WIN U TDEΓWT

Godot

Tout habitant de Tafilalt-Dra a certainement attendu « U Tdeghwt » ou « U Dra » des centaines de fois, dans une administration, un hôpital ou devant une école, un marché, une faculté.

Voici le premier jet d’une pièce de théâtre légèrement inspirée de « En attendant Godot » de Samuel Beckett et qui se déroule dans le Tafilalet.

J’ai fait le choix d’écrire comme on parle au quotidien sans néologisme et sans artifices pour permettre à chacun de comprendre.

Si vous pensez pouvoir jouer cette pièce, faites-le.

Le texte en PDF :

Win U Tdeght 28 mars

Traduction d’un chant berbère sur Zaïd Ou Hmad daté de 1936

Service des Affaires Indigènes
Région de Marrakech
Cercle de Dadès-Todgha
Bureau de Msermrir.

Traduction d’un chant berbère sur Zaïd Ou Hmad
Chant composé par le cheikh Ahmed Ou Bassou des Aït Hadidou d’Anefgou en avril 1936 à l’Outerbat.

Réunissez-vous pour une fête et préparez le couscous de la noce
Il nous est parti un homme qui s’en est allé dans la montagne
Il reste sur les sommets les plus élevés et tue des gens.
Lorsqu’il tue un homme les parents de la victime s’adressent aux parents du meurtrier
Les chefs maghzen sont plus fort que nous et font ce qu’ils veulent
Ils nous ont démoli Tiourtatine, Touracht
Ils n’ont même pas laissé des abris pour les pauvres
Tous les jours des gens sont emprisonnés
Tous les jours nous avons quelqu’ennui nouveau
Les Aït Atta ont fait au bandit une grotte
Comme pour la vache à laquelle on donne de l’herbe
Les Aït Atta recueillent le lait et à nous reviennent les cornes qui nous frappent.
Mohaddach est allé causer au haqem et à dit ce qu’il a voulu
Il a creusé une mine de feu en dessous des Aït Yafelman
Mais lorsqu’il l’a allumée la flamme est revenue sur lui
Et l’a confondu en faisant apparaître la vérité.
Notables si vous pouvez vous réunir, réunissez-vous
Pour faire payer aux Aït Atta tout le mal qu’ils nous ont fait.
Asseyez-vous, nous allons causer avec les Aït Atta
Et leur faire rendre tout ce que nous avons versé.
O Houqqam, faites nous la justice de dieu,
Ou bien laissez-nous libres de régler notre différend par les armes.
Nous sommes maintenant ennemis
Et nous nous rencontrerons sur nos chevaux
Nous nous battrons même avec des pioches
Jusqu’à ce que nous soyons tous blessés et impuissants come des moutons.
Entre nous et nos ennemis aucun arrangement n’est possible.
Si les Aït Atta nous vainquent nous leur donnerons le Ferkla
Mais si nous sommes les plus forts ils nous rendront tout ce que nous avons payé.
Tous étaient au courant des exploits de celui qui a tué des hommes
Et a tué des gens sur les pistes
Et personne n’osait aller couper du bois en montagne
Il était comme un lion, personne ne pouvait l’approcher
Contre toute vraisemblance vous avez feint de l’ignorer
Comme si vous vouliez dissimuler le bled Ignaouen qui est chez vous.
Les Ignaouen ont mangé la cervelle et nous ont laissé les cornes.
Dieu lui, l’a vu, mais il lui a caché le visage
Il voulait le garder jusqu’au jour du jugement dernier pour le présenter au monde
Les accusations sont dangereuses comme le feu sur la montagne.
S’il n’avait pas été découvert nous serions restés comme des enfants.
Des « sebenias » auraient recouvert nos têtes
Tandis que les Aït Atta seraient restés sur des couches moelleuses.
Une fiancée a donné du « jaoui » et du « beghour » à Mohadach
Et est restée sur la couche d’un Aït Atta.
Les Aït Atta qui prennent les premiers la parole pour mentir
Déclarent que cet homme n’est par des leurs mais des nôtres
Qu’il ne leur est rien et que pour ses forfaits il faut s’en prendre à sa tribu
Il est vrai qu’il est des nôtres mais il a pris son vol et nous a échappé
Qui peut attraper le chacal de la montagne ?
Les Aït Atta savaient très bien où il se tenait
Ils l’ont laissé pour qu’il te tue, o Haqem
Les Aït Yafelman ne l’ont pas vu
Mais nos ennemis nous ont accusés,
Pour reprendre Amezgar dans le Ghéris.
Un officier avait épousé deux femmes
Mais la femme Aït Atta ne pouvait supporter celle des Aït Yafelman
Et tous les jours il la frappait
Celle des Aït Atta avait de beaux vêtements de soie et des bracelets
Celle des Aït Yafelman ne possédait qu’une natte.
Un capitaine ventait la femme des Aït Atta
Mais le maghzen a su trouver la vérité
Je n’ai plus rien à dire, tout est maintenant terminé.

Fait à Msemrir le 30 novembre 1936

Le texte en PDF :

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Les étudiants amazighs victimes d’une nouvelle attaque à Agadir

Samedi 19 mai, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis se réclamant du Polisario ont attaqué des étudiants de la filière des études amazighes (cycle Master) qui passaient leurs examens à la faculté des lettres d’Agadir. Les assaillants, cagoulés, ont utilisé des armes blanches, des serpes, des sabres et des pierres.

En réaction à cette attaque, la police de la monarchie marocaine a interpellé 35 militants de la cause amazighe. Ils seront libérés par la suite. Trois assaillants ont été aussi arrêtés. Cette attitude de la police marocaine est pour le moins étonnante : alors qu’elle est censée protéger les agressés, elle procède plutôt à leur arrestation.

Etudiant sahraoui portant une arme blanche.

Une attaque délibérée

Trois semaines avant cette attaque, les militants du mouvement amazigh étaient victimes de provocations, précise le Mouvement Amazigh estudiantin dans un communiqué daté du 21 mai. Les militantes sont menacées de viol. Les étudiants sahraouis parasitent les activités culturelles, intimident les militants, les menacent de mort. Ils avaient même tout essayé pour impliquer les étudiants amazighs dans des actes de violences. Malgré tout cela les militants Amazighs ont choisi de ne pas réagir par la violence.

La nuit du mercredi 16 mai 2018, un militant a échappé aux poursuites d’une bande armée de 12 personnes. La nuit du jeudi 17 mai, les étudiants sahraouis ont attaqué des étudiants amazighs par des pierres provoquant six blessés parmi eux.

« Pour ne pas tomber dans l’abîme de la violence et pour que les examens passent dans une ambiance favorable, les militants ont quitté la faculté le vendredi 18 mai, à l’exception des étudiants inscrits dans la branche des études Amazighes, qui auront des examens ce même jour », précise le communiqué.

Ce même jour, les étudiants sahraouis ont forcé les portes des chambres des étudiants amazighophones pour les vandaliser dans une nouvelle tentative de provocation. « Durant toute la nuit du vendredi, cette bande s’est mis à stocker leurs armes au milieu de la faculté. Le samedi matin, ces criminels sont sortis de la cité universitaire, divisés en deux groupes pour encercler la faculté et s’en prendre aux militants et étudiants amazighs. L’administration de la cité universitaire et les administrations des facultés étaient au courant de tout ce qui va se passer », ajoute le communiqué, mais avaient choisi de ne pas intervenir pour protéger les étudiants.

Les assaillants avaient poussé leur insolence jusqu’à procéder à des contrôles d’identité pour chercher des étudiants originaires de la province de Tinghir. Ils réclamaient aux étudiants leurs cartes d’identité. Des étudiants amazighs sont traqués, molestés et intimidés sous le regard des agents d’autorité.

Le Mouvement amazigh particulièrement visé

Depuis son émergence dans les universités au début des années 1990, les militants berbéristes ont fait face à des harcèlements et à des provocations de la part de mouvements islamistes et de la gauche arabiste.

Les premières attaques menées contre les militants du mouvement amazigh par l’extrême gauche panarabiste, soutenue par des étudiants sahraouis se revendiquant du Polisario, remontent à 2003. Mais, c’est en 2007 que ces attaques se sont intensifiées. Des expéditions punitives ont été menées contre les étudiants berbéristes dans les facultés de Taza, Ameknas, Agadir et Imetghren, avec la bénédiction des autorités. Des centaines de militants avaient été arrêtés, d’autres condamnés à de lourdes peines de prison. Des dizaines de militants ont été blessés grièvement.

Assassinat de Omar Khaleq

Jamais ces violences n’avaient provoqué de morts, jusqu’au 23 janvier 2016. Ce jour-là, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis, armés de sabres et de haches, ont attaqué cinq étudiants militants du Mouvement amazigh, près d’une faculté à Marrakech, leur provoquant de graves blessures. Parmi les blessés figurait Omar Khaleq, un étudiant originaire de Tinghir dans la région de Dra (sud-est).

Cet étudiant, qui a reçu plusieurs coups donnés par des haches et des sabres, a succombé à ses blessures le 28 janvier. La victime avait été inhumée le 29 janvier dans son village natal. Plus de 15 000 personnes ont assisté à ses funérailles.

Cette nouvelle campagne de violence visant le Mouvement amazigh dans les universités de Tamazgha occidentale a pour but, probablement, de provoquer les étudiants amazighs afin de les impliquer dans des actes de violence, ce qui permettra aux autorités marocaines de procéder à de nouvelles arrestations massives.

Vigilance

Dans son communiqué, le Mouvement estudiantin rappelle qu’il est pacifique et qu’il ne réagira pas la violence à ces provocations et attaques, par ce qu’il est conscient que les assaillants sont manipulés par les autorités pour damer le pion au mouvement amazigh de plus en plus présent sur la scène universitaire.

Par : Aïssa Jebbour (avec la rédaction).

« Agdud n Imilchil », histoire d’une dépossession

Le Festival d’Imilchil se tiendra cette année du 22 au 24 septembre.

« Agdud« , « Moussem des fiancailles« , « Festival de la musique des cimes« , trois noms pour désigner un seul événement. Ils illustrent parfaitement ainsi l’histoire de la dépossession des Aït Hdiddou de leur Agdud (grand marché annuel) par les autorités marocaines.

Autrefois, cet événement, connu localement sous le nom d’ »Agdud« , était un grand marché où se rencontraient vers les débuts du mois de septembre, à la fin des moissons, toutes les tribus de la confédération des Aït Yafelman pour s’approvisionner en vivres avant les premières neiges qui bloquaient les pistes d’Asif Melloul (2 000 m d’altitude) où les Aït Hdiddou s’étaient implantés depuis le 17ème siècle. L’Agdud se déroulait sans grand tapage en raison de l’éloignement des Aït Hdiddou des grands axes routiers.

Ce n’est qu’en 1965 que le ministère marocain du tourisme découvre cet Agdud authentique. Il en dépossède la tribu, l’officialise et le rebaptise « Moussem des fiançailles« . L’Agdud devint alors célèbre. Dans ses brochures, le ministère explique que tout homme désireux de prendre femme peut se rendre à Imilchil et se marier sur le champ avec une femme de la tribu. A l’origine de cette tradition singulière, une légende dont le ministère a fait la promotion. A force d’être répété, ce mensonge a fini par être adopté. Aux touristes avides d’exotisme, on raconte qu’un jeune homme et une jeune femme qui voulaient se marier en furent empêchés par leurs familles par ce qu’ils appartenaient à deux tribus différentes, les Ayt Yazza et Ayt Brahim. Désespérés, ils décidèrent de de se donner la mort. Ils se jetèrent alors chacun dans un lac. C’est ainsi que les lacs Isli et Tislit ont gagné leurs renommée désormais mondiale. Traumatisés par cette perte, les Aït Hdiddou décidèrent alors d’accorder la liberté à leurs enfants quant aux choix de leurs conjoints.

Au fil des années, le festival acquiert une notoriété internationale. La région attire des milliers de touristes, mais le quotidien des Aït Hdiddou reste le même : misère et précarité. Ni écoles, ni routes, ni infrastructures. L’Agdud, le marché, a fini par perdre de son utilité initiale. Marginalisé, il n’est fréquenté que par peu d’habitants.

Au début des années 2000, le centre Tarek Ibn Ziyad, présidé par Hassan Aourid, récupère le « Moussem des fiancailles ». Il lui change de nom. Il devient « Festival des musiques des cimes ». Cette implication du centre Tarek Ibn Ziyad ne change rien à la situation de la région. Les Aït Hdidou ont été tout simplement dépossédés de leur Agdud sans qu’on leur demande leur avis. Les Aït Hdiddou subissent les décisions prises à Rabat ou à Meknès.

La situation de cet Agdud est révélatrice de la politique anti-amazighe initiée par la monarchie marocaine depuis des décennies. Celle-ci a récupéré à travers ses institutions plusieurs manifestations culturelles amazighes avant de les folkloriser et les vider de leur utilité, poussant même les Imazighen à s’en éloigner et à s’en démarquer.

A Lire sur ce même sujet  : « Libres femmes du Haut-Atlas ?, Michel Kasriel, L’Harmattan, Paris, 1989

A. Azergui

« IL EST DE NOTRE DEVOIR DE RÉSISTER ! »

Voici le texte intégral d’une interview inédite qui m’avait été accordée le 6 novembre 2007 par Feu M’bark Oulaarbi, le leader du groupe Saghru Band disparu en 2011. Je lui avais demandé de répondre à quelques questions alors que je préparais un article sur la nouvelle génération de chanteurs engagés dans le Tafilalt. L’article avait été publié début 2008 sur le site tamazgha.fr sous le titre « les passeurs de mémoire» Ce n’est que récemment que j’ai retrouvé le texte de cet interview et décidé de le rendre public pour vous faire découvrir une autre facette de cet artiste qui nous a quittés à le fleur de l’âge. Interview :

Nba

Nba

1- Qui est M’bark Oularbi ?

Je suis artiste. Je suis né et grandi à Mellab, un petit village au sud-est du Maroc. J’ai 25 ans, chômeur. Je suis licencié en droit public français (option : Relations internationales).

2- Parle-nous de ton parcours, depuis quand vous faites de la musique ?

Comme beaucoup de jeunes de mon village, j’ai commencé à jouer dès mon enfance sur un instrument que j’ai fabriqué moi-même avec une planche comme manche et un bidon (je me rappelle bien de ces bidons d’huile fournis à nos famille par des organisations internationales) et des cordes que je tirais des câbles du frein d’un vélo.

Dès mon enfance les rythmes traditionnels d’Ahidus m’ont profondément marqués (je joue également à Ahidous, c’était ma première source d’inspiration.)

A l’école je faisais déjà du théâtre et de la peinture ! Au collège j’ai concrétisé mon rêve avec tout ce besoin de révolte en moi ! Mon frère m’avait offert ma première et vraie guitare, c’était une guitare classique ! J’ai alors commencé à jouer, à composer, à chanter et à interpréter sans aucun respect des règles. Après, j’ai fait beaucoup d’efforts personnels pour apprendre un peu de solfège, de tablature et de lyrisme. J’ai chanté sur scène lors de toutes les soirées et cérémonies organisées au collège et au lycée. C’est au cours de cette même période que j’ai commencé à enregistrer mes essais avec mes amis chez nous à l’aide de la radio cassette de la maison. Ma famille a été toujours mon soutien et mon espoir. J’ai beaucoup de chance, car c’est trop difficile dans nos régions de faire accepter ça à nos familles (faire de la musique NDLR). A cette époque j’ai déjà été influencé par la chanson engagée. Je chantais Timès, Idir, Matoub et Aït Manguellat, Walid Mimoun, Khalid Izri. Ce sont ces chanteurs que j’écoutais souvent à la maison et à l’ex-association culturelle et sportive Amagha de mon village. J’ai aussi rencontré beaucoup d’artistes aux soirées des associations amazighes de sud-est comme Izri, Elwakili Hamid, Massinissa, Agizoul et Mallal.

La faculté c’est ma dernière étape de formation. Avec ses souffrances, ses larmes et ses sourires. Notre combat continue. Rien ne pourra me faire taire !

3- Parle nous de votre groupe « Saghru ».

Saghru est un groupe de musique, contestataire bien sûr, qui a beaucoup souffert et qui a choisi de défendre la cause amazighe à travers l’art et la musique.

Si la « politique » se manifeste dans chacun de nos choix personnels et crée, avec réussite, une éthique nous permettant de vivre ensemble, alors nous n’avons pas besoin de faire plus que de jouer notre musique. Mais, quand la politique devient une escroquerie permettant de manipuler les citoyens par des groupes avides qui s’octroient tous les privilèges, alors il est  notre devoir de résister et de réagir politiquement à travers toutes formes d’art.

Le nom du groupe est inspiré de Saghru, la bataille au cours de laquelle mes ancêtres ont donné beaucoup de leçons aux colonisateurs. Comme vous le savez aussi, cette montagne de Saghru est la plus massive dans toute l’Afrique du nord, elle a subi beaucoup de transformations pour devenir comme elle est actuellement. Le nom est symbolique en lui-même, historique et philosophique aussi.

Notre groupe est composé des jeunes artistes qui veulent vraiment travailler et donner quelques choses à Tamazight. Nous sommes cinq : Moi ; je fais la guitare, l’harmonica, je compose et je chante. Mon petit frère Khaled : guitare, chants. Najib : arrangeur et claviste. Yassine : Notre bassiste qui nous a quittés dernièrement pour aller en Allemagne dans le but de continuer ses études. Pour réaliser notre premier album, on a été soutenu par Rachid Fahim, Amnay en chorale et Itran Clan, un groupe de rap engagé qui vient d’être formé à Tinghir.

4- Quelles sont les thématiques de vos chansons ?

Le premier rôle de la musique est de développer l’esprit et le cœur et d’étaler au grand jour les possibilités d’obtenir des idées subtiles ou plus abouties sur tous les sujets. Le deuxième est de cicatriser, d’apaiser et d’encourager l’espoir.

Le troisième est de briser les idées cristallisées pour susciter la rébellion et pousser à se battre pour changer les choses.

Je dénonce dans mes chansons le mépris et la marginalisation dont on souffre. Je réclame notre identité et nos droits. Je chante aussi la révolte, l’amour, la paix, la quête de justice. Je me suis influencé par tant d’artistes dont Matoub, Brassens, Brel, Bob Dylan et Idir. J’aime aussi Oulahlou et sa façon d’exposer les choses. Un artiste qui dit la vérité comme Oulahlou peut changer les esprits et transformer la vie des gens comme peu de politiciens peuvent le faire. Nos efforts personnels sont peu de choses comparés aux siens mais nous avons un rôle à jouer pour rendre les « bâtards » honnêtes.

5- Êtes-vous aussi compositeur ?

Oui bien sûr, j’ai ma propre et forte poésie. Je chante aussi la poésie d’autres poètes parce que j’aime toujours partager mes passions et mes émotions et je laisse toujours la porte ouverte à tous les compositeurs à condition que leur poésie respecte mon style !

6- Avez-vous avez pris récemment part à des festivals ou à des soirées ?

Non je n’ai jamais assisté à un festival. Chez nous les festivals sont monopolisés par ce pouvoir qui a mis la main sur tout. Et bien sûr, avec mon discours c’est tout clair. Ils ne vont pas m’inviter pour les attaquer. Les responsables invitent toujours les traîtres pour mieux ancrer la folklorisation de Tamazight. Je parle des festivals organisés par cet Etat. Concernant les soirées, comme je l’ai déjà cité, j’ai assisté a plusieurs soirées organisées par des associations amazighes et par le mouvement amazigh au sein des facultés (à Mellab, Tinghir, Tizgi, Tizi n imnayen, Agadir, Meknès, Imtghren, Alnif, Taghezout, Boumal n dades.)

 
7- Comment vous évaluez la situation actuelle de la chanson amazighe au Sud-est ?

Évidemment, dans une société de « cons » comme la notre où tout doit être industrialisé, c’est difficile d’imaginer qu’il puisse y avoir une place pour une vraie musique. La musique est réduite à un rôle de symbole. Mais une musique pour la pensée, pour l’âme n’a pas de place dans notre société. Il y a donc une cohésion entre la politique des mensonges et la musique industrialisée, entre le matérialisme absolu et la surdité. Heureusement, que la conscience commence à se développer à travers les mouvements sociaux de contestation. Franchement je pense que ça ira mieux. Y’a de nouveaux jeunes artistes qui ont une forte volonté d’être. Il faut encourager les artistes amazighes, ne pas critiquer pour critiquer et éviter les insultes et les injures gratuites. Il faut mettre fin à cette trahison héritée de Boukhous (le roi berbère).

 8- pourquoi le choix de la guitare, un instrument peu utilisé dans la région ?

 
Je joue de la guitare depuis l’âge de 13 ans. Il m’arrive parfois de jouer à d’autres instruments et d’essayer d’autres styles, mais la guitare correspond à des sentiments profonds en moi, à un besoin de révolte, un besoin de tout remettre en cause.

9- Est ce que vous avez des projets de CD ?

Notre premier Album intitulé « Muha » sera prêt dans deux semaines.

10- Un dernier mot peut être ?


J’espère que ma musique pourra servir à réunir des âmes de tout horizon, de toute confession, et de toutes les couleurs. Mon message  est un message d’amour, de paix et de fraternité et mon rêve et de voir plus tard s’étendre la chanson amazighe engagée au sud-est et dans d’autres régions du pays. Merci à vous de m’avoir donné cette occasion pour s’exprimer.

Entretien réalisé par A. Azergui

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Affaire Boujemâa Hebaz : Crime d’Etat et silence complice …

Boujemâa Hebaz a été kidnappé le 21 avril 1981,  il y a 35 ans. Sa famille porte toujours son deuil. Le sort de ce docteur en linguistique et militant de la cause berbère, demeure toujours inextricable. Ses ex-amis observent un silence de morts. Revenons sur cette affaire qui a tout d’un crime d’Etat.

Habaz-b-6fe9eNé en 1943 au village de Boutazolt (Ouarzazat) au Sud-Est du Maroc, Boujemâa Hebaz a été enlevé dans un appartement au quartier de l’Agdal au cœur de Rabat. Selon des témoignages recueillis à Rabat et auprès de plusieurs de ses « amis », sa thèse, soutenue en 1979 à l’université René Descartes (Paris V) et qui portait sur la langue amazighe, aurait dérangé des sécuritaires occupant de hauts lieux dans l’appareil de l’Etat marocain. Quelques-uns y campent toujours. Il a été radié de ses fonctions d’enseignant de linguistique générale à la Faculté des lettres de Rabat par Azzeddine Iraqi, ministre de l’éducation nationale de l’époque (ministre du parti de l’Istiqlal, un parti arabo-baâthiste, anti amazigh). Sa thèse de doctorat avait été perçue comme étant une atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat.

Le sort de Hebaz avait été scellé dans les locaux des services secrets qui le surveillaient en France. Il sera encouragé à regagner son pays par un membre de sa famille, agent des services qui avait pour mission d’infiltrer les milieux estudiantins marocains en France et de traquer les étudiants les plus actifs.

Début juillet 1981, trois mois après son enlèvement, Boujemâa a été amené à l’hôpital Avicenne de Rabat dans un état déplorable. Un infirmier, exerçant à l’époque dans cet hôpital et ayant gardé l’anonymat, nous a affirmé l’avoir reconnu. Il a, lui même, administré des soins médicaux à son ancien ami. Son témoignage est accablant : « Boujemâa a été sauvagement torturé et certains de ses os cassés. C’était affreux ! ». Depuis, c’est un silence radio qui prévaut sur ce crime. L’affaire Hebaz a été étouffée médiatiquement et politiquement. Aucune organisation politique marocaine, même celles des »droits humains », n’a pu adopter l’affaire de Boujemâa Hebaz, ni défendre son dossier, même si différents rapports d’Amnesty International parlent de son cas. La cause : leur racisme notoire et primitif et leur peur de faire de lui une icône du combat pour l’identité berbère au Maroc. Même ses ex-« amis de lutte » observent un silence on ne peut plus complice.

Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz

Feu Muhend Saïdi dessinant un portrait de Boujemâa Hebaz

Membre fondateur de la première « association berbère » (!) au Maroc (AMREC) en 1967, ce jeune happé à la fleur de l’âge a été un militant fervent et révolutionnaire. Ses idées avant-gardistes dérangeaient ses amis, berbères de service (ils le sont toujours). Boujemâa s’est senti même trahi par eux. Il l’a exprimé à maintes reprises dans des discussions qu’il a eues avec ses amis intimes. Hebaz a consacré sa courte existence pour essayer de donner vie à une belle langue mal aimée, interdite et maintenue durant des décennies sous respiration artificielle. Ses ex-collègues ont troqué leur silence contre des postes de responsabilité, des privilèges et des biens. Quelques-uns, siégeant à la tanière des berbères de service (IRCAM) et dans différentes administrations de la monarchie marocaine, ont même mené une campagne pour le salir. Ils ne cessent de répéter que « Hebaz souffrait de la démence ! ».

La seule personne qui s’est battue pour la vérité vit, pour sa part, à Ouarzazat dans un dénuement total. Il s’appelle Abdellatif, éternelle ombre de Boujemâa et son meilleur ami. Il avait vu ses ravisseurs. Il est le témoin principal dans cette affaire. Depuis 1983, ce diplômé en sciences politiques et en journalisme refuse de plier au silence. Il est traqué, menacé et condamné à l’errance.

Interdit d’exercer toute fonction publique pour abandon d’un poste qu’il n’a jamais occupé, Abdellatif reste fidèle à la mémoire de Boujemâa qui l’a marqué à jamais. Il est toujours en chômage. Ceux qui l’emploient sont menacés de toute part.

A. Azergui

Qui est derrière l’assassinat de Omar Khaleq ?

L’assassinat du militant amazigh Omar Khaleq à Marrakech a suscité une vague de colère à Tamazgha Occidentale où plusieurs manifestations ont eu lieu. La récupération de cet assassinat par la monarchie marocaine qui a réussi jusqu’à maintenant à canaliser la colère des Imazighen contre le Polisario accusé d’implication dans le meurtre, commence à s’effriter à cause de ses multiples incohérences.

Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech

Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech

Un meurtre commis sous le regard de la police.

Le 23 janvier 2016, un groupe d’étudiants arabistes sahraouis, armés de sabres et de haches ont attaqué cinq étudiants, militants du Mouvement amazigh, près d’une faculté à Marrakech, leur provoquant de graves blessures. Parmi les blessés figure Omar Khaleq. Cet étudiant, qui a reçu plusieurs coups donnés par des haches et des sabres, a succombé à ses blessures le 28 janvier. La victime a été inhumée le 29 janvier dans son village natal. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à ses funérailles.
Dans un communiqué daté du 29 janvier, le Mouvement amazigh estudiantin à Marrakech détaille les contours de cet assassinat. L’attaque qui a coûté la vie à Omar Khaleq a été perpétrée « en public et devant les forces de police, sans que ces dernières n’interviennent« . Le mouvement affirme aussi que la police a arrêté les victimes de l’attaque alors qu’elles étaient hospitalisées. Les militants ont été soumis à des interrogatoires poussés au commissariat. Le Mouvement accuse les forces de police de « complicité » dans cette attaque.
Il rappelle que plusieurs de ses militants avaient déjà été victimes le 23 décembre 2015 d’une attaque similaire menée par des « étudiants sahraouis » à la cité universitaire de la même ville. Le 24 décembre, plusieurs de ses militants ont été également visés à l’intérieur de la faculté des lettres par une horde d’individus cagoulés. Au moins quinze militants ont été blessés lors de ces attaques.

Silence, on manipule !

La machine de la manipulation a été enclenchée dès l’annonce de la mort de Omar Khaleq. Les médias officiels et des sites de propagande ont relaté la même information, à savoir qu’un étudiant amazigh a été tué par « le Polisario » lors d’affrontements à Marrakech. Le but de cette propagande officielle est de canaliser la colère suscitée par l’assassinat et faire oublier l’essentiel, c’est à dire les raisons profondes du crime dont ce militant a été victime, mais aussi la répression que subit le peuple amazigh colonisé. Le coupable a été vite désigné. En montrant du doigt le Polisario, jeté à la vindicte populaire, l’Etat désengage sa responsabilité de ce crime. Le 28 janvier, la chaîne marocaine 2M diffuse un reportage accusant directement le Polisario et affirmant que Omar Khaleq a été tué pour la « marocanité du Sahara ». La chaîne a diffusé les témoignages de plusieurs militants amazighs qui semblent soutenir cette thèse. Certains d’entre eux, manipulés par la chaîne, ont dénoncé le détournement de leurs propos. Khadija Tafoukt, qui figure parmi les militants interviewés s’insurge, dans un communiqué rendu public le 29 janvier, contre cette manipulation. Elle accuse la chaîne d’avoir « détourné ses propos pour servir l’idéologie étatique ». Elle explique que 2M a « exploité la mort de Omar Khaleq pour diffuser ses thèses politiques ». Cette militante précise dans son communiqué qu’elle a accusé, dans son témoignage, « l’Etat, la police et le gouvernement » d’implication dans cet assassinat. Bien sûr, ces déclarations n’ont jamais été diffusées à l’antenne.

La gestion de cette affaire par le bureau de 2M à Marrakech est très révélatrice. Si ces militants qui défendent selon elle « la marocanité du Sahara » ont été attaqués cinq jours auparavant et blessés grièvement par des militants du « Polisario », « l’ennemi de l’unité nationale », en plein Marrakech, alors pourquoi la chaîne a-t-elle passé cette information aussi sensible sous silence ? Pourquoi, elle ne s’en est « souvenue » que seulement lors de l’annonce de la mort de Omar Khaleq, si ce n’est pour manipuler et désinformer, ce qui est d’ailleurs le propre de cette chaîne makhzénienne ?

Un bon berbère est un berbère mort.

Cet assassinat a également montré au grand jour le mépris profond de tout ce qui est amazigh par les autorités marocaines. Les déclarations mensongères et mesquines de « responsables politiques », de ministres et de « personnalités » semblent n’avoir qu’un seul but ; celui de détourner l’affaire de l’assassinat et en faire une occasion pour « réaffirmer la marocanité du Sahara » et montrer « le vrai le visage du Polisario ». Malheureusement, le Mouvement amazigh s’est transformé en caisse de résonnance de la propagande de la monarchie. Il semble même y trouver son compte. Imazighen manifestent et investissent la rue, non pas pour réclamer leurs droits toujours bafoués et dénoncer la colonisation arabo-islamiste qu’ils subissent, mais pour soutenir les thèses officielles, celles de cette même monarchie qui les méprise, les tue et les traite comme des sous-hommes.

Dimanche 31 janvier, à l’occasion d’un sit-in tenu devant le parlement marocain, des manifestants amazighs accusaient le gouvernement de « couvrir » les dépassements des Sahraouis au sein des universités. Au cours de cette manifestation, un drapeau du Polisario a été brûlé. Un autre drapeau de cette organisation avait été auparavant brûlé lors des funérailles de Omar Khaleq à Ikniwen dans la région de Tinghir.

Soumission totale.

C’est dans ce contexte qu’un communiqué insipide signé par trente-et-une associations dites « amazighes » et quarante « experts, activistes et personnalités », amazighs, est également diffusé. Il réconforte la monarchie dans ses positions. Ce document réaffirme que l’assassinat d’Omar Khaleq est « politique » et que ce militant a été tué pour « la cause amazighe et aussi pour la marocanité du Sahara qui fait partie de l’identité marocaine ». Ce qui rend ce communiqué intéressant est la définition qu’il fait de cette « identité marocaine ». Le document reprend la même définition imposée par la monarchie marocaine (amazighe, arabe et hassani etc.), et explique que « cette identité ne peut pas être cloisonnée dans une seule et prétendue dimension ».

Mépris.

Lahcen Daoudi, le ministre islamiste de l’enseignement supérieur, a annoncé lors d’une intervention au parlement marocain que Omar Khaleq n’était pas un étudiant universitaire inscrit, donc ne méritant pas tout « le bruit » provoqué par son assassinat.

Pour rappel, ce ministère avait expliqué dans un communiqué non daté diffusé sur sa page Facebook, que Omar Khaleq n’était pas étudiant, alors qu’un communiqué de l’université de Marrakech, où la victime poursuivait ses études, confirme que l’étudiant est bien inscrit à l’université. Dans ce même communiqué, le ministère menace les étudiants impliqués dans des violences d’exclusion et de privation de bourses.

Par ailleurs, les partis politiques, les syndicats, les associations financés par la monarchie, qui nous ont habitué à de grandes manifestations et à des discours belliqueux chaque fois que « l’ennemi » frappe et que « l’unité du pays » est menacée, sont demeurés étrangement muets. Personne n’a appelé à défiler pour la « marocanité du Sahara ». Aucun n’a dénoncé le crime ou appelé à soutenir la famille de la victime. Pourquoi, ont-ils choisi le silence maintenant si le Polisario était vraiment impliqué ? Attendent-ils des instructions du palais royal pour réagir où ont-ils compris qu’Imazighen sont manipulés ? Peut-être aussi que la vie d’un Amazigh ne vaut rien pour eux, tout simplement. Et c’est le cas.

La main d’Israël.

Etrange aussi est cette réaction d’une organisation égyptienne des droits de l’Homme qui accuse Israël d’implication dans l’affaire de Omar Khaleq. Le Centre justice et développement des droits de l’Homme, basé au Caire, a appelé, dans un communiqué daté du 3 février, le gouvernement marocain à agir vite contre la propagation des « flammes » dans les autres établissements universitaires du pays. Le Centre a mis en garde contre « la déstabilisation du royaume » à cause de la haine entre Arabes et Amazighs. Il écrit que « des étudiants amazighs suivent des stages de formation aux actes de militantisme dans les universités de Tel-Aviv […]. Des organisations israéliennes en Europe accueillent un nombre important d’activistes amazighs« . Ce Centre explique que l’Etat hébreu adopte la même politique avec les Kurdes.

Izemicono
Les « Etudiants sahraouis » condamnent.

En réaction à la propagande officielle, les « Etudiants sahraouis », appelés également les « Frontistes » (liés au Polisario) ont condamné l’assassinat d’Omar Khaleq dans un communiqué. Ils expliquent qu’ils combattent le « régime et non le peuple marocain ». Les étudiants sahraouis affirment également que le Polisario est « innocent » et que les étudiants originaires du Sahara occidental, impliqués dans le meurtre sont manipulés, pas seulement par l’extrême gauche arabiste, raciste et anti-amazighe, mais aussi par les autorités marocaines. Ils ont rappelé qu’ils ont signé une charte appelant au rejet de la violence dans les universités qui avait été proposée par le Mouvement amazigh.

Le groupe a toutefois montré du doigt un groupuscule politique d’étudiants sahraouis appelé « Courant national » qu’il qualifie de « criminel ». Ce courant, créé en 2013 à l’université d’Agadir, est lié idéologiquement à l’organisation des « Etudiants Basistes Progressistes », un courant qui se veut « marxiste-léniniste » présent dans les universités marocaines et réputé pour son idéologie arabiste, son extrémisme et aussi pour sa violence. Ce courant qui s’oppose à la signature de toute charte rejetant la violence avec les étudiants amazighs, a réussi à infiltrer les étudiants sahraouis et à les utiliser pour attaquer des étudiants amazighs.

D’ailleurs ces étudiants basistes ont exprimé dans un communiqué leur soutien aux étudiants sahraouis impliqués dans le meurtre de Omar Khaleq, qualifiant les étudiants amazighs de « racistes » et de « chauvins ». Ils ont également adopté la même position que le pouvoir, en affirmant que Omar Khaleq n’était pas étudiant.

Le Polisario a également réagi à ce meurtre. Dans un discours télévisé, daté du lundi 8 février, le président de l’organisation a condamné le meurtre de Omar Khaleq, expliquant que cet assassinat, commandé par le Makhzen (régime marocain), vise à opposer les Sahraouis aux Amazighs. Il accuse le régime marocain « raciste » d’encourager les attaques contre les Sahraouis afin de les isoler et aussi d’ »adopter une politique d’apartheid envers les Amazighs ». Fin communicateur, le Polisario s’est illustré dans cette affaire. Il a, tout compte fait, mieux communiqué que la monarchie.

Mais alors, qui a tué Omar Khaleq ?

Tableau de Feu Muhend Saïdi Amezian

Tableau de Feu Muhend Saïdi Amezian

La manipulation par la monarchie de l’affaire de l’assassinat de Omar Khaleq est évidente à plus d’un titre. Comment expliquer la passivité des forces de police qui ont laissé faire les assassins, la propagande honteuse de 2M et des médias officiels et aussi le silence des autorités et des formations politiques d’habitude « soucieuses » de « l’unité du pays » ? Que cherche-t-on à cacher au juste ? La monarchie est-elle impliquée dans cet assassinat politique ? Il est impossible de répondre à toutes ces questions en l’absence d’une enquête indépendante. Mais, connaissant la situation de « la justice » au Maroc, aucune enquête indépendante ne sera possible. Pour le moment, douze personnes ont été arrêtées et accusées d’implication dans cet assassinat, mais la vigilance s’impose. Ils pourraient être libérés ou condamnés à des peines très légères dès que le bruit accompagnant cette affaire s’estompe.

Le Mouvement amazigh s’est également illustré par sa faiblesse dans cette affaire. Il a prouvé une nouvelle fois qu’il est une proie facile à manipuler. Certains de ses porte-paroles n’ont pas hésité de s’abreuver les thèses de la monarchie et à adopter ses positions les plus ridicules. Des manifestations et des rassemblements sont toujours organisés dans plusieurs villes et villages du pays en réaction à l’assassinat de Omar Khaleq, mais les médias officiels font comme si de rien n’était. Il est temps de maintenir cette pression sur les autorités et de sortir des cadres que celles-ci imposent aux manifestants.

L’assassinat de Omar Khaleq sera peut être le début d’un véritable « printemps amazigh » à Tamazgha occidentale si le Mouvement amazigh arrive à se libérer de la tutelle des autorités et de certains de ses cadres corrompus et prêts à tout faire pour prouver leur loyauté à la monarchie et leur disponibilité à la servir.

A. Azergui.

Lire aussi sur cette même affaire :

Assassinat d’un militant du Mouvement amazigh à Marrakech : Barbarie, mensonges et manipulations

IFISEN / HYÈNES (TEXTE BILINGUE : TAMAZIGHT-FRANÇAIS)

… Imiq, iḍer-d yiḍ
Γifneɣ, tkecta-d tallest
Seg tawda-nnegh tugmed tabghest
Tɣres i yizem !

Inker-d uzwu n tkendawt
Iɣwma s idammen
G tallest, ajenwi ar iseflilliy.
Acengu nukez-t maka,
Afud iṛmi, ur izemir tawada
Afus ikuker, ur iɣiy i titi
Γas awal ag nherra,
Imsed, meqqar ur iɣiy ad irar titi.

I mani ɣer netrara dɣi udem ?
Amussu iduy-d,
Ira aters ad isteɣ,
Imeṭṭawen-nnes rɣan.
Aɣuyyi-nnes ilqaqen
Ileqqef-t yad ucengu
Iseggem-as targwa
Imel-as abrid ɣer tnezṛuft
G ira ad t-isexsey.

Ktey-at awal-inu,
Timessi-ddeɣ yaɣen,
S ufuss-nneɣ diɣ ad t-nsexsi,
Yuger degneɣ ukwerfa yirden.
Ifisen llɣen yad seg yidammen n Yizem
Tcan swan
Γef temḍelt-nnes ssarden ifassen.

Ass g d-nusi ad nsiwel, ad aɣ-d inin :
« Izem ? Matta Yizem ?
Immut igellin ɣef tneẓruft-nneɣ
Nader-as g uwerz n Saɣru
Max illa mayed diɣ immuten ?
Timḍelt neɣza-tt, targwa nezzdig-tt,
Awed imeṭṭawen … ad awen ten-nerḍel.»

A. Azergui

Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech

Omar Izem, un militant amazigh assassiné à Marrakech

TRADUCTION/ADAPTATION :

… Soudain, la nuit tomba
Déversant sur nous son obscurité
De notre panique, elle puisa son courage
Et égorgea Izem !
Le vent de la trahison s’est levé
Teint du sang
Son poignard en scintille encore.
Nous avons distingué le visage de l’ennemi
Mais, épuisée est notre volonté
La main hésitante ne peut répondre à l’affront
Seule la parole nous reste
Tranchante, mais inefficace.
Que ferons-nous maintenant ?
Notre colère s’est réveillée
Au fond d’elle, elle espère crever l’abcès,
Ses larmes sont chaudes.
Mais ses cris fragiles
Happés par l’ennemi
Prennent le chemin qui leur a été tracé
Pour finir dans le désert,
Où, l’ennemi compte les enterrer.
Souvenez-vous de mes paroles :
Ce feu allumé,
Nous l’éteindrons encore avec nos propres mains
L’ivraie abonde, cache toujours notre blé.
Les hyènes se sont déjà abreuvées du sang d’Izem
Bu et mangé sur sa tombe.
Le jour où nous protesterons, elles nous diront :
« Izem ? Quel Izem ?
Martyr, il est mort pour notre Sahara
Au pied de Saghru, nous l’avons enterré
Y’a-t-il encore un mort ?
La tombe est déjà creusée,
Les larmes sont à louer aussi …»

A. Azergui

Lire notre article cette affaire :

Assassinat d’un militant du Mouvement amazigh à Marrakech : Barbarie, mensonges et manipulations

PRÉNOMS AMAZIGHS : L’insoutenable absurdité marocaine !

Une Commission dite de « la justice et des droits de l’homme » qui refuse obstinément de mettre un terme à une discrimination. C’est le nouvel exploit que vient de réaliser le parlement de la monarchie marocaine le 29 janvier dernier en refusant d’autoriser les prénoms amazighs. Pour lui, c’est très normal.  alph

Une loi discriminatoire :

Revenant un peu en arrière. Le 28 janvier 2003, le groupe parlementaire de l’USFP (Union socialiste des forces populaires) a déposé à la Chambre des représentants, une proposition de loi relative au régime de l’état civil. Elle concerne l’amendement de deux articles de la loi jugés « discriminatoires ».  L’un de ces deux articles (21) prévoit ce qui suit :  « Le prénom choisi par la personne faisant la déclaration de naissance en vue de l’inscription sur les registres de l’état civil doit présenter un caractère marocain». Ce texte est toutefois flou et laisse aux officiers d’état civil le champ libre aux interprétations. Certains refusent d’enregistrer des prénoms amazighs, prétextant qu’ils ne sont pas marocains. Et c’est encore une fois discriminatoire et anticonstitutionnel.

Le parti du chef du gouvernement marocain, (PJD, islamiste) avait réagi à cette proposition, affirmant qu’il la rejette et qu’elle est « sans aucun fondement légal ». De son côté, le ministre de l’intérieur, Mohamed Hassad avait jugé dépassé l’amendement de la loi autorisant les prénoms amazighs. Il avait déclaré que les officiers de l’Etat civil enregistrent les prénoms amazighs sans aucune discrimination.

Des prénoms amazighs « contraires à l’islam »

Tout laissait présager un refus d’autorisation des prénoms amazighs par le parlement. C’est ce qui s’était passé le 29 janvier dernier. Le ministre marocain de l’intérieur a affirmé, juste après ce refus, dans des déclarations à des médias marocains, qu’il n’existe aucune loi qui interdit les prénoms amazighs et que ces derniers sont autorisés. Si le ministre de l’intérieur a choisi la langue du bois, le député islamiste Aziz Kermat est plus clair. Il reconnaît qu’il existe une interdiction. « L’interdiction de certains prénoms amazighs est justifié par leur contradiction avec l’islam », a-t-il déclaré, ajoutant que « certains prénoms amazighs faisant allusion à d’anciennes divinités ou à charge symbolique religieuse sont interdits.»

Le cas Ayyur :

Imider-Ce refus intervient alors que ce qui convient d’appeler « l’affaire Ayyur » a éclaté au grand jour. Cette affaire à elle seule résume l’absurdité marocaine.

Ayyur est né le 17 novembre 2004 à Boulmane dans le Moyen. L’officier de l’état civil l’inscrit sur les registres de l’Etat civil. Jusqu’ici tout va bien, mais un beau jour de 2014, l’enfant se retrouve dépossédé officiellement de son prénom. Il a été effacé tout simplement et de nouveaux actes de naissance sont délivrés à la famille, avec à la place du prénom, un matricule. L’enfant n’a plus d’existence.

Le cas d’Ayyur n’est autre que l’arbre qui cache la forêt. Au « plus beau pays au monde », plusieurs enfants sont toujours privés de porter des prénoms amazighs. C’est une réalité que le ministre marocain de l’intérieur connaît. Ces derniers peuvent être refusés pour n’importe quelle raison et par n’importe quel officier de l’Etat civil zélé ou amazighophobe, sans craindre de représailles ou de poursuites judiciaires. Des familles craignant des représailles des autorités évitent de donner des prénoms amazighs à leurs rejetons ou choisissent d’abandonner après un premier refus. D’autres sont obligées de batailler, de porter l’affaire devant des tribunaux pour avoir ce droit. Plus absurde encore, ce cas d’un amazigh originaire d’Alnif (province de Tinghir) qui a choisi de donner le prénom « Yidir » à son fils et avait cru que ce prénom avait été enregistré. Ce n’est qu’une fois l’enfant scolarisé que le père découvre que son fils s’appelle officiellement « Youssef.» L’officier de l’état civil avait tout simplement usé de son autorité face à un père ne parlant par l’arabe pour décider à sa place.

Les autorités marocaines ont annoncé à plusieurs reprises que les prénoms amazighs sont autorisés, mais en réalité, l’interdiction est la règle. L’amazighophobie a la peau très dure. Elle continuera tant que le peuple amazigh refuse de prendre son destin en main

A. Azergui

Lire aussi :

MAROC : Un enfant amazigh dépossédé de son prénom !

IMIDER: Deux militants condamnés à 3 ans de prison ferme chacun

Nous avons appris de sources locales que Mustafa Faska et Omar Hourane, les deux militants du Mouvement sur la Voie de 96, arrêtés le samedi 26 décembre dernier par la gendarmerie à Tinghir, ont été condamnés, jeudi 29 janvier, par un tribunal d’Ouarzazat à une peine de trois ans de prison ferme chacun.drapeauImider

Pour rappel, Mustapha Ouchtoubane, un militant de cette même cause, arrêté en décembre 2011, purge une peine de quatre ans de prison.