« IL EST DE NOTRE DEVOIR DE RÉSISTER ! »

Voici le texte intégral d’une interview inédite qui m’avait été accordée le 6 novembre 2007 par Feu M’bark Oulaarbi, le leader du groupe Saghru Band disparu en 2011. Je lui avais demandé de répondre à quelques questions alors que je préparais un article sur la nouvelle génération de chanteurs engagés dans le Tafilalt. L’article avait été publié début 2008 sur le site tamazgha.fr sous le titre « les passeurs de mémoire» Ce n’est que récemment que j’ai retrouvé le texte de cet interview et décidé de le rendre public pour vous faire découvrir une autre facette de cet artiste qui nous a quittés à le fleur de l’âge. Interview :

Nba

Nba

1- Qui est M’bark Oularbi ?

Je suis artiste. Je suis né et grandi à Mellab, un petit village au sud-est du Maroc. J’ai 25 ans, chômeur. Je suis licencié en droit public français (option : Relations internationales).

2- Parle-nous de ton parcours, depuis quand vous faites de la musique ?

Comme beaucoup de jeunes de mon village, j’ai commencé à jouer dès mon enfance sur un instrument que j’ai fabriqué moi-même avec une planche comme manche et un bidon (je me rappelle bien de ces bidons d’huile fournis à nos famille par des organisations internationales) et des cordes que je tirais des câbles du frein d’un vélo.

Dès mon enfance les rythmes traditionnels d’Ahidus m’ont profondément marqués (je joue également à Ahidous, c’était ma première source d’inspiration.)

A l’école je faisais déjà du théâtre et de la peinture ! Au collège j’ai concrétisé mon rêve avec tout ce besoin de révolte en moi ! Mon frère m’avait offert ma première et vraie guitare, c’était une guitare classique ! J’ai alors commencé à jouer, à composer, à chanter et à interpréter sans aucun respect des règles. Après, j’ai fait beaucoup d’efforts personnels pour apprendre un peu de solfège, de tablature et de lyrisme. J’ai chanté sur scène lors de toutes les soirées et cérémonies organisées au collège et au lycée. C’est au cours de cette même période que j’ai commencé à enregistrer mes essais avec mes amis chez nous à l’aide de la radio cassette de la maison. Ma famille a été toujours mon soutien et mon espoir. J’ai beaucoup de chance, car c’est trop difficile dans nos régions de faire accepter ça à nos familles (faire de la musique NDLR). A cette époque j’ai déjà été influencé par la chanson engagée. Je chantais Timès, Idir, Matoub et Aït Manguellat, Walid Mimoun, Khalid Izri. Ce sont ces chanteurs que j’écoutais souvent à la maison et à l’ex-association culturelle et sportive Amagha de mon village. J’ai aussi rencontré beaucoup d’artistes aux soirées des associations amazighes de sud-est comme Izri, Elwakili Hamid, Massinissa, Agizoul et Mallal.

La faculté c’est ma dernière étape de formation. Avec ses souffrances, ses larmes et ses sourires. Notre combat continue. Rien ne pourra me faire taire !

3- Parle nous de votre groupe « Saghru ».

Saghru est un groupe de musique, contestataire bien sûr, qui a beaucoup souffert et qui a choisi de défendre la cause amazighe à travers l’art et la musique.

Si la « politique » se manifeste dans chacun de nos choix personnels et crée, avec réussite, une éthique nous permettant de vivre ensemble, alors nous n’avons pas besoin de faire plus que de jouer notre musique. Mais, quand la politique devient une escroquerie permettant de manipuler les citoyens par des groupes avides qui s’octroient tous les privilèges, alors il est  notre devoir de résister et de réagir politiquement à travers toutes formes d’art.

Le nom du groupe est inspiré de Saghru, la bataille au cours de laquelle mes ancêtres ont donné beaucoup de leçons aux colonisateurs. Comme vous le savez aussi, cette montagne de Saghru est la plus massive dans toute l’Afrique du nord, elle a subi beaucoup de transformations pour devenir comme elle est actuellement. Le nom est symbolique en lui-même, historique et philosophique aussi.

Notre groupe est composé des jeunes artistes qui veulent vraiment travailler et donner quelques choses à Tamazight. Nous sommes cinq : Moi ; je fais la guitare, l’harmonica, je compose et je chante. Mon petit frère Khaled : guitare, chants. Najib : arrangeur et claviste. Yassine : Notre bassiste qui nous a quittés dernièrement pour aller en Allemagne dans le but de continuer ses études. Pour réaliser notre premier album, on a été soutenu par Rachid Fahim, Amnay en chorale et Itran Clan, un groupe de rap engagé qui vient d’être formé à Tinghir.

4- Quelles sont les thématiques de vos chansons ?

Le premier rôle de la musique est de développer l’esprit et le cœur et d’étaler au grand jour les possibilités d’obtenir des idées subtiles ou plus abouties sur tous les sujets. Le deuxième est de cicatriser, d’apaiser et d’encourager l’espoir.

Le troisième est de briser les idées cristallisées pour susciter la rébellion et pousser à se battre pour changer les choses.

Je dénonce dans mes chansons le mépris et la marginalisation dont on souffre. Je réclame notre identité et nos droits. Je chante aussi la révolte, l’amour, la paix, la quête de justice. Je me suis influencé par tant d’artistes dont Matoub, Brassens, Brel, Bob Dylan et Idir. J’aime aussi Oulahlou et sa façon d’exposer les choses. Un artiste qui dit la vérité comme Oulahlou peut changer les esprits et transformer la vie des gens comme peu de politiciens peuvent le faire. Nos efforts personnels sont peu de choses comparés aux siens mais nous avons un rôle à jouer pour rendre les « bâtards » honnêtes.

5- Êtes-vous aussi compositeur ?

Oui bien sûr, j’ai ma propre et forte poésie. Je chante aussi la poésie d’autres poètes parce que j’aime toujours partager mes passions et mes émotions et je laisse toujours la porte ouverte à tous les compositeurs à condition que leur poésie respecte mon style !

6- Avez-vous avez pris récemment part à des festivals ou à des soirées ?

Non je n’ai jamais assisté à un festival. Chez nous les festivals sont monopolisés par ce pouvoir qui a mis la main sur tout. Et bien sûr, avec mon discours c’est tout clair. Ils ne vont pas m’inviter pour les attaquer. Les responsables invitent toujours les traîtres pour mieux ancrer la folklorisation de Tamazight. Je parle des festivals organisés par cet Etat. Concernant les soirées, comme je l’ai déjà cité, j’ai assisté a plusieurs soirées organisées par des associations amazighes et par le mouvement amazigh au sein des facultés (à Mellab, Tinghir, Tizgi, Tizi n imnayen, Agadir, Meknès, Imtghren, Alnif, Taghezout, Boumal n dades.)

 
7- Comment vous évaluez la situation actuelle de la chanson amazighe au Sud-est ?

Évidemment, dans une société de « cons » comme la notre où tout doit être industrialisé, c’est difficile d’imaginer qu’il puisse y avoir une place pour une vraie musique. La musique est réduite à un rôle de symbole. Mais une musique pour la pensée, pour l’âme n’a pas de place dans notre société. Il y a donc une cohésion entre la politique des mensonges et la musique industrialisée, entre le matérialisme absolu et la surdité. Heureusement, que la conscience commence à se développer à travers les mouvements sociaux de contestation. Franchement je pense que ça ira mieux. Y’a de nouveaux jeunes artistes qui ont une forte volonté d’être. Il faut encourager les artistes amazighes, ne pas critiquer pour critiquer et éviter les insultes et les injures gratuites. Il faut mettre fin à cette trahison héritée de Boukhous (le roi berbère).

 8- pourquoi le choix de la guitare, un instrument peu utilisé dans la région ?

 
Je joue de la guitare depuis l’âge de 13 ans. Il m’arrive parfois de jouer à d’autres instruments et d’essayer d’autres styles, mais la guitare correspond à des sentiments profonds en moi, à un besoin de révolte, un besoin de tout remettre en cause.

9- Est ce que vous avez des projets de CD ?

Notre premier Album intitulé « Muha » sera prêt dans deux semaines.

10- Un dernier mot peut être ?


J’espère que ma musique pourra servir à réunir des âmes de tout horizon, de toute confession, et de toutes les couleurs. Mon message  est un message d’amour, de paix et de fraternité et mon rêve et de voir plus tard s’étendre la chanson amazighe engagée au sud-est et dans d’autres régions du pays. Merci à vous de m’avoir donné cette occasion pour s’exprimer.

Entretien réalisé par A. Azergui

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Assassinat d’un militant du Mouvement amazigh à Marrakech : Barbarie, mensonges et manipulations

Le 23 janvier 2016, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis acquis aux thèses du Polisario, armés de sabres et de haches ont attaqué cinq étudiants, militants du Mouvement amazigh, à l’entrée de la faculté des lettres de Marrakech, leur provoquant de graves blessures. Parmi les blessés figurent Omar Khaleq, âgé de 26 ans. Cet étudiant originaire d’Ikniwen, un village situé dans la province de Tinghir, a reçu plusieurs coups donnés par des haches et des sabres. Omar qui a obtenu sa licence en histoire à l’issue de l’année universitaire 2014-2015 à l’université Cadi Ayad et poursuivait cette année ses études de master au sein de cette même université, a succombé à ses blessures le 28 janvier 2016.

La victime a été inhumée le 29 janvier dans son village natal. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à ses funérailles.

Barbarie

revendication de l'assassinat

Revendication de l’assassinat

Les assaillants, cagoulés, s’étaient acharnés sur Omar Khaleq, alias « Izem ». Un coup de sabre a transpercé sa cage thoracique et endommagé ses poumons. Sa boite crânienne et l’un de ses bras ont été également fracturés. L’attaque visait à donner la mort.

Juste après ce crime, les assaillants ont revendiqué fièrement leur acte sur la page Facebook des « étudiants sahraouis à Marrakech ». La rhétorique utilisée dans ce message est guerrière. Le message parle de quatre blessés et d’un cinquième laissé pour mort – allusion faite à Omar Khaleq – et aussi de « violence révolutionnaire » dont il faudra user contre le Mouvement amazigh.

L’attaque a été préméditée et soigneusement préparée. Les étudiants qui y sont impliqués seraient venus spécialement d’Agadir pour l’accomplir.

Mensonges et désinformation

La plupart des médias marocains ont relié cette information depuis le jour de l’attaque en évoquant des affrontements entre étudiants sahraouis et autres membres du Mouvement amazigh universitaire à Marrakech, sans donner plus de détails. Ces médias tentaient de brouiller les pistes parce qu’il n y’avait pas, en réalité, d’affrontements directs entre les deux parties. Le but de ces médias étant de décrédibiliser le Mouvement amazigh et le taxer de violent, alors qu’il est le seul à avoir proposé à toutes les formations politiques au sein de l’université une charte appelant au rejet de la violence.

Les assaillants avaient attaqué des étudiants qui venaient de sortir de leurs examens. Il n’y avait donc pas d’affrontements.

Le deuxième mensonge est propagé par le ministère de l’enseignement supérieur de l’Etat marocain. Dans un communiqué non daté diffusé sur sa page Facebook, il affirme que Omar Khaleq n’était pas inscrit à l’université et n’était pas étudiant, alors qu’un communiqué de l’université de Marrakech, où la victime poursuivait ses études, confirme que l’étudiant est bien inscrit à l’université. Dans ce même communiqué, le ministère menace les étudiants impliqués dans des violences d’exclusion et de privation de bourses.

Cette thèse officielle a été également propagée par des médias marocains. Certains sont même allés trop loin. Pour eux, la victime, Omar Khaleq, travaille dans une entreprise de sécurité et n’était pas étudiant.

Manipulation

Jeudi, le jour de la mort de Omar Khaleq, la deuxième chaîne de télévision marocaine 2M a diffusé un reportage sur l’assassinat. La chaîne a manipulé les faits présentant la victime en premier lieu comme « défenseur de la marocanité du Sahara » et par la suite comme un « grand défenseur de la cause amazighe ». La chaîne a diffusé une série de témoignages d’étudiants pour approuver sa thèse. 2M a ainsi utilisé le meurtre pour manipuler l’opinion. En axant sur le Polisario, la chaîne tend à faire oublier aux téléspectateurs que la victime est d’abord un militant du Mouvement amazigh et s’il a été tué c’est par ce qu’il défend avec acharnement son amazighité et non la « marocanité du Sahara ». Sinon, pourquoi la chaîne a oublié les quatre autres militants également visés par les assaillants. Pourquoi 2M ne leur a pas donné la parole puisqu’ils sont hospitalisés et blessés parce qu’ils défendent la prétendue « cause nationale » du Sahara.

Les raisons de l’attaque

D’après des étudiants membres du Mouvement amazigh contactés sur place, les raisons de l’attaque sont claires. Quelques jours avant ce meurtre, le Mouvement amazigh a animé une activité à la cité universitaire de Marrakech pour exiger que des étudiants originaires de provinces lointaines et pauvres puissent bénéficier d’aides similaires à celles dont profitent les étudiants originaires du Sahara occidental. Ces derniers ont le droit de se déplacer par train ou pas bus gratuitement, bénéficient de bourses, d’aides financières et d’un droit d’inscription au master et au doctorat sans subir d’examens. Ces avantages ont été mis en place par la monarchie pour corrompre les habitants de ces régions et les amener à défendre les thèses marocaines sur la Sahara occidental.
La plupart des membres du Mouvement amazigh à Marrakech sont originaires de la région de Dra-Tafilalet. Ils exigent de bénéficier, eux aussi, de droits comme les avantages sur les tarifs des transports et l’accès aux cités universitaires, ce que les autorités leur refusent parce qu’ils ne sont pas « sahraouis ».

Le communiqué honteux du ministère

Le communiqué du ministère

Pour rappel, le mouvement estudiantin amazigh organise chaque année des manifestations à Tinghir pour exiger plus de bourses et d’aides aux étudiants.

Pressions

Juste après la mort de Omar Khaleq, les autorités ont exercé des pressions sur sa famille pour l’enterrer la nuit-même au le lendemain au lever du jour. Le but étant d’empêcher que des milliers de personnes prennent part à ses funérailles. Malgré ces pressions, des milliers de militants sont arrivés à Ikniwen le vendredi matin pour assister à l’enterrement. Le même jour, des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes de la région et dans plusieurs universités. Des appels à manifester devant le parlement marocain à Rabat ont été lancés.

Ces pressions sont courantes. Après la mort de Mbark Oularbi, leader du groupe Saghru Band, les autorités d’Imtghren avaient également exercé des pressions similaires sur sa famille, empêchant des dizaines de personnes venues de loin d’assister à son enterrement.

« Justice »

D’après des médias marocains, au moins onze personnes, tous des étudiants sahraouis, ont été arrêtées et poursuivies pour meurtre avec préméditation. Le tribunal de Marrakech a refusé de les poursuivre en état de liberté vu la gravité des faits qui leur sont reprochés. Ceci dit, e Mouvement amazigh doit être très vigilant et ne pas faire confiance aux tribunaux marocains. Il ne doit pas avoir la mémoire courte. On se rappelle tous comment les autorités marocaines ont manipulé, en 2007, des étudiants arabistes, allant jusqu’à leur verser de l’argent, pour attaquer des étudiants amazighs dans plusieurs universités, notamment à Imtghren et à Meknès, et comment plusieurs dizaines de militants amazighs avaient été blessés grièvement, arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prisons. Suite à de faux témoignages et à des preuves fabriquées de toutes pièces, deux de ces militants Mustapha Ousaya et Hamid Ouadouch, croupissent toujours dans la prison de Toulal à Meknès pour des meurtres qu’ils n’ont jamais commis.

Le tribunal de Marrakech pourra libérer les criminels qui ont tué Omar Khaleq dès que l’agitation et la colère provoquées par cet assassinat s’estompe, ou encore les condamner à des peines très légères et symboliques. Tout est possible dans la monarchie de Mohammed VI où l’injustice est monnaie courante.

Etrange coïncidence

Alors que des étudiants arabistes attaquent des étudiants amazighs à Marrakech, l’administration de la prison de Toulal à Meknès informe Mustapha Ousaya qu’il a été gracié et qu’il sera libéré le 20 mai prochain, alors que son codétenu, Hamid Ouadouch, n’a pas bénéficié de cette mesure. Les deux détenus, qui étaient condamnées en 2007 à dix ans de prison chacun, convaincus de leur innocence, avaient toujours refusé de solliciter la grâce royale.

Vigilance

Il n’est pas exclu que la police de la monarchie procède à l’arrestation de militants amazighs suite au meurtre de Omar Khaleq. Le Mouvement amazigh doit redoubler de vigilance et tirer les leçons des précédentes attaques menées contre ses membres. Il est également temps que le Mouvement amazigh universitaire unisse ses forces, se structure et s’organise pour faire face aux forces ennemies qui aspirent à le provoquer afin de l’attirer vers la violence.

A. Azergui

Lu pour vous : Un article sur « Yennayer » tiré de « Encyclopédie Berbère »

A l’occasion de l’approche du nouvel an amazigh 2965, je vous souhaite une très bonne année (Aseggwas ameggaz). Si vous désirez apprendre plus sur Yennayer, lisez l’article de Nedjima Plantade en cliquant ici.

Ennayer est le nom du premier mois du calendrier Julien et dérive manifestement du Latin Ianuarius (Janvier). C’est aussi le nom que porte une fête célébrée dans toute l’Afrique du nord en relation avec le solstice d’hiver bien que généralement celui-ci soit assimilé à la fête de Mouloud Aïsa du 24 djambir (décembre) julien, correspondant au Noël chrétien. D’après E. Destaing, le Mouloud Aïsa qui était fêté huit jours avant Ennayer était connu dans l’Aurès sous le nom de Bou Ini, cette appellation serait, selon cet auteur, dérivée du latin Bonus Annus. J. Servier rejette cette interprétation, sans doute avec raison, mais l’explication qu’il propose est loin de donner satisfaction : il y voit une contraction de « Bu-Imnian » (le jour des piquets de tente), commémorant le geste de semi-nomades revenant de transhumance et inaugurant ainsi leur cycle sédentaire.

nouvelanEnnayer, qui est appelé aussi Haggus chez les Berbères du Maroc, est la Porte qui ouvre l’année, l’Ansara au solstice d’été est celle qui la ferme. Mais la fête principale est bien l’Ennayer qui dure, selon les régions, deux, trois ou quatre jours. Le dernier jour de l’année, la veille de l’Ennayer, est conçu comme un jour de deuil et la cuisine s’en ressent. Le plus souvent on se prive de couscous qui est remplacé par du berkoukes, boulettes de farine cuites dans un bouillon léger. Ailleurs on ne consomme que du lait ou des légumes secs cuits à l’eau ou encore des pédoncules d’arum, comme en Kabylie.

A quelques détails près, les rites de l’Ennayer sont les mêmes d’un bout à l’autre du Maghreb et, comme le constate J. Servier, ne présentent guère de différences entre les Arabophones et les Berbérophones. Toujours selon cet auteur, les rites de l’Ennayer peuvent être ramenés à quatre préoccupations dominantes : écarter la famine, présager les caractères de l’année à venir, consacrer le changement saisonnier de cycle et accueillir sur terre les Forces invisibles représentées par des personnages masqués. Donc l’Ennayer est marqué, en premier lieu, par la consommation d’un repas riche de bon augure et tous doivent sortir de table rassasiés afin que l’année soit prospère. Il n’est pas étonnant que pour ce repas on prépare des mets ou des friandises inhabituels, tels des gâteaux aux œufs (harira de Tlemcen), des crêpes et beignets de toutes sortes. Il est d’usage dans la plupart des villes et campagnes marocaines ou algérie nnes de manger à l’Ennayer le plat des « sept légumes » fait uniquement de plantes vertes. A peu près partout on sacrifie des poulets ou des chevreaux ou moutons. En Kabylie où l’Ennayer est moins fêtée que dans le reste de l’Algérie, on consomme ce jour là une tête de bœuf qui est auparavant brandie au-dessus du garçon né dans l’année, afin qu’il soit « une tête » dans le village. C’est ce jour-là aussi qu’est pratiquée sur ce garçon né dans l’année la première coupe de cheveux. En plusieurs régions éloignées les unes des autres (à Blida, chez les Beni Hawa à l’ouest de Ténès, chez les Beni Snous dans la région de Tlemcen) il est signalé, à l’occasion de l’Ennayer, la consommation de racines et du cœur de palmier-nain (voir Doum). On explique cette coutume par l’espoir que l’année soit verte comme les plantes consommées et comme les jonchées de palmes et autres plantes vertes sur les terrasses ou le sol des tentes.

Comme l’écrit joliment E. Destaing, tel vous trouve l’Ennayer, tel vous serez durant toute l’année. Il faut, ce jour-là, se montrer gai, aimable, généreux, riche et les personnes qui s’abordent échangent des souhaits. Les cultivateurs se renseignent sur le temps qu’il fera pendant les premiers mois de l’année en examinant les boulettes de berkoukes ou le sang des animaux sacrifiés. Dans le même espoir, les Kabyles allaient converser avec leurs bœufs et leurs chèvres.

Au cours de la fête de l’Ennayer, des masques divers interviennent, réclamant de l’argent ou des mets destinés à la célébration collective, ce sont « l’âne aux figues » à Nédroma, le Bu Bnani à Tlemcen, le Bu Reduan dans l’Ouest tunisien, ailleurs un chameau ou un lion mais le personnage le plus important est la Vieille de l’Ennayer.

La Vieille se présente comme une fée dont on menace les enfants qui ne mangent pas suffisamment le jour de la fête ; elle leur ouvrira le ventre et le bourrera de paille. On a soin de réserver, sous un plat une partie du dîner destinée à la vieille. Enfin de nombreuses légendes font intervenir ce personnage connu dans toutes les régions méditerranéennes, la Vieille intervient régulièrement dans les explications données sur l’emprunt des « jours manquants » de février.

Bibliographie :

Doutté E., Marrakech, Paris 1905.
Doutté E., Magie et religion en Afrique du Nord, Alger, 1909.
Destaing E., « L’Ennâyer chez les Beni Snouss », Revue africaine, t.49, 1905, p.51-70.
Destaing E., « Ennâyer », Encylopédie de l’Islam, t.I.
Laoust E., Mots et choses berbères, Paris, Chalamel, 1920.
Bourrilly J., Eléments d’ethnographie marocaine, Paris, Larose, 1932.
Benhadji Sarradj, « Fêtes d’Ennayer aux Beni Snous », IBLA, n°51, 1950, p.247-257.
Servier J., Traditions et civilisation berbères. Les portes de l’année, Edit. du Rocher, Monaco, 1985.

Extrait de :
Encyclopédie Berbère, XVII.
p. 2644.

DOSSIER : Disparition de Muhend Saïdi Amezian, un an déjà !

Il y’a un an (21 décembre 2013), disparaissait Muhend Saidi Amezyan, un artiste peintre, caricaturiste et calligraphe très engagé dans la défense de l’identité amazighe. Né à Midelt dans le Moyen Atlas, en 1964, cet artiste avait succombé à un cancer.

Feu Muhend lors d'un atelier à Imtghren (Errachidia)

Feu Muhend lors d’un atelier à Imtghren (Errachidia)

Muhend a été de tous les combats du Mouvement amazigh. Il avait animé des ateliers dans presque toutes les facultés du pays et dans diverses associations amazighes aussi. Il a dessiné, peint et caricaturé en toute liberté. Ses œuvres dérangeaient par leur franchise, leur force. Il aimait provoquer et choquer. Il n’a jamais baissé l’échine ni capitulé devant les pressions multiples qu’il avait subies de la part des autorités, notamment à Imtghren où il enseignait les arts plastiques.

Muhend était un artiste, un vrai. Il créait comme il respirait. Il a toujours mis son art au service de l’amazighité.

Dans ce dossier que nous lui consacrons, nous publions un article inédit de Muhend, fruit d’une coordination qui a duré plusieurs mois avant qu’elle ne soit interrompue par sa maladie. Nous le publions pour vous montrer une nouvelle facette de cet artiste aux multiples talents. Il y explique sa vision de l’art.

Nous publions aussi des témoignages de certains de ses amis en Tamazight et en Français.

POUR LIRE NOTRE DOSSIER :

A. Azergui

MY COUNTRY, I’VE THE NAUSEA!

At least thirty-six victims, five hundred houses destroyed, dozens of roads and bridges – recently built – gutted. And above all, a dull and black rage against the authorities. This is a result of the flooding caused by torrential rains that from two weeks they fall in several regions of southern ‪#‎Morocco‬. mortsThese floods have revealed the true face of the Moroccan State: horrible, miserable. Firstly because of the weakness of the infrastructure in the South and Southeast, and then for the impotence of his civil defense, military, institutions that don’t care about anyone or anything. Nothing was done to save men and women dragged off to death under the eyes of their powerless relatives. The various state services have shone everywhere by their absence, or almost. Normal! This part of the country is useless. Has no right. Neither highways nor railways, hospitals or universities or schools. The axis Casablanca-Tangier-Kenitra won all major development projects, while other areas are living in extreme poverty. The South has undergone the anger of the authorities and the whims of an inhospitable nature, while its mineral wealth is daily looted by unscrupulous companies. ‪#‎Imider‬ (Tinghir) is a witness.

A victim of the flood devoured by dogs

A victim of the flood devoured by dogs

Just seeing the pictures of dead bodies transported on tree branches and piled up later in the municipal rubbish trucks to realize that life is not worth anything in these regions. The living and the dead have no rights. We have seen men who have thrown themselves in full of the flood to save people, because they knew that no firefighter would go to their rescue. Nobody cares about them. Dead or alive, they know this since decades.

Just seeing the pictures of how the civil protection and military mobilize considerable resources – including helicopters and bulldozers – to save European tourists victims of these floods to realize that the life of a Moroccan is not worth anything. Wednesday, November 26 two tourists, a Pole and a Spaniard, blocked by flood in Zagoura, have been rescued by helicopter, according to Moroccan media, while residents stuck with them have been abandoned on site.
The whole region is suffering in the indifference and is facing a major disaster. The authorities don’t move a finger.

While whole regions are on high alert because of the floods, the inhabitants – especially in the Atlas – are cut out of the world and is difficult to find enough food, the government closes its eyes and refuses to declare a state of natural calamity in the stricken areas to prevent these regions seek help and compensation. The Moroccan government is looking elsewhere. It sends two airplanes full of donations, including food and medicines, in Liberia. Another provocation. The PJD, the Islamist party in the government, helped to arrange, Saturday November 29, a demonstration in support of Palestinians in Bouyzakaren, one of the stricken towns.

Even more kafkian, whereas these days Marrakech has hosted an international forum for human rights. Surely to boast the « progress » made by Morocco in this field.

In a democracy, the heads would already be fallen. Here, will be offered medals. Thirty-six dead! Thirty-six victims of disastrous state policies. A respected state would have already declared the national mourning. But no. Why the hurry? The Moroccans are worth nothing and deserve nothing but humiliation and death!

My country, I’ve the nausea !

Traduction de l’article « Mon pays, j’ai la nausée » paru dans le Huffpost

Merci à Rita pour la traduction

A. Azergui

 

L’humiliation au delà de la mort !

Au moins trente-six victimes, plus de cent-cinquante maisons détruites, plusieurs dizaines de routes et de ponts récemment construits éventrés. Et surtout, une colère noire et sourde contre la monarchie. C’est le bilan des inondations provoquées par les pluies diluviennes qui s’abattent depuis deux semaines sur plusieurs régions du sud de Tamazgha Occidentale. mortsRégions «inutiles »

Ces inondations ont révélé le vrai visage de l’Etat marocain : hideux et misérable. D’abord par la faiblesse de ses infrastructures dans les régions du sud et du Sud-Est, et puis par l’impuissance de ses pompiers, de ses militaires et de ses institutions qui ne se soucient de rien et de personne. Rien n’a été fait pour sauver de pauvres femmes et hommes que la crue trainait vers la mort devant les yeux impuissants de leurs proches. Les différents services de l’Etat ont brillé partout par leur absence ou presque. Normal ! Cette partie du pays est inutile. Elle n’a droit à rien. Ni aux autoroutes, ni au réseau ferroviaire, ni aux hôpitaux, ni aux universités, ni aux écoles. L’axe Casablanca – Kénitra – Tanger a raflé tous les grands projets de développement, alors que les autres régions vivent dans une misère noire. Le Sud ne subit que la colère de la monarchie et les aléas de la nature inhospitalière alors que ses richesses minières sont pillées au quotidien par des entreprises qui ne rendent compte à personne. Imider en est témoin.

Mépris

Il suffit de voir ces images de morts transportés sur des branches d’arbres et entassés par la suite dans un camion poubelle de la Mairie pour se rendre compte que la vie ne vaut pas un clou dans ces régions. Les vivants comme les morts n’ont aucun droit. On a vu des hommes se jeter dans la gueule de la crue pour sauver des victimes par ce qu’ils savaient qu’aucun pompier ne volera à leur secours. Personne ne se soucie d’eux. Morts ou vivants. Ils le savent depuis des décennies.

Il suffit de voir aussi ces images de pompiers et de militaires, mobiliser de gros moyens, dont des hélicoptères et des bulldozers, pour sauver des touristes européens victimes de ces mêmes inondations pour se rendre compte que la vie d’un Amazigh ne vaut rien. Mercredi 26 novembre, deux touristes, une polonaise et un espagnol, bloqués par la crue à Zagoura, ont été secourus, selon des médias marocains, par hélicoptère alors que des habitants bloqués avec eux ont été abandonnés sur place.

Toute la  région souffre dans l’indifférence et fait face à une catastrophe de grande ampleur. Les autorités ne bougent pas le petit doigt. Les habitants n’ont pas la chance d’être des palestiniens.
Pendant ce temps…

Alors que des régions entières sont en alerte maximale à cause de ces inondations et que des habitants coupés du monde, notamment dans les Atlas, ne trouvent pas de quoi se nourrir, la monarchie marocaine ferme les yeux et refuse de déclarer l’état de catastrophe naturelle dans les régions sinistrées dans le but d’empêcher ces régions de bénéficier d’indemnisations et d’aides conséquentes. Le gouvernement marocain regarde ailleurs. Il se permet d’envoyer deux avions remplis de dons royaux, notamment de denrées alimentaires et médicales, au Liberia.

Autre provocation. Le PJD, le parti islamiste au gouvernement, se permet d’organiser ce samedi 29 novembre un meeting de soutien aux Palestiniens dans la ville de Bouyzakaren, l’une des villes sinistrées.

Plus kafkaïen encore, au moment de ces entorses aux droits des habitants, un forum international des droits humains se tient à Marrakech. On y vantera certainement les « avancées enregistrées » par la monarchie alaouite dans le domaine des droits de l’Homme.

Deuil national !

Dans une démocratie, des têtes seraient déjà tombées. Chez nous, elles seront couronnées. Des médailles leur seront offertes. Trente-six morts ! Trente-six victimes de politiques étatiques désastreuses, ségrégationnistes et racistes. Un Etat qui se respecte, aurait déjà déclaré un deuil national. Mais non. Pourquoi se presser ? Le Berbère, ce sous-homme dominé, colonisé et méprisé, ne vaut rien et ne mérite rien si ce n’est l’humiliation et la mort !

Réaction ridicule. Le palais royal a promis la prise en charge de l’enterrement des victimes de ces inondations. Pas plus. Le palais ne fait en réalité qu’enterrer des habitants que ses politiques ont permis d’achever.

A. Azergui

Sud-Est

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MOROCCO: Enough to the mosques construction !

We had already mentioned here the number of children who die of cold in many remote villages of the Atlas mountains, including Anefgou and Imilchil. The Moroccan authorities have responded to these tragedies taking action in these areas, but not taking care to provide them with roads and sanitation services or other infrastructure useful to allow people to live in dignity, but… building mosques for them. Yes! Mosques!MOSKWhenever children die of cold and hunger in Atlas villages, whenever people manifest to demand rights, roads and basic infrastructure, the authorities respond to them by building mosques. « Beautiful » and great mosques for the souls wounded by the dictatorship and the need, to allow them to escape the poverty caused by decades of plundering the country’s wealth by the monarchy. The contrast is striking between the  »Anarchitecture » of these mosques with their minarets, modern and huge, almost intimidating compared to the modest houses of the villages which have no infrastructure worthy of this name.A mosque? What’s more effective to manipulate unemployed people and lead them to take refuge in Arabic opium? The mosque is not just a « religious » building but also an ideological tool, a very effective place to distill the poison of Islamism and arabization. A mosque is an outpost of religious fundamentalism, obscurantism and Arab-Islamic colonization. It’s a mortal danger to the AmazighIdentity. Building mosques seem to be a “natural » answer adopted by the authorities in front of all the problems that plague the population.
mosquéeHassan II had shamefully taxed his « subjects » to offer a great mosque in Casablanca, while people were dying and suffering from the underdevelopment. He managed to numb his « loyal subjects », explaining that their misery is inevitable, a divine will (and by extension real-royal). Thousands of mosques have been built in the past two decades in the Amazigh villages. The castaways of life have only two options: to leave the region and go to swell the shanty towns of the North, or take refuge in a mosque, « accepting their fate » and « giving thanks to God »: a comforting escape.
People don’t need mosques. They need roads, schools, libraries, cinemas, universities, conservatories and businesses. It’s time to say no to the mosques.
Mosquée construite à Imilchil

Mosquée construite à Imilchil

A. Azergui

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