Les sept plaies d’Imider …

Il y a trois ans, sur le sommet du mont d’Alebban, à deux kilomètres d’Imider, une localité située à quelque 200 km au nord-est d’Ouarzazat, des habitants en colère ont entamé un sit-in pour protester contre l’exploitation d’une mine d’argent sur leurs terres depuis 1969 par la Société métallurgique d’Imider (SMI). Imider-
Au cours de ces trois années, les habitants visés par une campagne de répression ont organisé des marches, des manifestations et ont bravé l’abus de pouvoir des autorités marocaines qui ont notamment procédé à des arrestations de militants et leur condamnation à des peines de prison. Trois ans de résistance à une puissante holding. Chacune des parties reste ferme sur ses positions. Les habitants sont toujours sur le mont d’Alebban. Aucun changement ne profile à l’horizon. La mine est toujours surexploitée. Elle provoque toujours la pollution de l’environnement immédiat des habitants au cyanure et au mercure, deux produits chimiques que la SMI utilise pour le traitement du minerai. Le débit d’eau dans les puits et dans les robinets des habitants, qui avait baissé de 60 % déclenchant le mouvement de colère, est toujours faible. Rien ou presque n’a changé.

drapeauImiderMais, qu’est ce qui empêche, plus exactement, ce conflit de trouver une issue ? Pourquoi la SMI n’accorde aucun crédit aux revendications des habitants ?

1- Une société puissante

La SMI est une filiale du groupe minier Managem géré par la Société nationale d’investissement (SNI), une propriété du chef de la monarchie marocaine. Cette entreprise a généré en 2010 un chiffre d’affaires de 74 millions d’euros, ce qui la place parmi les plus importantes mines d’argent en Afrique. Les habitants, eux, vivent à l’âge de pierre, dans l’indigence et la pauvreté. Ils n’ont ni routes, ni dispensaires, ni écoles, ni réseau Internet. L’hôpital le plus proche est situé à 200 km.
Le fait que cette entreprise appartienne au holding royal empêche sérieusement la résolution de ce problème. Contester l’entreprise revient à contester la mainmise du roi sur les richesses de cette région (mais aussi de tout le territoire que contrôle la monarchie). Soumis et serviles, les chefs des formations politiques, les parlementaires, les gouverneurs et autres corps de l’Etat n’auront jamais le courage de traiter ce problème dans le fond, au risque de s’attirer les foudres de palais royal. Qui peut obliger une entreprise appartenant au « roi des pauvres » de respecter des habitants démunis sans force et sans soutien ?

2- Une communication inaudible.

Côté communication, la SMI se permet de s’acheter des pages entières de journaux pour vanter ses « projets en faveur des habitants » de cette région. Récemment, en réaction à la publication d’un article sur Imider peu favorable à la monarchie et à l’entreprise dans le très influent New York Times, l’entreprise a répondu en publiant, à coup de plusieurs centaines de milliers d’euros, plusieurs publicités élogieuses de la SMI dans des médias marocains et français (Ici dans le quotidien gratuit Direct Matin, édition de Paris). Plusieurs journaux et sites marocains sont également passés à l’offensive pour redorer le blason de l’entreprise et démontrer son respect pour l’environnement. Les habitants désargentés sont indigents face à ces attaques visant à lesdiscréditer. Imidertexte3 – Une répression systématique.

ImiderdérAlors que l’entreprise communique à l’échelle internationale pour améliorer son image dégradée, les forces de la répression de la monarchie mènent une véritable campagne contre les habitants d’Imider. Depuis le début de ce sit-in, la répression semble être la seule réponse des autorités aux revendications des manifestants. En février 2012, Mustapha Ouchtobane, militant du Mouvement sur la voie de 96 a été condamné à une peine de quatre ans de prison ferme. Cinq mois après, cinq militants ont été arrêtés et déférés devant un tribunal. Moha Bennaser, Karim Lahcen, Faska Laadad, Taïeb Omar et Moha Ouljihad seront libérés quelques semaines plus tard. En 2013, plusieurs militants ont été agressés physiquement soit par la police, soit par des personnes connues pour leurs liens avec les autorités. Parmi les personnes visées H. Mounas (7 et 17 juillet), Hamid Berki (28 décembre) et Ichou Hamdan (30 décembre). Au cours de cette année, trois militants – Omar Moujane, Brahim Hamdaoui et Abdessamad Madriont – ont été arrêtés et agressés sauvagement. Ils viennent d’être condamnés à trois de prison ferme chacun. Au total, au moins trente militants ont été arrêtés depuis l’organisation de ce sit-in. Des arrestations massives ont été également opérées dans les rangs des habitants en 1996 et 1986. Une personne a été même tuée lors d’une intervention des forces auxiliaires pour disperser un sit-in organisé en 1996 dans cette même localité.Imidergrapf
4 – Absence d’une solidarité active.

Face à ces arrestations, intimidations et condamnations, peu d’associations de la société civile et d’ONG des droits humains semblent intéressées par ce qui se passe à Imider. Elles ferment les yeux parce que ce dossier ne les arrange pas. D’abord, le fait que l’entreprise appartienne au roi pose un sérieux problème. Le fait également que les victimes de cette entreprise soient berbères renforce plus le mépris affiché vis-à-vis des manifestants. Même dans la région, peu d’associations amazighes se sont mobilisés au profit des manifestants. Aucune association n’a appelé par exemple à manifester en leur faveur. Comme si ce qui se passe sur Alebban ne les intéresse pas. Certaines de ces mêmes associations ont choisi de se démarquer des habitants pour profiter des largesses des autorités et recevoir plus de fonds. Dans la diaspora, les habitants originaires d’Imider et de Tinghir semblent anesthésiés, inactifs et fatalistes. Aucune activité n’a été organisée dans leurs pays d’accueil pour protester contre ce qui se passe à Alebban, par crainte de représailles une fois de retour au pays.
ImiderDrapeau
5 – L’éloignement de Rabat.

L’éloignement d’Imider des centres de décision ainsi que son emplacement dans une région maudite par la monarchie, ont également contribué à la complication de la tâche des manifestants. Leur voix reste inaudible malgré plusieurs dizaines d’articles consacrés à leur cause, parus dans les médias internationaux. Ce silence n’est autre qu’une punition que le régime inflige à ces habitants qui ont refusé de plier au joug des autorités et de l’entreprise du roi des pauvres.

6 – Un régime sourd.

La monarchie marocaine est loin d’être une démocratie. Le peu de « droits » dont ses sujets bénéficient sont considérés comme des « cadeaux » offerts gracieusement par Mohammed VI. Les « sujets » n’ont qu’à applaudir et remercier le monarque de sa « haute sollicitude ». Il peut ainsi leur retirer les droits concédés à tout moment. C’est pour cette raison que la monarchie ne pourra jamais répondre favorablement aux revendications des habitants d’Imider. Méprisante et peu soucieuse des droits des « sujets », elle ne leur concédera rien. Elle ne supporte pas d’être contestée et dénoncée.

M67 – Une entreprise tranquille.

Compte tenu de la contestation qui ne perturbe pas sérieusement l’activité de l’entreprise qui continue de piller et d’assécher la région, et du fait que les manifestations ne se soient pas étendues aux villes voisines et que les marcheurs n’aient jamais bloqué une route ou porté préjudice à quoi que ce soit, la monarchie fera comme si de rien n’était. Les habitants qui ne représentent aucun danger, pourront camper sur le mont d’Alebban autant qu’ils le veulent, rien ne leur sera concédé, sinon des miettes. Seule la mise en péril de la productivité de l’entreprise et de son avenir poussera les autorités à agir. Ce qui se passe à Imider n’a rien d’un bras de fer entre habitants et une entreprise. L’action des manifestants est très faible et ne menace en rien la SMI.

Face au silence des autorités et à la répression policière, les manifestants devraient chercher de nouveaux moyens pour forcer les autorités à répondre à leurs revendications. Les habitants ne devront pas passer une quatrième année sur cette montagne dans des conditions extrêmes. Il est temps de forcer la main des autorités.

A. Azergui

ALNIF : Des militants condamnés pour l’exemple !

Au Maroc, on achève bien les militants amazighs. Le tribunal de Ouarzazat a condamné, jeudi 3 juillet 2014, trois militants arrêtés lors des manifestations organisées le 16 mai 2014 à Messissi dans la région d’Alnif (province de Tinghir) à trois ans de prison ferme chacun.

Activité culturelle à l'entrée de Ighrem d'Alnif
Activité culturelle à l’entrée de Ighrem d’Alnif

Ali Ben Yidir, Hasan Hamouni et Hmad Ben Yidir ont été arrêtés lors d’une intervention des forces de répression pour disperser des manifestations sociales organisées par les habitants de plusieurs villages d’Alnif qui dénonçaient la marginalisation de la région. Les habitants revendiquent un hôpital, des routes, de l’eau potable, de l’électricité et de la farine de blé d’une meilleure qualité. Tout ce qu’il y a de plus normal dans un pays qui se respecte ! Mais, au « plus beau pays au monde », ces manifestations sociales et pacifiques sont perçues comme une provocation, un acte de rébellion qu’il fallait punir. Ces militants – et avant eux les détenus d’Imider – ont été condamnés pour servir d’exemple. Les habitants que ces militants défendaient vivent dans l’une des régions les plus appauvries du pays, alors que son sous-sol regorge de richesses minières siphonnées par des multinationales et un célèbre holding royal. Les habitants n’ont droit qu’à la poussière, au mépris et à la prison en cas de protestation.

La monarchie ne tolère pas que des habitants manifestent leur colère publiquement contre le mépris des autorités et la marginalisation de la région. Elle tente de canaliser cette colère, de la dissoudre et de corrompre les âmes et les esprits à travers l’organisation de festivals et de « rencontres culturelles » dans toutes les villes de la région. Cette année, toutes les villes de la région auront leurs festivals et les « poètes » locaux seront invités à lire leurs textes et, aussi et surtout, pour crier « Vive le roi ! ». On invitera des chanteurs venus d’Afrique et d’Europe et on leur versera plusieurs millions d’euros, alors que les habitants manquent d’eau potable, de farine de bonne qualité et d’un peu de… considération.

A. Azergui

MAROC : L’Etat marocain procède à des arrestations arbitraires à Imider

Les cinq militants ont été arrêtés par les gendarmes à Tinghir

COMMUNIQUE 

Cinq militants amazighs, membres du Mouvement sur la voie de 96 ont été arrêtés jeudi 12 juillet par la police de la monarchie marocaine et seront traduits devant le tribunal de Ouarzazat le 26 juillet 2012. Il s’agit de Moha Bennaser, Karim Lahcen, Faska Laadad, Taïeb Omar et Moha Ouljihad.

Le Mouvement sur la voie de 96 organise des rassemblements sur la montagne d’Alebban à Imider, près de Tinghir (sud-est du territoire marocain), depuis août 2011. Ces manifestants pacifiques exigent de laSociété métallurgique d’Imider (SMI) qui exploite la mine d’argent d’Imider d’embaucher parmi les habitants de la région. Ils dénoncent également la pollution de la région par des produits toxiques utilisés par cette société et préviennent quant au risque de l’épuisement de la nappe phréatique. A signaler que la majorité des actions de cette société sont détenues par Mohamed 6, le monarque alaouite.

En décembre 2011, un autre militant du Mouvement sur la voie de 96, Mustapha Ouchtoubane, a été arrêté et condamné à une peine de quatre ans de prison ferme par le tribunal de Ouarzazat.

Nous tenons à dénoncer ces arrestations arbitraires et exigeons la libération inconditionnelle des détenus Mustapha Ouchtoubane, Moha Bennaser, Karim Lahcen, Faska Laadad, Taïeb Omar et Moha Ouljihad.

Nous appelons à la solidarité avec ces détenus ainsi qu’avec l’ensemble des détenus politiques amazighs qui croupissent dans les prisons marocaines.

Paris/Roubaix, le 23 juillet 2012.

Afafa (Roubaix) Tamazgha (Paris)

Contact :
Afafa. E-mail : associationafafa@yahoo.fr
Tamazgha. Tel : 06.52.10.15.63 / E-mail : tamazgha.paris@gmail.com 

Résistance : Humour politique contre l’incompétence des « élus »

Que peut-on faire lorsque des responsables corrompus et incultes refusent d’entendre les revendications les plus normales de leurs administrés ? Que peut-on faire lorsque les habitants manquent de routes, de dispensaires et sont privés d’eau potable et d’électricité, alors que leur ville regorge de richesses.

Ville de Tinghir au sud-est du Maroc

A Tinghir, au sud-est du Maroc, des jeunes pacifistes chantent pour dénoncer ce manque d’infrastructures, manifestent pour revendiquer plus de droits et résistent pour exiger d’être entendus, pour que leurs revendications soient satisfaites.

Face à la sourde oreille des « responsables» et à la faiblesse des moyens dont ils disposent, ils ont fait recours à un fait inédit dans la culture politique dans tout le pays : La parodie et l’humour politique grinçant. Le tout bien sûr en langue amazighe.     

Dans cette émission par exemple, c’est le président américain lui même qui s’adresse aux élus et aux responsables de la ville de Tinghir qu’il traite de «voyous». On l’entend dire que «la situation à Tinghir n’évolue pas (…), que la ville devient comme écrasée par un tsunami après quelques goutes de pluie, qu’aucun des diplômés ne travaille et qu’ils sont tous alcooliques (…) Les rapports sur la situation que j’ai en ma possession ne sont pas réjouissants. Les services de la municipalité sont inexistants. Vous n’avez rien fait. Pas une seule infrastructure pour la jeunesse, pas un seul centre culturel, pas même un terrain de football ou un parc pour enfants, espèce de voyous (…) Vous avez entendu parler de Guantanamo ou pas ? Je ne rigole pas. Vous allez y souffrir sérieusement. Vous êtes nuls. Vous ne possédez même pas le niveau intellectuel d’un enfant de l’école primaire.» 

Dans cette deuxième vidéo, deux « responsables » discutent quelques minutes à propos de la situation à Tinghir. 

«A Tinghir, il y a énormément d’institutions, Il y a d’abord les banques, et les banques et encore des banques, des cafés et des taxiphones. Il y a aussi des banques, et des banques et encore des banques, des cafés, des taxiphones et encore des cafés et vous venez me dire qu’il y a rien.»

Et puis des insultes, encore des insultes et des insultes, de l’incompétence et beaucoup d’incompétents. C’est l’amère réalité … à Tinghir. 

A. Azergui