no firefighter would go to their rescue. Nobody cares about them. Dead or alive, they know this since decades.

Just seeing the pictures of how the civil protection and military mobilize considerable resources – including helicopters and bulldozers – to save European tourists victims of these floods to realize that the life of a Moroccan is not worth anything. Wednesday, November 26 two tourists, a Pole and a Spaniard, blocked by flood in Zagoura, have been rescued by helicopter, according to Moroccan media, while residents stuck with them have been abandoned on site.
The whole region is suffering in the indifference and is facing a major disaster. The authorities don’t move a finger.

While whole regions are on high alert because of the floods, the inhabitants – especially in the Atlas – are cut out of the world and is difficult to find enough food, the government closes its eyes and refuses to declare a state of natural calamity in the stricken areas to prevent these regions seek help and compensation. The Moroccan government is looking elsewhere. It sends two airplanes full of donations, including food and medicines, in Liberia. Another provocation. The PJD, the Islamist party in the government, helped to arrange, Saturday November 29, a demonstration in support of Palestinians in Bouyzakaren, one of the stricken towns.

Even more kafkian, whereas these days Marrakech has hosted an international forum for human rights. Surely to boast the « progress » made by Morocco in this field.

In a democracy, the heads would already be fallen. Here, will be offered medals. Thirty-six dead! Thirty-six victims of disastrous state policies. A respected state would have already declared the national mourning. But no. Why the hurry? The Moroccans are worth nothing and deserve nothing but humiliation and death!

My country, I’ve the nausea !

Traduction de l’article « Mon pays, j’ai la nausée » paru dans le Huffpost

Merci à Rita pour la traduction

A. Azergui

 

L’humiliation au delà de la mort !

Au moins trente-six victimes, plus de cent-cinquante maisons détruites, plusieurs dizaines de routes et de ponts récemment construits éventrés. Et surtout, une colère noire et sourde contre la monarchie. C’est le bilan des inondations provoquées par les pluies diluviennes qui s’abattent depuis deux semaines sur plusieurs régions du sud de Tamazgha Occidentale. mortsRégions «inutiles »

Ces inondations ont révélé le vrai visage de l’Etat marocain : hideux et misérable. D’abord par la faiblesse de ses infrastructures dans les régions du sud et du Sud-Est, et puis par l’impuissance de ses pompiers, de ses militaires et de ses institutions qui ne se soucient de rien et de personne. Rien n’a été fait pour sauver de pauvres femmes et hommes que la crue trainait vers la mort devant les yeux impuissants de leurs proches. Les différents services de l’Etat ont brillé partout par leur absence ou presque. Normal ! Cette partie du pays est inutile. Elle n’a droit à rien. Ni aux autoroutes, ni au réseau ferroviaire, ni aux hôpitaux, ni aux universités, ni aux écoles. L’axe Casablanca – Kénitra – Tanger a raflé tous les grands projets de développement, alors que les autres régions vivent dans une misère noire. Le Sud ne subit que la colère de la monarchie et les aléas de la nature inhospitalière alors que ses richesses minières sont pillées au quotidien par des entreprises qui ne rendent compte à personne. Imider en est témoin.

Mépris

Il suffit de voir ces images de morts transportés sur des branches d’arbres et entassés par la suite dans un camion poubelle de la Mairie pour se rendre compte que la vie ne vaut pas un clou dans ces régions. Les vivants comme les morts n’ont aucun droit. On a vu des hommes se jeter dans la gueule de la crue pour sauver des victimes par ce qu’ils savaient qu’aucun pompier ne volera à leur secours. Personne ne se soucie d’eux. Morts ou vivants. Ils le savent depuis des décennies.

Il suffit de voir aussi ces images de pompiers et de militaires, mobiliser de gros moyens, dont des hélicoptères et des bulldozers, pour sauver des touristes européens victimes de ces mêmes inondations pour se rendre compte que la vie d’un Amazigh ne vaut rien. Mercredi 26 novembre, deux touristes, une polonaise et un espagnol, bloqués par la crue à Zagoura, ont été secourus, selon des médias marocains, par hélicoptère alors que des habitants bloqués avec eux ont été abandonnés sur place.

Toute la  région souffre dans l’indifférence et fait face à une catastrophe de grande ampleur. Les autorités ne bougent pas le petit doigt. Les habitants n’ont pas la chance d’être des palestiniens.
Pendant ce temps…

Alors que des régions entières sont en alerte maximale à cause de ces inondations et que des habitants coupés du monde, notamment dans les Atlas, ne trouvent pas de quoi se nourrir, la monarchie marocaine ferme les yeux et refuse de déclarer l’état de catastrophe naturelle dans les régions sinistrées dans le but d’empêcher ces régions de bénéficier d’indemnisations et d’aides conséquentes. Le gouvernement marocain regarde ailleurs. Il se permet d’envoyer deux avions remplis de dons royaux, notamment de denrées alimentaires et médicales, au Liberia.

Autre provocation. Le PJD, le parti islamiste au gouvernement, se permet d’organiser ce samedi 29 novembre un meeting de soutien aux Palestiniens dans la ville de Bouyzakaren, l’une des villes sinistrées.

Plus kafkaïen encore, au moment de ces entorses aux droits des habitants, un forum international des droits humains se tient à Marrakech. On y vantera certainement les « avancées enregistrées » par la monarchie alaouite dans le domaine des droits de l’Homme.

Deuil national !

Dans une démocratie, des têtes seraient déjà tombées. Chez nous, elles seront couronnées. Des médailles leur seront offertes. Trente-six morts ! Trente-six victimes de politiques étatiques désastreuses, ségrégationnistes et racistes. Un Etat qui se respecte, aurait déjà déclaré un deuil national. Mais non. Pourquoi se presser ? Le Berbère, ce sous-homme dominé, colonisé et méprisé, ne vaut rien et ne mérite rien si ce n’est l’humiliation et la mort !

Réaction ridicule. Le palais royal a promis la prise en charge de l’enterrement des victimes de ces inondations. Pas plus. Le palais ne fait en réalité qu’enterrer des habitants que ses politiques ont permis d’achever.

A. Azergui

Sud-Est

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