Hha Oudadess : Le mathématicien, le militant et le poète

Mohamed Oudadess, qui avait choisi un pseudo amazigh Hha Oudadess, est né à Asefla (près de Goulmima) le 30 décembre 1947, décédé jeudi 05 Décembre à Rabat à l’âge de 73 ans. Jamais une mort ne m’a marqué autant car il incarnait l’amazighité et son combat pour la survie.

Originaire des Ait Atta du Dadess, sa famille s’installe à Azrou au Moyen Atlas. C’est là que Hha a fait ses études jusqu’au bac (sciences expérimentales) obtenu au prestigieux Lycée Tarik Ibn Ziyad en 1965. Après deux ans en tant qu’instituteur, il est admis à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Rabat pour en sortir professeur de deuxième cycle (maths) au Lycée des Orangers puis au Centre Pédagogique Régional (CPR) à Rabat. Il prépare une thèse de troisième cycle en mathématiques à la Faculté des sciences de la même ville, suivi d’un Ph.D en mathématiques pures (fondamentales) à Montréal. Il est professeur encadreur à à l’Ecole Normale Supérieure de Rabat. Quand en 2005 il prend sa retraite, Hha Oudadess continue ses activités de chercheur jusqu’à sa mort. Il se consacre aussi à l’écriture et aux activités militantes au sein du Mouvement Amazigh. Il laisse une œuvre constituée de plusieurs livres en français et tamazight (langue berbère) sa langue maternelle qu’il aimait plus que tout.

Hha le mathématicien :

Professeur encadreur à l’Ecole Normale Supérieure de Rabat où il a joué un rôle de premier plan dans l’encadrement des enseignants et la recherche en mathématiques au sein d’une celle de recherche, Hha Oudadess était estimé et respecté en tant que qu’éminent mathématicien, mais aussi en tant qu’homme simple et intègre. Il était également membre d’une cellule internationale de recherche en mathématiques aux côtés de sommités mondiales comme son ami grec Tassos. Il a participé à plusieurs colloques et rencontres internationaux, publié des dizaines d’articles sur l’histoire et l’épistémologie de cette science et participé à la publication de plusieurs livres dans la discipline.

Hha le militant convaincu :

J’ai connu Mohamed Oudadess dans les années quatre vingt à travers ses divers écrits dans plusieurs journaux et revues, puis de visu à Rabat et ailleurs à l’occasion des activités du Mouvement Amazigh dont il était l’un des premiers promoteurs et piliers comme Mohamed Chafik, Oussaden, Ali Azayko, Moha Abehri, Mohamed Boudhan, Brahim Akhyat, Mohamed Mounib et d’autres.

A l’époque, l’Etat marocain se concevait encore en seuls termes d’arabo-islamité et ne reconnaissait pas l’évidence amazighe (berbère). La culture, la langue, l’histoire des imazighen n’étaient pas seulement niées par la culture dominante, mais méprisées et exclues de toutes les institutions publiques et privées du royaume. Pour l’idéologie dominante issue de ce qu’on appelle « le Mouvement National »et les élites qui lui servaient de relais, l’amazighité n’était pas seulement du folklore juste bon à amuser les touristes, mais constituait une menace pour l’unité nationale, pour l’unité du mythique « monde arabe ». Depuis « l’indépendance », une propagande bien orchestrée à travers l’école, les médias, l’administration et les mosquées tentait de justifier, de légitimer ce qu’on peut appeler aujourd’hui un « culturocide » patent. Le Mouvement Amazigh est né comme réaction à ce déni de reconnaissance et à cette exclusion de l’amazighité sur la patrie de ses ancêtres.

Pour tout amazigh conscient de la valeur de sa propre amazighité, cette situation était on intolérable, car à bien des égards, elle ressemblait à un apartheid de fait. Les coups d’Etat militaires fomentés contre Hassan II dans les années soixante dix, attribué aux imazighen, ont ouvert une chasse aux sorcières qui a fait beaucoup de victimes : parler des droits de l’amazighité et des imazighens était considéré comme un complot.

Le tabou amazigh provoque une grave rupture anthropologique : une grande partie des imazighen darijisés en sont arrivés à mépriser leurs propres langue et culture. La pauvreté et l’ignorance aidant, les descendants de Massinissa- le premier à affirmer « l’Afrique aux africains »-, de Moha Ouhammou, de Aâssou Oubaslam, de Abedelkrim… mettent leur propre existence et devenir en péril. La darijisation-faussement appelée arabisation-est vite érigée en preuve d’arabité par les adversaires de l’amazighité. La propagande anti-amazighe érigée en système a amené des générations entières, faussement informées sur leurs origines et sur leur histoire, à se dire arabes et à défendre les causes du Proche Orient alors que leurs parents sont encore monolingues amazighs. Cet embrigadement, cet endoctrinement arabo-islamiste des enfants dès leurs premières années d’école, visait à couler l’esprit des jeunes générations dans le moule de la pensée unique. Il a produit le mépris de soi et la haine de l’autre.

Ayant pris la mesure du danger que représentait une telle politique pour la continuité culturelle et identitaire de notre pays, les premiers précurseurs du Mouvement Amazigh dont Hha Oudadess ont consacré leur vie à la réflexion, à la recherche et à l’action militante, dans le but de contribuer à contrecarrer le mensonge et la démagogie par l’émergence d’une pensée raisonnable et objective, une pensée qui permettrait aux marocains de renouer avec leurs vraies racines identitaires amazighes.

Ainsi, Hha Oudadess sera de ceux qui démystifient la posture idéologique de d’aliénation culturelle planifiée par les théologiens arabo-islamistes. On ne peut aller vers l’autre qu’en étant soi-même, comme on ne peut aller vers l’universel qu’à partir de sa propre spécificité. Et comme la spécificité de la personnalité marocaine (et maghrébine) provient de l’invariant culturel vieux de plus de 9000 ans, avec tous les apports antéislamiques comme la judaïté ou l’africanité, Hha Oudadess va y puiser force et sagesse. Il était devenu spécialiste de la langue amazighe au point de publier avec son ami Lahsen Oulhaj un dictionnaire du lexique amazigh moderne, afin de permettre à la langue amazighe de s’inscrire dans la modernité.

C’est dans ce contexte que je découvris en Hha Oudadess un militant qui partageait ce qui consumait mon âme d’amazigh révolté depuis l’école primaire où les maîtres n’hésitaient point à ridiculiser notre accent amazigh et notre méconnaissance de la « supérieure » langue arabe, langue de la « meilleure religion » et du paradis. Je fus tout de suite frappé par le calme, la simplicité mais aussi par l’esprit d’analyse et de méthode de l’homme. Je découvris en lui un engagement sans limite pour la cause amazighe, engagement qui l’a amené à refuser toute concession au sujet des droits naturels de l’amazighité sur son propre sol, à dénoncer toute compromission avec le pouvoir makhzenien et ses alliés. A la répression, à la démagogie du pouvoir, aux ténèbres de l’ignorance, du mensonge d’une historiographie de pacotille, comme ses amis Ali Azayko, Mohamed Chafik, Moha Abehri, Boudhan et d’autres, Hha Oudadess opposera la force tranquille de l’intelligence, du droit, du savoir, l’esprit des lumières, de la vérité historique et anthropologique : l’amazighité en tant que creuset de notre identité ne saurait être noyée dans l’arabo-islamisme ou une modernité mal digérée.

De rencontre en rencontre, nos relations vont devenir de plus en plus fréquentes et étroites. Hha Oudadess était de tous les combats. Il est présent à toutes les étapes cruciales du Mouvement Amazigh(MA). Membre créateur de l’Association Assid à Méknès après avoir été membre actif de la revue Tifawt, il est l’un des premiers signataires du Manifeste Amazigh en 2000. Il refusa de devenir membre du Conseil d’Administration de l’IRCAM dont il dénonçait la dérive surtout après le départ de Mohamed Chafik du Rectorat.Il assiste au Congrès Mondial Amazigh à plusieurs reprises, notamment celui de Méknès et de Djerba en Tunisie en 2011.

En 2005, il est parmi les premiers fondateurs d’Option Amazighe avec les sept membres démissionnaires du Conseil d’Administration de l’IRCAM (Abdelmalek Oussaden, Ali Bougrine, Ali Khadaoui, Hassan Banhakeia, Mimoun Ighraz, Mohamed Boudhan, Mohamed Ajajaa). C’est à partir de ce moment que nos chemins vont devenir un. Toujours ensemble, nous sillonnâmes le pays pour défendre la cause qui nous unissait et promouvoir la poésie amazighe.

Nos rencontres étaient toujours sous le signe de la l’amazighité, reléguée au rang d’une culture minorée, dévalorisée par une culture exogène, pour la première fois de son histoire, sur son propre territoire.

C’est ainsi qu’il va devenir l’infatigable militant calme et discipliné contre les utopies du siècle, notamment contre le messianisme intégriste arabo-islamiste, qui a fini par vomir à la face du monde entier, ses perversions les plus abjectes. La prise de conscience d’une identité amazighe refoulée, occupent une place centrale dans son parcours.

La pensée dogmatique lui répugnait. Rien ne pouvait le mettre en colère que de voir la langue amazighe et les arts correspondants menacés de disparition.

Hha Oudadess, contrairement à beaucoup de militants, a mis ses principes et son engagement en pratique quotidienne. Avec ses trois filles auxquelles il a choisi les noms de Titrit, Aslal et Mamlal, avec ses amis, il ne parlait que tamazight. Il travaillait toujours au son des chanteurs et poètes amazighs dont beaucoup étaient ses amis…Dans un article bien documenté et argumenté, il dénonce l’académisme au rabais où l’idéologie a remplacé la démarche et la preuve scientifiques dans les universités, ce qui paralyse la pensée et l’imaginaire maghrébins, truffés de mensonges et de perfidies, et qui ont transformé le pays en un immense gâchis. A Rabat, sa maison était devenue un lieu de rencontre pour une partie des militants amazighs de toutes les régions.

A l’autre bout du Maroc inutile, à Aghbala, son frère le Dr Ahmed Oudadess, médecin, est aussi un militant de la même trempe que son frère Hha. Il est aussi de tous les combats et sa maison à Azagharfar a vu défiler la crème du Mouvement Amazigh : militants, chercheurs,  artistes et écrivains nationaux comme Abehri,Ali Azayko, Boudhan, Mounib, Mustapha Qaddery, Lhoucine Ait Bahcine, Mohamed Mounib, Oussaden, Ajaajaa, ggori, Ighraz, Hassana Boulhfa, Laure Moralli, Luis Arias Manzo, Tassos, Flora, Jean Louis Devatine, entre autres, sont tous passés par Azagharfar.

Hha Oudadess le poète :

Si le militantisme amazigh nous a rapprochés, la poésie nous a unis dans le même amour du verbe amazigh. Hha était Consul des Poètes de Tamazgha (Maroc) auprès de l’organisation Poètes du Monde.

Rien n’échappait à l’œil attentif de Hha  le poète. Il notait tout le temps le moindre ver qui se présentait à lui. Il a composé des vers merveilleux, recueilli la poésie amazighe orale. La poésie permet la domestication de la révolte, celle-ci vous consume quotidiennement sans résultat autre que celui qui fait de vous la victime idéale des charlatans de toutes sortes ou à vous faire basculer dans le terrorisme ou la débauche.

Comme Chafik, comme Azayko, comme Abehri, comme Mammeri, il a très tôt compris que l’arme des temps modernes est le savoir. A travers ses écrits, où la rébellion liée à la douleur est à peine voilée, il a pu transformer la révolte stérile en un engagement intellectuel, long et patient. Imperturbablement, il a contribué à la remise en question d’un processus voulu irréversible depuis l’indépendance : la désamazighisation du Maroc comme prix à payer pour une unité mythique avec un Proche-Orient qui a été incrusté dans les esprits et les cœurs de générations entières par des siècles d’une propagande qui n’avait d’autres objectifs que de cacher une vérité : à savoir que le Maroc-comme toute l’Afrique du Nord et le Sahel sont amazighs historiquement et anthropologiquement parlant.

Il écrit des dizaines d’articles pour dénoncer les intellectuels partisans du moment, la spéculation idéologique, et la supercherie : ce n’est pas au nom de l’unité nationale qu’on invoque la nécessité de la disparition de tamazight, mais bel et bien pour défendre des intérêts et atteindre d’autres objectifs que l’on se sert de l’unité arabe, de l’islam, de l’école et des média!

Le tabou amazigh est brisé dans une approche où le souci de l’objectivité est constant. La démarche est un réquisitoire contre la simplification de l’histoire, contre le mensonge et la perfidie. Comme en écho à Azayko et à Chafik, Hha Oudadess fait feu sur les quartiers généraux de la pensée unique et crie haut et fort qu’imazighen n’acceptent plus qu’on écrive leur histoire à leur place, en leur présence ; n’acceptent plus qu’on parle à leur place, en leur présence ; n’acceptent plus qu’on les traite en étrangers dans leur propre pays, en leur présence.

Progressivement, Hha Oudadess s’impose comme le militant exemplaire, désintéressé de tout sauf de l’objectif vers lequel ont convergé toutes les forces du Mouvement Amazigh. Il est devenu le symbole du militant dévoué, constant, loyal et fidèle à une cause combattue par l’Etat   et ses institutions.

Ses écrits inscrits dans le combat amazigh fait sauter la cloison des convenances et des certitudes quant à la véracité des thèses de ceux qui ont conçu un projet de société sur l’exclusion de la langue et de la culture amazighes, pourtant matrices des valeureux combattants de la résistance armée pour la liberté et l’indépendance depuis Carthage, les romains, les arabes et la pénétration européenne.

Hha Oudadess forçait le respect et l’admiration par son intégrité, son esprit méthodique, sa simplicité et son engagement total pour la cause amazighe. Il aura assisté de son vivant à l’officialisation de la langue amazighe dans la constitution de 2011.

Mais-il y a toujours des « mais » quand il s’agit de l’amazighité du Maroc- cette officialisation est soumise à condition : la promulgation de lois organiques…qui ne sont intervenue qu’en 2019 et dont la mise en pratique est toujours en hypothèque. Autrement dit, depuis le discours d’Ajdir, 18 ans sont passés…et l’amazighité doit encore et encore combattre pour sa propre survie.

Dans la poésie de Hha Oudadess, les mots sont des chiffres… mais ce sont des chiffres chargés de sens…Alors il prend le plus grand soin dans le choix des mots utilisés dans ses poèmes. Ses vers sont en général courts, percutants, les images choisies sont claires comme des photographies… Ses sentiments sont tus pour laisser parler les mots. Toujours sous l’emprise du relativisme scientifique, il se méfie de toutes les idées reçues, de toutes les affirmations non étayées et soutenues par des preuves tangibles.

Sa poèmes portent l’emprunte des lieux où elle a été conçue : (Itto, Agadir, Fes, Numidia, Rif, Tunis, Djerba, Urtan, Aghbala, Méknès, Tazizawt, Carthages, Libya… Azrou, Rabat, Montréal, Mexique, Brésil, Grèce…Mais aussi Azagharfar…

Là où il est passé, Hha a immortalisé le lieu par un poème, un haiko… comme il n’a jamais oublié ses amis et les militants qui l’ont marqué. Les personnages qui ont beaucoup donné à tamazight surgissent du lot : Chafik, Boudhan, Ali Azayko, Abdelmalek Oussaden, Moha Ouhammou azayi, Mohamed Mounib, Moha Abehri, Loudaoui, mais aussi Moha Oulhoussain Achibane(le Maestro), Moha Oulbaz…

Dans son dernier recueil, « AWAL N WUL », paru en 2019, la langue est pure, respire une liberté sans borne. Toujours courts, les vers sont d’une intensité ! Réflexions, questionnements existentiels y côtoient des émerveillements devant la beauté de la nature…

Dans « tarezzift i Azayku, il écrit :

«  A tagwmat Azayku !

…ktiv lli g ax tennit

« Tafransist, awdnettat d awal

Immim usefru nna tesekit.

Macnn, a amexlaw

Mani mayc ;

Tamazivt, is tettut… »

« Mon frère Azayko

Je me rappelle quand tu m’as dit

Le français c’est aussi une langue

Il est succulant le poème que tu as construit

Mais idiot

Tamazight, as-tu oublié ? »(traduction de l’auteur) ;

Azayko occupe une place importante dans la poésie de Hha Oudadess. C’est un hommage constant à celui qui fut le premier prisonnier politique du Mouvement Amazigh , juste parce qu’il avait écrit dans une revue que « la culture amazighe est une culture à part entière comme la culture l’arabe ou française … »

Œuvre connue de Hha Oudadess :

-Distribution Théory And Application (avec Abdallah Elkinani)

-Lexique Amazigh Moderne (avec Lahcen Oulahj)

-Isfrades

-Haikus d’un Amazigh

-Tiwngimin (pensées éparses)

-Awal N Wul

A paraître : Imdyazanen

Par : Ali Khadaoui

 

 

Σumar DERWIC: Da rettuɣ ad d-yaley yiwen umussu amaziɣ iran tudert g tlelli d tneflit d twizi

Temdez kigan Tesɣunt Idlesmagazine ad awen-d-tesnil amsawal tssker nettat d yiwen g yifeggagen n tsekla tamaziɣ. D Mass Σumar DERWIC. Yiwen wudem izeddigen ɣur tella temnellit iɛlulan. Ika akud i umeẓẓan g uɣerbaz d beṛṛa-nnes, yiwes, s uyenna yufa, imeɣnasen d imyura d inaẓuren. Tefka-t tsuta i tayḍ. Iswa g yiɣbula n timmuzɣa ar isnissit s tmaziɣt ɣef tmaziɣt.
Ilula-d Σumar DERWIC g yiγrem n Igwelmimen g temnaḍt n Tfilalt-Dra g tmurt n Meṛṛuk. Iga aselmad g uγerbaz. Mass DERWIC d amaslaḍ g tmesmunt tamettit tadelsant Tilelli n Tizi n Imnayen (neɣ Igwelmimen).
Issufeγ-d kigan n twuriwin g yiger n tsekla (isefra, tullisin, imawalen, …) g nɣiy ad nebder:
— Anfara (2005)
— Taskiwin (2008)
— Ha-yi g ubrid (2009).
— Is nsul nedder (Netta d Muḥand S ɛidi d Azergi), 2010.
— Taseggawert n ugdal inzan (Tranchée du terrain priγé γendu) Tiẓrigin timaziɣin, Bariz, 2013
— Amawal n yislaɣaten (γocabulaire des médias), 2019.

Amsawal:

Tasɣunt Idlesmagazine:
Tɣiyem ad aɣ-tsiwlem, s umata, ɣef waddad n tsekla tamaziɣt g Tfilalt-Dra?

Σumar DERWIC:
Zwar, da kwen-snimmireɣ kwenni imlan n usmel Tasɣunt Idlesmagazine. Tiss snat, riɣ ad iniɣ nwis texxa tudert n tsekla tamaziɣt g temnaḍt-nneɣ acku ẓẓayent tsurifin n yinfarasen d tenfarasin g yiger-a axatar. Illa yiwen umukris nesniɣis g uduhdu n Umussu Adelsan Amaziɣ yagey ad iwet anfa g tsekla d usebɣes n tɣuri d uswingem g usnulfu d tẓuriwin.

Tasɣunt Idlesmagazine:
Matta imukrisen ikerfen tasekla d tmedyazt timaziɣin g teɣmert-ddeɣ?

Σumar DERWIC:
Kerfen-tt widda d tinna s tetteqqel ad as-aɣen afus rnun-as afud ssiwin-tt s imal. Mimek tettegga tsekla tamaziɣt ad tgem mek ur da nakka akuden-nneɣ i yimyura d yinaẓuren d usyissen n yifarisen-nnsen d uzɣan-nnsen?
G tama yaḍen, yaɣ usenbuttel n tsertit tamaziɣt n Umexzen issawin amata g tmesmunin s irbi-nnes imkinna issada amussu n tirra s tɣarast ira n ustay n tfinaɣ d ussefreɣ n temɛemmrit.

Tasɣunt Idlesmagazine:
Is llant ka n tebridin nna tɣiy ad tleqqeḍ tmaziɣt af ad taf abrid issuddan?

Σumar DERWIC:
Llant g uswingem idettan n willi aɣ-ittinin is gan imeɣnasen n tmaziɣt ad zzgan gar tawada ittegga Umussu-ddeɣ ur ittalin. Tella diɣ tikti n wuɣul s assiley n tmesmunin tuzdigin iran tilelli d twizi d ussitem n umrured d txendallast.

Tasɣunt Idlesmagazine:
G yiger umḍin, ilsawen n umaḍal fersen abrid-nnsen aɣen akw azeṭṭa umḍin, ɣas tamaziɣt tsul tebburbezza. Mani as-d-tekka tunant-a?

Σumar DERWIC:
Tekka-d amxuzzu-nneɣ d tgidit n yimraraden d temraradin graɣ. Tekka-d awd tadersi neɣ akw iba n twuri g tilawt! Mek ur da nessudus iɣfawen-nneɣ iwer-inn i yiẓeḍwan imettiyen d wuraren ufriɣen n tɣemrin ur nezmir ad nessumu tutlayt-nneɣ g umaḍal umḍin; iqqim-d umda anexmuj n temnellitin-nneɣ tiqburin yugin ad bḍunt d tudert n tewsatin d tin yiɣsan d yiɣerman ar ssitiment asfafa n yimezdaɣ d tmezdaɣ. Illa diɣ gar aswingem ireẓẓan ifadden i tiffudma: Ar zizzilen winna ur iseksiwen ɣas iɣfawen-nnsen awal n trula s tmura n Turuppa d Tmirika, ar ttinin nwis ur yad tsul tudert g Tmazɣa!

Tasɣunt Idlesmagazine:
Mayed tɣiyem ad tinim i tsutiwin d-ittalin?

Σumar DERWIC:
Da ssutureɣ g tsutiwin timaziɣin d-ittalin ad sussent ageḍrur n tsutiwin-nneɣ d tiddeɣ d-ufant g unrar n tɣensa n tkerkas. Da rettuɣ ad d-yaley yiwen umussu adelsan amaziɣ iran tudert g tlelli d tneflit d twizi ig azɣan d ussiff i yinawen isgifen tiwuriwin tuzdigin. Kerzataɣ diɣ ifsan n tussna d uzizdeg n yiberdan g nettafa isiddan aɣ-yuckan !
Isul unrar n yidles-nneɣ da itteqqel aha s imyuraren d temyurarin isiḍfiten uraren smedzen ulawen akw iɣufan sdusen iẓuran.

Amawal:

Azɣan = la critique
Imraraden = les opportunistes
Timnellitin = les mentalités
Tiffudma = la jeunesse
Taneflit = le développement

Amsawal-a isseker-t : Aksil Afersig

Mririda N’Ait Attik, un destin amazigh !

Il est triste qu’une figure poétique aussi légendaire que Mririda N’Ait Attik soit complètement ignorée dans l’histoire du Maroc moderne. Mririda, la poétesse amazighe, a laissé derrière elle une œuvre singulière et puissante. Mais, sa condition d’abord de femme libre «qui choisissait ses amants» et d’«amazighe» ne plaidait pas forcément en sa faveur.

Mririda, photo prise en 1940 (Cliquez pour agrandir)

Mririda, photo prise en 1940 (Cliquez pour agrandir)

Mririda est née dans le village de Magdaz dans la Haute Tassaout, région d’Azilal au cœur du Grand Atlas. Si la poésie de cette muse amazighe, faite essentiellement de chants d’amour et de désir, nous est parvenue aujourd’hui, c’est grâce à René Euloge, un instituteur français.  En passage dans la Tassaout en 1927, il découvre la poétesse qui se produisait sur le marché d’Azilal en compagnie de quelques chanteuses. Euloge qui parlait la langue amazigh (dialecte de Tachelhiyt) avait rencontré à plusieurs reprises la poétesse et procédé à la transcription de ses poèmes avant de les traduire en Français. «La traduction la plus fidèle ou la plus adroite ne parvient pas à restituer pleinement la saveur d’une telle poésie», écrit Euloge dans la préface de «Les chants de la Tassaout» qui renferme la traduction de quelque 120 poèmes de Mririda. Il faut signaler que certains poèmes traduits dans ce livre sont du poète Si Ali D’Ibakellioun. Euloge a tenu à le préciser.

Euloge, (le vieux chleuh comme il aimait s’appeler), avait côtoyé la poétesse durant plusieurs mois. Il écrit : « En l’écoutant chanter monts et vallées, avec la vie quotidienne au village, ses drames familiaux, ses joies et ses peines, je me persuadais qu’elle atteignait à ces moments-là la plus haute élévation de pensées et de sentiments et, qu’on paroxysme de ses envolées lyriques, une sorte d’ivresse la transfigurait en l’allégeant des misères terrestres.»

Mririda a disparu par la suite dans l’anonymat. Après la guerre, en 1946, René Euloge raconte dans son livre qu’il a sillonné toutes les vallées de la région à sa recherche. Il ne l’a jamais plus retrouvée. Le mystère entoure toujours le sort de cette poétesse rebelle.

René Euloge est décédé en 1985, à l’âge de 85 ans.

«Arrivant d’un monde attardé, voici donc les chants de la Tassaout. Ils nous parviennent comme ces longues fumées bleues, fleurant le thuya et le pin, qui, le soir, s’élèvent au creux des vallées ignorées du Haut Atlas, si lointaines bien qu’aux portes de la vielle Europe» :

Mririda On m’a surnommée Mririda, Mririda,
Mririda, l’agile rainette des prés…
Je n’ai pas, je n’ai pas ses yeux d’or
Je n’ai pas, je n’ai pas sa blanche gorge,
Je n’ai pas, je n’ai pas sa verte tunique.
Mais ce que j’ai comme elle, Mririda,
Ce sont mes zerarit (you-you), mes zerarit
Qui volent jusqu’aux bergeries,
Ce sont mes zerarit, mes zerarit
Dont on parle dans toute la vallée
Et de l’autre côté des montagnes,
Mes zerarit qui émerveillent et font envie…
Car dès mes premiers pas parmi les champs,
J’ai pris doucement les rainettes agiles,
Craintives et frissonnantes dans mes mains,
Et j’ai pressé longtemps leur gorge blanche
Sur mes lèvres d’enfant et puis de jeune fille.
Ainsi m’ont-elles transmis la vertu merveilleuse
De cette baraka qui leur donne un chant,
Un chant si clair, si vibrant et si pur
Par les nuits d’été baignées de lune,
Un chant pareil à celui du cristal,
Pareil au bruit clair de l’enclume
Dans l’air plus sonore qui précède la pluie…
Et grâce au don que m’a fait Mririda
On me nomme: … Mririda, Mririda
Celui qui me prendra pourra sentir
Dans sa main, dans sa main battre mon coeur,
Comme souvent sous mes doigts j’ai senti
Battre le coeur affolé des rainettes…
Dans les nuits baignées de lune,
Il m’appellera Mririda, Mririda,
Le doux sobriquet qui m’est cher.
Pour lui je lancerai mes zerarit aiguës,
Mes zerarit stridentes, prolongées,
Qu’admirent les hommes et jalousent les femmes,
Et telles que jamais n’en connut la vallée…
 
L’écorce :
 
On a écorcé le pin pour vendre l’écorce au tanneur
Et l’écorce repoussera jusqu’à la mort du pin.
Ainsi les peines des hommes :
Les uns s’en vont, d’autres les remplacent, jusqu’à la mort,
puisque Dieu a voulu que repousse l’écorce du pin,
Puisque Dieu a voulu que se succèdent les peines des hommes …
 
****
 
La fibule
« Grand-mère! grand-mère! depuis qu’il est parti,
Je ne songe qu’à lui et je le vois partout …
Il m’a donné une belle fibule d’argent,
Et lorsque j’ajuste mon haïk sur mes épaules,
Lorsque agriffe le pan sur mon sein,
Lorsque je l’enlève le soir pour dormir,
Ce n’est pas la fibule, mais c’est lui que je vois !
–   Ma petite fille, jette la fibule et tu l’oublieras
Et du même coup tu oublieras tes tourments …
– Grand-mère, depuis bien des jours, j’ai jeté la fibule,
Mais elle m’a profondément blessé la main.
Mes yeux ne peuvent se détacher de la rouge cicatrice,
Quand je lave, quand je file, quand je bois …
Et c’est encore vers lui que va ma pensée!
– Ma petite fille, puisse Dieu guérir ta peine !
La cicatrice n’est pas sur ta main, mais dans ton cœur »
 
****
 
Azwu (Brise du soir)
 
Azouou, Brise du Soir, si bien nommée, 
Seras-tu donc toujours cruelle avec moi ? 
De ta porte, jamais je ne m’éloignerai 
Jusqu’à ce qu’elle ouvre ou que je périsse. 
                
Tes yeux sont pour moi le silex à étincelles 
Et tes lèvres entr’ouvertes sur tes dents blanches 
M’attirent vers elles et me fascinent. 
                  
Ton sein a la rondeur des pêches d’Assermoh, 
Ta peau la douceur du duvet de la palombe, 
Tu as un petit tatouage bleu entre les sourcils, 
Celui-ci au menton et ceux-là aux chevilles. 
                     
Et les autres, les verrai-je jamais, Azouou ?… 
Défais ta chevelure sur tes blanches épaules ; 
J’y cacherai ma tête comme la palombe sous son aile. 
                         
Pourquoi me repousser chaque jour sans pitié ? 
Quelle prière, quels cadeaux peuvent te fléchir ? 
Ta voix me pénètre et fait fondre mon cœur 
Et tes hanches, en marchant, font monter mon désir… 
                         
O Brise du Soir ! Quelle crainte te retient ? 
Si tu me prêtes tes lèvres rouges 
Tes lèvres humides te resteront… 
             
Si tu me laisses prendre ton corps, 
Ton corps assouvi sera encore à toi… 
Et nos deux cœurs seront dans la joie !
 

A. Azergui

 

Atbir n usammer, hommage à Nbark Oularbi

Nba

Hey toi ! Écoute moi
Et vas dire à Ait ma
Que le rebelle ne meurt jamais
Il est de tout les combats
Son chant insuffle la vie
Jusqu’au fin fond des rivières et des puits
Réveillant grands et petits
Il prend les vents ascendants
Et va au delà de la vie car
Utbir ne meurt jamais
Il vit dans le coeur de ses amis
Il chante à non plus finir
Repris en choeur à l’infini
Dans la vallée et sur les monts
Tout le monde reconnaît ce son magique
Celui de la vérité vraie car
Liberté ne meurt jamais
Elle est la conscience ancrée
Sur chaque sillon
Chaque rocher
Pour rappeler au monde entier
Qu’Amazigh ne meurt jamais
Non jamais
Azul NBA

Par : Amina Amharech*

Amina Amharech est poétesse. « Tarwa n wassif » (les enfants de la rivière) est son premier recueil.

Amina