VIDEO : « Aɣerrabu », un poème de Sifaw chanté par Ali AFDIS



Aɣerrabu

Γri aɣerrabu
Xseɣ ad ruleɣ
Aliy-d a yaḍu ad kmeɣ ilel
Tuden-id teqqa
Xseɣ ad tt-sefḍeɣ
Iles-inu irwel
Yuggwad s bugel
Yuweḍ-id wawal
Itcur s ukwerfa
Uci-id tallumt
Sẓlitted aẓẓal
Iṭṭef-iyi fiɣer
Xseɣ ad tt-nɣeɣ
Fki-id tagelzimt
Rni-id aɣil
Xseɣ ad afgeɣ
Uci-id ifriwen ad awḍeɣ itran
d mammu tin yugal
Sserɣi-id taftilt
Xseɣ ad nḍeɣ
Deffer Bunadem
Di ammas n azal
Ufiɣ asefru n Si Muḥend U Mḥend
Qneɣ-t di tzibba
Udfeɣ sis ilel
Dsiɣ si ufiɣ ilel d jidi
Seqqdeɣ tiwdi seḍseɣ adfel
Xseɣ ad afgeɣ
Fki-id isufag
Add awiɣ itran ad rẓun bugel.

Saɛid Sifaw

TRADUCTION  :

J’ai un bateau
J’ai envie de m’enfuir
Que le vent se lève pour que je puisse naviguer
La poussière m’enterre
J’ai envie de la chasser
Ma langue m’a trahi
Elle a choisi le silence par peur d’être muselée
J’ai entendu des paroles
Pleines d’ivraie
Passez-moi un tamis
Pour les éclaircir.
Un serpent m’a attrapé
J’ai envie de le tuer
Donnez-moi une hache
Et aidez-moi à en finir.
Je veux voler
Donnez-moi des ailes pour que j’atteigne les étoiles,
Et celui qui les a placés dans le ciel.
Allumez-moi une lampe
Aujourd’hui, j’ai envie de marcher
Au milieu des gens en plein jour.
J’ai trouvé un poème de Si Muhend U-Mhend,
Je l’ai enroulé dans une cotte de maille
Et pénétré en mer.
J’ai senti la joie lorsque j’ai vu la mer et la terre
J’ai abandonné ma peur et fait rire la neige
Aujourd’hui je m’envolerai
Donnez-moi des ailes
Pour cueillir des étoiles
Qui briseront nos chaînes.
Je veux m’envoler,
Donnez moi des ailes !

Traduction : Aksil AZERGUI

« Le chant de la guerrière », un torrent de colère.

C’est un recueil très engagé que nous offre Amina Amharech. Le lecteur est happé d’emblée par un torrent de colère et de révolte qui traverse toute l’oeuvre. Ce recueil n’est pas de ceux qui se morcèlent. Il forme un seul bloc, brûlant comme des braises. Il se lit d’un trait.

L’engagement forme l’épine dorsale de ce livre qui conjure le mauvais sort, pleure les oubliés et les malheurs qui frappent les Atlas meurtris par tant de décennies de marginalisation et de mépris.

Amina est témoin de son temps. Elle est une chroniqueuse qui croque le quotidien difficile de petites gens exilées dans leur peau. Elle décrit, gueule, crie, rêve et surtout pleure l’Atlas. Tourmentée par tant de malheurs, tant de détresse, tant de rêves avortés, l’auteure adopte une sorte d’écriture parlée. Des mots simples pour dire une grande colère. Ces mots transpirent sa langue maternelle. Amina pense en Tamazight et pleure en français.

De l’assassinat d’Omar Khaleq dit « Izem » à la décapitation de « Rifinox » en passant par l’affaire d’Imider, de celle des enfants morts de froid dans les régions d’Anefgou et d’Imilchil et du berger Hamid Ouali retrouvé mort dans l’indifférence dans les neiges de Bouyeblan, la poétesse dresse le portrait d’un peuple traqué, combattu et oublié, et dont les enfants sont forcés de s’exiler sur leurs propres terres. Certains sont parfois tués, d’aucuns jetés injustement dans les geôles. D’autres, désespérés, sont forcés à l’exil.

Amina parcourt les Atlas et le Rif frappés par le même mal. Elle s’abreuve de leurs malheurs pour nous offrir de belles et tristes chroniques. Elle incarne cet imaginaire poétique amazigh qui a toujours su résister à l’indifférence, à la répression politique avec tant de finesse et de subtilité. Elle est la « Mririda » moderne qui a choisi d’être témoin que victime, libre et non soumise. Dans ses textes, Amina transcende la subtilité légendaire des poètes traditionnels. Elle se révolte. Ses textes sont un cri de colère dans la nuit qui s’est abattue sur les Atlas et le Rif. Elle réveille les consciences, met des mots crus sur les plaies toujours ouvertes, qui refusent de se cicatriser. Elle se veut une guerrière qui dit haut ce que, ceux murés dans le silence, pensent tout bas.

Amina porte en elle l’étendard de la lutte. Elle est cet étendard. Elle l’assume en publiant ce recueil.

Au lieu de subir dans le silence, elle a choisi comme tant d’autres d’écrire, de composer des poèmes, de dénoncer, de distiller du courage dans les cœurs meurtris des habitants de ces régions laissées pour compte. Sa voix, écrit-elle, est celle de « gazé », de « broyé », de « kidnappé », de « l’assassiné », de « l’immolé », de « spolié », de « l’appauvri », de « l’humilié » et de tous les sacrifiés, sans voix. Toute une nomenclature de termes, de mots qui renseignent sur les maux d’un peuple opprimé jusque dans ses terres.

Ses textes, similaires à des braises, sont jetés brûlants et crus à la face d’un monde qui ne sait plus écouter les marginalisés et les reclus. Face à ce silence et comme le font les Imazighen depuis la nuit des temps, elle fait appel à la malédiction (amuttel) pour que les « vaincus » puissent prendre leur revanche et s’affranchir d’une autre malédiction, cette fois-ci maligne et maléfique, qui les enchaîne depuis la pénétration française au Maroc. Elle s’adresse à Amuttel comme à un dieu sauveteur :

Amuttel

Que ton règne arrive

Et que l’injustice s’éteigne

Rendant enfin l’espoir

Aux condamnés

Qui prient résignés

Dans le froid

Des geôles loin des leurs

Qui là-bas au loin

Pleurent

Meurent.

Ce recueil est un manifeste. Un appel lancé à tous ces Hommes, privés de leurs rêves, de leurs droits, de leurs terres, à se soulever, à marcher, à apprendre à élever la voix. Et à dire NON.

Par : Aksil  Azergui

 

Brandissant le drapeau de la liberté …

« Timeẓriwt » est une nouvelle chanson de Ayyur, chanteur et poète #amazigh, qui traite du soulèvement des #Berbères du #Rif. Adaptation libre des paroles :

Il est des hommes dépouillés de tout honneur,

Incapables de se révolter

Serviles à souhait.

Même lorsqu’éclate le tonnerre de la liberté,

Ils se réfugient dans le silence,

Paralysés, ils ont peur de déplaire.

Invertébrés, leur emblème est le drapeau de Lyautey,

Le rouge est la couleur de leur propre sang versé,

Le vert, celle de leurs assassins.

Incapables de se soulever,

Méconnaissant leur histoire,

De la bassesse, ils ont fait une religion.

M6

Ouvrez les yeux !

Dans le Rif, Biya est emprisonnée, opprimée.

Le drapeau des hommes libres y flotte,

Brandissant ce drapeau de la liberté

Soutenons Zefzafi et les Rifains méprisés.

Les geôles ne nous font plus peur,

Telle une montagne, notre courage s’est redressé,

Toutes nos craintes ont désormais disparu !

Unissons-nous, poussons ensemble notre cri de colère,

Armons-nous pour en finir avec cette vie d’esclaves.

Imazighen, vous aviez pris les armes contre les Français,

Espérant libérer votre pays,

Mais, un régime arabe, héritier des colons,

A souillé votre rêve,

Plus de droits, plus de libertés.

Dra

Muselés, celui qui parle disparaît dans les geôles.

Nous réclamons seulement des hôpitaux,

Une vie digne, en paix,

Mais, ce régime œuvre pour nous faire disparaître.

Nos cris se perdent dans la nuit,

Ce pouvoir, sourd de naissance,

Nous force à survivre dans l’obscurité.

Izem a été trahi,

Iyda, morte d’oubli,

Et Nbark Oualarbi, qui l’avait tué ?

Nos femmes meurent en couche,

Nos enfants sont tués par l’oubli,

Et tout le Tafilalt-Dra dort sur ses deux oreilles.

Dites-moi comment ne pas se révolter

Contre ce régime dévoré par la corruption.

Assez de paroles, l’amazighité est action,

Son chemin est lumineux comme une étoile.

Je m’adresse aux pseudos militants

Qui gueulent en arabe,

Oubliant jusqu’à la langue de leurs propres mères,

Croyant que leur avenir sera radieux,

Ils font épanouir la langue des autres,

Méprisant et tuant la leur.

à ceux qui se croient militants,

Arabisant tout sur leur passage,

Vous avez vendu votre honneur,

Vous n’êtes plus mes frères !

dr

 Texte en Tamazight : Ayyur

Adaptation : A. Azergui

Mririda N’Ait Attik, un destin amazigh !

Il est triste qu’une figure poétique aussi légendaire que Mririda N’Ait Attik soit complètement ignorée dans l’histoire du Maroc moderne. Mririda, la poétesse amazighe, a laissé derrière elle une œuvre singulière et puissante. Mais, sa condition d’abord de femme libre «qui choisissait ses amants» et d’«amazighe» ne plaidait pas forcément en sa faveur.

Mririda, photo prise en 1940 (Cliquez pour agrandir)

Mririda, photo prise en 1940 (Cliquez pour agrandir)

Mririda est née dans le village de Magdaz dans la Haute Tassaout, région d’Azilal au cœur du Grand Atlas. Si la poésie de cette muse amazighe, faite essentiellement de chants d’amour et de désir, nous est parvenue aujourd’hui, c’est grâce à René Euloge, un instituteur français.  En passage dans la Tassaout en 1927, il découvre la poétesse qui se produisait sur le marché d’Azilal en compagnie de quelques chanteuses. Euloge qui parlait la langue amazigh (dialecte de Tachelhiyt) avait rencontré à plusieurs reprises la poétesse et procédé à la transcription de ses poèmes avant de les traduire en Français. «La traduction la plus fidèle ou la plus adroite ne parvient pas à restituer pleinement la saveur d’une telle poésie», écrit Euloge dans la préface de «Les chants de la Tassaout» qui renferme la traduction de quelque 120 poèmes de Mririda. Il faut signaler que certains poèmes traduits dans ce livre sont du poète Si Ali D’Ibakellioun. Euloge a tenu à le préciser.

Euloge, (le vieux chleuh comme il aimait s’appeler), avait côtoyé la poétesse durant plusieurs mois. Il écrit : « En l’écoutant chanter monts et vallées, avec la vie quotidienne au village, ses drames familiaux, ses joies et ses peines, je me persuadais qu’elle atteignait à ces moments-là la plus haute élévation de pensées et de sentiments et, qu’on paroxysme de ses envolées lyriques, une sorte d’ivresse la transfigurait en l’allégeant des misères terrestres.»

Mririda a disparu par la suite dans l’anonymat. Après la guerre, en 1946, René Euloge raconte dans son livre qu’il a sillonné toutes les vallées de la région à sa recherche. Il ne l’a jamais plus retrouvée. Le mystère entoure toujours le sort de cette poétesse rebelle.

René Euloge est décédé en 1985, à l’âge de 85 ans.

«Arrivant d’un monde attardé, voici donc les chants de la Tassaout. Ils nous parviennent comme ces longues fumées bleues, fleurant le thuya et le pin, qui, le soir, s’élèvent au creux des vallées ignorées du Haut Atlas, si lointaines bien qu’aux portes de la vielle Europe» :

Mririda On m’a surnommée Mririda, Mririda,
Mririda, l’agile rainette des prés…
Je n’ai pas, je n’ai pas ses yeux d’or
Je n’ai pas, je n’ai pas sa blanche gorge,
Je n’ai pas, je n’ai pas sa verte tunique.
Mais ce que j’ai comme elle, Mririda,
Ce sont mes zerarit (you-you), mes zerarit
Qui volent jusqu’aux bergeries,
Ce sont mes zerarit, mes zerarit
Dont on parle dans toute la vallée
Et de l’autre côté des montagnes,
Mes zerarit qui émerveillent et font envie…
Car dès mes premiers pas parmi les champs,
J’ai pris doucement les rainettes agiles,
Craintives et frissonnantes dans mes mains,
Et j’ai pressé longtemps leur gorge blanche
Sur mes lèvres d’enfant et puis de jeune fille.
Ainsi m’ont-elles transmis la vertu merveilleuse
De cette baraka qui leur donne un chant,
Un chant si clair, si vibrant et si pur
Par les nuits d’été baignées de lune,
Un chant pareil à celui du cristal,
Pareil au bruit clair de l’enclume
Dans l’air plus sonore qui précède la pluie…
Et grâce au don que m’a fait Mririda
On me nomme: … Mririda, Mririda
Celui qui me prendra pourra sentir
Dans sa main, dans sa main battre mon coeur,
Comme souvent sous mes doigts j’ai senti
Battre le coeur affolé des rainettes…
Dans les nuits baignées de lune,
Il m’appellera Mririda, Mririda,
Le doux sobriquet qui m’est cher.
Pour lui je lancerai mes zerarit aiguës,
Mes zerarit stridentes, prolongées,
Qu’admirent les hommes et jalousent les femmes,
Et telles que jamais n’en connut la vallée…
 
L’écorce :
 
On a écorcé le pin pour vendre l’écorce au tanneur
Et l’écorce repoussera jusqu’à la mort du pin.
Ainsi les peines des hommes :
Les uns s’en vont, d’autres les remplacent, jusqu’à la mort,
puisque Dieu a voulu que repousse l’écorce du pin,
Puisque Dieu a voulu que se succèdent les peines des hommes …
 
****
 
La fibule
« Grand-mère! grand-mère! depuis qu’il est parti,
Je ne songe qu’à lui et je le vois partout …
Il m’a donné une belle fibule d’argent,
Et lorsque j’ajuste mon haïk sur mes épaules,
Lorsque agriffe le pan sur mon sein,
Lorsque je l’enlève le soir pour dormir,
Ce n’est pas la fibule, mais c’est lui que je vois !
–   Ma petite fille, jette la fibule et tu l’oublieras
Et du même coup tu oublieras tes tourments …
– Grand-mère, depuis bien des jours, j’ai jeté la fibule,
Mais elle m’a profondément blessé la main.
Mes yeux ne peuvent se détacher de la rouge cicatrice,
Quand je lave, quand je file, quand je bois …
Et c’est encore vers lui que va ma pensée!
– Ma petite fille, puisse Dieu guérir ta peine !
La cicatrice n’est pas sur ta main, mais dans ton cœur »
 
****
 
Azwu (Brise du soir)
 
Azouou, Brise du Soir, si bien nommée, 
Seras-tu donc toujours cruelle avec moi ? 
De ta porte, jamais je ne m’éloignerai 
Jusqu’à ce qu’elle ouvre ou que je périsse. 
                
Tes yeux sont pour moi le silex à étincelles 
Et tes lèvres entr’ouvertes sur tes dents blanches 
M’attirent vers elles et me fascinent. 
                  
Ton sein a la rondeur des pêches d’Assermoh, 
Ta peau la douceur du duvet de la palombe, 
Tu as un petit tatouage bleu entre les sourcils, 
Celui-ci au menton et ceux-là aux chevilles. 
                     
Et les autres, les verrai-je jamais, Azouou ?… 
Défais ta chevelure sur tes blanches épaules ; 
J’y cacherai ma tête comme la palombe sous son aile. 
                         
Pourquoi me repousser chaque jour sans pitié ? 
Quelle prière, quels cadeaux peuvent te fléchir ? 
Ta voix me pénètre et fait fondre mon cœur 
Et tes hanches, en marchant, font monter mon désir… 
                         
O Brise du Soir ! Quelle crainte te retient ? 
Si tu me prêtes tes lèvres rouges 
Tes lèvres humides te resteront… 
             
Si tu me laisses prendre ton corps, 
Ton corps assouvi sera encore à toi… 
Et nos deux cœurs seront dans la joie !
 

A. Azergui