MAROC : Un enfant amazigh dépossédé de son prénom !

Cette nouvelle affaire révèle le racisme anti-amazigh et le mépris de l’Etat marocain dans toute sa splendeur. Imaginez cette situation :  un enfant est né le 17 novembre 2004 à Boulmane dans le Moyen Atlas. Ses parents l’appellent Ayyur. C’est leur droit le plus élémentaire. L’officier de l’état civil l’inscrit sur les registres de l’Etat civil. Jusqu’ici tout va bien, mais un beau jour, l’enfant est dépossédé officiellement de son prénom. Il a été effacé tout simplement et de nouveaux actes de naissance sont délivrés à la famille, avec à la place du prénom, un matricule. Un numéro. L’enfant n’a plus d’existence. D’identité. Il est prisonnier de l’absurdité des officiels.Ayyur1 Ayyur2

Cette affaire kafkaïenne se déroule dans un pays où la monarchie a fait de la langue amazighe une langue officielle depuis 2011, et où Mohammed VI en personne a « entouré l’amazighité de sa haute sollicitude ». Enfin, c’est ce que les médias officiels et l’Ircam nous répètent à longueur de discours, d’émissions télé et d’articles. Un attrape-gogo. La réalité est malheureusement amère. Dans ce pays, les Imazighen sont traités comme des sous hommes, leurs droits violés, malmenés et combattus. Le cas d’Ayyur n’est pas isolé.

Au « plus beau pays au monde », plusieurs enfants sont toujours privés de porter des prénoms amazighs. Ces derniers peuvent être refusés pour n’importe quelle raison et par n’importe quel officier de l’Etat civil zélé ou amazighophobe, sans craindre de représailles ou de poursuites judiciaires. Normal, le Maroc est loin d’être une démocratie.

Les autorités marocaines ont annoncé à plusieurs reprises que les prénoms amazighs sont autorisés, mais en réalité, l’interdiction est la règle. L’amazighophobie a la peau très dure. Le cas d’Ayyur vient le prouver une nouvelle fois.

L. Azergui

Tamazight langue officielle, un mensonge politique !

La monarchie marocaine a fait de Tamazight une langue officielle depuis 2011. A force de répéter ce mensonge politique, la plupart des Imazighen ont fini par le croire par naïveté ou faire semblant d’y croire par intérêt. Certains, parmi les plus zélés, se sont même transformés en véritables chiens de garde de la nouvelle politique berbère de la monarchie initiée par la création de l’Ircam, entraînant avec eux des artistes, des acteurs associatifs et des militants locaux et parfois même venus d’autres régions de l’Afrique du nord. Ces derniers sont appelés en renfort pour chanter les louanges de la monarchie qui a « sauvé » les Berbères et redonné vie à la graphie Tifinagh. Le dernier exemple de cette servitude volontaire à laquelle s’adonne certains Amazighs est la commémoration de « troisième anniversaire de la constitutionnalisation de l’amazigh » par une association dite amazighe à Tiznit.
tiznitL’article 5, un écran de fumée

Le fameux article 5 de la constitution marocaines reconnaît Tamazight comme langue officielle en usant d’une véritable gymnastique sémantique qui l’a vidé de tout son sens. Si on analyse cet article, on se rend compte que cette langue aura toujours une place secondaire au sein d’un Etat qui se veut d’abord arabo-musulman. Cet article dit : « L’arabe demeure la langue officielle de l’Etat. L’Etat œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle. »

Comme on vient de le voir, l’arabe demeure la langue officielle. De ce fait, elle sera protégée et développée. Son utilisation sera promue. L’amazigh, constitue une langue officielle de l’Etat, mais (faites attention) en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. On remarque ce qui suit :

1- Les deux langues officielles sont séparées et traitées dans des paragraphes distincts. L’arabe d’abord et l’amazigh par la suite. Ce qui laisse entendre une relation hiérarchique entre les deux langues et une différence aussi entre ceux qui les pratiquent, étant le lien étroit entre langue et identité.
2- L’amazigh ne remet pas en cause la prééminence de l’arabe. Il apparaît comme un « rajout » à une donnée fondamentale : « l’arabe est la langue officielle de l’Etat« .
3- La langue amazighe est « une langue officielle » en tant que « patrimoine commun à tous les Marocains« . Cette notion de « patrimoine commun » pose aussi problème. Son but étant de tuer la communauté amazighe, de dissoudre le peuple amazigh dans l’arabité. Les Berbères ont le droit, en tant que patrimoine, à cette langue, mais pas en tant que communauté ou en tant que peuple. A travers cette notion, l’Etat tend à exclure toute reconnaissance des droits des minorités ou de communautés linguistiques ou territoriales, ou même de droits linguistiques des individus. Tamazight n’est pas la propriété des Amazighs qui n’ont aucun droit particulier sur leur propre langue, mais un patrimoine commun à la « nation marocaine ». Celle-ci qui se veut « unie » refuse ainsi de reconnaître ses composantes ethnolinguistiques. Reconnaître une spécificité linguistique à certaines régions par exemple mène à ancrer dans le droit une distinction berbérophones/arabophones, ce qui portera ainsi atteinte à l’unité linguistique et culturelle de « la nation ». Les implications politico-juridiques d’une telle reconnaissance sont considérables. Derrière cette approche se profile à l’évidence le « spectre de la sécession berbère » enraciné dans l’univers idéologico-politique des pays de l’Afrique du nord depuis les années 1930 avec le prétendu « dahir berbère » ou encore « la crise berbériste » au sein du mouvement nationaliste algérien des années 40.
4- Le Royaume du Maroc (…) réaffirme ce qui suit et s’y engage : « Approfondir le sens d’appartenance à la Oumma (nation, ndlr) arabo-islamique, et renforcer les liens de fraternité et de solidarité avec ses peuples frères« . Et puis un autre paragraphe dans le préambule : « Le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ». En parlant des « dimensions de l’identité marocaine« , on remarque une absence totale de chronologie, sachant que l’amazighité est l’élément premier. Elle est le fondement même de l’identité nord-africaine, pas uniquement une composante. Cette définition réductrice relègue aussi aux oubliettes nos origines africaines.
5- Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue.
Ici on introduit une conditionnalité avec tous les aléas politiques qui peuvent l’accompagner et aussi une réserve à priori quant aux champs d’application de cette officialité. Cette loi pourrait réduire à néant le principe affirmé. On ignore quand-est-ce-que cette loi organique verra le jour. On l’attend toujours, presque trois ans après la constitutionnalisation.
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Légère différences…
Qu’est-ce-que cet article 5 de la constitution marocaine apporte de nouveau et de particulier par rapport à ce qui existe dans d’autres Etats d’Afrique du nord ? Dans la constitution algérienne, on peut lire dans l’article 3 : « L’Arabe est la langue nationale et officielle« . Art 3 bis : « Tamazight est également langue nationale. L’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire nationale « .
Pour sa part, la constitution tunisienne promulguée le 17 janvier 2014 est très claire. Dès son premier article, elle affirme ceci : « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime. Il n’est pas permis d’amender cet article« .Concernant la notion du « patrimoine commun », ce même principe est également exprimé dans la constitution algérienne (article 3 bis) : « Il est la langue de tous les Algériens« .
Un article intéressant figure aussi dans le préambule de la constitution algérienne : « L’Algérie est terre d’islam, partie intégrante du Grand Maghreb arabe, terre arabe, pays méditerranéen et africain… »
On remarque que le socle idéologique des trois Etats est le même : l’arabo-islamisme, une idéologie toxique et génocidaire.

Exploitation politique.

Le seul à tirer profit de ce mensonge de la constitutionnalisation est l’Etat marocain, et ce n’est surtout pas l’Amazighité. Cette reconnaissance tronquée est bénéfique à plus d’un titre à la monarchie qui en tire profit pour redorer son blason et ancrer sa légitimité. Elle se présente désormais comme une force favorable à l’amazighité, un bouclier protégeant les Imazighen face à des formations politiques arabo-islamistes hostiles à tout ce qui est amazigh. Cette reconnaissance, pour rappel, a été exigée par Mohamed VI alors que ces mêmes formations s’opposaient à toute reconnaissance. Certaines associations et acteurs du Mouvement amazigh ont mordu à l’hameçon. Ils ont applaudi et tiré aussi profit de la situation par ce qu’ils avaient été largement récompensés.
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Depuis cette « constitutionalisation », Rabat est devenue la destination des tous les « berbéristes » de l’Afrique du nord et même de la diaspora. On y vient pour se « ressourcer », visiter les nouveaux locaux de l’Ircam et faire des emplettes en livres en Tifinagh édités par l’Ircam et que ce dernier offre gracieusement, faute de pouvoir les vendre. La monarchie tend même à vendre son modèle de gestion de la question amazighe à d’autres pays comme la Libye. On a vu les Libyens adopter précipitamment Tifinagh-Ircam sans qu’aucun débat ne soit provoqué localement pour décider de la graphie à choisir. Cette graphie, imposée politiquement par Mohamed VI lui-même, est légitimée par sa reconnaissance officielle. Profitant de cette « ouverture sur l’amazighité », Rabat se permet même d’intervenir dans des dossiers touchant en premier lieu Imazighen, comme on l’a vu avec le MNLA, et à donner des leçons à d’autres Etats.

Sur terrain, rien de nouveau !

La constitutionnalisation et la communication déployée depuis trois ans par l’Etat à travers ses médias, l’Ircam et les associations qui lui sont affiliées et subventionnées ont apporté leurs fruits. Le message est simple : « Tamazight est officielle grâce au roi ». Elle est enseignée. Imazighen ont une télévision. Des masters ont été ouverts dans les universités. La culture amazighe est reconnue. Bref : Tout va bien. buxus1

Mais sur le terrain, tout cela n’est que mensonge. Tamazight n’est pas officielle. Aucune loi réglementaire définissant « le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue » n’a vu le jour jusqu’à maintenant. La situation de l’enseignement de cette langue est catastrophique. Il est en déclin. Tamazight n’est que folklore à la télé. Elle peine à trouver son chemin dans les médias, les administrations publiques et les tribunaux. Des prénoms amazighs sont toujours interdits. Les Imazighen souffrent de l’apartheid dans leur pays. Ils sont colonisés. Leurs terres sont volés et distribuées aux commis de l’Etat. Et ce n’est pas la constitutionnalisation de leur langue, ni sa reconnaissance officielle, ni l’Ircam qui les libérera de cette situation. Le mal est plus profond. son remède doit être radical.Ircam

A. Azergui

POINT DE VUE : Tamazight langue officielle, et après ?

Il y’a juste un an, Tamazight a été consacrée langue officielle dans la nouvelle constitution marocaine, approuvée par référundum avec un score brejnévien de 97,58 pc. Certains milieux, notamment parmi les berbères de service, avaient qualifié cette constitutionnalisation, voulue par le roi, de «révolution blanche», d’autres de «séisme politique». Un an après, à part quelques avancées minimes et sans grand intérêt, la situation de la langue amazighe n’a pas changé. La monarchie œuvre toujours et sans relâche à travers ses relais à pervertir le combat pour l’amazighité et à corrompre les élites amazighes. Elle y parvient.

L’enseignement de la langue amazighe piétine toujours

L’article 5, une poudre aux yeux :

La monarchie, d’essence arabo-islamique et même divine, a minutieusement tout préparé. Si on analyse l’article 5 de la constitution qui consacre désormais l’Amazigh comme langue officielle, on se rend compte que cette langue aura toujours une place secondaire dans un pays qui se veut arabo-musulman. La constitutionnalisation permettra certes à la langue amazighe de survivre linguistiquement. Mais, politiquement, rien ne changera. Examinons le fameux article 5:

L’arabe demeure la langue officielle de l’Etat. L’Etat œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception.

Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle.

Comme on vient de le lire, l’arabe DEMEURE LA langue officielle. De ce fait, elle sera protégée et développée. Son utilisation sera promue. L’amazigh, constitue une langue officielle de l’Etat, mais (faites attention), en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. On remarque ce qui suit :

1- Les deux langues officielles sont séparées et traitées dans des paragraphes distincts. L’arabe d’abord et l’amazigh par la suite. Ce qui laisse entendre une relation hiérarchique entre les deux langues et une différence aussi entre ceux qui les pratiquent étant le lien étroit entre langue et identité. Je rappelle que la langue amazighe est parlée par plus de 75 pc de la population selon un document officiel publié sur le site du Gouvernement marocain maroc.ma(1). Sur ce même document, on peut lire que les arabophones ne représentent que 25 pc.

2- La langue amazighe est « une langue officielle» en tant que « patrimoine commun à tous les Marocains.» Cette notion de «patrimoine commun» pose aussi un problème. Son but étant de tuer la communauté amazighe, de dissoudre le peuple amazighe dans l’arabité. La monarchie est en train de nous dire qu’il n’y a pas de peuple amazighe et qu’il n’y a que des «sujets de SM d’origine amazighe», mais pas d’Amazigh tout court. Les Berbères ont le droit, en tant que patrimoine à cette langue, mais en tant que communauté, non.

Alors qu’aucune allusion n’a été faite à la notion de «patrimoine commun » lorsqu’on parle de l’arabe. Pour la monarchie, nous sommes arabes. Point, c’est tout. D’ailleurs, dans le préambule de cette même constitution, elle nous rappelle ce qui suit :

Le Royaume du Maroc (…) réaffirme ce qui suit et s’y engage : 

– Approfondir le sens d’appartenance à la Oumma (nation ndlr) arabo-islamique, et renforcer les liens de fraternité et de solidarité avec ses peuples frères. Voilà, tout est dit.

 Et puis un autre paragraphe dans le préambule :

Le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen.

En parlant des «dimensions de l’identité marocaine», on remarque une absence totale de chronologie, sachant que l’amazighité est l’élément premier. Elle est le fondement même de l’identité marocaine, pas uniquement une composante. Cette définition réductrice relègue aussi aux oubliettes nos origines africaines.

3- Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue

 On n’ignore quand est ce que cette loi organique verra le jour, est ce qu’elle prendra en compte tous les acquis accumulés jusqu’ici dans les domaines de l’enseignement, des libertés, de la graphie (je rappelle que l’actuel chef du gouvernement marocain avait annoncé son rejet de toute notation du berbère en graphie tifinagh, plaidant pour la graphie dite «arabe»). Et comme les législateurs ont 19 lois organiques de ce type à préparer, le berbère risque d’attendre encore plusieurs années.

La nouvelle politique berbère de la monarchie :

L’article 5 n’est qu’une poudre aux yeux, comme l’était l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), créé une dizaine d’années auparavant par le roi du Maroc. Toutes ces mesures font partie de ce qu’on peut appeler désormais : «la nouvelle politique berbère de la monarchie marocaine» inaugurée par la création de l’Ircam le 17 octobre 2001. Son but : dépolitiser le combat amazigh, le vider de son contenu politique qui dérange énormément le régime tout en lui donnant à travers l’Ircam et les associations qui lui sont liées un contenu «culturaliste» dans lequel les revendications amazighes portent sur la langue, la culture, la poésie, les contes, la chanson et le folklore, mais jamais sur le pouvoir politique qui continue à se revendiquer arabe sur une terre historiquement et sociologiquement amazighe.  La monarchie semble nous dire : «Vous Berbères, faites de la culture, laissez la politique aux Arabes».

Violences, mépris et discriminations :

Malgré la constitutionnalisation et cette «reconnaissance» tant chantée par les officiels et certains berbères de service, les Amazighs font toujours face à des discriminations et à la violence réelle et symbolique de l’Etat, quand à l’utilisation de leur langue. Je rappelle à tous ceux qui affirment que le combat amazigh est clos après « la constitutionnalisation» qu’ils se trompent lourdement et que le combat ne fait que commencer. Les Imazighen ne revendiquent pas uniquement la constitutionnalisation de leur langue (et surtout pas sous la forme de l’article 5), mais aussi des emplois, des droits, des infrastructures de base. Ils veulent vivre dans la dignité et dans une société démocratique, laïque et débarrassée de l’arbitraire. Mais, le régime semble tout faire pour les en empêcher.

– Deux détenus politiques amazighs Mustapha Ousaya et Hamid Ouadouch croupissent toujours dans la prison de Toulal à Meknès. Ils sont condamnés en 2007 à une peine de dix ans de prison ferme chacun. Deux autres ont été arrêtés récemment pour avoir pris part à des manifestations organisées par le mouvement amazigh pour revendiquer des emplois, des infrastructures de base, comme les routes et l’eau potable. L’année dernière, le roi du Maroc a gracié plusieurs dizaines d’islamistes radicaux, dont certains étaient condamnés à des peines de trente ans de prison ferme après les attentats de Casablanca. Ces militants, condamnés pour servir d’exemple, ont été exclus.

– A Imiter, des habitants organisent un sit-in depuis août dernier contre l’exploitation de leurs ressources hydrauliques par la Société métallurgique d’Imiter (SMI), propriété du roi du Maroc. Ils revendiquent aussi des emplois. Ces populations vivent dans la misère totale alors que sous les terres de leur région se trouve l’un des plus gros gisement d’argent en Afrique. En décembre dernier, un militant amazigh Mustapha Ouchtobane a été arrêté et condamné à quatre ans de prison ferme pour avoir soutenu les habitants et impliqué dans leur combat pour la dignité.

– Les prénoms amazighs sont toujours interdits. Le ministère marocain de l’intérieur a mis en place une liste des prénoms interdits, essentiellement amazighs dont : Tara, Mazilia, Sifaw, Tin-Ass, Dihia et autres.

–  La langue amazighe a été interdite au parlement, après une intervention de la députée Fatima Tabaâmrant (photo) en langue amazighe le 30 avril dernier. Le motif de l’interdiction : l’absence des traducteurs. Je rappelle que des partis politiques comme le PJD et l’istiqlal, résolument anti-amazighs et racistes, sont contre toute utilisation de l’amazigh au parlement.

– Il est toujours interdit aux Amazighs de fonder des partis politiques. Le PDAM a été dissous par les autorités juste après sa création. La loi interdit la création de partis sur des bases raciales, religieuses ou linguistiques. Tous les partis politiques marocains sont fondés sur l’arabité et l’islam. Ils sont donc illégaux.

– L’enseignement de l’amazigh, qui a commencé en 2003, piétine toujours à cause de résistances politiques. Selon des chiffres officiels difficiles à vérifier, l’amazigh est enseigné dans quelque 4 000 établissements primaires. Il bénéficie seulement à 545 000 élèves, soit 15 pc d’élèves en neuf ans. Des départements de langue et de culture amazighes ont été également ouverts dans les universités d’Oujda, Fès, Agadir, Tétouan.

Souveraineté :

En officialisant la langue amazighe (de cette façon) et en l’introduisant dans l’enseignement et dans les médias (à travers la piètre Tamazight TV), le pouvoir marocain traite les Imazighens comme une «minorité» qui revendique la reconnaissance de droits spécifiques.

Il est temps que le peuple amazigh revendique sa souveraineté sur sa propre terre. Le recouvrement de la souveraineté amazighe est inséparable du recouvrement de l’identité amazighe de l’Etat marocain qui se considère comme arabo-musulman. La souveraineté : Voilà exactement sur quoi doivent porter les revendications amazighes pour mettre en échec la politique anti-berbère de la monarchie.

Notes :

* Le texte de mon intervention (enrichi) lors d’une conférence organisée samedi 30 juin à Viviez Decazeville (Occitanie) dans le cadre de la 10ème fête des langues.

1- Texte en arabe, dont voici la traduction de la partie qui évoque le pourcentage des Amazighs : « Les Marocains, Arabes et Amazighes, se distinguent par la langue qu’ils utilisent pour communiquer entre eux : l’arabe ou l’amazigh. Selon des sources officielles, les Arabes constituent 25 pc de l’ensemble de la population alors que les Amazighs constituent la majorité restante. »

Axel Azergui