Le Rif entre en désobéissance

Le Rif a besoin de liberté après un demi siècles de souffrance, de répression et de marginalisation. Ses enfants le savent et le font savoir. Ils sont conscients qu’ils ne peuvent pas être libres alors qu’ils sont sous la botte de la monarchie alaouite qui a jeté dans ses geôles les meilleurs parmi ses enfants. Alors, ils s’en prennent aux symboles de la monarchie installée par la France sur les territoires historiques de la République du Rif (1921-1926). Entrés en désobéissance, ils boycottent les banques marocaines les poussant à fermer leurs portes au nord du pays et en Europe. Ils demandent à être déchus de la nationalité marocaine qui ne les protège pas. Ils plaident aussi leur cause auprès des instances internationales et des gouvernements de pays européens.

Tensions entre le Maroc et les Pays Bas à cause du Rif

Alors que la France observe un silence terrible sur ce qui se passe dans le Rif, les Pays Bas choisissent d’interpeller les autorités marocaines sur le sort des prisonniers politiques rifains, surtout de ceux qui portent sa nationalité. Ce pays ne cesse de critiquer la violation flagrante des droits humains dans le Rif. Les relations entre les deux pays sont très tendues depuis le déclenchement de la révolte rifaine. A cause du Rif, rien ne va plus entre les deux pays.

Jeudi 5 décembre, l’ambassadeur de la monarchie marocaine aux Pays-Bas, Abdelwahab El Bellouki, a annulé une réunion avec la secrétaire d’Etat des Pays-Bas à la Justice et la Sécurité, Ankie Broekers-Knol, qui voulait discuter avec l’ambassadeur la question du rapatriement des ressortissants rifains dont les demandes d’asile aux Pays-Bas ont été rejetées. La monarchie marocaine ne souhaite pas récupérer ces ressortissants qui ont fui le Rif à cause de la répression politique. Des sources ont déclaré au radiodiffuseur NOS que le Maroc voulait étendre l’agenda à d’autres questions, telles que l’emploi et un traité commercial, mais que la ministre s’y opposait.

Le 21 novembre, un media hollandais a rapporté que la ministre Ankie Broekers-Knol n’est pas la bienvenue à Rabat. La ministre a révélé que le refus « lui a été communiqué par voie diplomatique« , reconnaissant que « les contacts avec le Maroc sont problématiques » depuis quelques années.

La monarchie marocaine n’apprécie point les prises de position du chef de la diplomatie des Pays-Bas soutenant ouvertement le mouvement de contestation dans le Rif. Le ministre marocain des affaires étrangère avait exprimé son « rejet catégorique des propos, des actions et des interférences des Pays-Bas au sujet des événements dans le Rif » lors de la réunion tenue le 28 septembre 2018 à New York avec son homologue néerlandais. Par ailleurs, la contestation au Rif a été à l’origine de la convocation, à deux reprises en juin et septembre 2018, de l’ambassadeur des Pays-Bas à Rabat.

Rappelons que des dizaines de militants de la cause rifaine qui craignent d’être arrêtés ont demandé l’asile politique aux Pays-Bas et en Espagne.

Le fardeau de la nationalité marocaine

C’est dans le sillage de ces tensions diplomatiques que douze militants berbères originaires du Rif, résidant aux Pays-Bas et ayant acquis nationalité néerlandaise, ont rendu public récemment un manifeste, daté du 23 septembre, par lequel ils expriment leur souhait de pouvoir se débarrasser de la nationalité marocaine. Dans ce document envoyé aux groupes parlementaires néerlandais, ils accusent le Maroc de tenter de les recruter et de les corrompre.

Dans ce manifeste, les douze signataires expliquent que « depuis les années 1970, le Maroc a créé toute une gamme d’institutions gouvernementales pour espionner, intimider, séduire, recruter et corrompre les Marocains aux Pays-Bas« . Ils affirment que « la nationalité marocaine signifie une vie de peur, d’incertitude, de méfiance« . Les auteurs indiquent aussi qu’ils ne peuvent pas s’exprimer sur la situation au Maroc étant « étroitement surveillés par les services de renseignements marocains« .

Muhand Abttoy, l’un des signataires de ce document a déclaré à notre site que le but de ce document est de dire à la monarchie marocaine qu’ils « refusent d’être considérés comme ses sujets et qu’ils sont des hommes libres. »

Rabat fait tout pour empêcher les Européens nés de parents marocains de s’intégrer dans leurs pays d’accueil qu’ils ont adoptés. Rabat ne cesse d’envoyer des imams et des instituteurs (notamment de langue arabe) pour surveiller et surtout espionner ces citoyens qui ont choisi d’être européens. Le Maroc ne cesse, par exemple, de financer des mosquées et de diffuser le malékisme en Europe. Le malékisme est l’un des quatre rites juridico-religieux de l’islam orthodoxe. Il est aussi néfaste et dangereux que le wahabisme. Pourtant, le Maroc présente ce rite extrémiste et radical comme « modéré » et de nature à empêcher la « radicalisation » des jeunes dont les parents sont originaires du Maroc. En les islamisant, le Maroc s’assure leur contrôle et leur soumission au « commandeur des croyants » [1]. Ceci les éloigne des valeurs démocratiques et les place à la marge des sociétés occidentales. Cette ingérence marocaine est très néfaste dans le sens qu’elle corrompe tous les efforts entrepris pour intégrer ces populations.

Le 24 août 2019, Nasser Zefzafi, leader du mouvement de contestation rifain, a demandé à être déchu de sa nationalité marocaine au même titre que cinq autres militants détenus : Nabil Ahamjik, Ouassim El Boustati, Samir Ighid, Mohamed El Haki et Zakaria Adechour. C’est à travers un live Facebook, massivement relayé sur les réseaux sociaux, que l’annonce avait été faite.

D’après Ahmed Zefzafi, père de Nasser, qui a lu le communiqué attribuée à son fils, les six hommes ont adressé leur demande au ministre de la justice et au procureur général du roi près la Cour de cassation, pour dénoncer « l’instrumentalisation de la justice« , qui a selon eux « rejeté les preuves de leur innocence« . Ils expliquent avoir subi des tortures pendant leurs interrogatoires. Une décision qu’ils justifient par la tournure qu’a pris « leur cause et leur situation qui s’inscrit dans le prolongement de la relation historique qu’entretient l’État marocain avec la région du Rif, basée sur l’exclusion, la répression, le mépris, et toutes les formes de persécution politique, culturelle, sociale, économique et psychologique« . Les signataires appellent « la communauté internationale, ses instances et ses institutions » pour « assurer le suivi de leur dossier à partir de la date de parution de ce document« .

Drapeau alaouite brûlé à Paris

Le 26 octobre 2019, le drapeau marocain a été incendié et piétiné lors d’un rassemblement organisé à Paris par des indépendantistes rifains en hommage à Mohcine Fikri, assassiné de manière barbare en 2016 à Biya, dans le Rif. Il a été broyé dans un camion-benne. Les manifestants ont réclamé l’indépendance du Rif du colonialisme alaouite, brandissant des drapeaux de la République du Rif, fondée par Mohamed ben Abdelkrim el-Khattabi dans les années 1920 contre l’occupation espagnole.

L’atteinte à la bannière de la monarchie marocaine a suscité l’indignation des medias officiels, des parlementaires et d’officiels. Mercredi 30 octobre, l’ambassade du Maroc à Bruxelles a organisé, à travers ses relais, une manifestation pour dénoncer « l’acte de certains séparatistes rifains« . Des centaines de sujets du monarque ont pris part à cette manifestation. Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (dont les membres sont désignés par Mohamed VI) a réagi dans un communiqué publié sur son site officiel, condamnant un acte « puéril » et « lâche ». Ces instances, pour rappel, avaient observé un silence de mort alors que la répression des manifestants rifains battait son plein. Elles étaient favorables aux actions de la monarchie contre le Rif.
Le Code pénal marocain punit de six mois jusqu’à trois ans de prison et de 10 000 à 100 000 dirhams d’amende « l’outrage à l’emblème et aux symboles du royaume« . Un emblème qui est en réalité une pure création française. Le drapeau dit « marocain » a été créé par le dahir du 17 novembre 1915. Ce texte précise qu’ »en raison des progrès réalisés par notre empire chérifien, en considération du renom éclatant qu’il s’est acquis et eu égard à la nécessité de lui constituer un emblème qui le distingue des autres nations, le drapeau adopté par nos ancêtres pouvant être confondu avec d’autres pavillons, en particulier avec ceux qui sont utilisés comme signaux de la marine« , il a été décidé de « distinguer notre drapeau en l’ornant au centre du sceau de Salomon à cinq branches de couleur verte« . Le dahir a été signé par le ministre plénipotentiaire, Délégué à la résidence générale de France à Rabat, Saint-Aulaire.
La propagande officielle nous apprenait, alors qu’on était écoliers, que la couleur rouge symbolisait le sang versé pour l’indépendance et que les cinq branches de l’étoile et leur couleur verte renvoient aux cinq piliers de l’islam. Mensonge. Brûler et piétiner un mensonge, n’est-il pas une forme de résistance face à l’aliénation et au mépris et le début d’une libération ?

Par ailleurs, le drapeau de la République du Rif, décidé par les Rifains eux même, est plus authentique que celui de la monarchie marocaine bâti sur un gros mensonge.

Le fossé s’élargit davantage entre le Rif et la monarchie.

Le rejet de la nationalité marocaine est la conséquence directe de la répression policière, culturelle, sociale, économique, politique et judiciaire qui s’est abattue sur le Rif au cours des trois dernières années. Cette répression a élargi davantage le fossé qui séparait déjà cette région frondeuse des autorités de Rabat depuis les tueries de 1958 perpétrées par l’armée marocaine dans le Rif. Plusieurs régions dans le Rif sont toujours classées zones militaires. Les forces vives de cette région sont obligées de fuir le pays pour l’Europe pour chercher asile et protection. D’autres mènent toujours une vie clandestine. Dans les geôles de la monarchie marocaine à Fès et à Casablanca, les leaders du mouvement rifain subissent des tortures inimaginables. D’un autre âge. Il leur est même interdit de parler rifain avec les membres de leurs familles.

Depuis le 1er novembre, trois détenus incarcérés à Fès sont entrés dans une grève de la faim pour dénoncer les tortures et les comportements dégradants qu’ils subissent.
N’est-il pas alors logique et naturel que ces rifains persécutés partout rejettent la nationalité de la monarchie marocaine ?

Aksil Azergui

 

Disparition d’un pilier de la littérature amazighe

Il est des hommes qui ont choisi d’être libres, qui dérangent par leur franchise, qui réduisent les tabous en miettes dans des sociétés fossilisées, mises à genou par l’islam et l’arabisme. Mohamed Chacha, l’écrivain et poète rifain, décédé mercredi 29 juin à Amsterdam aux Pays-Bas des suites d’une longue maladie, est de cette trempe de Berbères fidèles à eux-mêmes qui ont toujours refusé de plier à la monarchie marocaine, qui ont eu le courage de dire non, de le crier fort, de l’écrire et même de le chanter.CacaFeu Chacha est né le 15 août 1955 à Ikebdanen (Kebdana), près de Nador. Enfant, il a été marqué par la répression de la révolte rifaine de 1959 par le régime de Hassan II. Cette répression sauvage a fait plusieurs milliers de morts dans les rangs des Imazighen d’Arif (Rif). La souffrance qu’elle a provoquée a été gravée dans son esprit. Elle changera à jamais sa perception des choses, de la politique, d’Arif et de la monarchie. Son engagement politique est précoce. A Nador où il poursuivait ses études au lycée Mhend Amezian, il commença à chanter et à faire du théâtre. Il intégra l’organisation d’extrême gauche « En avant » et entra en rébellion contre la tyrannie. Il sera expulsé de son lycée suite à son refus de chanter lors d’une fête officielle marocaine. Engagé sur plusieurs fronts, il finira par s’attirer les foudres des forces de la répression de la monarchie. Il quitta A-if pour les Pays Bas en 1977 pour ne jamais y retourner.

Aux pays bas, le militantisme de Chacha n’a pas pris fin ; il s’intensifia. Il s’engagea dans les associations de défense des droits humains et milita en faveur des droits du peuple amazigh. Au fil des années, il publia des livres en arabe et en amazigh, il participa à des soirées artistiques, il chanta. Il était sur tous les fronts et participe à des rencontres et des conférences en Allemagne, en Belgique, en Espagne et en France. Arif a toujours été au centre de tous ses travaux et sa réflexion. Conscient que les Berbères doivent prendre leur destin en main et s’affranchir de la monarchie marocaine, il contribua à la vulgarisation des concepts comme celui de l’indépendance d’Arif et de la république. Il se définit d’ailleurs comme étant républicain rifain.

Chacha écrit comme il parle. Il dit ce qu’il pense librement. Ses textes sont simples, mais tranchants. Dans une émission qui lui a été consacrée sur Amazigh TV, plusieurs de ses amis, dont le poète et caricaturiste Mhend Abettoy (voir vidéo), expliquent qu’il est « incompris par ses contemporains ». Visionnaire et révolté, il est né avant son temps. « Peut-être que les gens comprendront ce qu’il voulait dire dans une centaine d’années », explique Abttoy. Ses œuvres littéraires sont d’une sincérité rare. Dans ses livres, les tabous tombent en lambeaux. Ils disparaissent. Ils fendent comme neige au soleil. Ses œuvres sont d’énormes espaces de liberté dont on ne sort jamais indemnes. Il a publié « Raẓ, tuɛaryent, d tarewra zeg yiṭan » (1995) et traduit en néerlandais et « Reẓ ṭṭabu ad d teffeɣ tfukt » (Roman/1997), « Ajḍiḍ umi yitwagg celwaw » (Nouvelles /1998) « Cway zi tibbuherya εad war twid » (Nouvelles / 1999), « Abrid ɣer yezran » (2000), Aṛaji (2016), « Tuf teqqen » (roman), Tayri n tayri (Roman), Tarwa n umadal (chants). Il a également publié 4 recueils de poésie en langue arabe.

Chacha a rejeté toutes les idéologies dominatrices et rêvé de révolution et de libération des Imazighen.

Feu Chacha était aussi l’un des animateurs d’Amazigh TV, une cyber-TV qui émet des Pays Bas. Il a effectué une série d’interview et de chroniques sur la littérature et la vie politique dans le Rif. Chacha est né et a vécu libre et en colère. Il est mort en homme libre. Dans son testament, il a appelé à ce que la prière funéraire musulmane ne soit pas faite sur sa dépouille. Son souhait a été respecté par sa famille. Des femmes ont aussi assisté à son enterrement. Il a fédéré dans sa mort des femmes et des hommes amoureux de la liberté et de l’amazighité.

A. Azergui

Thidrin…..Raconte-moi le Rif !

« Thidrin » (épi de blé ou de maïs en langue amazighe) est parmi les groupes engagés de musique amazighe que j’apprécie beaucoup. Je souhaite partager avec vous cet article que j’ai consacré à ce groupe en août 2005 et publié sur le site de Tamazgha. Je rappelle que ce groupe a sorti, il y a quelques années son deuxième CD « Biya.

« Thidrin » est l’icône d’un Rif opprimé dans le sang et qui refuse de plier au joug et à l’arbitraire. Trente ans après une existence presque « clandestine », ce groupe de musique berbère renoue avec la scène et accouche, dans la douleur de l’exil, de son premier opus : « Muh’and Ameqran ».

Rifuznik

« Thidrin » est une légende. Un tatouage indélébile. Le Rif conté dans la douleur, dans les larmes. Il est l’histoire fantastique d’un groupe de jeunes militants de la première heure déterminés à défendre une grande cause : l’amazighité. Le moyen : des guitares, des rythmes anciens rénovés, des voix chaudes et des poèmes audacieux, crus et provocateurs.

Animé par le désir de s’affirmer, le groupe « Thidrin » se lance à la recherche de soi-même, du passé spolié et de l’identité tatouée par des siècles de mépris. Durant trois décennies, plus de 20 cassettes de ce groupe légendaire ont circulé sous le manteau. Les membres de « Thidrin« , sages révoltés dans un Rif rebelle, ont toujours vécu avec le spectre de la prison qui planait sur eux. La chanson était pour ces épris de liberté et de justice, le seul moyen d’expression sur la situation du Rif à une époque marquée par la répression. Avec les incontournables Twattun (« les oubliés »), Walid Mimoun et tant d’autres groupes et chanteurs, « Thidrin » dénonce, revendique et lutte pour la dignité bafouée. Déterminés, ils chantent la résistance, la terre, l’oppression subie par le Rif et la liberté d’un peuple otage sur sa propre terre. « Qui peut vous oublier, vous qui êtes morts par les balles du makhzen ? », « jusqu’où ? », « Tamazight« , « Tilelli », « Abrid inu », « A degm fsigh d ametta » …, sont autant de poèmes chantés résumant l’histoire de ce groupe révolutionnaire étroitement liée à celle de la terre qui les a vu naître : Le Rif.

Hassan, le père spirituel

H. Thirdin est une légende vivante, ici dans un concert à Tanger en 2005

Le fondateur du groupe, Hassan Thidrin à 50 ans. Svelte, vêtu de noir, la figure charismatique de la chanson amazighe engagée dégage une énergie sans égale. Affaibli par la maladie, ce sage Rifuznik, fin connaisseur du Rif et des maux qui le rangent, raconte l’histoire du groupe, entouré de Mhend Abttoy et Jamal Paco, deux jeunes membres de « Thidrin » exilés en Hollande. Voix basse et amère, il me chuchote : « Interdits de studio, nous chantons l’identité berbère, l’émancipation de la femme, le désespoir d’une jeunesse étouffée et privée de son identité et la douleur de l’exil et de l’éloignement ». « Nos cassettes circulaient de main en main et atteignaient les villages les plus reculés du Rif« . « Netγennij, ad’ar di barr’a, ad’ar di rh’abs (on chantait, un pied sur scène, un autre en prison) », me dis ce grand amoureux de la culture amazighe. Des thèmes qui, selon Paco, étaient vus comme « subversifs » à l’époque. « Il était difficile durant les années 70 et 80 de se dire Amazigh, de chanter dans cette belle langue interdite et d’enregistrer dans des studios des chansons en tamazight avec une pareille thématique ». Thidrin l’a assumé. Il l’assume toujours.

Izuran (racines)

Conscients de leur identité et déterminés à lutter pour le recouvrement des droits du peuple berbère, les membres du groupe ont parcouru les montagnes du Rif pour collecter des poèmes anciens et des proverbes. Leur œuvre est le fruit d’un travail de longue haleine, de recherche lexicale et musicale inspirée d’anciens rythmes amazighs mais résolument inscrite dans la modernité. Selon Hassan, « Thidrin » incarne l’espoir et la continuité d’une identité qui émerge après un mépris qui a duré depuis plus de 2.000 ans. Le groupe est à l’image d’un épi de blé qui servira de semences. Thidrin s’est distingué durant des décennies par son style original et spécifique qui marie les anciens rythmes amazighs et la World Music.

L’exil

Après la révolte du Rif de 1984 et la répression qui s’est abattue sur la région, le groupe, menacé, se déracine et s’exile en Hollande. Hassan, quant à lui, choisit de rester dans le Rif. Déchiré par l’exil et par une immigration très difficile à vivre, le groupe entame l’enregistrement de son premier CD « Muh’and Ameqran » ; un hommage à Abdelkrim, un héros du Rif. Un véritable hymne à la liberté. Le travail durera deux longues années dans des conditions difficiles. « D’énormes sacrifices ont été consentis par tous les membres du groupe. On travaillait sans cesse, délaissant nos familles », me confie Mhend Abttoy, également poète et artiste-peintre. Ironie du sort : l’enregistrement terminé, sortis du studio à 2h00 du matin, un grand camion percute la voiture qui transportait tous les membres du groupe et a failli tous les tuer, raconte Mhend ému.

Bon Vent mes amis.

A. Azergui