Σumar DERWIC: Da rettuɣ ad d-yaley yiwen umussu amaziɣ iran tudert g tlelli d tneflit d twizi

Temdez kigan Tesɣunt Idlesmagazine ad awen-d-tesnil amsawal tssker nettat d yiwen g yifeggagen n tsekla tamaziɣ. D Mass Σumar DERWIC. Yiwen wudem izeddigen ɣur tella temnellit iɛlulan. Ika akud i umeẓẓan g uɣerbaz d beṛṛa-nnes, yiwes, s uyenna yufa, imeɣnasen d imyura d inaẓuren. Tefka-t tsuta i tayḍ. Iswa g yiɣbula n timmuzɣa ar isnissit s tmaziɣt ɣef tmaziɣt.
Ilula-d Σumar DERWIC g yiγrem n Igwelmimen g temnaḍt n Tfilalt-Dra g tmurt n Meṛṛuk. Iga aselmad g uγerbaz. Mass DERWIC d amaslaḍ g tmesmunt tamettit tadelsant Tilelli n Tizi n Imnayen (neɣ Igwelmimen).
Issufeγ-d kigan n twuriwin g yiger n tsekla (isefra, tullisin, imawalen, …) g nɣiy ad nebder:
— Anfara (2005)
— Taskiwin (2008)
— Ha-yi g ubrid (2009).
— Is nsul nedder (Netta d Muḥand S ɛidi d Azergi), 2010.
— Taseggawert n ugdal inzan (Tranchée du terrain priγé γendu) Tiẓrigin timaziɣin, Bariz, 2013
— Amawal n yislaɣaten (γocabulaire des médias), 2019.

Amsawal:

Tasɣunt Idlesmagazine:
Tɣiyem ad aɣ-tsiwlem, s umata, ɣef waddad n tsekla tamaziɣt g Tfilalt-Dra?

Σumar DERWIC:
Zwar, da kwen-snimmireɣ kwenni imlan n usmel Tasɣunt Idlesmagazine. Tiss snat, riɣ ad iniɣ nwis texxa tudert n tsekla tamaziɣt g temnaḍt-nneɣ acku ẓẓayent tsurifin n yinfarasen d tenfarasin g yiger-a axatar. Illa yiwen umukris nesniɣis g uduhdu n Umussu Adelsan Amaziɣ yagey ad iwet anfa g tsekla d usebɣes n tɣuri d uswingem g usnulfu d tẓuriwin.

Tasɣunt Idlesmagazine:
Matta imukrisen ikerfen tasekla d tmedyazt timaziɣin g teɣmert-ddeɣ?

Σumar DERWIC:
Kerfen-tt widda d tinna s tetteqqel ad as-aɣen afus rnun-as afud ssiwin-tt s imal. Mimek tettegga tsekla tamaziɣt ad tgem mek ur da nakka akuden-nneɣ i yimyura d yinaẓuren d usyissen n yifarisen-nnsen d uzɣan-nnsen?
G tama yaḍen, yaɣ usenbuttel n tsertit tamaziɣt n Umexzen issawin amata g tmesmunin s irbi-nnes imkinna issada amussu n tirra s tɣarast ira n ustay n tfinaɣ d ussefreɣ n temɛemmrit.

Tasɣunt Idlesmagazine:
Is llant ka n tebridin nna tɣiy ad tleqqeḍ tmaziɣt af ad taf abrid issuddan?

Σumar DERWIC:
Llant g uswingem idettan n willi aɣ-ittinin is gan imeɣnasen n tmaziɣt ad zzgan gar tawada ittegga Umussu-ddeɣ ur ittalin. Tella diɣ tikti n wuɣul s assiley n tmesmunin tuzdigin iran tilelli d twizi d ussitem n umrured d txendallast.

Tasɣunt Idlesmagazine:
G yiger umḍin, ilsawen n umaḍal fersen abrid-nnsen aɣen akw azeṭṭa umḍin, ɣas tamaziɣt tsul tebburbezza. Mani as-d-tekka tunant-a?

Σumar DERWIC:
Tekka-d amxuzzu-nneɣ d tgidit n yimraraden d temraradin graɣ. Tekka-d awd tadersi neɣ akw iba n twuri g tilawt! Mek ur da nessudus iɣfawen-nneɣ iwer-inn i yiẓeḍwan imettiyen d wuraren ufriɣen n tɣemrin ur nezmir ad nessumu tutlayt-nneɣ g umaḍal umḍin; iqqim-d umda anexmuj n temnellitin-nneɣ tiqburin yugin ad bḍunt d tudert n tewsatin d tin yiɣsan d yiɣerman ar ssitiment asfafa n yimezdaɣ d tmezdaɣ. Illa diɣ gar aswingem ireẓẓan ifadden i tiffudma: Ar zizzilen winna ur iseksiwen ɣas iɣfawen-nnsen awal n trula s tmura n Turuppa d Tmirika, ar ttinin nwis ur yad tsul tudert g Tmazɣa!

Tasɣunt Idlesmagazine:
Mayed tɣiyem ad tinim i tsutiwin d-ittalin?

Σumar DERWIC:
Da ssutureɣ g tsutiwin timaziɣin d-ittalin ad sussent ageḍrur n tsutiwin-nneɣ d tiddeɣ d-ufant g unrar n tɣensa n tkerkas. Da rettuɣ ad d-yaley yiwen umussu adelsan amaziɣ iran tudert g tlelli d tneflit d twizi ig azɣan d ussiff i yinawen isgifen tiwuriwin tuzdigin. Kerzataɣ diɣ ifsan n tussna d uzizdeg n yiberdan g nettafa isiddan aɣ-yuckan !
Isul unrar n yidles-nneɣ da itteqqel aha s imyuraren d temyurarin isiḍfiten uraren smedzen ulawen akw iɣufan sdusen iẓuran.

Amawal:

Azɣan = la critique
Imraraden = les opportunistes
Timnellitin = les mentalités
Tiffudma = la jeunesse
Taneflit = le développement

Amsawal-a isseker-t : Aksil Afersig

Mririda N’Ait Attik, un destin amazigh !

Il est triste qu’une figure poétique aussi légendaire que Mririda N’Ait Attik soit complètement ignorée dans l’histoire du Maroc moderne. Mririda, la poétesse amazighe, a laissé derrière elle une œuvre singulière et puissante. Mais, sa condition d’abord de femme libre «qui choisissait ses amants» et d’«amazighe» ne plaidait pas forcément en sa faveur.

Mririda, photo prise en 1940 (Cliquez pour agrandir)

Mririda, photo prise en 1940 (Cliquez pour agrandir)

Mririda est née dans le village de Magdaz dans la Haute Tassaout, région d’Azilal au cœur du Grand Atlas. Si la poésie de cette muse amazighe, faite essentiellement de chants d’amour et de désir, nous est parvenue aujourd’hui, c’est grâce à René Euloge, un instituteur français.  En passage dans la Tassaout en 1927, il découvre la poétesse qui se produisait sur le marché d’Azilal en compagnie de quelques chanteuses. Euloge qui parlait la langue amazigh (dialecte de Tachelhiyt) avait rencontré à plusieurs reprises la poétesse et procédé à la transcription de ses poèmes avant de les traduire en Français. «La traduction la plus fidèle ou la plus adroite ne parvient pas à restituer pleinement la saveur d’une telle poésie», écrit Euloge dans la préface de «Les chants de la Tassaout» qui renferme la traduction de quelque 120 poèmes de Mririda. Il faut signaler que certains poèmes traduits dans ce livre sont du poète Si Ali D’Ibakellioun. Euloge a tenu à le préciser.

Euloge, (le vieux chleuh comme il aimait s’appeler), avait côtoyé la poétesse durant plusieurs mois. Il écrit : « En l’écoutant chanter monts et vallées, avec la vie quotidienne au village, ses drames familiaux, ses joies et ses peines, je me persuadais qu’elle atteignait à ces moments-là la plus haute élévation de pensées et de sentiments et, qu’on paroxysme de ses envolées lyriques, une sorte d’ivresse la transfigurait en l’allégeant des misères terrestres.»

Mririda a disparu par la suite dans l’anonymat. Après la guerre, en 1946, René Euloge raconte dans son livre qu’il a sillonné toutes les vallées de la région à sa recherche. Il ne l’a jamais plus retrouvée. Le mystère entoure toujours le sort de cette poétesse rebelle.

René Euloge est décédé en 1985, à l’âge de 85 ans.

«Arrivant d’un monde attardé, voici donc les chants de la Tassaout. Ils nous parviennent comme ces longues fumées bleues, fleurant le thuya et le pin, qui, le soir, s’élèvent au creux des vallées ignorées du Haut Atlas, si lointaines bien qu’aux portes de la vielle Europe» :

Mririda On m’a surnommée Mririda, Mririda,
Mririda, l’agile rainette des prés…
Je n’ai pas, je n’ai pas ses yeux d’or
Je n’ai pas, je n’ai pas sa blanche gorge,
Je n’ai pas, je n’ai pas sa verte tunique.
Mais ce que j’ai comme elle, Mririda,
Ce sont mes zerarit (you-you), mes zerarit
Qui volent jusqu’aux bergeries,
Ce sont mes zerarit, mes zerarit
Dont on parle dans toute la vallée
Et de l’autre côté des montagnes,
Mes zerarit qui émerveillent et font envie…
Car dès mes premiers pas parmi les champs,
J’ai pris doucement les rainettes agiles,
Craintives et frissonnantes dans mes mains,
Et j’ai pressé longtemps leur gorge blanche
Sur mes lèvres d’enfant et puis de jeune fille.
Ainsi m’ont-elles transmis la vertu merveilleuse
De cette baraka qui leur donne un chant,
Un chant si clair, si vibrant et si pur
Par les nuits d’été baignées de lune,
Un chant pareil à celui du cristal,
Pareil au bruit clair de l’enclume
Dans l’air plus sonore qui précède la pluie…
Et grâce au don que m’a fait Mririda
On me nomme: … Mririda, Mririda
Celui qui me prendra pourra sentir
Dans sa main, dans sa main battre mon coeur,
Comme souvent sous mes doigts j’ai senti
Battre le coeur affolé des rainettes…
Dans les nuits baignées de lune,
Il m’appellera Mririda, Mririda,
Le doux sobriquet qui m’est cher.
Pour lui je lancerai mes zerarit aiguës,
Mes zerarit stridentes, prolongées,
Qu’admirent les hommes et jalousent les femmes,
Et telles que jamais n’en connut la vallée…
 
L’écorce :
 
On a écorcé le pin pour vendre l’écorce au tanneur
Et l’écorce repoussera jusqu’à la mort du pin.
Ainsi les peines des hommes :
Les uns s’en vont, d’autres les remplacent, jusqu’à la mort,
puisque Dieu a voulu que repousse l’écorce du pin,
Puisque Dieu a voulu que se succèdent les peines des hommes …
 
****
 
La fibule
« Grand-mère! grand-mère! depuis qu’il est parti,
Je ne songe qu’à lui et je le vois partout …
Il m’a donné une belle fibule d’argent,
Et lorsque j’ajuste mon haïk sur mes épaules,
Lorsque agriffe le pan sur mon sein,
Lorsque je l’enlève le soir pour dormir,
Ce n’est pas la fibule, mais c’est lui que je vois !
–   Ma petite fille, jette la fibule et tu l’oublieras
Et du même coup tu oublieras tes tourments …
– Grand-mère, depuis bien des jours, j’ai jeté la fibule,
Mais elle m’a profondément blessé la main.
Mes yeux ne peuvent se détacher de la rouge cicatrice,
Quand je lave, quand je file, quand je bois …
Et c’est encore vers lui que va ma pensée!
– Ma petite fille, puisse Dieu guérir ta peine !
La cicatrice n’est pas sur ta main, mais dans ton cœur »
 
****
 
Azwu (Brise du soir)
 
Azouou, Brise du Soir, si bien nommée, 
Seras-tu donc toujours cruelle avec moi ? 
De ta porte, jamais je ne m’éloignerai 
Jusqu’à ce qu’elle ouvre ou que je périsse. 
                
Tes yeux sont pour moi le silex à étincelles 
Et tes lèvres entr’ouvertes sur tes dents blanches 
M’attirent vers elles et me fascinent. 
                  
Ton sein a la rondeur des pêches d’Assermoh, 
Ta peau la douceur du duvet de la palombe, 
Tu as un petit tatouage bleu entre les sourcils, 
Celui-ci au menton et ceux-là aux chevilles. 
                     
Et les autres, les verrai-je jamais, Azouou ?… 
Défais ta chevelure sur tes blanches épaules ; 
J’y cacherai ma tête comme la palombe sous son aile. 
                         
Pourquoi me repousser chaque jour sans pitié ? 
Quelle prière, quels cadeaux peuvent te fléchir ? 
Ta voix me pénètre et fait fondre mon cœur 
Et tes hanches, en marchant, font monter mon désir… 
                         
O Brise du Soir ! Quelle crainte te retient ? 
Si tu me prêtes tes lèvres rouges 
Tes lèvres humides te resteront… 
             
Si tu me laisses prendre ton corps, 
Ton corps assouvi sera encore à toi… 
Et nos deux cœurs seront dans la joie !
 

A. Azergui

 

Atbir n usammer, hommage à Nbark Oularbi

Nba

Hey toi ! Écoute moi
Et vas dire à Ait ma
Que le rebelle ne meurt jamais
Il est de tout les combats
Son chant insuffle la vie
Jusqu’au fin fond des rivières et des puits
Réveillant grands et petits
Il prend les vents ascendants
Et va au delà de la vie car
Utbir ne meurt jamais
Il vit dans le coeur de ses amis
Il chante à non plus finir
Repris en choeur à l’infini
Dans la vallée et sur les monts
Tout le monde reconnaît ce son magique
Celui de la vérité vraie car
Liberté ne meurt jamais
Elle est la conscience ancrée
Sur chaque sillon
Chaque rocher
Pour rappeler au monde entier
Qu’Amazigh ne meurt jamais
Non jamais
Azul NBA

Par : Amina Amharech*

Amina Amharech est poétesse. « Tarwa n wassif » (les enfants de la rivière) est son premier recueil.

Amina